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Voici votre cadeau de Noël ! Bonnes fêtes !

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« En scène dans quinze minutes ! »

Wonwoo soupira. Cela faisait trois ans aujourd'hui qu'il rappait pour son groupe Goodbye Kings mais il ressentait toujours cette pointe de stress cachée dans l'excitation créée par l'appel de la scène.

Pour leur troisième année de réussite, le leader et le manager s'étaient mis en tête de faire un grand concert de remerciements aux fans, avec des pauses entre certaines de leur chansons durant lesquelles les membres du groupe pourraient répondre aux questions des fans, faire des jeux ou juste discuter. C'était un grand projet.

Lui et les autres membres de Goodbye Kings n'avaient pas quitté leur salle d'entraînement pendant une semaine et la salle de concert une seconde semaine. Tout devait être parfait.

Le téléphone de Wonwoo vibrait sur la table de maquillage face à lui. La coiffeuse qui s'activait autour de lui, se pencha en avant pour lui tendre –elle ne voulait surtout pas qu'il froisse la tenue que la styliste avait pris le temps de repasser. C'était Mingyu qui l'appelait. Il ne l'avait pas vu pendant deux semaines et c'est tout heureux qu'il décrochât.

« Hey, ça va ?
– Coucou Woo, c'est moi qui devrais te poser cette question. Pas trop stressé ?
– Si, affreusement.
– T'inquiète pas, ça va aller ! »

Wonwoo savait que Mingyu était en pleine séance photo, il pouvait entendre les gens s'activer autour de lui, les voix s'entremêler et les quelques clics sonores typiques des appareils photo. Une voix se fit plus forte que les autres et Mingyu soupira.

« Gyu, si tu es occupé, on devrait raccrocher.
– Attends ! Je voulais te dire que je ne pourrai pas venir ce soir, pour assister au concert.
– Oh... » le rappeur s'y attendait un peu, Mingyu était toujours très prisé à cette période de l'année. Il était déçu mais il n'en ferait pas tout un plat « Ce n'est pas grave.
– Je passe te chercher, d'accord ?
– Pas la peine, ça fini trop tard. Rentre te reposer.
– Ok. Du coup je te rends le badge VIP que tu m'as envoyé ce soir ?
– Oui. Il faut que je te laisse. On ne va pas tarder à monter sur scène.
– Amuses-toi bien Woo. Je t'aime.
– Moi aussi, je t'aime. » Ils restèrent quelques secondes à écouter la respiration de l'autre puis Mingyu raccrocha.

Wonwoo ne s'attendait pas à ce qu'il appelle parce que la veille ils s'étaient disputés. Mingyu l'avait appelé pour savoir comment se déroulaient les préparations mais Wonwoo n'était pas d'humeur à discuter. Mingyu lui avait fait remarquer qu'il était désagréable mais le noiraud n'avait rien voulu entendre et finalement, le top model lui avait raccroché au nez.
C'est dans ce genre de moment que Wonwoo savait que Mingyu l'aimait. Parce que n'importe qui aurait rompu avec lui depuis longtemps. Parce que Mingyu ne le blâmait jamais pour son caractère ; bien sûr, il n'était pas toujours de mauvais poil —juste quand il était stressé.

« Plus que cinq minutes ! Que les Goodbye Kings se mettent en position ! »

Wonwoo quitta son siège en remerciant une dernière fois l'équipe de maquillage et se dirigea sur le côté de la scène, là où le public ne pouvait le voir.

Les fans étaient plutôt calmes jusqu'à ce qu'un compte à rebours s'affiche à l'écran géant. Ils se mirent à hurler les différents chiffres qui apparaissaient et plus ils criaient, plus le cœur de Wonwoo battait fort. A zéro, un technicien lui donna une petite tape sur l'omoplate pour le faire avancer sur la scène. Le public hurla un peu plus tandis que le leader entama les premières paroles de leur chanson de début.

Le tour de Wonwoo arriva bien vite. Il prit une inspiration...

« Ce shooting manque de bleu ! Que quelqu'un me trouve des objets bleus et que ça saute ! Les mannequins doivent être recoiffés ! Où est ma pièce maîtresse ?! Où est Mingyu ?! »

Le directeur artistique allait s'arracher les cheveux. Depuis quelques jours, il fallait toujours courir après Kim Mingyu, l'un de ses tops model favoris. Le beau jeune homme se tenait sur le plateau photo et la seconde d'après disparaissait Dieu savait où. Mais tout le monde savait pourquoi : Mingyu avait des problèmes avec sa petite-amie.

Une styliste l'avait entendu lui parler au téléphone. Il lui demandait quand est-ce qu'elle pourrait rentrer et il disait qu'il l'aimait et qu'elle ne devait pas se fâcher mais s'accrocher. Quelquefois, on le voyait raccrocher son téléphone après qu'il ait murmuré « Je t'aime. » avec le sourire aux lèvres mais d'autres fois, il se contenait de balancer son Smartphone sur une quelconque surface —généralement une table ou un canapé— et il conservait un air triste pour un moment.

« Je pari qu'elle se plaint de ne jamais le voir.
– Mais non ! A coup sûr elle est ultra-possessive et ne supporte pas de voir Mingyu avec d'autres femmes dans les magazines.
– Peut-être qu'elle le frappe ? Il a toujours des bleus partout...
– Tu racontes n'importe quoi, Mingyu n'a besoin de personne pour se blesser. Hier encore, il s'est pris la porte automatique dans la figure. »
C'était une discussion devenue typique entre les employés de la Orange Caramel compagnie. Beaucoup pariait entre eux sur la raison pour laquelle Mingyu avait des problèmes avec sa petite-amie.

Alors que le directeur artistique allait hurler une énième fois le nom de son top model, celui-ci apparu. Monsieur Jeong l'aurait disputé s'il n'avait pas un petit sourire ravi collé au visage. Il laissa passer pour cette fois parce qu'il ne voulait pas que Mingyu soit malheureux à cause de lui.

« Mingyu est là ! Qu'on arrange son maquillage et sa coiffure. Sur le plateau dans cinq minutes ! »

Le jeune homme à la peau foncée s'assit sur une chaise et perdit un peu de son éclat précédent. Même si Wonwoo semblait aller mieux, il avait remarqué la pointe de déception dans sa voix. Il voulait vraiment que Mingyu vienne au concert mais celui-ci était coincé ici... Il devait demander conseil à quelqu'un. Pourquoi pas sa maquilleuse ? Elle avait beaucoup d'expérience avec les hommes, elle lui en parlait tout le temps.

« Je sais que Woo veut que je vienne à son concert mais je ne peux pas parce qu'on doit finir le shooting ce soir...
– Une fois, un homme a quitté une réunion très importante pour m'empêcher de quitter la Corée. J'étais la femme la plus heureuse sur terre. Vous devriez aller la voir. »

Mingyu hocha la tête, pensif. Devait-il discrètement quitter l'agence ? Son manager et le directeur artistique seraient en colère contre lui. S'il demandait, jamais on ne le laisserait sortir. Il fallait qu'il s'enfuît.
« Sook, je peux te demander de me couvrir ?
– Bien sûr ! Tout pour toi et cette fille super chanceuse ! »
Mingyu n'écoutait déjà plus, il récupéra son porte-document et son téléphone puis, encore habillé des vêtements valant des milliers de wons, se dirigea le plus discrètement possible vers la porte.

Une fois à l'extérieur du bâtiment, il arrêta un taxi. Il jeta un coup d'œil à l'heure, le concert avait commencé depuis trois quart d'heure. Il indiqua sa destination au chauffeur.

Wonwoo était ravi. La foule était très réceptive aux différentes activités qui entre-coupait le concert. Lui et les autres membres de Goodbye Kings étaient assis sur des tabourets et tandis qu'un microphone se baladait à travers la foule, ils répondaient au mieux qu'ils pouvaient aux questions posées.

« On va s'arrêter là pour les questions concernant Bonhwa et nous allons passer à Wonwoo ! » Le noiraud fixa la foule malgré les lumières éclatantes braquées sur lui. Il leur sourit un peu et rajusta sa position sur son siège. Ce genre de choses l'avait toujours mis mal à l'aise. Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'il répondrait aux questions des fans, il l'avait déjà fait à plusieurs reprises sur V-Live ou lors d'autres événements mais ce n'est pas pour autant qu'il s'y était habitué.
Les fans commencèrent avec des questions classiques, sa nourriture préférée, s'il avait des animaux de compagnie et leurs noms, sa taille ou encore sa pointure. Le visuel du groupe lui murmura au bout d'un quart d'heure qu'il ne restait que cinq minutes de question avant que le noiraud soit libéré de ce supplice et qu'ils passent à l'interprétation des cinq chansons signant la fin du concert Thanks for All.
La soirée se déroulait à merveille et le noiraud aurait, dans moins de deux heures, l'occasion de retrouver son appartement. Il regrettait juste de ne pas pouvoir se jeter dans les bras de Mingyu dès la fin du concert, dans les coulisses et à l'abri des fans trop curieux.
Finalement, Yong –le leader– annonça la fin de la dernière activité et les membres disparurent dans les coulisses. Ils changèrent de tenues, on les maquilla et coiffa puis ils retournèrent sur scène.
Chacun se positionna sur scène identiquement aux répétitions et la salle se plongea dans le noir. Les fans firent silence tandis qu'ils rallumaient leurs sticks pour les agiter au rythme de l'instrumental de la chanson Our Sad Memorizes. Le chanteur principale prit une profonde inspiration et de sa douce voix posée, entama les premières paroles.

