Chapitre 18
Evie
La flamme de la bougie dessine des ombres aussi étranges les unes que les autres, je me focalise sur cette danse projetée au plafond. Je ne sais plus depuis combien de temps je suis enfermée dans cet endroit, j'ai arrêté de compter au bout des dix petits déjeuners qui m'ont été apportés. La lumière s'allume uniquement quelques heures par jour, mais je ne bouge pas pour autant de ce couchage qui me répugne. Tout est rouge comme au Mystery, une salle de bain se trouve au fond de la chambre et une armoire contenant des sous-vêtements près du lit.
Je suis vide comme une poupée de chiffon qu'on manipule et dont on fait ce que l'on veut. J'ai lutté à mon arrivée, mais à quoi bon, elle a le pouvoir alors je me suis résignée. J'obéis, je subis, je pleure, je hurle, j'insulte, je ne suis plus que l'ombre de moi-même.
Parfois, dans mes moments de lucidité, je pense à Jonah, à son avertissement concernant sa mère et puis je me souviens qu'il est de mèche avec elle. Qu'il cautionne ce qu'elle fait et qu'il ne vaut pas mieux que cette tarée.
Je sursaute lorsque j'entends ses talons résonner dans le couloir. Instinctivement, je rassemble les genoux contre ma poitrine et prie tous les Dieux qu'elle ne vienne pas pour moi. Je ferme les yeux très forts et je compte, comme je le fais toujours pour me rassurer.
Un, deux, trois...
Le silence.
Quatre, cinq, six...
Je me balance d'avant en arrière.
Sept, huit, neuf...
Le bruit de la clé qui s'enfonce dans la serrure me dit que j'aurais dû aller à l'église plus souvent.
La porte s'ouvre dans un couinement que je connais par cœur. Je sens une main ferme se serrer autour de mon bras et me tirer. Je ne résiste pas, c'est inutile. Je cligne des paupières plusieurs fois, la lumière du couloir m'aveugle quelques secondes. Je suis debout face au diable en personne, elle tient une robe rouge sang et une paire d'escarpins de la même couleur.
— Ton rendez-vous de ce soir est un peu particulier, dit-elle hautaine. Ne me déçois pas, mes clients se battent presque pour t'avoir, ce serait dommage que tu finisses dans le premier caniveau.
Lui répondre que je n'en ai rien à faire me traverse l'esprit, mais je me contente d'un hochement de tête et saisis les vêtements que je pose sur le lit. Elle attend comme chaque fois, alors je défais le peignoir qui entoure mon corps et le laisse tomber au sol. Je suis nue devant cette horrible femme qui me scrute sous toutes les coutures.
— Tes cicatrices ne sont presque plus visibles, c'est parfait. Tu as vingt minutes pour te préparer et rejoindre la chambre dix-huit.
Je soupire une fois qu'elle a franchi la porte, et m'exécute tel un robot. La nausée commence à pointer le bout de son nez, et je sais que je vais vomir au moins trois fois avant de quitter cette pièce. Le Mystery, à côté de ce qu'il se passe ici, c'est de la rigolade.
Je jette un dernier coup d'œil à ma tenue puis sors, je n'ai pas le droit à l'erreur. J'avance dans ce long couloir sordide et effrayant. Je monte les marches qui donnent sur une mezzanine, en bas se trouve une grande salle de réception, comme elle adore l'appeler. J'y suis descendue une fois, et espère ne jamais y remettre les pieds, mais je rêve, j'en ai bien conscience.
Je fais toutes ces choses machinalement c'est devenu un automatisme. Je me retrouve rapidement devant cette porte que je pousse. Je déglutis en voyant tous ces accessoires accrochés au mur, dont pour certains, je ne connais même pas leurs fonctions et je ne veux surtout pas le savoir. Les cloisons sont capitonnées, impossible d'entendre ce qu'il se passe à l'intérieur de chacune des pièces. Un bouton d'urgence est installé près de la porte en cas de problème, jusqu'à maintenant je n'ai pas eu à m'en servir, et je ne le ferais sans doute jamais. Je préfère mourir plutôt que demander de l'aide à cette femme.
Je prends place sur le fauteuil et j'attends mon client. Lorsque la porte s'ouvre, je réfrène mon envie de vomir en ne voyant pas un, mais deux hommes franchir le seuil.
— Elle est aussi jolie que sur le catalogue, dit le brun en s'avançant vers moi.
Je fais au mieux pour ne rien laisser paraître. Le blond, qui semble plus jeune que le premier, reste en retrait. Il fronce les sourcils et s'assoit sur le lit sans un mot. Le plus âgé saisit ma main pour que je me lève, il me fait tourner sur moi-même.
