𝚂𝚎𝚞𝚕𝚛𝚎𝚗𝚎 - 𝙻𝚘𝚟𝚎 𝚕𝚎𝚐𝚎𝚗𝚍
Joyeux réveillon et Joyeux Noël ! ♡
Les légendes racontent bien des choses sur ce manoir, perdu en pleine forêt, entouré de sapin, de loups, et de neige, même en été. L'on dit qu'un sorcier a maudit, bien des centaines d'années en arrière, ce manoir, et tous ses habitants. Ainsi, il les a condamné à vivre pour l'éternité, dans la souffrance, la peine, la soif, sans jamais pouvoir s'en libérer. Mais certaines légendes racontent qu'il ne s'agit pas d'un sorcier, mais d'une sorcière, ou même encore d'une fée. Avec les années, les villageois ont cessé de savoir la vérité. Mais, ils ne s'approchent pas de la forêt, et chaque génération vient au monde dans la peur, grandit dans cette peur, et enfante dans cette même peur. Tous ceux qui franchissent la limite de la forêt sont voués à disparaitre, mourant dans d'atroces souffrances, à l'abri des regards, mais entendu de tous. C'est bercée par ces légendes que Kang Seulgi, la plus jolie jeune femme du village, a grandit, se fascinant toujours plus d'entendre tous ces récits par la douce voix de sa mère. Vingt ans aujourd'hui qu'elle les entend, vingt ans qu'elle longe chaque jour la lisière de la forêt, marchant joyeusement sur le petit muret de pierre, son sourire éclatant aux lèvres, et ses magnifiques yeux obsidiennes perdus entre les arbres. Elle sait ce qu'il s'y cache, elle sait à quel point c'est dangereux, mais un fils semble la tirer un peu plus chaque jour pour la guider vers la forêt, pour l'y faire rentrer.
-Seulgi ! Ta mère veut te voir !
La noiraude se tourne, ses longs cheveux noirs volant dans ce geste, de même pour sa robe longue, qui tombe jusqu'à ses chevilles, pour laisser ses bottines noirs à la vue de tous. Elle sourit et descend du muret de pierres, courant jusqu'à la jeune fille qui l'a appelé, lui attrapant la main une fois arrivée jusqu'à elle. Seulgi est très populaire dans ce petit village d'un peu plus de cinq cent personnes, tous la connaissant. De part sa beauté, mais aussi sa gentillesse, sa bonté, son caractère doux et brute, et sa volonté d'aider chaque personne dans le besoin. Elle passe toutes ces fins de journées à la bibliothèque, à aider le couple âgé à ranger leurs nouvelles commandes, faire le ménage et parfois même à leur préparer leur repas du soir. Et elle repart à chaque fois avec deux ou trois livres, qu'elle ramène toujours la semaine suivante. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'elle aide les enfants et adolescents du village à se cultiver, depuis cinq ans maintenant. Et la jeune fille accrochée à sa main est l'une de celle qui s'intéresse le plus aux histoires écrites dans les livres, et qui passe parfois des heures à poser des questions, ravissant Seulgi qui y répond avec plaisir, jusqu'à ce que ses parents ne viennent la chercher. La jeune femme la remercie et la regarde rentrer chez elle avant de prendre la direction de sa propre maison, saluant tous ceux qu'elle croise d'un tendre sourire. Seulgi arrive rapidement chez elle, poussant la porte avec un véritable sourire de joie, le perdant pourtant légèrement en voyant les hommes en armures debout dans la pièce à vivre, sa mère derrière la table à manger.
-Vous êtes ?
-Ce n'est pas plutôt à moi de poser cette question ?
-Kang Seulgi, je présume.
-Vous voulez une médaille ? Pourquoi vous êtes là ?
-Notre nouveau roi a demandé votre main, et vos parents ont accepté. Vous partez demain, avec nous. Sur ce, mesdames.