Mingyu avait vraiment l'impression que l'univers s'acharnait sur lui. Il était pressé, pourtant son chauffeur ne semblait pas l'être et les embouteillages avaient décidé de se manifester à cette heure si avancée de la soirée, comme par hasard. Malgré les fenêtres fermées du véhicule, Mingyu pouvait clairement entendre les klaxons des autres conducteurs mécontents d'être ralentis et cela amplifiait considérablement son niveau d'irritation.
Alors qu'un morceau de Sunmi venait de s'achever, la station radio qu'écoutait le chauffeur du taxi, diffusa une chanson des Goodbye Kings et Mingyu cru défaillir. Il s'agissait de celle qu'allait interpréter le groupe en avant dernier et rien qu'à l'idée de la rater, le top model se sentait désolé.
Son téléphone sonna. C'était son manager. Il décida de ne pas répondre.
La circulation n'avançait plus, tout le trafic stagnait. Et les minutes passaient. Et le concert approchait de sa fin.
« Je descends là, merci. Gardez la monnaie ! » Le top model sortie du taxi et continua son chemin à pieds. La salle de concert n'était pas si loin que ça. S'il se dépêchait, il y serait en une dizaine de minutes.

Il se mit à trottiner pour aller un peu plus vite.

Il dû présenter son badge VIP pour qu'on l'autorise à entrer dans la salle de concert. C'était bondé. Mingyu avait assisté à un peu moins d'une dizaine des concerts des Goodbye Kings mais c'est la première fois que la salle était autant remplie. Il n'avait jamais vu autant de sticks briller dans le noir ou entendu autant de cris.

Dans le noir de la pièce, on entendit un microphone grésiller puis une respiration profonde et calme.

« Chers Valets, le concert touche à sa fin, malheureusement. Nous avons passé un super moment avec vous tous. » Tout le monde cherchait dans la pénombre où pouvait se trouver le leader sur la scène. Il continua : « Sachez avant tout que vous nous êtes précieux. Sans vous, il n'y aurait pas de Goodbye Kings, on ne se sentirait pas si aimés et nous n'aurons pas eu l'opportunité de vivre notre rêve. C'est pourquoi nous voulons vous remercier en interprétant notre chanson Thanks for All. »

Sur le milieu de la scène en croix, un feu d'artifice jailli et Yong en même temps apparu de sous la scène en chantant. Les premières notes l'accompagnaient tandis que les fans faisaient silence. Une trentaine de secondes plus tard, Bonwha fit aussi son apparition avec un feu d'artifice et Mingyu comprit.

Chaque membre ferait son apparition. Wonwoo serait le dernier.

C'était une chanson inédite et encore inconnue du public mais Mingyu avait été là toutes les fois où le groupe l'avait composé. D'abord, Yong et Bonwha chanteraient, ensuite Teahyung rapperait en accord avec la ballade et enfin, après une reprise du refrain, Wonwoo enflammerait la scène de son rap puissant.

Wonwoo écoutait la musique, toujours caché sous la scène. Ces paroles avaient été écrites à un moment très particulier de leur vie. Ils avaient réalisé l'ampleur de la sphère de fans autour d'eux et à quel point ces gens avaient influencé leur vie et les avaient fait avancer. Ils avaient ressenti l'envie de les remercier dans une chanson. Après des heures d'acharnement, de réécriture et de composition, ils étaient arrivés au résultat parfait. Celui que leurs fans méritaient.

Ce concert était la preuve même de leur travail.

La musique ralentie, les voix de Yong et Bonwha s'élevèrent à l'unisson et le cœur de Wonwoo suivi l'ascension de celles-ci lorsqu'elles atteignaient une haute note. Les percussions s'emballèrent et Wonwoo fut propulsé dans les airs en même temps qu'un feu d'artifice rouge. Les projecteurs diffusèrent une lumière de la même couleur et l'écran géant fit apparaître les photographies des meilleurs épisodes de la vie des Goodbye Kings.

Le noiraud rappait. Comme si sa vie en dépendait. Il voulait garder l'attention des fans sur ce qu'il disait parce qu'il croyait chacune des paroles qu'il rappait.

Il hurlait les paroles et la foule l'encourageait. Les autres membres superposaient leurs voix en des sons bas.

Un mouvement inhabituel sur le côté de la scène attira son attention.

Même si Mingyu connaissait la chanson, il ne s'était pas attendu à voir un Wonwoo si passionné, semblant si connecté avec sa musique. Il était beau dans ses vêtements noirs à strass. La lumière rouge l'éclairait comme s'il était un être divin et son expression faciale traduisait l'ardeur avec laquelle il expédiait les paroles de ses poumons.

Le revoir après deux semaines d'absence fit un choc à Mingyu et il réalisa à quel point Wonwoo lui avait manqué. Il ressentit l'urgente envie de l'approcher, de lui parler et de le toucher. Il tenta de percer la ligne de garde du corps qui le séparait de la scène mais deux d'entre eux vint à sa rencontre. L'un avait quitté son poste au niveau de l'escalier de secours relié à la scène et Mingyu fit mine de fuir vers l'opposé avant de foncer vers celle-ci sous les cris d'indignation des gardes.

Il monta l'escalier sur les mains et les pieds –il avait trébuché à la première marche– et fut arrivé sur la scène, tout essoufflé.

Wonwoo ne l'avait pas remarqué, il était trop occupé à jeter son amour ardent aux fans. Il s'avança vers lui d'un pas décidé. S'il ne se dépêchait pas, les gardes l'attraperaient.

Quand Wonwoo aperçu Mingyu, il tenta de paraître le moins surpris. A coup sûr, ce grand idiot n'avait pas résisté à l'envie de le rejoindre. Le noiraud n'avait d'autre choix que de l'inclure au show tout en espérant que les fans croient à une intervention préméditée.

Il saisit le col du top model et vint cogner son front au sien. Les fans s'excitèrent et semblaient y croire. Le rap de Wonwoo touchait à sa fin mais Mingyu ne se sentait pas satisfait de se contacte physique. Le regard enflammé de Wonwoo était plongé dans le sien, il adorait ça. Mingyu remonta ses mains jusqu'au visage de Wonwoo et bloquant celui-ci avec elles, s'avança plus vers le noiraud. Le rap touchait à sa fin, Wonwoo récitait les paroles inconsciemment. Il savait ce que Mingyu allait faire mais il n'arrivait pas à se décider à l'arrêter.

Il voulait que Mingyu l'embrasse. Il le fit.

Les dernières notes de la musique résonnaient dans la grande salle tandis que Wonwoo passait ses bras autour du cou de Mingyu qui fit de même dans son dos. La salle était plongée dans le silence ; personne ne savait comment réagir.

A bout de souffle, ils se séparèrent.

Le reste se passa un peu sans qu'ils ne s'en rendent compte. Les autres membres des Goodbye Kings vinrent saluer Mingyu puis les six personnes se dirigèrent vers le centre de la scène pour que le leader récite son discours final. Les lumières s'éteignirent et les fans applaudirent une dernière fois. On les poussa en dehors de la scène et toute l'équipe se réunit dans une pièce assez large pour contenir tout le monde.

L'équipe semblait dévastée, le manager en colère et les membres de Goodbye Kings résignés.

« Mais qu'est-ce qui vous a pris de vous rouler un patin devant tout le monde comme ça ?! » hurla le manager, il asséna une tape sur l'épaule de Mingyu « Tu ne peux pas résister à tes pulsions pour une fois ?! Qu'est-ce que vont penser les fans ?! Que disent les réseaux sociaux ? On en parle déjà ?
– Oui monsieur. » répondit un employé qui faisait défiler un flux Twitter alors qu'un autre s'occupait d'Instagram et d'un dernier de Naver. « Cela vient d'arriver mais plusieurs vidéos et photos circulent.
– Les réactions du public sont comment ?
– Elles semblent favorables en grande partie. Deux hashtags sont beaucoup utilisés "RoyalVisualCouple" et "Meanie". Beaucoup de fans encouragent le couple, rares sont ceux qui s'y opposent.
– Bon... Heureusement pour vous deux, l'avenir du groupe ne semble pas mis en danger. Je suppose que les médias vont vouloir vous interviewer, on avisera plus tard. Rentrez chez vous bande de sales gosses !»

Les Goodbye Kings ainsi que Mingyu saluèrent le manager et remercièrent le staff avant de quitter les locaux pour se rendre au parking souterrain où les attendaient deux vans noirs. Devant ceux-ci, ils discutaient un peu.

