Chapitre 43 - Ce n'est pas au vieux singe que l'on apprend à faire la grimace
Après avoir passé le reste de la soirée à expliquer à Alice ce qu'était qu'une « mégère », Olivier la coucha avant de me rejoindre avec son air mécontent.
— Tu exagères, vraiment.
Je n'ai pourtant rien fait et puis tu n'étais pas là. C'est toujours facile de critiquer quand on n'est pas témoin de la scène.
— Vais-je être punie ? Ouh ! Avoir le droit à la fessée ?
— Ne me tente pas.
— Oh arrête avec ton air de petit garçon boudeur, ça m'a échappé, c'est bon. Demain elle ne s'en souviendra même pas. Là, elle doit être au pays des licornes et des princesses.
Il se laisse tomber sur le canapé à côté de moi avant de soupirer.
— J'aimerais bien qu'un pays comme ça existe.
— Ah non, on s'emmerderait.
—Tu crois ?
— Ouais, on serait obligé de s'aimer et de dire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Pas mon truc.
— C'est quoi ton « truc », Philippine ? Râler toute la journée ?
— Là, c'est toi qui exagères, je n'ai pas « râlé » depuis un bon bout de temps. Je me suis assagie.
— Waw ! Philippine est devenue une adulte respectable.
— Presque respectable, je dirais.
— Tu sais ce qui serait moins respectable ? C'est de profiter de ton tapis, comme la dernière fois.
— Houlala, Monsieur Joyeau, vous n'êtes vraiment pas un adulte respectable, vous, par contre.
— Il m'est difficile de l'être avec une voisine pareille.
— Quel genre ?
— Le genre qui vous rend fou. Le genre qui n'en fait qu'à sa tête et qui met le monde à ses pieds.
— Si c'était le cas, j'aurais demandé au propriétaire de mon appartement de réparer ce trou béant dans la cloison. Je vais attraper froid avec la saison fraîche qui arrive. Mais bon, c'est un homme difficile.
— Quoi ? T'es gonflée de dire ça !
Il se redresse subitement tandis qu'il commençait à se pencher au-dessus de moi avant de me fusiller du regard. Je ne peux m'empêcher de lui attraper la joue droite et de tirer dessus comme le faisaient les grands-mères.
— Aïe !
— Ne fais pas cette tête, tu n'es pas si moche.
— Je te remercie.
— Au fait, pourquoi tu m'as pris mon appartement ? Tu pouvais très bien prendre celui-ci, non ?
J'aperçois un léger rictus faire le bout de son chemin sur son joli minois.
— Parce que.
— Tu sais que « parce que » n'est pas une réponse ?
— Si je devais te donner les raisons de ma motivation, rien de tout ça n'aurait servi à quoi que ce soit.
— Ah donc tu as bel et bien un but obscur ?
— Depuis le début, ma chère. Depuis le début.
— Donc depuis le début, tu te fous de ma gueule ?
— Non, j'attends.
T'attends quoi ? La Saint-Glinglin ?
— Si t'attends qu'il neige, tu peux toujours attendre.
— J'attends la réponse à ma question.
— Je ne me souviens pas que tu m'aies posé la moindre question avant de te saisir de mon chez-moi.
— C'est normal... Je joue sur le long terme, moi, ma petite dame.
— Tu me fatigues, je vais me coucher.
Je me lève au moment même où il allait m'embrasser, lui mettant un vent spectaculaire dans un petit ricanement.
Les deux jours suivants, on a dû faire attention à nos moindres faits et gestes quand Alice était dans les parages.
Puis, une fois que le moustique est enfin parti, j'ai été soulagée de pouvoir reprendre mes bonnes vieilles habitudes.
Jusqu'à être réveillée par un cri, ou plutôt un grognement.
— Fais chier, putain !
En passant la tête par l'encadrement séparant nos deux appartements, je trouve Olivier à quatre pattes sous son évier de cuisine, de l'eau jusqu'aux genoux.
— Sympa, la vue. Problème de plomberie ?
— Non, j'inonde ma cuisine par pur plaisir de créer une piscine intérieure !
— Dans ce cas, je te laisse jouer à « Alerte à Malibou » tout seul avec ton boxer rouge.
Et moi qui venais gracieusement t'offrir mon aide. Tant pis. Débrouille-toi.
— Attends, attends, attends !
Ah ! Ah ! Je savais que tu ne tiendrais pas dix secondes.
— Dans tes nombreux talents improbables, tu ne saurais pas comment réparer un évier ?
— Ça dépend, combien tu me payerais pour le faire ?
— Philippine !
— Ah bah oui, hein ! Tout travail mérite salaire. T'as cru que j'étais Mère Thérésa pour faire ça gentiment ?
— Je croyais en l'existence de Sainte-Philippine, pourtant.
— Si tu connaissais ta religion, tu saurais que même Dieu s'est reposé le dimanche.
— En fait, t'es en train de me faire perdre mon temps pendant que mon appartement continue d'être trempé, c'est ça ?
— Oups, je suis démasquée.
Je me contente de rester pencher sur le comptoir à le regarder galérer. Je suis étonnée, je pensais que le bricolage comme le jardinage était inscrit dans l'ADN masculin, mais il faut croire que non.
— Holala ! J'ai de l'eau jusqu'aux orteils.
— Arrête, tu me stresses.
C'est jouissif.
— T'es sûr que tu ne veux pas un coup de main ? Tu sais que c'est une proposition avec une date d'expiration... trois... deux...
— Ok ! Ok ! Ok ! T'as gagné ! Tiens, la clé. Je te payerais ce que tu veux après.
— Je ne sais pas ce qui est le plus regrettable, ce que tu viens de dire ou cet évier visiblement cassé.
Allant dans le couloir, j'ouvre la porte menant aux valves d'eau et ferme celle de son appartement sous son regard surpris.
— Déjà, il aurait fallu commencer par ça. Apprends les bases, mon petiot, je vais t'enseigner comment un homme, un vrai, doit se comporter.
— Tu n'aurais pas dû regarder Le Parrain hier soir, Philippine.
— Hé ! S'ils avaient fait « La Marraine », ça aurait eu vachement plus d'impact. En attendant... mama Philippine va t'enseigner l'art du bricolage. Donc, assieds-toi et prends des notes.
J'attrape la clé dans sa boîte à outils et me mets à l'œuvre avant d'aller chercher des joints dans ma propre boîte.
— Attends, j'ai une idée.
Olivier attrape son téléphone sur le comptoir et lance la chanson éponyme de la série « MacGyver » tout en me regardant avec un grand sourire.
— Je devrais prendre ça comme un compliment...
— Je vais t'offrir un couteau suisse pour Noël.
— Non merci, épargne-toi cet achat.
— Tu sais, Philippine, normalement, un cadeau ça ne se refuse pas tant que ça vient du cœur.
— M'en fou. Si c'est un pull de Noël avec des lutins dessus, je le refuse. Si c'est une vieille babiole pour mon anniversaire, je refuse. Des fois, juste une carte avec un petit mot, ça suffit.
— C'est vrai, de l'encre, ça ne coûte rien.
— Bon, file-moi un coup de main au lieu de me mater le cul.
— Qui te dit que...
— Ce n'est pas au vieux singe que t'apprendras à faire la grimace.
Il y a des domaines où je reste maîtresse incontestée, qu'est-ce que vous croyez ? Que je me ramollis avec le temps ? Que nenni, les amis, c'est juste une courte pause avant de revenir à qui je suis vraiment.
Et croyez-moi quand je vous le dis... vous n'êtes pas prêts.
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