Chapitre 13
Jonah
Adossé au mur en face de la salle de bain, je fixe la porte close. Je peux entendre ses sanglots qu'elle essaie de contrôler et je suis incapable de la soulager. Ce genre de situation m'est complètement inconnu, je n'ai aucune idée de comment m'y prendre. Je passe une main dans ma tignasse et tire légèrement dessus, elle me perturbe et elle me fait ressentir des choses que je ne maîtrise pas.
Comme le fait que ma queue tressaute à chaque fois que nos peaux se touchent. Je ne bande pas, mais je n'en suis jamais loin, voilà pourquoi je stoppe tout contact lorsque ça devient trop intense pour moi. Je ne dois pas transgresser les règles, c'est ce qu'on m'a inculqué depuis que je suis gosse. Je n'ai jamais fait de vague, j'ai toujours été droit et honnête jusqu'à ce qu'il me laisse seul. Là, tout a changé en un rien de temps, ma vie est devenue un enfer. Me remémorer tout ça ne sert à rien, c'est fait et je ne peux pas revenir en arrière.
Lorsque j'entends l'eau de la douche couler, je m'écarte du mur et retrouve la cuisine. J'inspecte chaque placard, ils sont vides pour la plupart. Je ne prépare plus à manger depuis longtemps, alors que j'adore ça, de toute façon, je n'ai pas faim, mais peut-être qu'elle si.
J'ouvre le réfrigérateur, à part un citron qui a vu de meilleurs jours et un pack d'eau, il ne contient rien de plus. Je claque la porte en grognant, quand un raclement de gorge se fait entendre derrière moi. Je me tourne, elle est vêtue uniquement d'une de mes serviettes, ses cheveux gouttent sur ses épaules. Ses yeux sont rouges, sa lèvre est légèrement enflée et sa pommette a viré au bleue foncé.
— Tu aurais un t-shirt à me prêter ?
— Oui dans ma chambre.
Je reste planté derrière le bar de la cuisine qui me sépare d'elle. Elle hausse un sourcil et je ne comprends pas pourquoi elle n'y va pas.
— Je ne vais pas fouiller dans tes affaires.
— Je n'ai rien à cacher.
— Bien.
Elle fait demi-tour, alors que je saisis mon téléphone. Je suis étonné de n'y voir aucun appel de la sorcière. Je cherche sur internet une pizzeria qui pourrait nous livrer à cette heure-ci, sauf que je ne sais pas quoi commander, je ne connais pas ses goûts. La trouvant longue à revenir, je la rejoins dans ma chambre afin de lui demander ce qu'elle aime.
Je reste sur le pas de la porte, elle est en petite culotte, devant ce miroir que je fuis chaque matin. J'aperçois les marques rouges et ses doigts traçants les lignes régulières que ce fils de pute a laissés sur sa peau. J'avance d'un pas hésitant et me positionne derrière elle, son regard brillant rencontre le mien. Elle souffre et semble complètement perdue. Je pose mes mains sur ses épaules et l'éloigne de son reflet, je la fais pivoter et parcours son corps abîmé.
— Il faut désinfecter.
J'effleure une blessure du bout des doigts et mon corps réagit tout de suite. J'enlève aussitôt mon index et vais chercher de quoi la couvrir. Je lui tends une chemise qu'elle enfile précipitamment, elle peine à fermer les boutons mais je ne fais rien pour l'aider.
— Je voulais commander des pizzas, mais je ne sais pas quoi choisir.
— Je n'ai pas faim, j'aimerais juste...
Elle ne termine pas sa phrase, jette un œil vers le lit et je comprends qu'elle souhaite dormir.
— Tu peux prendre mon lit, je dormirai sur le canapé.
Elle ne se fait pas prier et se glisse dedans sans perdre de temps. Elle se met en boule en remontant la couette jusqu'à ses oreilles, un soupir d'aise franchit ses lèvres. Je l'observe durant plusieurs minutes.