Seulgi ne réagit pas, se décalant seulement pour les laisser passer, son regarde ancré dans celui de sa mère. Elle referme la porte derrière eux, s'approchant ensuite très calmement vers la table, regardant sa mère s'effondrer sur une des chaises. Ils sont une famille nombreuses, de six enfants, dont Seulgi est la seule fille. Cependant, elle pensait qu'elle vivrait pour toujours ici, et non pas qu'un stupide roi ne demande sa main, et que ses parents acceptent. Sa mère lui assure qu'ils n'ont rien accepté, et qu'ils n'en avaient même aucune idée. Ces soldats sont arrivés sans prévenir pour lui dire que le roi voulait épouser sa seule fille, et l'emmener dans son royaume. Ce qui la rassure. Ses parents l'aiment, et c'était idiot de sa part d'en douter après tout ce qu'ils ont fait pour elle. Malheureusement, elle sait qu'ils ne pourront rien faire contre les gardes du roi, et qu'ils l'emmeneront, coûte que coûte. Et elle préfère mourir que d'appartenir à un homme. La nuit commence à tomber lorsque ses frères et son père rentrent de leur journée en ville. Elle attrape une allumette et l'enflamme, l'amenant ensuite jusqu'à une bougie, puis une seconde, et une troisième, sentant dans son dos la présence de son frère aîné, naît quatre ans avant elle, et un an et demi avant son second frère aîné. Elle sourit et se tourne, tombant sur un visage fermé et colérique.
-Ne soit pas fâché comme ça Allan.
-Donc je dois laisser faire ? Tu es ma sœur, j'ai promis de te protéger avant même que tu ne naisses.
-Et je t'en serais à jamais reconnaissante. Mais je sais ce que je dois faire.
-Et qu'est-ce que tu vas faire ?
-Rester libre. Tu es le seul qui sait, tiens ce secret jusqu'à ce que suffisamment de temps ne soit écoulé.
-Tu es sûre de toi ?
-Très. Je ne veux pas appartenir à un homme. Quel qu'il soit.
Allan hoche doucement la tête et s'avance, glissant ses bras autour des épaules de sa cadette, la serrant contre lui, avec tout l'amour qu'il a pour elle. Seulgi sourit doucement et lui rend son étreinte, se demandant comment elle pourra bien vivre sans eux, sans sa raison de vivre, sans ses boules de joie, sans ses frères, et sans ses parents. Mais elle sait ce qu'elle doit faire, ce qu'il faut qu'elle fasse, pour elle, pour eux. Et quand la pleine lune brille haut dans le ciel, sa petite silhouette descend aussi silencieusement que possible les escaliers, un sac sur l'épaule, un manteau chaud sur le dos. Ses yeux d'obsidienne observent une dernière fois cette maison dans laquelle elle a grandit, ses doigts glissant sur la table, y posant une enveloppe, où son prénom y est écrit, accompagné d'une rose. Et sans se retourner, elle ouvre la porte et sort, ses pas la menant sans mal jusqu'au muret de pierre qu'elle grimpe sans soucis, son corps s'arrêtant quelques secondes, le temps de vraiment comprendre ce qu'il se passe. Elle s'apprête à quitter son village, la vie qu'elle a toujours connue, pour s'avancer dans cette forêt dite dangereuse et mortelle, pour échapper à l'emprise d'un homme. Combien de femmes avant elle l'ont fait ? Combien de femmes avant elle on réussi ? Combien de femmes avant elle sont mortes pour leur liberté ? Et combien de femmes avant elle n'ont pas eu cette liberté ? Toutes ces questions envahissent ses pensées, mais aucun doute ne nait en elle. Elle lève son pied, le met dans le vide et se laisse tomber, mettant un terme à ses pensées, ses pieds s'avançant dans l'herbe avant de franchir pour de bon la lisière de la forêt, ses jambes avancent seules, guidées par son instinct qui ressent ce besoin de liberté, de vivre, de découvrir, et d'enfin répondre à cet appel, et de suivre ce fil qui la tire.
