✨ Chapitre 16 ✨

Un énorme choc électrique parcourt la totalité de mon corps au moment où la tête de ma mère se détache de son corps frêle. Des spasmes de toutes sortes me secouent l'espace d'une seule seconde. La hache m'échappe complètement des mains et vient s'écraser sur le sol dans un bruit qui me paraît assourdissant dans ce silence de mort. Et le choc que je viens de recevoir s'en va sans que personne ne l'ait remarqué.

- Elle est morte ! hurle Arittan à pleins poumons, entraînant les acclamations de ses congénères.

Moi j'observe toujours la corps inerte et sans visage de ma mère. Je veux que cette image soit gravée dans mon esprit à jamais pour que, lorsque je devrais battre Arittan, je m'en souvienne et que cela me donne la force de le tuer.

« La prophétie..., je pense. Il faut absolument que je la relise une nouvelle fois pour m'en rappeler, pour mettre les choses au point ».

Heureusement pour moi, peu de temps après mon arrivée à Démonia, lorsque j'ai commencé à écrire, j'avais décidé d'y marquer la prophétie. Je voulais être sûre de m'en souvenir, de ne jamais l'oublier. Il faut que j'y pense en rentrant.

Avant de quitter l'estrade sous les yeux de tous, j'attrape la main blanche de Luciana et y dépose un doux baiser en murmurant :

- J'espère que tu seras aussi heureuse que tu le prétendais...

Une petite larme vagabonde coule le long de ma joue sèche mais je ne cherche pas à l'essuyer. Je la laisse tomber sur le sol de bois et descends les marches à la recherche de Raphaël. La foule au complet se disperse dans tous les sens et plus personne n'est présent sur l'estrade où je me trouvais avec mes frères. Les uns se bousculent, se poussent, se marchent sur les pieds tandis que d'autres se faufilent comme des serpents entre les gens.

Je tourne rapidement la tête vers le corps sans vie de ma mère mais ce que je vois c'est simplement quatre Démons en train de la remorquer pour l'emmener je ne sais où. Mais peu importe, son âme a quitté son corps, elle est devenue un Ange à présent et elle est heureuse. Enfin.

« Diana ? Tu es où ? ».

La voix de Raphaël résonne dans ma tête comme un tambour. J'ignore pour quelle raison, mais un mal de crâne se fait douloureusement sentir. J'arrive malgré tout à lui répondre rapidement :

« Je suis à côté de l'estrade... ».

Mes pensées sont affaiblis par mon mal de tête. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Mais je n'ai pas le temps d'en trouver la cause que Raphaël entre dans mon champ de vision. Lorsqu'il remarque mon état il court presque jusqu'à moi.

- Diana ? Diana ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu as ?

- Je...

J'essaie de prendre appuie sur le bois de l'estrade et m'y adosse.

- Je ne sais pas, j'ai...

Un soubresaut au niveau de mon estomac se fait ressentir, me brouillant un peu la vue.

- Je crois que... je vais vomir...

Voyant mon état, il comprend que je ne blague pas et m'emmène à l'écart de toute cette foule. J'arrive à voir que les Démons sont en train de se rassembler d'un côté et que les Endoriens font de même de l'autre.

Raphaël me ramène jusqu'à un arbre et me fait appuyer dessus. Dès que ma main a touché l'arbre, j'expulse tout mon petit déjeuner, et sûrement mon dîner de la veille, hors de mon corps. Je vomis pendant au moins une trentaine de secondes. Je vois des ombres autres que les miennes et celles de mon frère sur le sol mais je n'y prête pas vraiment attention malgré qu'une de ces personnes tient mes cheveux. Je suis bien trop occupée à calmer mon estomac nerveux.

Quelqu'un me tend une serviette et je l'attrape pour m'essuyer la bouche. Mais c'est plutôt d'un verre d'eau dont j'aurai besoin.

- Raphaël... Ramène-moi un verre d'eau de Démonia.

Il visualise en une seconde l'endroit où il peut se trouver et le fait apparaître en une autre seconde dans sa main. Magique !

Je prends le verre d'eau, en verse un peu dans ma bouche et recrache pour enlever les derniers restes du vomis. Ensuite, je finis totalement le verre d'eau mais l'amertume du goût y reste toujours...

- Merci..., je dis en me tournant vers les ombres que j'ai vu sur le sol.

Liya et Jennifer. Toutes les deux, ici, en face de moi. Elles m'avaient terriblement manquée depuis tout ce temps ! Un petit sourire timide trône sur leur visage et je m'empresse de les prendre toutes les deux dans mes bras avant qu'il ne soit trop tard, que quelque chose arrive. Ça me fait tellement de bien de les avoir contre moi !