« J'arrive pas à croire que tu as osé monter sur scène !
– Désolé Yong !
– Pas la peine de t'excuser. Je suis plutôt fier de toi, MingMing. Il est temps que les mentalités évoluent et ce n'est pas seulement les petits amoureux royaux qui vont faire bouger les choses tous seuls, il faut les aider !
– Oui, je suppose que tu as raison...
– Bon c'est pas tout mais nous sommes crevés et vous devez l'être aussi. Rentrons. »

Wonwoo montait du côté passager de la voiture de Mingyu tandis que celui-ci s'asseyait derrière le volant. Tout en observant son petit-ami s'attacher, le rappeur sentit une boule de bonheur lui réchauffer tout le corps. Il ne put s'empêcher de sourire et de déposer un baiser sur la joue du modèle. « Je t'aime. » murmura-t-il dans l'oreille de Mingyu. Ils s'embrassèrent à nouveau.

Mingyu savait ce qui viendrait ensuite. Wonwoo avait déjà détaché leurs ceintures et ses mains se baladaient partout sur son corps. Allait-il l'en empêcher ? Pas le moins du monde. Il avait attendu ce moment trop longtemps.

Malheureusement, le téléphone de Mingyu se mit à sonner. On l'appelait. « C'est probablement mon manager. » dit-il entre deux baisers. « Il peut attendre. » répondit Wonwoo en s'approchant un peu plus du plus grand. « Je risque d'empirer mon cas...
– Hugh ! OK, décroche. »

Même s'il boudait, Wonwoo n'empêchait pas Mingyu de poser un dernier baiser sur ses lèvres avant de répondre à l'appel.

« Allô ?
– Mingyu...
– Hansol ?
– C'est Seungkwan. »

2

Jeonghan s'observait dans le miroir sur pied de sa salle de bain. Il avait revêtu l'une de ses multiple tenues réservées aux apparitions publiques officielles. Il arrangeait le col de sa chemise blanche à motifs dorés puis resserrait la ceinture à ses hanches. Il s'approcha ensuite du miroir pour arranger ses cheveux. En arrangeant sa frange, il croisa son regard humide.

« Je ne devrai pas pleurer. » murmurait-il en soupirant. « La Lionne ne pleure pas. Elle ne peut pas pleurer car elle est le soutien du Lion. » récitait-il en quittant son appartement. Il eut tout juste le temps de sécher ses dernières larmes avant que Joshua apparaisse à l'angle du couloir. Il le pressa pour qu'il se dirige vers la salle de conférence.

Jeonghan supposait que Seungcheol devait l'attendre là-bas –après tout, les entrées se faisait en couple. Il ne l'avait pas vu de l'après-midi, il s'était probablement préparé avec Jihoon une après que celui-ci avait apporté ses vêtements à Jeonghan puis était parti superviser les préparatifs de la salle.

Il était mal à l'aise. La salle de conférence était pleine de journalistes munis d'appareil photo et de carnet de note et la petite estrade sur laquelle se tenait le châtain ainsi que les membres de la famille royale ne l'aidait aucunement à se relaxer ; il voyait que trop bien l'océan de personnes impatientes d'entendre leurs explications.

« Ça va ?» demandait Seungcheol en se penchant vers Jeonghan. Celui-ci lui sourit faiblement, peu sûr de ce qu'il devait répondre. Le prince lui prit alors la main pour le rassurer et c'eût un effet presque instantané sur lui. Quelques flashs les éblouirent et ils se séparèrent rapidement à contre cœur ; le roi ne voulait pas qu'ils affichent trop de marques affectives en public et il ne serait certainement pas content de voir des clichés de ce petit instant de tendresse dans les magazines.

« Monsieur Lee Chan est arrivé. » prévint l'un des conseillers en se penchant vers le roi. Celui-ci hocha de la tête et fit signe aux membres de la famille royale de se lever de leurs chaises ; tous saluèrent en une synchronisation calculée.

Aussitôt, les journalistes se firent silencieux ; se concentrant sur le roi de Corée du Sud. Il parcourut la foule d'un regard assuré puis prit quelques secondes pour commencer son discours d'ouverture.

« Bonsoir, mesdames et messieurs. Nous sommes réunis ce soir exceptionnellement dans le cadre du scandale ayant touché la future Lionne de Corée du Sud ce matin. Nous vous prions de ne poser que des questions en rapport à cet événement. » Et il se rassit. Jeonghan lui jeta un regard intrigué ; pourquoi n'avait-il pas fait son éternel discours ? C'était toujours lui qui prenait la parole quand ils devaient se montrer en public ; quelqu'un d'autre allait le remplacer ? A moins qu'il ait prévu autre chose ?

Jeonghan fut coupé en pleine réflexion quand Seungcheol se leva à son tour et s'éclaircit la voix.

Il semblait nerveux. Il était nerveux. Même s'il cachait ses mains derrière son dos dans une posture droite, Jeonghan les voyait clairement trembler et il pouvait aussi deviner son pied gauche marquer un rythme en tapant le sol. Le châtain fit alors glisser son pied vers la cheville du brun et y fit une petite caresse ; il sembla se relaxer un peu.

C'était sa première intervention publique dans un cadre aussi sensible ; la dernière fois qu'il avait eu à réciter un discours remontait à l'ouverture d'un parc pour chiens, ce n'était pas une grosse affaire, en somme. Mais cette fois-ci, c'était toute autre chose. On accusait son fiancé de le tromper, tout de même.

« Bonsoir. » Seungcheol prit une pause. Qui s'éternisait un peu trop, puis reprit en rigolant un peu « Ah, désolé, je suis un peu tendu. » la foule rit, attendrie par son attitude gênée « Donc, comme l'a dit le roi plus tôt, nous sommes là car la future Lionne, mon fiancé, a été accusé à tort d'être infidèle. Nous tâcherons de répondre à vos questions le plus clairement possible. Cependant, veuillez conserver une certaine décence dans celles-ci. Merci. »

Seungcheol se rassit et Jeonghan lui sourit : « Tu as été parfait. »

« Votre Altesse, connaissez-vous le jeune homme présent sur les photos ?» demandait l'un des journalistes. Seungcheol répondit : « Oui, très bien même !» il sourit à pleines dents. Jeonghan supposa qu'il s'était remémoré la fois où Seungcheol avait débarqué dans la salle de bain et était tombé nez à nez avec un Chan juste en serviette ; ils avaient tellement été gênés tous les deux que jamais ils ne pourraient oublier cet épisode.

« Mais comment pouvez-vous être sûr de ne pas avoir été trompé. Est-ce qu'il a suffi que Yoon Jeonghan vous le jure pour que vous le croyez ?
– Vous n'y êtes pas du tout. » répondit Seungcheol. Il se tourna vers Jeonghan et lui demanda s'il voulait bien introduire Chan. Le châtain hocha la tête et le brun reprit : « Jeonghan ne peut pas me tromper avec cette personne tout simplement car c'est impossible. »

Seungcheol déposa sa main sur celle de Jeonghan pour lui signaler que c'était son tour de parler. Le châtain se levait sous les regards curieux du public. Il pouvait sentir le regard du roi vissé sur lui et ça le mettait mal à l'aise. Car même s'il savait que le roi l'appréciait, il avait toujours peur de le décevoir et qu'il refuse de continuer les fiançailles à cause de cela.

Il choisit avec précaution ses mots.

« Bonsoir, je sais que ces clichés ont porté à confusion tout le monde et j'en suis désolé. S'ils avaient été placés dans le bon contexte, vous n'auriez pas eu tous ces questionnements. Et c'est en partie ma faute je ne vous ai jamais présenté celui qui apparaît sur les clichés. »

Il fit signe aux gardes de laisser Chan le rejoindre et celui-ci s'avança sur l'estrade. Il avait l'air incertain et surtout mal à l'aise ; il s'empressa de se poster à côté de Jeonghan sous la pluie de flashs d'appareils-photo et les questions hurlées par les journalistes.

« Un peu de calme, je vous prie. » intervint le roi Choi ; le silence se fit.
La future Lionne posa une main sur l'épaule du plus jeune et reprit : « Je vous présente Lee Chan, le jeune homme dont je suis le tuteur légal depuis sept ans maintenant. » La nouvelle fit l'effet d'une bombe sur l'assemblée et sous une nouvelle vague de questions Jeonghan s'assit ; Chan l'imita. « Si vous voulez des preuves de ce que je viens de vous annoncer, vous pourrez trouver des copies du document de tutorat à la fin de cette conférence ; elles seront distribuées à la sortie. »

La conférence dura une bonne demi-heure avant que la famille royale puisse enfin se retirer.

Une fois à l'abri des médias, Jeonghan se jeta au cou de Chan, lui disant qu'il était désolé de l'avoir obligé à quitter l'appartement précipitamment et de le mêler à toute cette affaire de royauté.

« Ce n'est pas grave, je m'y ferai, je suppose... Je peux retourner à l'appartement, maintenant ?»