La neige commence à apparaître, la faisant doucement sourire. Ses longs doigts fins glissent le long des buissons recouverts de neige, frissonnant de froid au contact de cette dernière. Mais ça n'enlève en rien son sourire, alors qu'elle continue à avancer. Elle ne sait durant combien de temps elle marche, mais aucune fatigue ne la prend, la lune éclairant toujours son chemin, posant sur elle son œil neutre, se demandant bien jusqu'où elle compte aller. Mais même Seulgi ne sait pas où elle va. Après tout, qui sait si ce que disent les légendes sont vraies ? Peut-être va-t-elle marcher toute la nuit, sans jamais tomber sur un manoir, et arriver dans la journée à la frontière du territoire du roi. Personne n'a jamais vu ce manoir, ni ses habitants. Peut-être n'est-il qu'un simple rêve, qu'une personne a cru vrai. Et dans la nuit silencieuse, Seulgi avance toujours, ses yeux perdus dans ce décor qui s'offre à elle, enneigé, jusqu'à capter une petite lumière, au loin. Ses pas se transforment alors en course, la forêt semblant s'ouvrir pour elle. Et sans crier garde, elle glisse sur une pente de quelques mètres, atterrissant dans la neige épaisse, sans aucune égratignure. La noiraude se relève, enlève la neige de ses vêtements, remet ses cheveux en place, et regarde face à elle, ses yeux s'écarquillant se surprise. Face à elle, un immense manoir lui fait face, sombre, coloré de noir et d'argent, la fascinant. Elle s'avance donc, montant les quelques marches pour arriver jusqu'à la double porte d'entrée. Ces dernières s'ouvrent devant elle, sa bouche s'ouvre à son tour de surprise, alors que ses pieds se mettent à avancer, souhaitant se réchauffer un peu.
-Oh ! Une nouvelle tête ! Enfin, ça faisait si longtemps !
Cette voix féminine résonne entre les murs sombres, causant un sursaut à Seulgi qui regarde partout autour d'elle, des bruits de talon se rapprochant de toute part, sans qu'elle n'arrive à savoir d'où ça vient. Et soudain, apparaît devant elle une jeune femme habillée d'une robe noire avec de la dentelle tombant jusqu'au sol, ayant même une traîne. La jeune femme tourne autour d'elle, ses cheveux bruns courts volant à chacun de ses pas. Sa peau pâle et lisse met en avant la couleur rose de ses lèvres et les reflets rouge dans ses yeux visibles quand elle tourne la tête. Ses longs doigts fins aux ongles longs glissent dans ses cheveux, puis sur sa joue et enfin ouvre les pans de son manteau, poussant un cri de joie, déblatant à quel point elle trouve les bottines de la noiraude magnifique, et même sublime. Seulgi ne peut que garder la bouche entrouverte de surprise, ne trouvant en cette femme rien de la cruauté dont parle les légendes qu'elle a entendu des milliers de fois. Elle n'est que gentillesse, douceur, joie, bien qu'elle soit arrivée elle ne sait comment, Seulgi la trouve juste magnifique, avec son visage juvénile à la mâchoire en V, et ses joues très légèrement rebondies qui lui apportent un véritable charme fou. Les légendes racontent vraiment une part de faux, parce qu'il est dit qu'un monstre assoiffé de sang habite dans ce manoir. Et face à elle, ce n'est qu'une jeune femme qu'elle voit. Pas un monstre affreux qui en veut à sa vie.
-Je suis sûre que les filles vont adorer ton style. Mais excuse-moi, je ne me suis pas présentée ! À vrai dire, ça fait tellement longtemps que personne n'est venue nous rendre visite, je n'ai pas pu me retenir. Je suis Wendy, et toi ?
-Seulgi... Kang Seulgi.
-Eh bien, Seulgi, bienvenue chez nous. Suis-moi, je vais te présenter aux autre filles.
-Vous êtes beaucoup ici ?
-Oh non, nous ne sommes que quatre.
Seulgi hoche la tête et suit la brune, des bougies s'allumant sur leur passage. Un immense escalier leur fait face, et Wendy s'empresse de monter les marches, relevant à peine le devant de sa robe, attendant son invitée en haut de celles-ci, lui souriant avant de glisser son bras en dessous du sien, avançant avec un sourire immense aux lèvres. Seulgi découvre alors le premier étage du manoir, ne retrouvant en rien les détails émis par les légendes. Et très vite, elle se dit qu'il faudrait qu'elle arrête de penser à ces légendes en partie fausses. Parce que devant elle, c'est un couloir aux couleurs chaudes qui lui fait face, des tableaux présents en bon nombres, représentent des jardins, des roses, ou encore même des photographies. Elle n'a pas vraiment le temps de les observer attentivement, mais sur chacun d'entre eux, une jeune femme est présente, ou alors quatre. Sur quelques uns, elle arrive à reconnaître la brunette qui la guide, mais les trois autres, c'est un grand mystère. Sûrement sont-elles les trois autres femmes qui habitent ici, avec Wendy et dont cette dernière lui a rapidement parlé. Arrivé au milieu du couloir, la brune s'arrête devant deux grandes portes et claque des doigts, les battants de bois s'ouvrant pour laisser place à une pièce tout bonnement magnifique, qui laisse Seulgi sans mot. Elle ne peut que s'avancer, silencieusement, lentement, levant la tête vers le plafond possédant des motifs où plusieurs lustres d'or et de diamant à différents endroits illuminent la pièce. Six grands fenêtres sur le côté attirent son regard, remarquant alors les grands rideaux rouges en velour attachés de chaque côté sur les pans de mur qui séparent chaque entrée de lumière, une autre se trouvant face à la porte qu'elle vient de franchir, deux grandes colonnes venant alors se poser sur les murs de chaque côté de cette fenêtre. Les murs sont peints en noirs en haut et en bas, séparés par du beige, où sont posés quelques tableaux représentant des paysages sublimes, presque irréels.