- Vous m'avez tellement manquées toutes les deux ! Enfin de la présence    féminine !

Elles rigolent et je les reprends dans mes bras. Mais lorsque je me détache, je me tourne vers Raphaël pour lui demander :

- Ai-je le droit de revoir mes amis ?

Il secoue la tête en attrapant une feuille de l'arbre et en la roulant au passage :

- Non, tu n'en as pas le droit, enfin... Tu peux jusqu'à ce qu'Arittan le remarque...

- D'accord...

Je me mets alors à les scruter toutes les deux. Jennifer a l'air en super forme, plus musclée que d'habitude, le teint frais. Elle donnerait l'impression qu'il n'y a jamais eu de guerre et de morts.

- Jennifer ?! l'appelle un inconnu.

Elle se retourne et ses yeux pétillent de joie lorsqu'elle voit le jeune homme qui l'appelle.

- Attends, j'arrive mon cœur ! lui crie-t-elle en retour.

- C'est ton copain ? je demande, heureuse pour ma copine.

- Oui, ça fait quelques mois maintenant. Bon, je suis désolée Diana, mais je vais devoir y aller...

Elle m'embrasse les deux joues et s'en va. Je la trouve changée. C'est bizarre à expliquer. Elle ne m'a pas vu depuis des lustres et, dès que son copain l'appelle, elle court vers lui. Je trouve cela étrange mais je m'efforce de ne pas le prendre pour moi.

Mais mes pensées retournent vite à Liya. Elle a perdu du poids, ça se voit à vue d'œil, ses traits sont creusés, elle a des cernes brunes sous les yeux. Elle est dans un état pitoyable. Même ses cheveux, qui étaient magnifiquement sombre la dernière fois que je l'ai vu, sont à présent ternes, fourchus, plus du tout entretenus. Son armure me donne l'impression qu'elle pèse dix tonnes sur ses frêles épaules. Lorsque je la vois dans cette état, les larmes me montent aux yeux. J'ai l'impression que c'est mon reflet qui se tient en face de moi.

Mes yeux noirs se plantent dans les siens, verts et sans expression. Je voudrais lui dire quelque chose. Quelque chose qui lui redonnerait espoir, qui la changerait à nouveau. Mais aucun mot ne veut sortir de ma bouche. Aucun de veut franchir mes lèvres. Alors je la prends brutalement dans mes bras en fondant en larmes. Elle fait de même et nous restons là, dans les bras l'une de l'autre. On dirait des retrouvailles entre deux sœurs tellement notre ressemblance est frappante.

Je me décide enfin à parler. Je m'écarte tout doucement d'elle, pour ne pas la brusquer. J'ai l'impression qu'elle est toute fragile et qu'un coup de vent pourrait la briser. Mais au moment où j'entre-ouvre ma bouche pour en sortir un son, je croise le regard d'Arittan, à une trentaine de mètres de nous. Il me fixe, comme lorsqu'il me possède. Je comprends alors qu'il essaie de le faire. Liya tourne aussi son regard vers lui et je me précipite pour lui dire :

- Je vais revenir. Cette semaine, pendant la trêve, je vais revenir pour te voir, toi. Pas Liam, ni Jennifer, ni même Arthur. Juste pour te voir toi. Je pense qu'une conversation s'impose. Je viendrai te chercher...

Et je m'en vais, après lui avoir claqué un bisou sur la joue. Raphaël est à mes côtés et nous remontons jusqu'aux Démons. Arrivée à leur niveau, Arittan me lance un regard sombre. Entre l'interrogation et le regard noir. Autant vous dire que le résultat est plutôt bizarre. Je hausse un sourcil sans poser de questions. Il détourne vite le regard pour parler avec Ulrick. L'attitude d'Arittan est étrange... Je ne comprends pas très bien ce qui se passe.

« Mais moi je l'ai compris... », intervient mon Dragon, dans ma tête.

Je me tiens toujours aux côtés de Raphaël mais celui-ci est en grande conversation avec Clerco. C'est vraiment une sensation étonnante que d'être entourée de centaines de personnes mais de parler avec soi-même, en quelques sortes.

« Qu'est-ce que vous avez compris ? », je demande en cherchant une occupation.

« Tu n'as pas remarqué quelque chose d'étrange, de bizarre, depuis le décès de Luciana ? ».

Arittan hurle des ordres en démonien, nous incitant à remonter la colline pour rentrer. Raphaël vient automatiquement se coller à moi et j'appréhende le fait de ne pas tellement écouter la conversation.

« Une chose étrange en particulier ? », j'interroge mon Dragon.

- Ça va mieux, Diana ? me questionne Raphaël.

