Lettre 4. Solitaire au métro.

Cher George,

Des jours étaient passés depuis Bianca. Une semaine et trois jours, pour être exact. C'était donc un lundi.

Bianca et moi nous étions revus, et nous nous étions bien vite mis en couple. Bien sûr, c'était un peu rapide, mais j'aimais bien Bianca car elle ne me mettait pas toutes ces barrières que les couples se mettent habituellement. Elle était sans prises de tête, me laissait aller où je le voulais, avec qui je le souhaitais. Je te rassure, elle ne me laissait pas aller voir ailleurs, hein... Mais elle ne s'inquiétait pas du fait que je la trompais ou pas si je discutais avec une fille. Bien sûr, l'idée de la tromper ne m'était pas venue à l'esprit.

Seul hic, Mélissa et Bianca se détestaient. Sûrement que l'une et l'autre avaient des côtés... irritants, mais je ne comprenais pas leur animosité. J'allais très prochainement comprendre le pourquoi du comment...

Donc, nous étions lundi matin, j'embrassais langoureusement Bianca, et rejoignit mon cours de photographie, tandis qu'elle rejoignait le siens. Je crois qu'elle avait... Psychologie social, ou un truc dans le genre.

Bref, tout se passait bien dans ma vie, mis à par le fait que Romain était loin, accaparé par ses études comme moi je l'étais à l'époque. Tout les deux, nous sommes jumeaux, et nous étions inséparables. À tel point, que, quand nous devions nous coucher, nous voulions toujours dormir dans le même lit. Nous faisions d'abord croire à nos parents que nous dormions chacun de notre côté. Puis, chaque nuit à tour de rôle, nous allions toujours rejoindre l'autre dans son lit. À chaque fois, notre mère pleurait en disant qu'elle allait craquer, mais nous n'avons compris pourquoi que plus tard. Trop tard.

Mon projet avançait, mais à chaque fois que je trouvais une bonne idée, il en manquait une autre. C'était très frustrant et je commençais à t'en vouloir, après avoir culpabilisé de ne pas t'avoir pris en photo. Là aussi, je t'en voulais. Je ne sais même pas pourquoi et ça me donnait encore une nouvelle raison de t'en vouloir. Je ne me comprenais pas vraiment à l'époque, et même aujourd'hui c'est encore compliqué. Tout était si compliqué, tout se mélangeait si facilement...

Donc, nous étions lundi, et c'était la pose du midi. J'avais décidé d'aller prendre des photos dans les couloirs, des gens qui voulaient bien poser pour moi. J'avais déjà ma petite renommée niveau peinture et photo, et les gens n'hésitaient pas à accepter quand je le leur demandais. Mais l'inspiration n'était pas dans les couloirs, alors je décidai alors d'aller à l'extérieur pour prendre les fleurs en photo. Leur parfum m'assénait souvent un tournis momentané, et j'aimais bien quand elles me donnaient la petite réponse à toutes mes questions.

Je prenais des photos de la nature enneigée, quand j'entendis quelqu'un m'appeler. Je regardai autour de moi, intrigué et je te vis. Tu trottinas jusqu'à moi et tu m'interpellas, essoufflé :

- Je... Je... sa... je savais que... c'était toi que j'avais vus.

J'ai ris légèrement en voyant que tu peinais à reprendre ton souffle :

- Fais gaffe par contre, il n'y a pas de témoins, je ne voudrais pas que tu t'étouffes et que l'on dise que c'est moi qui t'ai tué.

Tu éclatas de rire, et je trouvai que tu ressemblai à un rayon du soleil :

- Ne t'inquiète pas, je ne vais pas m'étouffer.

- Hum... On ne sait jamais, je répondis

Nous avons discuté encore un moment, et je me suis aperçus qu'il ne me restait plus que dix minutes avant mon prochain cours :

- Bon... Je pense que je vais devoir y aller, ai-je dis. Tu penses qu'on pourra se revoir ?

- Pourquoi pas, m'as-tu répondus. Mais, j'ai pas ton numéro de téléphone, alors... Tu crois que tu pourrais me le donner ?

Ta question me pris au dépourvu, parce que je ne m'attendais pas à ce que tu me le demande. Pour ne pas que tu vois que ta question m'avait déstabilisé, je pris tranquillement mon téléphone, allai sur la page "nouveau contact" et je te le tendis. Tu eux vite-fait de marquer ton numéro et tu me proposa :

- On sort demain, avec mes potes, ça te dis de venir ?