— Tu as l'intention de me regarder dormir, dit-elle en se tournant vers moi.
— Non.
Je quitte la chambre et file dans la salle de bain prendre une douche. Je reste un long moment sous l'eau qui brûle ma peau, espérant effacer les images de cette maudite soirée. Ça n'était jamais arrivé qu'un client s'en prenne violemment à une des filles. Mon poing cogne contre le mur, une fois, deux fois, trois fois et je ne m'arrête plus. Une douleur foudroyante traverse mes phalanges, mais je continue encore et encore.
— Jonah ?
Je sursaute quand j'entends sa voix et je finis par distinguer son reflet à travers la paroi de douche embuée. Je coupe l'eau, attrape une serviette sur le portant et la noue autour de ma taille avant de sortir.
— Qu'est-ce qu'il y a ? répliqué-je froidement.
La brune saisit ma main meurtrie.
— Tu as mal ? demande-t-elle en frôlant mes phalanges.
— Je ne sais pas.
— Tu ne ressens pas la douleur ? s'étonne-t-elle.
— Pas quand je suis en colère.
— Tu dois mettre de la glace.
— Ça va aller, retourne te coucher.
Je me dégage et pour la deuxième fois de la soirée, je la plante dans la salle de bain. J'agis comme un vrai con, mais je ne le fais pas exprès. Je suis comme ça, c'est tout.
Je passe par ma chambre enfiler un pantalon de jogging et un t-shirt avant de rejoindre le salon. Je m'allonge sur le canapé et fixe le plafond. J'entends ses pas sur le parquet, puis le silence oppressant de l'appartement revient. Je ferme les yeux un instant, espérant trouver le sommeil.
Des pleurs me réveillent, je mets quelques secondes pour me souvenir que je suis dans le salon. Je me redresse et tends l'oreille. C'est Evie, je me frotte le visage avant de regarder l'heure sur mon téléphone. Cinq heures, j'ai réussi à dormir plus de quatre heures d'affilée, c'est une chose rare, mes nuits sont plutôt courtes et sans fins habituellement. Je me repositionne en essayant de faire abstraction des sanglots qui me parviennent, mais je n'y arrive pas.
Je me résigne et me lève pour rejoindre ma chambre. La porte n'est pas fermée alors je m'approche du lit sans me montrer discret. La lune éclaire la pièce, je distingue sa silhouette et ses épaules tressautent. Je serre les dents, je ne sais pas quoi faire, je suis démuni.
— Laisse-moi, marmonne-t-elle entre deux sanglots.
— Non.
Mon cœur bat si vite que j'ai l'impression d'être au bord de la crise cardiaque. Je prends une grande inspiration et m'assois sur le sol en m'appuyant contre le lit. Puis, je reste près d'elle sans la toucher jusqu'à ce qu'elle se calme et se rendorme. C'est une première pour moi de faire ce genre de chose, alors que ça peut paraître anodin pour d'autres.
Aucune femme n'a franchi le pas de la porte de mon appartement, aucune n'a partagé mon lit. Je n'ai jamais eu de petite amie, je n'en ai pas eu le temps et la seule qui puisse m'approcher sans que je montre les dents, c'est Léane, ma secrétaire.
Je ne connais rien aux relations normales, pour moi, les autres femmes sont toutes de la marchandise.
En dehors du Mystery, je ne permets à aucune femme de me toucher, ça me rend dingue. Si un contact doit avoir lieu, c'est uniquement à mon initiative et je ne veux rien en retour. Et pourtant parfois, je m'autorise à rêver à une vie où je pourrais en tenir une dans mes bras sans que ce soit pour la baiser sauvagement et sans envie.
❗️❗️❗️
Coucou !
Un petit mot pour vous dire que je passe, à partir d'aujourd'hui, à trois publications par semaine.
Soit le lundi, mercredi et dimanche.
J'arrive à la fin de mon côté, donc je peux me le permettre.
Des bisous 😘😘
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top