Seulgi se perd dans ce décor, se sentant comme une jeune villageoise ayant eu cette chance unique de se rendre au bal d'un prince inaccessible. Parce que cette pièce est digne d'une salle de bal. Sublime, immense, magnifique, aux jeux lumières parfaits. Même les motifs sur le sol sont d'une beauté et d'une perfection qu'elle n'a jamais vu, la laissant presque dans une véritable extase lorsque les lustres s'allument, des sillons d'or glissant sur les murs, le sol et le plafond. Les petites statuettes présentes entre chaque fenêtre lui semblent d'une beauté plus grande encore, le travail passionné de l'artisant la frappant de plein fouet. Chacune représente un sentiment évident à ses yeux. La peine. La colère. Se perdre. La folie. Et enfin, l'amour. L'amour fou, l'amour qui fait mal, l'amour qui peut mettre dans une colère noire, et l'amour qui peut nous perdre. Cinq sentiments qui vont ensemble, et qui sont si douloureux mais pourtant nécessaires. Toute cette pièce renferme tellement de choses, qu'elle voudrait tous les découvrir, sans plus attendre. C'est comme si elle était enfin à sa place, à part entière. Comme si cette pièce l'avait attendue durant des milliers d'années, qu'elle était destinée à venir ici.
Toujours en dehors de la pièce, Wendy la regarde avec un grand sourire, deux silhouettes la rejoignant rapidement pour observer la nouvelle arrivée avec curiosité, ne se souvenant pas avoir entendu parler d'une quelconque visite. Mais peut-être est-ce enfin celle qu'elles attendaient, et qui pourra les aider à briser le mauvais sort ? Wendy sautille sur place puis rentre à son tour dans la pièce, se mettant aux côtés de Seulgi qui continue d'observer avec la même fascination toute la pièce, la sortant de ses pensées.
-Seulgi, je te présente deux des trois femmes qui habitent avec moi ici.
-Kim Yerim, enchantée !
-Park Joy.
-Kang Seulgi. Excusez-moi, je n'aurais pas dû agir ainsi.
-Oh mais ne t'excuse pas, surtout pas ! Tu es la première qui aime autant cette pièce, alors je t'en prie.
Seulgi sourit à la brune et observe les deux jeunes femmes devant elle. Park Joy, celle de gauche, cheveux longs et brun foncé, habillée d'une robe noire simple mais élégante, a la peau tout aussi pâle et lisse que Wendy, grande, fine, belle, aux courbes magnifiques, des yeux noirs aux reflets rouge, des lèvres d'un rouge pâle, le visage rond mais aux proportions tout bonnement parfaite, et le tout donne une véritable déesse. Kim Yerim, à droite, est plus petite, avec des joues plus rondes, des lèvres d'un rose pâle adorable, aux yeux d'un chocolat aux reflets rouge, et au visage tendre, souriant, tout aussi pâle que ses amie, et portant une robe blanche plus courte mais tout aussi simple que Joy. Et ses cheveux blonds font un véritable contraste avec ceux de Joy et Wendy. Même avec les siens, qui sont d'un noir profond. Seulgi les trouve, toutes les trois, magnifiques. Bien que ce soit suspect qu'elles soient ici, dans un endroit comme hors du temps, au beau milieu d'une forêt où il neige en plein printemps. Et qu'elles n'aient pas réagit à son entrée ici. Et aussi, que Wendy lui ai dit que ça faisait longtemps que quelqu'un ne leur avait pas rendu visite. Car de son village, peu son ceux qui ont été dans la forêt. Ils se comptent sur les doigts d'une main, et ont été entendu à hurler à la mort quelques heures seulement après leur départ.