- Ouais pourquoi pas, mais un mardi soir, en semaine... ai-je dis avec une once d'hésitation.

- T'inquiète, on va pas rester super tard, c'est juste comme ça. Et puis... C'est pas très loin de chez moi, m'as-tu fais en me faisant un clin d'œil.

Tu t'es éclipsé, en prétextant un truc à faire, et je suis resté là, planté comme un idiot. Je croyais rêver. Tu m'avais vraiment fais un clin d'œil ? Je clignais plusieurs fois des yeux et me les frottais fort. Finalement, me rendant compte de l'heure, je rejoignais ma salle. Ce jour-là, c'était un cours d'Art Technologique en Anglais. En gros, nous travaillions sur des ordinateurs... Mais, le prof parlait Anglais. Ce qui était déjà bien plus dur, car nous étions les plus non-bilingues des non-bilingues.

Le reste des cours étaient passés relativement vite et, une fois libre, je suis allé acheter des fournitures dans un magasin d'art. J'avais besoin de carnets de croquis, de nouveaux fusains, et de nouveaux tubes de peintures. Mais j'avais aussi besoin d'un sac pour mettre mon chevalet et toutes mes affaires à l'intérieur. Alors, une fois rentré chez moi, j'avais été farfouiller dans le grenier de la maison, et j'avais réussi à débusquer une sorte de sac. C'était assez étrange, parce qu'il donnait l'impression d'être fait pour contenir un chevalet, des toiles, des pinceaux et tout le bazar dont je me servais. Le plus étrange dans cette affaire, c'était que je ne me souvenais pas qu'il y ait eu un ou plusieurs artistes dans la famille.

J'étais heureux. Pour l'occasion, j'avais pris le métro pour aller au parc de la ville. C'était mon endroit préféré, parce que c'était un mélange de verdure. On pouvait y trouver une mini forêt de bambous, des énormes palmiers en bonne santé, une grande pelouse avec des platanes. Bref, ça pouvait aller de l'hibiscus à la pivoine, de la pivoine à l'hortensia et de l'hortensia au méga potager. J'y allais souvent et je connaissais plus ou moins les jardiniers qui y travaillaient à l'époque. Pour faire court, c'était cool.

Dans le parc, entre la bac à sable réservé aux enfants et le ponton qui traverse la rivière, j'ai déplié mon chevalet et j'y ai posé ma toile dessus. J'ai dessiné au crayon à papier une première fois les enfants et le bac à sable, puis j'y ai fais le décor. La nuit avait commencé à tomber, et j'ai rangé mon matériel.

Une fois dans la bouche de métro, je payais mon ticket pour passer les battants en verre permettant d'accéder aux lignes de métro. Il restait encore quelques personnes, les seules jeunes filles restantes n'étaient jamais seules, quelques ivrognes divaguaient entre le sommeil et la mi-conscience, des hommes d'affaires pressés et toi. J'ai écarquillé les yeux en te voyant, titubant. Tu étais solitaire. Solitaire au métro. Je me suis précipité vers toi, te croyant blessé, mais je me suis vite rendu compte que tu étais complètement saoul. Tu marchais à la façon d'un funambule, tout près du gouffre où passait le train. La panique est montée en moi tel un poison et j'ai courus vers toi, en essayant de te rattraper et en m'écriant :

- George ! George, attends ! George !

Tu ne t'arrêtais pas et les larmes me sont montées aux yeux, tandis qu'une mélopée de souvenirs arrivait au grand galop. Un lit, un cadavre, un teint blanchâtre, une odeur puant la mort à plein nez. Ça ne devait plus se reproduire. J'avais peur que tu sautes dans ce gouffre béant où passait le train. J'avais peur que la mort ne t'attrape. Le train arrivait et tu n'étais pas loin.

Un pas.

Deux pas.

Trois pas.

Et tu as sauté.

Mon cœur s'est arrêté à cet instant. Il restait moins de trente seconde avant que le train ne passe et je me suis jeté avec toi. Comme dans les films, j'ai mis ton corps inanimé - sûrement dû au choc - au milieu des railles et je me suis allongé sur toi, de façon à te protéger. Je ne savais pas si ça allait fonctionner ou pas. Quelques secondes plus tard, le train est passé et tout c'est déroulé encore plus vite.

Ton âme sœur,

Nathan.

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