Jeonghan s'apprêtait à acquiescer quand Seungcheol intervint : « Père veut que tu restes chez Seokmin encore quelques jours, Chan.
– Quoi ? Mais tout s'est réglé, non ? dit le châtain
– Il dit que c'est par précaution.
– Par pré... Non mais je n'y crois pas ! Il est où, là ?
– Dans ses appartements. Il refuse qu'on le dérange pour ce soir.
– C'est plus qu'il fuit ! Je refuse de laisser Chan partir encore ! Il veut rentrer, lui aussi !» Mais aucun d'eux ne pouvait s'opposer à la décision du Roi et Jeonghan était au courant de cela. Il soupira et ajouta plus doucement : « J'accompagne Seokmin et Chan au parking. » Il évitait la main que Seungcheol voulait poser sur lui. « Pas la peine de venir, on n'en a pas pour longtemps. »

Seungcheol n'aimait pas voir Jeonghan comme ça. La décision de son père était injuste et probablement inutile aussi. À quoi cela servait de séparer le châtain et Chan ? Puisque les médias étaient enfin au courant de son existence, ils étaient de nouveau libres de se montrer en public. Et puis, ce n'est pas comme si Chan n'avait jamais fait d'apparition en leur compagnie avant. Certes, il n'était pas au centre des photos –plus souvent dissimulé par le couple princier– mais il apparaissait quand même. Seungcheol était étonné que personnes n'ait fait le lien entre eux trois plus tôt.

Seungcheol jeta un coup d'œil à sa montre ; cela faisait un moment que Jeonghan était dans le parking et il n'aimait pas l'idée qu'il soit seul.

« J'vais le chercher. » Quoiqu'il en soit, il savait que ce serait dur de le consoler et il croisait les doigts pour que son père revoit sa décision avant la fin de semaine ; il ne savait s'il pourrait supporter l'humeur désagréable de Jeonghan longtemps. Car celui-ci passait de la tristesse à la colère très vite et ne donnait de répit à son entourage qu'une fois qu'il se sentait satisfait du tourment qu'il avait causé. Cela faisait partie de son charme, en quelque sorte...

« Encore désolé de t'obliger à garder Chan, Seokmin. » dit Jeonghan en passant sa tête à l'intérieur de la voiture.
« Hé... Ça ne me dérange vraiment pas, et puis ce n'est pas comme-ci tu étais celui qui ne veut pas de Chan au château... Enfin bref ! Je suis sûr que l'on va bien s'amuser ! Pas vrai, Chan ?» l'adulte filiforme sourit au jeune homme mais celui-ci ne fit pas de même ; il murmurait un simple « Oui. » avant de détourner le regard.

Jeonghan sourit doucement aux deux garçons et Seokmin démarrait son véhicule. Après une dernière salutation, le châtain observait la voiture disparaître à l'extérieur du parking.

Bien vite, son sourire fanait pour laisser place à des yeux larmoyants et une moue brisée. Il n'aimait pas savoir Chan aussi loin de lui ; le Roi ne semblait pas le comprendre. Oui, en tant que futur Lionne, il avait des obligations et oui, il devait maintenir une image parfaite. Mais était-ce une raison pour le séparer de son petit-frère ? Non, clairement non. Et même si le Roi avait la réputation d'être juste, cette décision ne l'était pas.

Alors qu'il faisait demi-tour, du coin de l'œil, il repéra une jeune fille.

Elle n'était pas censée être là mais Jeonghan ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle ; elle sanglotait avec force et il n'avait jamais aimé entendre cela. Ça lui déchirait le cœur.

Il s'approcha d'elle : « Bonsoir. Tu es perdue ? Tu as besoin d'aide ?» Elle se stoppa dans son avancé et le châtain lui posa une main sur le haut de la tête. Dans un signe de réconfort, il la fit descendre le long de ses cheveux puis sur le haut de son crâne à plusieurs reprises. « Tu as besoin d'aide ?» répétait-il en espérant une réponse mais au lieu de ça, elle s'approcha violemment de lui et bien qu'il fût d'abord surpris, ce qui s'ensuit, l'effrayait.

Elle lui avait planté un objet contondant dans le côté puis l'avait jeté au sol. Son visage lui apparut enfin mais il ne semblait pas aussi triste que ses pleurs l'avaient signalé ; elle avait l'air déterminé.

Jeonghan avait du mal à se déplacer, il souffrait trop. Il tenta quand même de se trainer le plus loin possible de la fille mais celle-ci était évidemment plus rapide que lui. Il jeta un coup d'œil au couteau aiguisé qu'elle tenait fermement et son sang ne fit qu'un tour ; hors de question qu'il meurt ce soir.

Il lui lançait à la figure tout ce qui lui tombait à la main ; ses documents, quelques déchets présents sur le parking, et en dernier recours son téléphone. Celui-ci l'atteint au cou et elle sembla reprendre la respiration qui lui avait été coupée.

Ce ne fut pas suffisant cependant pour l'arrêter et elle reprit sa marche. Elle se positionnait au-dessus de lui, prête à l'achever mais tout ce qu'il remarqua était son air de regret. Elle n'était plus déterminée ; elle regrettait.

Et il espérait quelques secondes qu'elle abandonne son objectif. Mais elle resserra sa prise autour du manche et prit de l'élan.

« Jeonghan !»

La fille se stoppa en plein mouvement et tourna un regard effrayé vers l'ascenseur duquel sorti Seungcheol. Elle fuit vers l'entrée et disparu à l'extérieur du parking.

3

Hansol était dans un état pitoyable. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit ; pas depuis qu'il avait appelé une ambulance pour un Seungkwan en sang. Mingyu et Wonwoo, qui l'avait rejoint après qu'il les ait appelés, avaient essayé de le convaincre d'au moins faire une sieste mais même ça, il n'avait pas pu. Il était devenu trop alerte au moindre bruit, à la plus discrète agitation ; dès qu'une porte s'ouvrait, il se redressait, au moindre cri ou pleure, son cœur tressautait dans sa poitrine. Les dernières heures avaient été invivables pour lui et quand on lui avait annoncé qu'il pouvait aller voir Seungkwan, il avait senti tout le poids du stress quitter ses épaules.

Le blond était installé dans un petit lit une place. Même s'il avait les yeux fermés, Hansol savait qu'il ne dormait pas ; sa respiration n'était pas assez profonde.

Il s'approcha doucement et vint poser une main sur ses cheveux. Ils étaient doux au contact de sa peau et il se prit à y faire courir ses doigts à plusieurs reprises.

« Kwanie ?»

L'interpellé réagit très vite et ouvrit un œil avant de sourire à pleines dents à son meilleur-ami. « Hé. » murmurait-il en se redressant. Sa voix rauque descendit le long de la nuque puis du dos de Hansol, ses poils se hérissant à son passage. Il ne put s'empêcher d'encercler Seungkwan dans une étreinte. Celui-ci rit brièvement.

Appuyé contre le torse de celui-ci et enfin soulagé, son cœur résonnant dans ses oreilles et son souffle profond caressant ses cheveux, il était prêt à s'endormir.

« Hansol ?
– J'ai eu tellement peur... » murmurait-il. Seungkwan répondit quelque chose mais tout ce qu'il entendu c'était des sons rauques provenant de la cage thoracique contre laquelle son oreille était appuyée. « Tu ne recommenceras pas, hein ?
– Non.
– Promis ?»
Mais Seungkwan n'eut pas le temps de répondre, Hansol s'était déjà endormi. Sans doute allait-il se réveiller avec des courbatures mais le blond n'avait pas la force de le réveiller. Il avait bien conscience que le visage pâle du brun n'était pas dû à une nuit consacrée aux jeux-vidéos ; il savait qu'il n'avait pas dormi à cause de lui.

Il prit une grande inspiration ; il voulait que ses poumons s'imprègnent de son odeur, que son cerveau soit incapable de l'oublier, que jamais elle ne le quitte.

Seungkwan lui était reconnaissant. Si Hansol ne l'avait pas retrouvé, il ne donnait pas cher de sa peau. Hansol l'avait sauvé. Encore.

Avant de rester définitivement à Séoul, Seungkwan avait eu quelques problèmes avec son beau-frère et il avait fallu que Hansol s'en mêle pour que les choses s'arrangent. Seungkwan avait dû retourner chez lui pour quelques mois –affaire familiale– et durant une énième discussions téléphonique, Hansol avait compris que quelque chose n'allait pas. Il ne fallut pas longtemps au blond pour qu'il éclate en sanglots et encore moins au brun pour prendre le prochain avion en direction de l'île de Jeju. Ils n'étaient retournés à Séoul qu'une fois que Hansol avait fait comprendre au beau-frère sa manière de penser –et accessoirement cassé le nez.

« Seungkwan ?
– Hé, coucou les gars. » Mingyu et Wonwoo s'approchèrent du lit, jetant un rapide coup d'œil attendri à Hansol.

« Comment tu vas ?» demandait le noiraud en se penchant vers lui pour rapidement l'enlacer.
« Moi, ça va. Mais lui...
– Il n'a pas fermé l'œil de la nuit. Il attendait qu'on le laisse te voir. »

Seungkwan sourit tristement à ses deux amis. Il était touché par l'implication de Hansol dans sa vie, par la manière qu'il avait de se soucier de lui, par le fait qu'il faisait toujours passer sa santé avant la sienne, par sa dévotion et sa bonté. C'est probablement ce qui l'avait fait tomber amoureux de lui. Dommage que ce n'était pas réciproque.

