• Ch.2 - Reprogrammation •
Je me réveillai difficilement, un mal de tête étrange me submergeant. Je remarquai que j'étais à nouveau dans une pièce plongée dans le noir. L'homme devait sûrement m'avoir transférée ici ; il me restait juste à savoir pourquoi.
Alors que je tentais de me lever de ma chaise, je retombais durement sur celle-ci, en manquant de la faire basculer en arrière. Mes yeux ne s'étaient pas habitués à l'obscurité mais je ne devinais que trop bien les sangles qui emprisonnaient mes bras aux accoudoirs.
Je grognai : ça n'en finira donc jamais? Qu'est-ce qu'ils me voulaient? Au même instant, j'entendis quelqu'un frapper dans ses mains, et je fermai les yeux, par instinct. A travers mes paupières closes, j'aperçus que la pièce baignait à présent dans une forte lumière.
Doucement, j'ouvris les yeux et découvris l'homme aux cheveux grisonnants. Il était assis devant moi avec une table nous séparant. Il n'avait pas l'air d'être ébloui le moins du monde, ce qui m'étonnait.
– Vous êtes là depuis combien de temps? assénai-je.
– Depuis le début.
– Depuis que vous m'avez endormie?
– Tout juste.
– Vous m'observiez pendant que je dormais ? Vous savez ce que vous êtes?
– Je suis la personne qui vient de te sortir du labyrinthe, déclara-t-il, dans le plus grand des calmes.
Je serrai la mâchoire : il avait raison. Subitement, je me rendis compte qu'il avait un avantage sur moi : il connaissait mon nom, alors que je ne connaissais pas le sien.
– Et comment vous appelez-vous?
– Janson.
– Vous faites dans l'original, j'ai l'impression. Mais je pense plutôt vous appeler l'Homme-Rat, ça sonne mieux, crachai-je.
Janson rit faussement :
– Tu te crois maligne, pas vrai? Alors dis-moi pourquoi tu es ici, dans cette pièce.
– Parce que j'ai frappé l'un des vôtres.
– Tu es différente, Emilie. Tu es plus forte et dangereuse que les autres.
– Arrêtez d'essayer de m'amadouer avec vos belles paroles, ça ne marche pas sur moi, affirmai-je en levant les yeux au ciel.
– Je n'essaie pas de t'amadouer, je veux simplement te faire comprendre le rôle que tu joues dans cette histoire.
– Quelle histoire? Je croyais que c'était fini. Les Créateurs ont tous été tués.
L'Homme-Rat secoua la tête, un sourire énigmatique sur les lèvres ; comme s'il savait quelque chose que j'ignorais.
– Tu penses sérieusement que tout est fini? Que nous aurions pu être assez stupides pour nous laisser tuer?
– J'en ai plus qu'assez de toutes vos histoires! Au bloc, on nous avait dit que nous étions en sécurité et que le danger était dans le labyrinthe, mais c'était faux! m'insurgeai-je.
Janson ne répondit rien, mais il m'incita à continuer d'un bref signe de tête.
– J'étais le danger, et je le suis toujours. Par ma faute, mon frère a été capturé par WICKED et Minho est mort. J'ai du sang sur les mains, et quoi que vous puissiez me dire, ça n'y changera rien. On ne peut pas effacer le passé.
– C'est pourtant ce que WICKED a fait.
– Quoi?
– Avec vous, les blocards. Ils ont effacé votre mémoire, votre enfance et votre histoire, argua-t-il.
– Et alors? Peut-être que je n'ai pas envie de la retrouver, ma mémoire, de toute manière.
– Tu n'as pas envie de savoir qui sont tes parents Emilie? me questionna-t-il, suspicieux.
Je fronçai les sourcils : qu'était-il en train de faire? Qu'essayait-il de me dire?
– Je n'en ai rien à faire de mes parents. Ils sont déjà morts à mes yeux, le défiai-je, les dents serrés.
– Intéressant...
– Bordel, bouclez-la si c'est pour dire une connerie pareil! Vous vous prenez pour un foutu médecin alors que vous n'êtes rien de plus qu'un meurtrier! Un putain d'assassin.
Janson inspira et expira calmement, comme si mes mots ne l'avaient pas le moins du monde affecté. Puis, un éclair passa dans ses yeux. Il se leva brusquement et plaqua ses mains à plat sur la table dans un bruit assourdissant. Je me retenus le plus possible pour ne pas grimacer à cause du bruit.
