10. Mais arrête de bouger !
J'ouvris doucement la porte de chez nous, et tendis l'oreille, aux aguets. Mais il n'y avait personne. Mes parents étaient bien partis faire des courses. Mais je ne savais pour combien de temps, alors je devais faire vite. Aussitôt, je me retournai, et passai mes bras sous les aisselles du jeune homme blessé pour pouvoir le traîner jusque dans la maison. Je l'avais enveloppé dans mon manteau, et amené jusqu'ici avec difficultés. Mais le plus difficile était fait. Je le laissai au bas des escaliers, et retournai fermer la porte d'entrée. Par miracle, il n'y avait aucune traînée de sang sur le sol.
Je retournai vers lui, et le tirai de toutes mes forces pour lui faire gravir les marches. Mais c'était réellement un poids mort. Je m'arrêtai au milieu de l'escalier, le laissant reposer sur les marches, pour souffler un peu, et m'étirer le dos. Je ne le pensais pas si lourd ! Si seulement il pouvait se réveiller pour m'aider ! Mais non, il semblait bien endormi, ou évanoui. Je m'assis un instant sur les marches, et en profitai pour le détailler. Il avait les traits assez fins, pas de barbe, les lèvres pleines, une petite bosse sur le nez, et une cicatrice sur le sourcil gauche. Et c'était un loup. Enfin, je l'avais déduit. Mais c'était pourtant impossible ! Ça n'existait que dans les livres ou les films ! Et pourtant, il ressemblait beaucoup trop au loup noir pour que ce ne soit qu'une légende. Mais si c'était vrai... Il ne guérissait pas tout seul, comme dans Twilight ? Il n'aurait pas dû déjà se réveiller et repartir ? Aussitôt, je me ressaisis. Bon sang, j'étais vraiment en train de penser que ce type était un loup-garou ?! Mais j'étais devenue complètement folle ! Ce devait être la solitude qui m'embrouillait l'esprit.
J'hésitai un instant, puis enfonçai un doigt dans sa joue. Il n'eut aucune réaction. En soupirant d'énervement, je me relevai pour l'amener enfin en haut de l'escalier. Une fois à l'étage, je le traînai jusque dans la salle de bain, et le fis rentrer avec difficultés dans la baignoire. Je lui enlevai délicatement mon manteau, évitant de trop regarder son corps nu, et fis couler de l'eau chaude pour le réchauffer. Je ramenai mon manteau dans ma chambre, puis retournai dans la salle de bain et m'enfermai avec lui dans la pièce. Je sortis, en surveillant le niveau de l'eau, une pince à épiler, des compresses, de l'antiseptique et des bandages. J'allais devoir lui enlever la balle de l'épaule si je voulais que ça cicatrise, j'avais vu ça dans les films. Mais entre voir à la télévision, et le faire... Il y avait une énorme différence.
Je fermai le robinet, et m'agenouillai à côté de la baignoire. Je redressai l'inconnu pour pouvoir avoir accès à son épaule, et lui tapotai les joues afin de voir s'il se réveillait. Mais non. En soupirant, j'imbibai un coton d'antiseptique, et le passai délicatement sur son épaule. Je vis ses paupières se plisser, mais il ne sembla pas reprendre connaissance. Les mains tremblantes, je pris la pince à épiler, et sentis les battements de mon cœur s'accélérer. Ma peau devint moite, mais je serrai la mâchoire et approchai la pince de son épaule. Le tremblement de mes mains s'intensifia, mais je me fis violence pour enfoncer l'outil dans sa peau à la recherche de la balle. Je la sentis soudain, butant contre le métal. En bloquant ma respiration je la pris entre la pince, et tirai d'un coup sec. Il y eu un horrible bruit de succion, et je me sentis à deux doigts de vomir. Je lâchai tout pour plaquer mes mains sur la bouche en fermant les yeux de toutes mes forces. J'allai y arriver. Le plus dur, et cette fois c'était vrai, était passé. Rien ne pouvait être pire que d'enlever une balle d'une épaule d'un inconnu, qui était dans mes délires de folle un loup-garou. Rien. A part, peut-être, que mes parents ne rentrent et ne me découvrent enfermée dans la salle de bain avec un parfait inconnu.
Je m'acharnai à respirer calmement. Lorsque je sentis que ma nausée était passée, je rouvris les yeux, et tombai face à deux prunelles noires qui me fixaient avec haine. J'étais tellement surprise qu'il soit réveillé que je restai un instant à le dévisager, la bouche ouverte. Mais soudain, une grimace de douleur tordit son visage, et je repris le contrôle de moi-même. Je m'écriai, tendant mes mains tremblantes devant moi, mais sans oser le toucher :
« - Non, ne bouge pas ! Je vais... »
Je baissai la tête, et fouillai dans la pile de produits pharmaceutiques l'antiseptique et un coton. Je l'imbibai, puis le tendis vers l'épaule du jeune homme, mais il se dégagea d'un mouvement du buste. Ce faisant, il bougea son épaule, et un gémissement de douleur lui échappa. Je m'énervai à mi-voix, appuyant sur son torse pour l'empêcher de bouger afin de désinfecter la plaie :
« - Mais arrête de bouger ! Comment veux-tu que je te soigne si tu bouges tout le temps ?
