Quelque part
Au regard d'une société telle que la leur, un amour ne pouvait pas naître entre eux. Deux hommes aux personnalités opposées avec pour seul point commun le volley-ball. L'amour d'un sport ne pouvait suffire à créer un lien assez fort pour lier deux cœurs, seulement, quelque chose semblait les attirer l'un vers l'autre. Un regard complice, une tape dans la main après avoir marqué un point ou encore un fin sourire échanger, ces choses communes entre des coéquipiers proches, ils ne les partageaient pas. Leur relation était basée sur des liens tumultueux, bercés de disputes et d'évitements, et pourtant, il y avait quelque chose. Une petite étincelle brillait dans leur regard dès qu'ils se voyaient avant de pousser des gueulantes pour critiquer l'hygiène de l'un ou le sale caractère de l'autre. Il était impossible qu'ils puissent s'aimer. Et pourtant, à l'ombre d'un arbre, alors que le Soleil était au zénith, ils étaient assis l'un à côté de l'autre, loin des tumultes de leur relation étrange. Kiyoomi, sérieux comme à son habitude, profitait du calme de ce midi ensoleillé, pour travailler ses cours d'algèbre sans vraiment prêter une attention particulière à l'être à ses côtés. Atsumu, plus paresseux lorsqu'il n'était pas question de volley-ball, se contentait de s'avachir sur l'autre joueur, somnolant sur son épaule. Cela leur arrivait, parfois, de se retrouver à l'ombre de ce même arbre lors de la pause déjeuner pour simplement être ensemble, en silence, éloigné des autres étudiants.
Kiyoomi poursuivait ses révisions, gesticulant sans cesse pour alterner entre toutes les copies étalées autour de lui, réveillant bien vite le bel endormi. Ce dernier, ronchon d'avoir été réveillé de sa sieste qu'il jugeait méritée, décida de punir le travailleur en s'allongeant sur ses cuisses, écrasant quelques feuilles au passage. Les cuisses fermes du joueur étaient plus confortables que son épaule qui lui rentrait dans la joue. Il lui fallut juste un mouvement léger de son corps qui s'apparentait à un frémissement pour qu'il se rendorme aussitôt.
— Eh, Miya, bouge de là. J'ai du travail.
— …
Face à l'absence de réponse de son coéquipier, Kiyoomi déposa sa petite paperasse à nouveau autour de lui pour se concentrer sur le gêneur. Atsumu dormait comme un bienheureux sans même sentir le regard noir que lui lançait le brun. Celui-ci orienta le visage de l'endormi vers le ciel, détaillant quelques instants son visage.
— Quel insupportable petit… jura Kiyoomi en son fort intérieur.
Kiyoomi soupira. Il comprit bien vite que sa session révision s'était terminée à la seconde où le passeur s'était allongé sur lui. Il ne lui restait plus qu'à faire passer le temps jusqu'à la sonnerie du premier cours de l'après-midi. Et pour cela, il avait déjà une occupation sous la main. Le joueur des MSBY Black Jackal glissa délicatement ses doigts fins à travers les mèches blondes du passeur de l'équipe, dégageant son front de sa frange envahissante. Atsumu pouvait être beau parfois, enfin, surtout quand sa bouche arrêtait de sortir des mots. Aux yeux de Kiyoomi, l'expression "soit beau et tais toi", lui correspondait parfaitement. Les rares fois où il le trouvait attirant, Atsumu trouvait toujours le moyen d'effacer ses faibles pensées en se comportant comme un enfant, mais aujourd'hui, c'était différent. Le voir endormi sur ses cuisses le rendait à nouveau désirable.
Sakusa regardait l'horizon d'un air serein, tandis qu'il continuait ses caresses sur l'épaisse chevelure de son partenaire de jeu. Kiyoomi était conscient du risque d'être surpris par quelqu'un. Deux hommes ensemble dans une telle ambiance intime, cela créerait forcément des rumeurs auxquelles il ne voulait pas penser, mais il prenait quand-même le risque en laissant Atsumu dormir sur lui. Il pourrait toujours trouver une excuse pour se justifier alors pour le moment, Kiyoomi continuait ses caresses jusqu'à ce qu'Atsumu ne se tourne vers son ventre, frottant son nez contre le tee-shirt que portait l'attaquant.
— Eh… Miya, qu'est-ce que tu me fais encore ?