– Emilie, mon enfant. Tu es tellement naïve, comme tu l'as toujours été. Tu as toujours cru être à l'abri du danger, tu as toujours imaginé que n'importe quel problème avait une solution. Tu pensais être la favorite, la meilleure, la parfaite petit combattante. Si seulement tu savais à quel point tu m'horripiles.
Je me penchai en avant le plus que je pus. En le fixant droit dans les yeux, sans même ciller, je le provoquai, pleinement consciente des risques que je prenais :
– Alors, qu'est-ce que vous attendez pour me faire ma fête? Espèce de dégonflé.
Janson recouvrit un peu de lucidité en entendant ma voix. Il se redressa et se rapprocha de moi pour poser ses mains sur mes épaules.
– Je serai plus intelligent que toi sur ce coup-là, fais-moi confiance.
Je fulminai. Au fond de moi, j'étais perdue dans le noir, sans parvenir à trouver la moindre sortie. Tout était flou. Je ne me souvenais de rien, bien évidemment, mais je ressentais comme un sentiment de perte et de défaite. Pour la première fois, j'avais l'impression de couler, et de ne pas avoir de bouée à laquelle me raccrocher. Parce que ma bouée répondait normalement au nom de Minho, ou de Newt.
– Vous comptez me tuer maintenant?
– Non, bien sûr que non. Tu as beau être une peste, tu n'en es pas moins une Immune avec un bon nombre de qualités. Comme l'emprise que tu as sur les autres.
– L'emprise que j'ai sur les autres? Vous voulez que je manipule mes amis? m'étranglai-je, surprise.
L'Homme-Rat croisa les bras sur sa poitrine, me considéra de bas en haut puis se détourna de moi, comme si la simple vision de moi le répugnait soudain.
– Tu es quelqu'un de perspicace Emilie, ça ne fait aucun doute. Mais crois-moi, tu n'auras même pas besoin de te soucier de ton rôle dans la phase 2, tes moindres faits et gestes sont déjà décidés depuis longtemps.
Une lumière s'éclaira dans mon esprit mais, prise d'une bouffée de chaleur, ma tête bascula subitement en arrière. Je restai de cette manière, comme coincée entre deux états, ceux de la conscience et de l'inconscience. Que m'arrivait-il bon sang?
Des pas se rapprochèrent de moi, ceux de Janson. Je ne le voyais pas à proprement parler mais je pouvais entendre sa respiration rauque et accélérée.
– Mais quelle bande d'incompétents!
– Qu'est-ce q-qui m'arrive? J-je comprends plus...
L'Homme-Rat rejoignit son fauteuil respectif et s'y installa puis je l'entendis ouvrir un tiroir et fouilla pendant quelques longues secondes qui me parurent durer une éternité.
– J-janson... Vous me devez d-des explications...
– Un peu de patience Emilie. Ta reprogrammation ne devait pas arriver aussi tôt, nous n'avions pas fini de discuter.
– Je ne s-suis pas un foutu r-robot.
Il lâcha un rire jaune.
– Je ne l'avais encore jamais entendu celle-là, bien joué.
Les bruits de recherche cessèrent d'un seul coup, laissant un silence éloquent prendre place. Janson ne tarda pas à le briser en élevant la voix:
– J'ai enfin trouvé ce que je cherchais. Tu vas gentiment rester calme et ne pas bouger, ça va peut-être piquer un peu.
J'ouvris grand les yeux, prise d'une terreur monstre. D'ordinaire, je n'étais pas très sensible aux menaces du genre mais je sentais dans son ton que je n'allais pas simplement avoir mal, j'allais souffrir et il faudra aussi subir les conséquences.
Avant même que je n'ai pu prononcer un mot, Janson était arrivé devant moi et enfonçait dans mon cou une longue aiguille. L'effet fut immédiat et conséquent; une explosion de douleur naquit à l'endroit où elle avait percé ma peau. J'étais tout bonnement paralysée, mon corps était crispé de la tête aux pieds et j'avais l'impression que mon cou enflait de plus en plus, m'empêchant de reprendre mon souffle. Alors que ma tête reprenait petit à petit sa posture initiale, mon supplice cessa aussi rapidement qu'il avait débuté.
J'étais en sueur. Jamais je n'avais ressenti une plus profonde souffrance que celle-ci.
– Tu vois, ce n'était pas si terrible?
– Vous plaisantez, j'espère? Je devrais vous la faire bouffer votre foutue aiguille pour ce que vous venez de me faire vivre.
– Crois-moi, ce n'est que le début.
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Merci d'avoir lu <3
– Bisou mes griffeurs ♡
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