« Les autorités nous ont dit qu'une fille t'a poignardé. » dit subitement Mingyu, Wonwoo lui asséna un coup à l'épaule et il s'en offusquait. « Ce que voulait dire Gyu, c'est qu'ils sont déjà à sa recherche.
– Je ne sais même pas pourquoi elle a fait ça. Elle pleurait et je voulais juste l'aider... Ils ne savent pourquoi elle... hum, fait ça ?
– Non mais un autre cas à eu lieu le même soir, la police pense que les deux filles sont reliées. »

Seungkwan sembla s'agiter. Il n'aimait pas l'idée de plusieurs personnes prêtes à assassiner des gens en liberté à Séoul. Comment peut-on s'en prendre à la vie d'un semblable ? Jamais Seungkwan ne pourrait faire ça. Jamais.

« Vous savez qui est l'autre personne ?» Cela semblait difficile pour Mingyu de répondre et après d'interminables secondes, il dit : « C'est Jeonghan. Blessé sur le côté mais les médecins ont dit que ce n'était pas mortel ; elle a raté son coup. »

Jeonghan ? On s'attaquait à la futur Lionne ? Comment était-ce possible ? Comment cela avait-il pu arriver ?

« Et Seungcheol ?
– Il est parti avec les flics dès qu'il a su qu'il t'était arrivé la même chose. »

Pour une raison inconnue, à peine Seungkwan avait mis les pieds à Séoul que Seungcheol l'avait pris sous son aile. Le prince le traitait comme une petite chose fragile et innocente à protéger à tout prix ; comme le petit frère qu'il n'avait jamais eu. Seungkwan ne savait pas au début que le brun était prince, il l'avait su un an plus tard ; ça avait été un sacré choc. Mais leur relation n'avait pas vraiment changé depuis et même si leurs emplois du temps était devenu très chargés, il leur arrivait encore de se voir pour se faire des soirées pizza et jeux-vidéos. Seungkwan adorait Seungcheol et Seungcheol adorait Seungkwan ; c'était aussi simple que cela.

Plus tôt dans la journée, Jeonghan s'était réveillé dans sa chambre d'hôpital, sa blessure pansée. Avant qu'on lui laisse accueillir ses visiteurs, un médecin était venu lui faire un récapitulatif.

« Bonjour, votre Majesté. » il avait voulu répondre mais sa voix n'était pas encline à lui obéir. Il le salua de la tête. « Vous êtes arrivé ici vers une heure du matin moins le quart et à deux heures trente, vous avez été installé ici. Fort heureusement, votre blessure n'était pas profonde ou mortelle, nous avons juste eu à recoudre.
– Merci pour votre travail. Quand pourrai-je sortir ?
– Dans quelques jours, nous voudrions vous garder en observation. »

Dès que le médecin quitta la chambre, Seungcheol s'y infiltrait. Rapidement, il se dirigea vers son fiancé pour déposer un baiser urgent sur ses lèvres sèches.

« J'ai eu tellement peur. » murmurait-il en déposant une multitude d'autres baisers sur tout le visage du châtain. Il osait à peine le toucher avec ses lèvres et ses mains restaient à quelques centimètres de sa peau ; comme s'il était du verre.

« Comment a-t-elle pu oser te faire du mal ? Tu es un ange. »

Jeonghan passa péniblement un bras autour des grandes épaules de son fiancé et l'approchait de lui doucement. Seungcheol l'imita ; enfin il osait poser ses mains sur lui.

Plongeant dans la chaleur de l'un et l'autre, ils profitaient du silence de la pièce pour écouter les battements de cœur erratiques de leur moitié.

Cependant, dès que Jeonghan s'était débarrassé de sa torpeur, il avait commencé à s'agiter. Cela faisait maintenant deux jours qu'il était à l'hôpital et il ressemblait à un animal en cage. Après un énième câlin de Seungcheol, il s'était penché pour attraper son portable ; il ne pouvait plus gérer son inactivité.

« Il faut protéger la population. Ils ne peuvent pas sortir le soir, surtout si on n'a toujours pas identifié la fille. On ne peut pas avancer mon jour de sortie, Cheol ?»

Le brun se garda de dire à Jeonghan que le Roi lui-même avait demandé à allonger son séjour dans son dos. Seungcheol supposait que c'était pour le garder à l'abri.

Il passa une main dans les cheveux de son fiancé. Il savait qu'il voulait sortir juste pour se changer les idées. Car Jeonghan était comme ça, il avait du mal à confronter ses problèmes personnels. Ce qu'il ressentait à cause de son attaque en faisait partie. Seungcheol voyait bien qu'il n'était pas en bon état ; qu'il était traumatisé. Mais pouvait-il faire quelque chose ? Est-ce que Jeonghan allait parler s'il lui demandait ? Ou allait-il se renfermer ?

Il décida d'essayer. Il retira doucement le téléphone que tenait le châtain dans ses mains et annulait l'appel en cours.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? Seungcheol ! Donne-moi ça !»

Mais le brun n'obéit pas et lança à l'aveuglette l'appareil sur un fauteuil –il s'écrasait au sol. « Hanie...
– Quoi ?» Seungcheol s'assit sur le lit et déposant quelques baisers sur le visage de Jeonghan, tenta de le relaxer.

« Il ne faut pas que tu gardes tout pour toi, Chéri. Ce n'est pas bon.
– Je ne vois pas de quoi tu...
– Jeonghan. Tu as besoin de parler. De comment tu te sens et de ce que tu penses. Tu ne peux pas assurer la sécurité de la population en ayant tout ça encore en toi. »

Seungcheol enferma Jeonghan entre ses bras, dans le creux de son buste et après quelques minutes, il sentit le plus jeune se relaxer. À son tour, le châtain encerclant la taille du brun, se fondit un peu plus dans l'étreinte.

« J'ai tellement mal... » commençait-il à geindre « Ça fait mal et j'ai mal pour elle. Elle pleurait. Elle aussi, elle a mal. » Seungcheol sentit son t-shirt s'humidifier là où Jeonghan avait enfoncé son visage. « Et j'ai peur... Qu'elle fasse plus de mal encore. Pourquoi elle fait ça ?» Ses pleures s'amoindrirent. Seungcheol eut le sentiment que ça allait déjà mieux quand il croisa le regard humide de son fiancé.

« Jeonghan...
– Il faut que je la retrouve. Je n'ai pas... Je n'ai pas l'impression qu'elle fait ça parce qu'elle le veut. Elle a besoin d'aide.
– Elle a essayé de te tuer, Jeonghan ! Ne lui cherche pas d'excuse !» Seungcheol ne pouvait pas supporter que Jeonghan essaye de voir de l'innocence en cette gamine. Il voulait toujours voir le bien chez les personnes les plus sombres, quitte à l'imaginer et il avait peur que ça le mène à sa perte. « Elle ira en prison, un point c'est tout. Elle n'a pas le droit au bénéfice du doute ou je ne sais quoi.
– Mais...
– Encore une fois : elle s'en est prise à toi, elle ne mérite rien d'autre que la prison.
– C'est parce que c'est moi, que tu la déteste autant ? J'dois comprendre que si ça avait été n'importe qui d'autre, tu ne la traiterais pas comme ça ?» Jeonghan repoussa Seungcheol légèrement. Celui-ci manqua de tomber ; il dû s'extirper du lit pour éviter que cela n'arrive. « Tu ne devrais pas me traiter comme quelqu'un de supérieur, Seungcheol. Ma vie vaut autant que celle du boulanger du coin ; aucune vie devrait être supérieure à une autre. »

Si la vie de Jeonghan comptait autant pour Seungcheol, c'est parce qu'il l'aimait. Parce qu'il lui était précieux et cher. Parce que jamais il n'avait autant aimé quelqu'un ; il n'avait vécu quelque chose comme ça. Parce que personne ne l'avait autant déstabilisé et séduit. Parce qu'il n'avait jamais eu de relation aussi forte et fusionnelle avec quiconque d'autre. Parce que sa vie tournait maintenant autour de Jeonghan et il aimait ça. Il aimait se réveiller le matin à ses côtés, recevoir ses appels au déjeuner et se blottir contre lui en rentrant après une journée de travail.

« Je t'aime Jeonghan et jamais je ne pourrai te placer au même niveau que tout le monde, d'accord ? Ne m'en veux pas pour ça, s'il-te-plait.
- D'accord... Je t'aime aussi. »

Jeonghan n'avait plus dit mot depuis. Au début, il avait pensé qu'il boudait mais ses sourcils froncés et sa bouche tordue dans une moue adorable, l'informaient qu'il réfléchissait. Sûrement se rejouait-il la scène de son attaque en se demandant pourquoi elle avait fait ça, en cherchant des indices, des indications qu'elle aurait pu laisser sur les lieux après sa fuite. Puis ses yeux s'illuminèrent ; il ne pourrait pas faire grand-chose dans un lit, il devait sortir de cet hôpital. Seungcheol soupirait.