— Rien… marmonna le jumeau d'Osamu en attrapant la taille de son partenaire pour le câliner.
— Et si quelqu'un venait par là ? Il penserait que tu es fou.
— Fou de toi, répondit-il dans un sourire radieux.
— Non mais, tu entends ce que tu dis ? Arrête de plaisanter et redresses toi.
— Pas envie. Ton ventre est chaud, c'est agréable, et tes cuisses sont confortables. Les sportifs sont les meilleurs.
— Allonge toi sur toi-même alors, tu en es un aussi.
— Pas possible, je ne suis pas aussi souple que toi, et c'est physiquement impossible.
— Espèce d'idiot, je ne disais pas ça au sens propre. Va-t-en maintenant.
— Non, Omi-Omi est trop confortable.
Face à l'humeur enfantine de son partenaire, Kiyoomi abandonna l'idée de lutter contre lui et se laissa câliner par Atsumu. Ce dernier profita de l'occasion pour aller frotter son nez au cou de l'attaquant. Il sentait le produit nettoyant pour les mains mélangé à l'odeur de son gel douche, ce curieux mélange sur sa peau pâle sentait curieusement bon. L'odeur lui paraissait si délicieuse qu'il donna un long coup de langue sur le cou de Kiyoomi qui sursauta.
— Délicieux, pensa-t-il en se léchant les lèvres.
— Es-tu fou ?! À quoi tu joues encore ?
— Je voulais te goûter.
— Me goûter ? Arrête un peu. Et pousse-toi, je n'ai pas envie que quelqu'un se méprenne sur ce qu'il se passe.
— Oh allez, je t'ai juste léché, et personne ne l'a vu.
— Qu'est-ce que tu en sais ? Je n'ai pas vraiment envie d'être pointé du doigt car un idiot m'aura " juste léché ".
— Tu ne dis pas non quand on est dans la chambre, rétorqua-t-il boudeur.
— Je me demande bien comme je fais pour te supporter.
— Le pouvoir de l'amour, c'est évident.
Atsumu offrit un nouveau sourire lumineux à Kiyoomi qui ne lui offrit qu'un regard noir en guise de réponse. Le passeur, d'humeur taquine, retourna se nicher contre le cou de son attaquant, pour y déposer quelques baisers remontant jusqu'à sa mâchoire.
— Je suis tombé sur le pire des deux, songea Kiyoomi, une main sur le torse d'Atsumu pour tenter de le repousser.
— Omi-Omi, je peux t'embrasser ?
— Non !
— Oh allez, un petit bisou, après je te laisse tranquille. Promis.
— Je me demande encore si tu as vraiment vingt-deux ans.
— Je suis ton senpai, alors tu dois faire ce que je dis.
— Tu veux mourir ?
— On s'embrasse tous les soirs, alors c'est…
Kiyoomi avait plaqué sa main si violemment sur la bouche d'Atsumu qu'il était certain qu'il en garderait la trace une fois enlevée.
— Arrête de parler aussi fort de ce genre de choses et si jamais tu me lèches la main, je sors avec ton frère, compris ?
— N'essaies même pas de sortir avec lui alors que tu es avec moi, répondit Atsumu après avoir ôté la main de Sakusa. C'est un idiot coincé.
— Et toi tu es quoi alors ?
— Je suis plus beau que lui.
— Vous avez le même visage.
— Et pourtant c'est avec moi que tu es, c'est que j'ai un truc en plus.
— À part l'idiotie, je ne vois pas quoi.
— Tu aimes les idiots alors, Bokuto devrait faire attention.
— Bokuto-san est en couple avec Akaashi-san.
— Les idiots ont vraiment la côte auprès des beaux mecs alors.
Cette remarque fit sourire Kiyoomi contre son gré. Il avait l'impression d'avoir perdu une bataille face à Atsumu en riant de sa bêtise, mais il avait raison. Il avait un faible pour les idiots blonds comme lui.
Après quelques instants, Atsumu vint coller son front à celui de Kiyoomi, fixant ses lèvres avec désir. Il connaissait leur douceur et elle l'appelait. Le passeur glissa son pouce sur elles, il en avait tant envie.
— Omi-Omi… juste un…
— … D'accord.
Cédant enfin à ses avances, ce fut Kiyoomi qui embrassa l'autre le premier. À quoi bon lutter, il en avait envie lui aussi. Il adorait cet idiot que la société lui interdisait d'aimer.
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