Je lui lance un regard un peu perdu. Être sur une double conversation, ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple.

- Oui, ça va mieux... Elle est heureuse à présent !

« Oui, il n'y a pas un geste qui t'a paru bizarre de la part d'une personne en particulier ? ».

En même temps que j'essaie de me souvenir, Raphaël décide de faire son interrogatoire de la semaine. Il ne pouvait pas faire ça plus tard ?

- Ça t'a fait du bien de revoir tes amis, ces derniers temps ?

- Euh... Ouais !

J'essaie de lui fournir des réponses fermées pour qu'il n'envisage plus de me poser d'autres questions. Malheureusement ça a l'effet inverse et il continue,m'empêchant de réfléchir :

- Tu l'aimes vraiment, Liam... Genre, c'est vraiment sérieux entre vous ?

- Si c'est sérieux avec Liam ? Bien sûr que ça l'est ! Je crois que je ne trouverai jamais quelqu'un qui m'aimerait encore, même après toutes les atrocités    que j'ai commises. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé quelqu'un...

Je rajoute bien évidemment :

- Á part ma famille, bien sûr !

Il rigole, passe son bras sur mes épaules et embrasse ma tempe. Je place à mon tour mon bras autour de sa taille et nous continuons de monter la pente de la colline. Voyant qu'il ne parle plus, je replonge dans mes pensées. Quelque chose de bizarre...

« Mais oui ! Où ai-je la tête ?! Oui, il y a bien quelque chose que j'ai trouvé bizarre. Arittan. Arittan était bizarre tout à l'heure », je m'écris en silence dans ma tête, telle une paranoïaque.

« Qu'a fait Arittan, exactement ? ».

« Vous le savez, pourquoi me poser la question ? », je dis, un peu sarcastique.

« Pour que tu puisses réfléchir par toi-même. Pour que tu puisses trouver ce que, moi, j'ai trouvé », me répond-il en toute sagesse.

Je passe une de mes mèches noires derrière mon oreille et fronce les sourcils. Je croise alors le regard d'Arittan. Le même que tout à l'heure...

« C'est bien son regard qui m'a troublée... Il n'était pas comme à l'habitude », je pense.

« Qu'est-ce qui se passait, à ton avis ? », me questionne mon Dragon.

« Quelque chose le chiffonnait. Mais c'est en me regardant que son regard est apparu ! ».

Je me rends compte que je suis sur la bonne voie et je souris de toutes mes dents. Raphaël baisse la tête vers moi, ne comprenant tout simplement pas. Tu m'étonnes ! Je viens d'assassiner ma mère et qu'est-ce que je fais ? Je souris. Normal qu'il me croit folle !

- Qu'est-ce qui se passe... ? me demande mon frère.

Mais je le coupe d'un geste sec de la main :

- Attends !

Je retourne alors à ma conversation intérieur.

« Tu as presque trouvé ! me félicite mon Dragon. Un détail l'a inquiété chez toi. Mais quoi ? ».

« Ça je l'ignore... Mais tu vas me le dire car je sais que tu possèdes déjà la réponse. Tu as beaucoup plus de connaissance et de recul que moi... ».

J'appréhende un peu la réponse mais, comme il me l'a dit, tout va changer après le décès de ma mère. Les cartes vont être redistribuée, je suppose.

« Tu as ressenti un choc électrique après le décès de Luciana, n'est-ce pas ? ».

« Oui mais... Qu'est-ce que ça signifie ? », je demande.

Et puis, un souvenir ressurgit. Arthur. Lorsqu'il a perdu sa mère, il m'avait dit qu'il avait ressenti ce même choc électrique.

« Certes, mais ce choc électrique, on le ressent à chaque fois qu'un parent meurt », je rajoute avec incertitude.

« Exactement, me répond-il. Mais, dans certains cas, il délivre de certains pouvoirs, de certains contrôles... Tu vois où je veux en venir ? ».

Je plaque une main sur ma bouche en me retenant de hurler. J'attrape fermement la main de Raphaël et l'emmène à l'écart des Démons, avant que nous rentrions dans le portail magique.

- Mais tu vas me dire ce qui se pa...

- Raphaël ! Je suis enfin libre ! je crie en chuchotant.

Il s'écarte un peu de moi, l'air inquiet, les sourcils froncés.

- Mais qu'est-ce que tu racontes, je ne comprends pas.

- Raphaël... Arittan ne me contrôle plus, je suis enfin libre... !

« Heureusement que je suis là ! ».

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OMG j'aime trop son Dragon 😏 bref bref, qu'avez vous pensé de ce chapitre ?

La suite des événements vous convient-elle ?

Sinon, merci énormément pour vos commentaires encourageant et pour vos votes réguliers 😘

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