-Seulgi, c'est ça ?
-C'est exact.
-Merci. Tu veux bien nous dire ce que tu fais ici ?
-Oh, bien sûr. Ce n'est rien de secret. La vérité c'est que le roi du territoire de mon village a fait venir des gardes chez moi pour me dire qu'il voulait m'épouser.
-Tu t'es enfuie ?
-Oui. Je veux être libre, pas enchaînée à un homme.
-C'est officiel, je t'adore.
La noiraude rit aux mots de Wendy, suivant ensuite les trois jeunes femmes jusqu'à un petit salon, à l'étage juste au dessus. La pièce est dans des tons rose et bleu, le carrelage mélangeant ses deux couleurs à la perfection, les canapés blanc se fondant dans le décor. Et sans qu'elle ne sache comment, quatre tasse remplies de chocolat chaud sont sur la tables basses en verre et des biscuits servis dans des coupelles rose bonbon. À son plus grand étonnement, les filles agissent comme si elle avait toujours été avec elles, d'un naturel fou. Et elle, se sent à sa place, qu'elle était enfin rentrée chez elle. Yerim lui montre sa chambre après quelques heures, lui assurant qu'elle serait bien installée et qu'elle peut y rester le temps qu'elle veut, puis quitte la pièce sans oublier de fermer la porte derrière elle. Seulgi se retrouve alors seule, dans une chambre immense composée de deux parties, dans des couleurs sombres qui lui plaisent énormément. Les murs sont gris clairs, les draps du lit d'un gris perle, et la couverture ainsi que les rideaux du lit à baldaquin, des fenêtres et les canapés d'un gris plus foncé. La jeune femme s'approche de l'armoire et l'ouvre, tombant sur des robes de nuit blanche, et une partie vide où elle range les vêtements qu'elle a pris pour quelques jours, se tournant après avoir fermé les portes avec une robe de nuit en main. Un sursaut la prend alors qu'elle croise deux billes rouge au niveau d'un fauteuil du petit salon dans la pièce, analysant alors un peu mieux la jeune femme qui lui fait dorénavant face. Légèrement plus petite qu'elle, des cheveux noirs de jais tombant de chaque côté de son visage ovale pâle, aux lèvres fines et rose, un nez rond, des yeux comme ceux des chats, et vêtue d'une robe noire aux détails plus nombreux que sur celle de Wendy, et qui la rend plus belle encore qu'elle ne l'est déjà.
-D'où viens-tu ?
-Du village de l'autre côté de la forêt.
-Oh, de Moorea ?
-Vous connaissez ?
-Je connais beaucoup de choses, Seulgi. J'espère que le lit te conviendra, bonne nuit.
Seulgi lui sourit, n'obtenant qu'un simple sourire en retour, et la regarde s'avancer jusqu'à la porte, se sentant presque triste que la noiraude s'en aille, sans même lui avoir dit son nom. La plus petite se tourne pourtant une fois la poignet de la porte enclenchée, un petit sourire aux lèvres. Et dans le silence de la nuit, sa douce voir s'élève à nouveau, transportant Seulgi sans qu'elle ne sache pourquoi.
-Irene.
Puis elle sort, refermant doucement la porte derrière elle. Seulgi sourit et se laisse tomber sur le lit, observant le plafond du lit baldaquin, se demandant bien comment elle a pu en arriver là. Ça ne fait que six heures qu'elle est ici, et elle se sent déjà si bien, à sa place. Elle se rassoit, se relève et se change, s'asseyant sur le pouf devant la coiffeuse, s'observant dans le miroir, attentivement. Elle n'a pas eu l'occasion de beaucoup s'observer dans un miroir, seulement une fois tous les deux ans, le jour de son anniversaire. Une sorte de rituel dans son village, pour chaque fille et pour chaque garçon. C'est en quelque sorte pour leur apprendre que le plus important ce n'est pas la beauté extérieure, mais intérieure. Le plus important, c'est d'être beau intérieurement. Car ça ne donnera qu'une beauté extérieure rayonnante. Alors elle attrape la brosse à cheveux et démêle ces derniers, doucement, avant de se relever pour aller dans le lit, levant la couverture pour s'y glisser et s'endormir après quelques petites minutes seulement.