— Qu'en penses-tu ? dit-il en s'adressant à son ami.
— Je ne la toucherais pas, répond-il fermement.
J'ose un regard vers lui et ses yeux marron, animés d'une rage qui me déclenche un frisson, plongent dans les miens.
— Pourquoi ? s'étonne le brun.
— C'est une débutante.
— C'est encore meilleur quand elles le sont, sourit-il.
— Commence alors et si ça me tente, je vous rejoindrai, répond le blond en croisant les bras.
— Comme tu voudras.
L'homme glisse ses mains sur mes épaules dénudées. Je reste figée, mon regard toujours encré dans celui du blond. Je le vois serrer la mâchoire lorsque le brun fait descendre la robe jusqu'en dessous de ma poitrine. Son pouce et son index viennent pincer mon téton, je me mords la lèvre. Il fait de même avec l'autre et les tire légèrement vers lui.
Il saisit ma main et la pose sur son érection, m'ordonnant de la frotter. Il pousse un râle et attrape mes cheveux qu'il tire en arrière. Ses dents se plantent dans mon cou et un cri sort de ma gorge. Il me fait reculer jusqu'à la table ronde, descend le reste de ma robe le long de mon corps et m'en débarrasse en un clin d'œil.
Je me sens vulnérable, encore plus lorsque son doigt s'immisce en moi sans ménagement. Je serre les dents, la douleur est telle que c'est insupportable. J'ai mal depuis plusieurs jours à force d'assouvir les besoins de ses hommes jamais rassasiés. Il en entre un deuxième tout en râlant et je me crispe encore plus.
— Tu es aussi sèche que le désert, ma jolie, on va remédier à ça, murmure-t-il.
— Pousse-toi.
Le blond s'est levé sans que je m'en rende compte, son pote lui laisse la place. Ses pupilles brillent d'une lueur étrange qui ne me rassure pas le moins du monde.
— Viens avec moi, ma belle, m'ordonne-t-il.
Sa voix est sans appel, alors je m'exécute. Il me positionne face au mur, j'entends le froissement de ses vêtements qu'il enlève, puis je reconnais le bruit du sachet du préservatif qu'on déchire. Je baisse la tête anticipant une pénétration qui n'arrive pas. Des mouvements se font derrière moi, puis ses doigts enduits d'un liquide frais entrent en contact sur ma chair sensible. Il y va d'abord doucement, puis il me penche violemment en avant un d'un coup de reins s'introduit en moi sans ménagement.
Ses coups de reins sont brutaux, je ferme les yeux en attendant la délivrance qui ne vient pas. Il se retire et me met face à lui. Sa main se pose en dessous de mon menton pour me forcer à le regarder.
— T'es plutôt bonne, pas très expressive par contre.
Il me pousse sur le lit, je lance un regard vers le brun, qui est nu lui aussi. Son membre fièrement dressé recouvert d'un préservatif et là j'ai peur de ce qu'il me réserve. Je recule sur le matelas, mais le plus jeune me retient.
— Bouge pas, tu vas voir. Ça va être sympa.
*****
Lorsque j'entre dans ma chambre, je file directement sous la douche. Mes dents claquent pourtant l'eau est brûlante. Un haut-le-cœur arrive et je vomis le dernier repas que j'ai avalé. Je finis à genoux me vidant encore et encore alors que mon estomac ne contient plus rien. Les larmes se mêlent à l'eau, je n'en peux plus. Je suis au bout de ce que je peux endurer, je ne veux plus continuer ainsi. Je reste sur le sol, je me lave et quand ma main glisse sur mon intimité, la brûlure qui y règne est insoutenable. Quelques gouttes de sang recouvrent mes doigts avant de disparaitre avec l'eau. Cela fait trois jours que ça dure après chaque pénétration, je n'ai rien dit à Angéla. Ça passera, du moins j'essaie de m'en convaincre.
L'eau se coupe, mais je ne bouge pas pour autant, je grelotte dans un coin de la douche. Les images de ces deux hommes hantent mon esprit, sauvage, dominant, pour eux la femme n'est qu'un objet pour assouvir le besoin de mâle en rut.
Je pense à mon père, cet homme rigide et autoritaire à qui j'en ai fait voir de toutes les couleurs avec mes convictions et mon côté rebelle, toujours en désaccord avec lui. Il m'a pourtant tout donné sans jamais m'en vouloir, sauf qu'à cet instant j'imagine qu'il deviendrait fou de savoir ce que je fais pour vivre, ou plutôt survivre.
Ma vue se brouille, mes yeux se ferment, j'aimerais lutter ; or je n'y arrive pas. C'est au-dessus mes forces, je suis épuisée, alors, je me laisse aller à un sommeil qui je l'espère, sera éternel.
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