« Jeonghan, non.
– Quoi "non" ?
– Je sais à quoi tu penses et... » Seungcheol s'interrompit à la sonnerie de son téléphone, il décrocha quand il eut identifié le passeur de l'appel. « Wonwoo ? Quoi ? J'arrive. »

Il récupéra son manteau et avant de quitter la chambre de Jeonghan, vint déposer un baiser sur ses lèvres. « N'essaye pas de t'enfuir d'ici. Prends soin de toi, je pars chercher celles qui vous ont poignardé Seungkwan et toi.
– Seungkwan ? Quoi ?
– Je t'aime. »

Malgré les appels d'un Jeonghan confus, Seungcheol referma la porte de la chambre soixante et onze avant de prendre l'ascenseur le plus proche. Il devait se dépêcher pour rattraper les policiers.

Seungkwan poignardé ? Jeonghan s'extirpait des draps doucement. Il ne voulait pas rester dans cette pièce une minute de plus, il devait voir le chanteur. Il enfila du mieux qu'il pût quelques vêtements propres, une paire de baskets et se recoiffa.

« Yoon Jeonghan, aujourd'hui tu sors d'ici. »

Il ouvrit la porte de sa chambre et à peine eut-il fait deux pas en dehors qu'une infirmière vint à sa rencontre.

« Votre Altesse !» s'exclamait-elle, affolée « Vous ne devriez pas être debout ! Qu'est-ce que vous faites habillé comme cela ? Vous ne sortez pas avant trois ou quatre jours, il me semble... » alors qu'elle avait commencé sa phrase avec assurance, celle-ci s'était sur la faim, effondrée. Jeonghan sourit, ce serait moins dur qu'il ne le pensait.

Il prit un air perdu et répondit innocemment : « Ma date de sortie à pourtant été avancée à aujourd'hui pourtant...
– Ce n'est pas ce que disent les papiers, Altesse.
– Insinuez-vous que je mente, mademoiselle ?»

Tout de suite, l'infirmière paniquait. Jeonghan la forçait à se reculer en s'approchant d'elle un maximum ; elle était clairement intimidée par lui et c'était très bien.

« Sur ce, je vais y aller. Des obligations royales m'attendent.
– Oui, Altesse. Désolée de vous avoir fait perdre votre temps.
– Ce n'est rien. Pourrais-je avoir le numéro de la chambre de Boo Seungkwan ?
– Bien sûr. »

4

Plus rien n'allait au Palais Royal depuis la tentative d'assassinat de Jeonghan. Le Roi avait exigé que l'on échange les meubles de toutes les pièces. Il voulait que tout le Palais soit réaménagé pour dérouter quiconque déciderait de s'en prendre à un autre membre de la famille royale en ces lieux. Mais il était immense et il n'y avait pas assez d'employés pour ranger, nettoyer, déplacer, coordonner. Joshua avait reçu la permission de dégoter de l'aide extérieur et malgré le fait que redécorer le Palais était une merveilleuse opportunité, plus de la moitié des agences de rangements avait refusé l'offre –probablement trop intimidées.

« Bonjour, concierge royal, j'appelle pour savoir s'il serait possible que vous nous envoyer une centaine d'employés au Palais Royal ? Non ? Merci quand-même, au revoir. »

Encore un échec. Joshua supposa qu'il devrait faire avec. Il sentait que la journée allait être dure. Il passa une main dans ses cheveux et quitta son bureau pour annoncer aux employés à sa charge qu'ils ne recevaient pas d'aide extérieur pour cette mission. Il songea sortir boire un verre plus tard en soirée quand sa tête fut remplie par leurs plaintes incessantes.

« Non mais tu t'rends compte !» hurlait-il pour se faire entendre « Cinq ans ! Cinq foutues années de ma vie à étudier le design et la mode pour en finir là ! Concierge ! Je suis concierge !» Joshua bu d'une traite le fond de son verre tandis que son voisin lui disait quelque chose que la musique l'empêchait d'entendre. « Répète, Chéri ! J'comprends rien !» Joshua avait encore atterri dans l'une des nombreuses boites de nuit de Séoul. Le barman était habitué à le voir maintenant et il déposa un nouveau verre d'alcool avant qu'il ait le temps d'en demander un. L'homme s'approcha plus du rosé et son souffle réchauffant l'oreille de Joshua, lui donnait des frissons.

« Je disais : "quel dommage qu'un si jolie minois soit caché dans l'ombre d'une maison". » il le draguait ouvertement. Mais est-ce que Joshua s'en rendait compte ? Pas le moins du monde. C'est pour cela qu'il repartit de plus belle.

« Est-ce que j'ai l'droit d'me plaindre ? Non ! Parc 'que j'suis payé plus de 110 million de won* par mois (son voisin s'étouffa avec sa boisson) et l'patron est cool, il me laisse me teindre les cheveux et porter tout c'que j'veux ! Mais j'm'ennui, dans c'métier ! Et y'a toujours plein d'problèmes !»

L'homme passa une main dans son dos et l'approcha de lui. Il lui murmurait quelque chose dans l'oreille mais tout ce à quoi il portait attention était la nouvelle vague de frisson qui longeait son dos. Il aimait sa voix. Il l'écouterait bien encore un peu.

« On s'entend pas parler. Que dirais-tu d'aller dans un endroit plus calme ?» Joshua savait ce qu'il se passait et il n'allait pas s'en plaindre. Après tout, c'est lui qui l'avait approché, payer un verre et fait les yeux doux ; c'est lui qui avait un objectif en tête depuis le début, pas cet inconnu.

« Pourquoi pas chez moi ? Je suis sûr que ça va te plaire. »

Il vit les lèvres de l'homme former un sourire et il en fit de même ; il ne rentrerait pas seul ce soir.

Joshua détestait qu'on le réveil un samedi matin ; encore moins à cause d'un appel. Se défaisant des draps de son lit, il saisit son téléphone posé sur la table de nuit et décrocha.

« Quoi ?
– Oh... Je suppose que je t'ai réveillé. » répondit une voix grésillant ; c'était Seokmin « Pardon.
– Pas grave... Qu'est-ce qu'il y a ?» Le rosé se redressa et jeta un coup d'œil à l'homme qui doucement se réveillait à ses côtés. Il avait complètement oublié sa soirée dernière mais il supposa qu'elle avait fini comme les précédentes : chez lui avec un homme dont il ne connaissait ni le nom, ni l'âge à partager ses draps avec lui.

« Seungcheol te demande au palais. Réunion de crise ou un truc comme ça.
– Merci Seokie, j'arrive. »

Il déposa l'appareil en repoussant la main qui caressait son côté ; il ne jeta même pas un regard à son voisin quand il lui demanda de partir. Celui-ci protesta mais ses plaintes s'étouffèrent quand il reçut à la figure ses vêtements.

Habille-toi et va-t'en, je suis pressé. »

Mais au lieu de ça, l'homme s'installa dans une position plus confortable –un oreiller sous le ventre et un autre sous la tête. Il sourit malicieusement : « Je n'arrive pas à croire que tu sois concierge. Quel type de concierge gagne assez pour se payer un appartement pareil ?
– Le concierge royal, peut-être ?»

L'air malicieux disparut et laissa place à de la surprise, Joshua ne lui laissa pas le temps de parler plus –il en avait déjà trop dit– et le força à quitter ses draps. Face à sa propre nudité, l'homme rougit et enfilait le plus rapidement possible ses vêtements sans regarder le rosé dans les yeux. Celui-ci le guida ensuite vers la sortie et sans même lui laisser le temps d'ajouter quelque chose, lui ferma la porte au nez.

Joshua songea qu'il était temps qu'il arrête de faire ça. Il devait peut-être se poser avec quelqu'un au lieu de jouer à l'abeille qui butine de fleur en fleur. Mais qui voudrait de quelqu'un avec des horaires pas possible et un caractère comme le sien. Il avait pris conscience assez tôt de son côté autodestructeur et cela lui demandait toute la force du monde pour ne pas foutre en l'air son travail et sa vie. Ça lui avait pris un moment pour contrôler ses envies de tout rater exprès et même si Seungcheol avait connaissance de cette facette de lui, il avait fait de lui le nouveau concierge royal ; il lui en était reconnaissant. Dangereux cocktail, Joshua était aussi un éternel insatisfait ; il voulait toujours plus. Il s'ennuyait dans son travail et dans sa vie. Tout le monde autour de lui se trouvait des partenaires, obtenait des promotions ou achevait des projets de vie. Lui, il les regardait faire ; lui, tous les jours il faisait la même chose. Il avait l'impression que rien ne changeait dans son quotidien, que rien n'avançait. Très rapidement, il s'était mis à boire et à sortir. Il savait qu'il avait de jolies traits et un corps attirant ; il les utilisait pour se dégoter un partenaire plusieurs fois par semaine. C'était sa manière de mettre un peu de piment dans son quotidien, de tromper son esprit et de lui faire croire que les choses évoluaient enfin.