- Je t'ai jamais demandé de me soigner, espèce de... »
Il ne termina pas sa phrase, car je levai un regard furieux sur lui :
« - Si tu veux, je m'arrête là et je te laisse crever dans ma baignoire, ça te va ?! »
Il resta silencieux, la mâchoire serrée, et le visage fermé fixé sur moi. Enervée moi aussi, je terminai de désinfecter, puis bandai son épaule avec des compresses et des bandages.
Puis je m'écartai, et il me lança un regard si sombre que je crus un instant être de retour dans la forêt, face au loup noir qui me dévisageait avec la même haine. C'était lui, j'en étais sûre ! Je le savais au plus profond de moi. Ma respiration se heurta, et je tournai brusquement le visage, me baissant pour feindre de ramasser ce que j'avais éparpillé par terre. Mais mes mains tremblaient tellement que je ne réussis qu'à tout répandre encore plus dans la pièce. Sans réfléchir, je me levai en balbutiant :
« - Je... Vais chercher des vêtements. »
Je me précipitai hors de la pièce, et courus me réfugier dans la chambre de mes parents. Tremblant de tous mes membres, je me laissai glisser le long de la porte. C'était pourtant impossible ! Les loups-garous n'existaient pas ! Non, ce n'était juste qu'une énorme coïncidence. Je devais me calmer. J'étais ridicule. J'inspirai un bon coup, puis me relevai pour prendre un pantalon, un pull et un caleçon appartenant à mon père. Je me pinçai le bras pour ne pas trembler, et ressortis de la chambre pour retourner dans la salle de bain.
L'inconnu était toujours dans le bain, une grimace sur le visage. Je posai les affaires dans le lavabo, et sortis une serviette. Il me regardait faire avec mépris, et ses airs hautains commençaient vraiment à m'agacer. Je lui avais sauvé la vie, bon sang ! Le minimum, c'était au moins d'être reconnaissant ! Enervée, je lui tendis la serviette à bout de bras. Il la fixa d'un air amusé, avant de relever le visage vers moi :
« - C'est quoi ça ? »
C'était la première phrase qu'il m'adressait sans méchanceté. Et sa voix en était transformée. Elle était assez grave, et étonnamment sensuelle. J'inspirai profondément, et répondis d'un ton qui se voulait posé :
« - Une serviette. Pour t'essuyer avant de t'habiller.
- M'habiller ?! »
Sa voix était redevenue méprisante. Furieuse, je m'écriai :
« - Ecoute, tu vas arrêter de faire des histoires, prendre cette serviette, et t'habiller, ok ? J'en ai assez de tes remarques ! Je viens de te sauver la vie, et tu me remercie comme ça ? Mais j'aurais pu te laisser mourir dans la forêt, tu le comprends ça ?! »
Le jeune homme me jaugea du regard, puis eut un soupir mi-amusé, mi-énervé. Puis il se releva doucement pour attraper la serviette. Aussitôt, je fermai les yeux en rougissant, et le sentis s'essuyer. Jamais je n'avais été seule avec un garçon nu.
Soudain, je l'entendis gémir de douleur. Je rouvris les yeux pour voir qu'il avait passé le caleçon et le pantalon, mais qu'il avait du mal à enfiler le pull à cause de son épaule blessée. Sans réfléchir, je me rapprochai de lui pour l'aider à s'habiller, et agrippai le haut de son pullover. Mais il émit un grondement menaçant qui vibra dans sa gorge en me foudroyant du regard, et je sentis la terreur me submerger de nouveau. Le loup noir émettait exactement les mêmes bruits. Je reculai instinctivement, la peau moite et les mains tremblantes, et entendis soudain la porte d'entrée s'ouvrir. Mes parents !
Je pris aussitôt l'inconnu par le bras, sans faire attention à ses protestations, et lui plaquai une main sur la bouche :
« - Tais-toi ! »
J'ouvris la porte de la salle de bain, et sortis la tête de la pièce pour regarder en bas des escaliers. Mes parents étaient occupés à rentrer les sacs. Je ne voyais que ma mère, qui fixait le sac réfrigéré d'un air absent. Mon père devait être dehors, occupé à décharger la voiture. Ils ne faisaient pas attention à moi, alors je tirai le jeune homme en dehors de la pièce, et le fis entrer dans ma chambre. Je pointai un index sous son doigt :
« - Ne fais pas de bruit ! »
Et je ressortis de la pièce en fermant bien la porte.
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Voilà, on entre tout doucement dans le vif de l'histoire... ^^ Et cet inconnu n'est pas très commode, n'est-ce pas? xD
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