Les quatre autres filles sont en ce moment même dans le grand salon rose et bleu, leurs robes noirs comme seules touches d'obscurité, buvant leur tasse dans une douce ambiance, une faible musique résonnant en fond.
-Alors ?
-Quoi ?
-Dis-nous ! Tu crois que ça pourrait être elle ?
-Je ne sais pas.
-Tu n'as donc rien ressenti ? C'est impossible. Je t'ai entendu parler avec elle.
-J'ai, peut-être, ressentie quelque chose effectivement. Mais il me faut plus de temps.
-Et donc... la malédiction pourrait etre brisée ?
-Sache, ma petite Yerim, que nous resterons à jamais ce en quoi nous avons été transformé. La différence, c'est qu'on pourra peut-être espérer avoir une vie un peu plus libre, en dehors d'ici.
La blonde fait une petite moue, se laissant tomber sur le canapé deux places, juste à côté de Joy qui lui caresse doucement la joue.
Il y a maintenant plus de cinq cent ans, ce manoir a accueillit la famille Bae, arrivée de loin pour obtenir une vie calme et tranquille, à l'écart des problèmes d'avant. Le couple était de sang royal, depuis dix ans ensemble, et peu de temps a passé avant la naissance de leur unique fille, Bae Joohyun. Elle a grandit dans l'amour, la gentillesse, obtenant une maturité très jeune, qui l'a toujours aidé à comprendre le monde. À la mort de ses parents, Irène a repris ce manoir, et trois jeunes femmes sont arrivées, trois amies, pour l'aider à entretenir le manoir et pour lui tenir compagnie. Avec le temps, elles sont devenues quatre amies, très proches. Mais la jalousie fait de vilaines choses, et une femme est entrée une nuit de nouvelle lune, les maudissant toutes les quatres à vivre pour toujours, en tant que monstres, assoiffés de sang, recluses dans la forêt où personne ne viendra. Ainsi, elle les a forcé à vivre seules, sans moyen de sortir. En demandant de l'aide à un sorcier vivant très loin d'ici, il a seulement réussi à adoucir la malédiction, leur permettant de sortir au moins de leur manoir. Mais seul un cœur pur, aimant, pourrait les aider à vivre mieux cette transformation en mort vivant aux crocs pointus. Aujourd'hui, les quatres vampires savent que ce sera à Irène de ressentir ce cœur pur et aimant. C'est donc pour cela qu'elles lui posent toutes ces questions, espérant que la malédiction prenne fin, pour de bon. Elles ne pourront pas redevenir humaine, mais si elles pouvaient au moins sortir de leur forêt, ça serait une si bonne nouvelle.
-On verra bien. Cependant, je pense qu'on est sur la bonne voie. Elle a un cœur aimant, et sa fascination dans la salle de bal prouve la puissance de sa pureté. Si ce n'est pas elle, je ne comprendrais pas.
-Ça veut dire que tu vas enfin être amoureuse ?
-C'est peut-être un peu trop tôt pour parler de ça, ma Yerim.
La plus jeune fait une nouvelle moue, tirant des rires de la part de ses amies. Après tout, ça fait plus de quatre cent ans qu'elles l'attendent. Les espoirs sont grands, et les déceptions douloureuses. Elles espèrent toutes que cette fois, Seulgi sera celle qui brisera la malédiction, pour leur permettre de reprendre une vie comme elles avaient avant, lorsqu'elles passaient parfois des journées entières en ville, à regarder les garçons pour Yerim, Joy et Wendy, et à regarder les robes pour Irène. Elle qui n'a jamais vraiment aimer la présence de la gente masculine, ça ne s'est jamais arrangé avec le temps. C'est d'ailleurs peut-être pour ça que les trois seules personnes à être venues au manoir sont des femmes. Sûrement parce qu'elle préfère les femmes. Cette longue prise de conscience a d'ailleurs bien amusé ses amies, ces dernières ne loupant jamais une si bonne occasion pour rire. Quelques heures passent avant que Seulgi ne se réveille, s'asseyant lentement, l'esprit encore bien ancré dans ce rêve qu'elle a fait. Ce rêve, il était bien trop réel pour qu'il soit faux. Ce qu'elle ne sait pas encore, c'est qu'il lui a révélé la raison de sa présence dans ce manoir, et ce qu'elle doit y faire. En attendant de savoir, elle se dit que le message sera clair plus tard, lorsqu'elle aura pris ses marques ici. Elle ne sait pas encore combien de temps elle peut rester, mais l'idée de partir lui est presque insupportable. Elle se sent déjà si bien ici, comme elle ne s'était jamais sentie ailleurs. Ses yeux se portent sur la fenêtre, remarquant alors que le jour est présent, mais faible. Les rayons du soleil ne passe pas, comme si d'épais nuages gris étaient au dessus d'eux. Et elle se rend compte que c'est le cas, lorsqu'elle se penche pour voir le ciel. Un sourire aux lèvres, et habillée convenablement, elle sort de sa chambre, traverse le couloir et descend les marches, arrivant là où elle est entrée hier. La noiraude peut donc découvrir les pièces présentes ici, à savoir une cuisine, une grande salle à manger, une seconde salle de bal, qu'elle trouve moins fascinante que celle de l'étage, un salon et enfin des cabinets avec salle de bain.