Malheureusement, ça ne durait pas. Dès le lendemain matin, il se retrouvait de nouveau englouti par son ennuyeuse routine.

Joshua sortit de la douche. Il essuya la buée que l'eau chaude –presque brûlante– avait créé sur son miroir. Il s'observait quelques secondes et c'est en croisant son propre regard qu'il se demanda ce qu'il était devenu. Cela aurait pu continuer un moment s'il n'avait pas remarqué la discrète marque rouge violacée qu'il y avait juste en dessus de sa mâchoire.

« Ce bâtard... » Il était sûr d'avoir spécifié qu'il ne voulait aucun suçon sur lui ; saoul ou pas, il le faisait à chaque fois. Et cet inconnu... cet abrutit avait osé déroger à cette seule et unique règle ! Joshua n'avait rien pour cacher ça –ni maquillage, ni vêtements–, comme allait-il expliquer ça à ses collègues. Toutes ces commères n'allaient pas s'empêcher de jaser et en moins d'une demi-journée, tout le personnel serait au courant !

« Si je le trouve, je le tue. »

Joshua prit sa veste, son sac et ses clés puis quitta son appartement. Il fut surpris de retrouver son coup d'un soir adossé au mur dans face ; il semblait l'attendre.

Maintenant qu'il l'observait mieux, il comprenait pourquoi son "lui bourré" l'avait choisi pour faire passer son ennui et sa frustration. Il n'était pas mal, avec ses cheveux bleus, ses jolies yeux sombres, sa mâchoire carré et sa carrure moyennement musclée. Dommage qu'il "n'utilisait" qu'une fois la même personne.

« Qu'est-ce que tu veux ?» demandait-il le plus froidement possible dans l'espoir de l'intimider.

« Ton numéro. J'aimerai bien que...
– Non. » l'homme sembla choqué mais se reprit bien vite.
« Pourquoi pas ? On pourrait prendre un café un de ces quatre.
– Je ne vois pas l'utilité de prendre un café avec toi. Ça ne me servirait à rien. »

Il le suivit au bout du couloir puis dans l'ascenseur ; Joshua prit soin de ne pas lui jeter un seul regard, il voulait se débarrasser de lui.

« Alors pourquoi m'avoir emmené jusqu'ici, hier ?
– Pour passer mon ennuie. Tu ne m'intéresse pas. » Un silence emplit le petit espace. Il semblait réfléchir à ce que lui avait dit Joshua.
« Et si... » dit-il prudemment « je t'aidais à passer ton ennuie encore ?»

Est-ce qu'il lui proposait de n'avoir que des relations sexuelles ? Quel genre de personne faisait cela ? Est-ce que ce type était si désespéré que cela ?

Joshua refusa et dès que l'ascenseur s'ouvrit, il se glissa dans la foule pour qu'il ne puisse pas être suivi par l'autre homme. Il n'allait pas tomber dans ce vice-là ; il se laissait déjà beaucoup trop aller pour en plus rajouter ça sur sa liste de mauvais choix.

Il soupira de soulagement quand il aperçut le Palais Royal. Il pourrait enfin se cacher dans son bureau.

« Monsieur Hong ?» Joshua leva les yeux de son carnet et sourit à la réceptionniste, l'invitant ainsi à continuer « On a reçu ça, à l'instant. » Il s'agissait d'un joli bouquet de lavande. Joshua répondit : « Eh bien, allez le poser sur l'une des consoles de l'aile ouest, les couleurs se marieront parfaitement. » Mais elle semblait embêtée et son inactivité agaçait Joshua.

« C'est qu'elles sont pour vous, monsieur...
– Quoi ?
– Le livreur nous a assuré qu'elles vous sont adressées personnellement. Il y a même une carte avec. »

Le rosé saisit délicatement le bouquet. Comment ça, pour lui ? Qui pouvait bien lui envoyer ça ? Il n'avait quand même pas encore passé une commande en étant bourré ? Il n'était plus si désespéré que ça ? Si ?

Il saisit la carte. Il lui fallut un moment avant de comprendre ce qui était écrit ; l'écriture était vraiment moche et irrégulière, ce n'était définitivement pas de lui-même. Il finit par la déchiffrer.

C'était vraiment super, Joshua Hong. Voici mon numéro ;) Réfléchis à ma proposition et appelles-moi !

Joshua observa la carte encore un peu avant de relever un regard étonné vers la réceptionniste. Comment son coup d'un soir connaissait son nom ? Il rangea le morceau de carton dans l'une de ses poches et prit le bouquet des mains de la jeune femme.

« Merci beaucoup.
– Sans vouloir être indiscrète, vous savez de qui c'est ?
– Oui. Mais ce n'est pas quelqu'un d'important alors pas la peine de dire à tout le monde que je vois quelqu'un. » dit-il en lui faisant un clin d'œil –il préférait la prévenir gentiment de ne pas colporter de rumeurs à son sujet.

Joshua attendit que la réceptionniste s'en aille pour attraper le téléphone fixe posé sur son bureau et composer le numéro écrit sur la carte. Il lui rester quelques minutes avant de devoir se rendre dans le bureau vert pour la réunion de crise de Seungcheol.

Après quelques tonalités, on décrocha enfin : « Allô ? C'est qui ?
– Joshua Hong.
– Oh, c'est toi !» dit l'homme à l'autre bout du fil ; il semblait heureux. Mais Joshua n'en avait rien à faire. « Je n'accepte rien du tout. Je ne veux plus jamais te voir et recevoir de bouquet de ta part...
– Donc tu travailles bel et bien au Palais Royal ! Dingue !
– Peu importe. Je ne veux plus jamais entendre parler de toi, c'est clair ?
– Hum... Non. Écoute Joshua –je peux t'appeler Joshua ? –, j'en ai marre de claquer tout mon fric pour me saouler dans l'espoir de me trouver quelqu'un pour la nuit. Je suis sûr que c'est aussi ton cas donc ce ne serait pas une bonne économie d'argent si nous nous voyons exclusivement pour ça ?»

Il n'avait pas tort et puis même si Joshua gagnait beaucoup d'argent, il n'aimait pas les petits trous que l'alcool faisait dans ses économies. Mais en même temps, il ne voulait pas ce genre de plan ; il n'avait pas confiance.

« Non. Au revoir. »

Il raccrocha.

5

Il n'avait pas fallu longtemps aux autorités pour qu'elles trouvent l'agresseur de Jeonghan ; les caméras de surveillance du Palais Royal avaient une très bonne qualité d'enregistrement, le visage de la fille était clairement visible. Malheureusement, ce n'était pas le cas de celles dans le parking où Seungkwan s'était fait agresser ; on cherchait encore son agresseur.

Dès que Jeonghan avait su pour la jeune fille, il avait tenu à la voir ; il avait besoin de la confronter, de lui demander lui-même pourquoi elle s'en était prise à lui, de se rassurer quant à sa vraie personnalité. Parce que même s'il semblait sûr qu'elle n'avait pas voulu faire ça, il restait quand même un doute. Elle était peut-être jeune mais il n'était pas impossible qu'elle eût essayé de le tuer comme elle l'aurait fait pour d'autres personnes précédemment –il espérait vraiment que ce soit la première et dernière fois qu'elle s'en prenait à quelqu'un.

Jeonghan n'avait prévenu ni Seungcheol, ni le Roi qu'il se rendait au commissariat ; il s'était faufilé en dehors de ses nouveaux appartements et s'était rendu jusqu'au parking souterrain sans être vu. Une fois qu'il avait mis les pieds là-bas, un frisson l'avait pris et une nausée lui avait tordu l'estomac ; il avait été effrayé de revivre son agression.

Parce qu'il était seul –Minghao et Junhui avaient avancé leur vol pour la Chine, il n'avait donc plus de garde du corp attitré–, il était vulnérable et plus encore à cause de sa blessure. Heureusement, son taxi était arrivé peu de temps après lui.

« Il semblerait qu'elle n'ait pas de motif particulier. » informait l'inspecteur, après avoir proprement saluer la future Lionne. Il n'avait fait aucun commentaire quant à son unique présence et l'avait mené à travers les couloir du centre policier. « Elle ne cesse de nous dire qu'elle en avait juste envie. » ils l'observaient à travers une vitre. Elle n'arrêtait pas de pleurer et elle n'avait que ses manches pour s'éponger les yeux ; elle avait les mêmes vêtements que trois jours plus tôt.

« Je veux lui parler. »

L'inspecteur sembla dérangé. « Je ne pense pas que ce soit...
– Elle n'est pas armée et elle est attachée, elle ne peut rien me faire. »

Maintenant qu'il l'observait attentivement, elle n'avait vraiment rien de menaçant. Elle était petite et chétive ; on aurait dit qu'elle pouvait se briser à n'importe quel brusquerie, s'envoler au moindre coup de vent. Quand il s'était assis face à elle, son visage s'était encore plus rempli de larmes. Jeonghan lui avait tendu une boite de mouchoir qu'il avait chipé dans la pièce précédente.