-Le lit t'a-t-il convenu ?
La jeune femme se retourne avec un petit sursaut de surprise, tombant sur Irène qui descend les marches de l'escalier, arrivant bien rapidement à ses côtés, vêtue d'une robe rose pâle cette fois. Et Seulgi remarque alors que ses cheveux ne sont pas noirs, mais bruns. Et qu'ils sont bien plus magnifiques qu'elle ne l'avait pensé hier. Elle sourit et hoche la tête, obtenant cette fois un vrai sourire de la part de la brune qui lui indique la table d'un geste gracieux de la main. Et toutes les deux, elles s'installent devant un véritable festin, Irène ne mangeant que quelques petites bouchées, observant silencieusement la noiraude manger à sa faim, échangeant quelques mots, qui deviennent des phrases au fil des jours, puis de longues discussions au fil des mois. Et bientôt, sans qu'elles ne le voient passer, c'est une année entière qui s'écoule. Une année où Seulgi a appris à connaître ces quatre jeunes femmes, apprenant ce qu'elles aiment, ou au contraire ce qu'elles détestent, s'amusant avec elle lors des soirées de bal qu'elles organisent une fois toutes les deux semaines, et passant presque toutes ses journées avec elle, à lire, à rire, à en apprendre toujours plus sur celles qui sont devenus ses seules vraies amies depuis toujours. Elle sait ce qu'elles sont, ce qu'il s'est passé en cette nuit de nouvelle lune, et ce qu'elles espèrent silencieusement d'elle. Et pourtant, Seulgi sent qu'elles l'apprécient réellement, pour elle, et que même si ce n'est pas elle qui les aidera avec leur malédiction, elles ne pourront pas la laisser partir. Et elle ne pourra pas partir non plus. Parce qu'elle s'est trop attachée à ces quatres vampires aussi différentes les unes que les autres, mais qui s'assemblent si bien, possédant une harmonie rare. Et pour dire la vérité, Seulgi serait prête à devenir immortelle aussi, si c'est le seul moyen pour elle de rester avec elles pour toujours. Quitter Irène lui serait douloureux, plus encore que de ne serait-ce qu'y penser. Comme ses parents lui ont si souvent répété cette phrase qu'elle sait pourtant si vrai. “L'amour viendra au moment où tu t'y attendras le moins”. Et bien, elle ne s'attendait absolument pas à tomber amoureuse de la source des légendes avec lesquelles ils ont tenté de l'effrayer toute sa vie, et qu'en plus, celle-ci soit une vampire.
-À quoi penses-tu ?
-Yerim ! Depuis quand tu es là ?
-Depuis suffisamment de temps pour savoir que tu réfléchis beaucoup. Je peux savoir ?
-Eh bien... Que se passera-t-il si ce n'est pas moi celle qui peut vous aider ?
-Tu n'as donc toujours pas compris ?
-Compris quoi ?
-Que tu avais déjà fait ce pour quoi tu étais là.
Seulgi se fige, regardant la blonde au sourire immense sur son visage juvénile et adorable. Comment a-t-elle pu faire ce que pour quoi elle est là, alors qu'elle n'a même pas eu conscience de le faire ? Et surtout, elle n'a pas vu de différences au fils des mois. Enfin, quelques unes par-ci par-là mais elle s'est toujours dit que c'était juste parce qu'elles s'ouvraient à elle, sans plus aucune barrières ou gêne. Alors, si elle a réussi, ça veut dire qu'elle peut rester ici, n'est-ce pas ? Et peut-être même espérer aller plus loin avec Irène ? Enfin, si cela est possible. Elle rejoint d'ailleurs cette dernière une fois la lune haute dans le ciel, la trouvant sur le balcon de la salle de bal à l'étage, dans une magnifique robe rose qui lui donne des allures de véritables princesse, l'intimidant presque. Irène a toujours dégagé quelque chose de fort, puissant, possédant une prestance imposante et pouvant faire trembler de peur avec un unique regard. Et Seulgi trouve ça magnifique. La vampire lui sourit et lui tend un verre que la noiraude prend avec plaisir, observant avec un petit sourire le décor enneigé qui s'offre à elles. Seulgi n'a jamais eu autant de fois l'occasion de voir de la neige, et elle ne compte plus le nombre d'heures qu'elle a passé à s'amuser dedans, seule ou avec ses amies.
-Comment j'ai mis fin à la malédiction ?
-Alors ça, c'est une question à laquelle je n'ai pas de vraie réponse. Le sorcier ne nous a jamais dit comment ça pourrait se faire. Comment l'as-tu su ?
-Yerim me l'a dit. Je me sens stupide de ne pas avoir vu.
-Oh, ce n'est pas de la stupidité. Ça c'est fait peu de temps après ton arrivée, on ne se connaissait pas encore si bien. C'est normal que tu n'ai pas su voir les changements.
Les deux jeunes femmes se regardent, un sourire aux coins des lèvres, et le silence s'installe, apaisant, calme. En plus d'un an, aucune des deux ne s'attendait à ressentir ce sentiment si complexe et incompréhensible qu'est celui de l'amour. L'on dit que si on ne sait pas si on ne sait pas si on aime, alors c'est que c'est l'amour. Mais peut-on dire que c'est de l'amour, si on sait ce que ce qu'on ressent est de l'amour ? Irène sourit à ce souvenir de cette réflexion germant dans son esprit quelques semaines auparavant. Mais visiblement, cela est possible. Car on ne peut jamais vraiment savoir ce que l'on ressent. Les sentiments sont trop complexes pour être compris parfaitement et sur le long terme. La brune se tourne donc vers Seulgi, un petit sourire aux lèvres.
-Comptes-tu te décider à me demander ce qui te brûle les lèvres depuis des mois ?
-Pa-Pardon ?
-Tu penses si fort que ça vient taper contre mon front. Et comme je penses aussi à ce qu'il y a entre nous, je te demande quand est-ce que tu comptes me demander de sortir avec toi.
-Oh eh bien.. tu veux ?
-Bien sûr que je veux.
-Tu veux sortir avec moi ? Pour de vrai ?
-Pour de vrai. Tu es bien la seule sur cette terre à m'avoir fait ressentir ce qu'est l'amour en quatre-cent quatre-vingt quinze ans, c'est qu'il y a des signes qui ne trompent pas.
Seulgi sourit, ressentant une joie intense exploser dans son corps, embrassant la joue de la brune dans un empressement qui fait sourire cette dernière. Après tout, elles auront bien le temps d'aller plus loin. Pour le moment, de simples baisers sur la joue seront suffisants, jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment à l'aise pour aller plus loin. Et avec un petit sourire en coin, Irène regarde sa dorénavant calice sautiller sur place, se souvenant des mots du sorcier. “Seul l'amour de ce cœur pur et aimant pourra vous libérer. Et je ne parle pas d'un amour banal, mais bien d'un amour sincère et brûlant.” Venant d'un cœur aussi pur et aimant que celui de Seulgi, Irène ne pouvait que comprendre que ce serait elle. Après tout, elles se sont trouvées dès le premier regard.
(5446 mots)
Je reviens après un peu plus de cinq mois, je suis super contente d'avoir réussi à écrire pour mes trois recueils 🥺
Ça ne veut, malheureusement, pas pour autant dire que je reviendrais aussi souvent que je n'ai pu être active sur mes recueils (notamment celui de NCT) mais je vais essayer d'écrire un peu plus ! Même avec les gros projets d'écriture que je prévois ^^
J'espère que vous passez un bon réveillon, et que si ce n'est pas le cas, que mes os pourront vous redonner un peu le sourire
Love u all <3
Joyeux Noël 💕
Kiss ! 🌺
Renjuntld ♥️
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