« Vous êtes en vie ! Merci... »

Cette gamine n'était pas là parce qu'elle le voulait. Jeonghan en était sûr. Elle faisait partie d'une machination qui avait un but précis ; il ne lui restait plus qu'à découvrir qui menait les ficelles et pourquoi.

Il se redressa pour être à l'aise mais grimaça quand sa plaie lui tira un peu. Il porta sa main à son côté et la brunette suivit le mouvement. Il attira son attention en disant doucement : « Tu ne voulais pas faire ça, hein ? Ce que tu as dit durant ton interrogatoire –comme quoi, tu l'avais fait par envie– est faux. »

Elle évitait honteusement son regard et son visage disparu derrière ses cheveux. Seuls les sursaut de son corps informait Jeonghan qu'elle pleurait. Cela lui brisait le cœur de la voir comme cela mais même s'il était sûr qu'elle n'était pas une menace, il se retint de se lever pour la serrer dans ses bras. Au lieu de cela, il lui tendit un mouchoir en papier ; elle le saisit fébrilement.

Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé ou bu ?

« Apporter un plat chaud et de l'eau, s'il-vous-plait. » demanda-t-il au policier présent « Pour deux. » ajoutait-il une fois qu'il eut capté son attention. Il obéit sans trop se poser de question. Il ne voulait pas contrarier la future Lionne.

La jeune fille avait arrêté de pleurer. Son petit corps frêle continuait cependant de soubresauter. Elle ne devait probablement pas être convenablement nourrie chez elle –avait-elle même un logis et une famille ?

Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que le policier revienne avec sa course. Jeonghan lui ordonna de libérer une main de la fille pour qu'elle puisse manger. « Bon appétit.
– Merci Beaucoup, Majesté. » Elle fourra une grande bouchée dans sa bouche et son visage s'illuminait instantanément.

« Je peux te sortir d'ici. Mais pour cela, il faut que tu me dises qui t'a obligé à faire ça. »

6

« Encore des fleurs ? Ce gars doit vraiment t'aimer, Josh'. »

Le rosé se retint de dire à son meilleur-ami que c'est plus son corps qu'il aimait et posa le bouquet de géranium sur le bureau de Jeonghan.

« J'en ai tellement à la maison que l'air y est irrespirable ! Je t'offre celui-là.
– Oh merci !» le châtain se pencha gracieusement sur les jolies fleurs et prit une profonde inspiration.

Joshua l'observait faire, silencieux. Jeonghan était magnifique ; il mentirait s'il disait ne pas avoir voulu sortir avec lui à un moment. Seungcheol aussi, il l'avait voulu. Cela ne lui aurait pas déplu d'être Lionne. Mais en y réfléchissant bien, Seungcheol et Jeonghan étaient faits pour gouverner ensemble ; ils étaient le contre-poids de l'un et l'autre, la représentation parfaite du Yin et du Yang. Quand il avait appris qu'ils sortaient ensemble, il s'était sentit en colère –il n'avait pu avoir ni l'un, ni l'autre finalement– mais c'était passé et il était maintenant l'un de leurs plus proches amis.

« Tu devrais lui laisser sa chance, tu ne penses pas ?
– Je n'en ai pas trop envie.
– Pourquoi ?
– Il ne me plait pas. » Jeonghan rit et rétorqua : « Vous avez couché ensemble Josh', il te plaît forcément !
– Comment tu le sais ?!»

Joshua porta une main à son cou, il avait été stupide de penser que personne ne se rendrait compte de la présence du suçon. En plus, Jeonghan avait maintenant une vue parfaite dessus puisqu'il s'était assis.

« Je sais ce que tu fais, Joshua. Je ne suis pas l'un de tes parents donc je ne donnerai pas d'avis sur ton attitude mais sache que je serai vraiment heureux de rencontrer enfin quelqu'un avec qui tu voudrais partager ta vie, que tu aimerais sincèrement. »

Il fallut très peu de temps au rosé pour atteindre la porte des nouveaux appartements du couple souverain et encore moins pour quitter le palais. Heureusement, il n'aurait à expliquer son absence auprès de personne puisqu'il avait fini ses heures de travail pour la journée. Il ne voulait pas parler de sa vie amoureuse avec Jeonghan ; avec qui que ce soit.

"Aimer sincèrement" ? Joshua pouffa de rire. L'amour sincère, ça n'existe pas. Sinon, il n'en serait pas là ; il l'aurait trouvé depuis longtemps. Et puis, est-ce que Joshua avait besoin d'aimer pour être heureux –comme on voulait lui faire croire– ? Ce n'est pas comme cela qu'il voyait les choses. Il n'avait pas besoin de se réveiller à côté de quelqu'un tous les matins, de trouver quelqu'un chez lui en rentrant tous les soirs, de recevoir des câlins et des baisers innocents ; de partager sa vie. Joshua préférait être égoïste et être préservé de tout cœur brisé.

Car ça, c'était ce qui lui faisait peur, avec l'amour.

Une relation mélangée avec l'amour donnait une bombe à retardement. On finissait toujours par se brûler les ailes, s'arracher les poumons et le cœur, pleurer jusqu'à ne plus pouvoir... Il avait vu des gens changer à cause de ça. Perdre tout appétit, pâlir, vieillir, s'aigrir ; perdre l'envie de vivre. Il n'oublierait jamais la fois où il avait retrouvé son meilleur-ami semblable à un fantôme quand lui et le prince avaient rompu ; où il l'avait agrippé par le t-shirt et avait pleuré toutes les larmes de son corps jusqu'à tomber d'épuisement. Il ne voulait pas devenir aussi minable. Jamais. Il se le refusait.

Son téléphone vibra dans sa poche. Avant de répondre, il jeta un coup d'œil à l'écran.

« Bonsoir Seokmin, il y a un problème ?» il était rare qu'il l'appelle, c'était forcément dû à quelque chose qui n'allait pas.

« Un tout petit. C'est à propos de Chan. »
Joshua monta les quelques marches devant son immeuble et tressaillit quand la chaleur de celui-ci l'enveloppait. « Comment ça ? Il te mène la vie dure ?
– Au contraire, il est très sage. Trop, même. Il ne me parle à peine !
– Tu penses qu'il est fâché contre toi ?»

L'ascenseur s'ouvrit et Joshua tapait le bouton menant à son étage. Quelques secondes plus tard, les portes en métal s'écartèrent et il sortit pour se diriger son appartement.

« Non. Enfin, je ne sais pas. Je n'ai rien fait pour, je crois... Je crois que Jeonghan lui manque et cette affaire d'agression l'a pas mal chamboulé.
– Je peux passer pour le diner, si tu... Oh mon dieu...
– Joshua ?» contrairement aux soirs précédent, il n'y avait pas seulement un bouquet devant chez lui. Cette fois-ci, il avait un bouquet tenu par un homme. Celui même qui lui envoyait des fleurs depuis le fatal soir où ils s'étaient rencontrés. « Josh', qu'est-ce qui ne va pas ?
– J'ai une urgence, je te rappelle plus tard. »

Malgré sa surprise, Joshua se débrouillait du mieux qu'il put pour feindre l'assurance en avançant jusqu'à l'homme. Il l'observa de haut en bas puis levant le plus haut les sourcils et le menton, s'arrêtait devant lui. Il lui demanda sèchement ce qu'il faisait là.

« Je suis venu t'apporter des fleurs mais je me rends compte maintenant qu'à côté de toi, elles font pâles figures.
– OK, tu as fini, Casanova ?»
Il rit au surnom que lui avait donné Joshua. « Sunjoon est suffisant.
– Sunjoon ?
– Lee Sunjoon. » Joshua avait déjà entendu ce nom quelque part mais mit cela de côté.
« Eh bien, Lee Sunjoon, puis-je savoir pour quelle raison tu es encore là ?
– Je voulais te voir. »

Ses yeux sombres se plissèrent en une moue amusée et le cœur du rosé s'emballait un peu. Il n'aimait pas le manque d'espace entre leur deux corps et cette main qui se glissait dans la sienne pour prendre ses clés. Il n'aimait pas l'autre main qui se glissait dans son dos pour l'entraîner dans son appartement tout juste déverrouillé ; le bruit des clés tombant sur une table, deux paires de chaussures laissées dans l'entrée et les vestes commençant à tomber. Il n'aimait pas aimer les lèvres qui se mouvaient contre les siennes et les mains réchauffant chaque partie de son corps. Il n'aimait pas ressentir la satisfaction que lui procurait la présence de l'autre homme et encore moins le fait qu'il se rappelait où se situait la chambre.

Il n'aimait pas l'excitation qu'il ressentait à l'idée de faire la bêtise de ne pas respecter sa propre et unique règle.

Il aimait se dire que l'amour n'était rien à côté du sexe.

11 299 mots.
Je suis désolée pour l'énorme retard que j'ai pris avant de publier ce chapitre ; la vie (et les cours) c'est acharnée sur moi et mon emploi du temps :(
Enfin bref, j'espère que ce chapitre vous aura plu et je vous souhaite un Joyeux Noël !

CuteCatMint

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