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Le silence qui régnait dans la pièce exiguë était lourd et étouffant.
Harry ne savait plus s'il avait envie d'être là, d'avoir cette confrontation, de continuer à regarder ces yeux bleus qui lui faisaient face et qui semblaient en proie à tout un tas d'émotions qui devaient être l'exact reflet de ce qu'il ressentait lui.
Par quoi commencer ? Il y avait tellement à dire. Tellement d'années à mettre sur table, deux vies sur le point de changer, de basculer. Parce que peu importe l'issue qu'ils trouveraient à cette discussion, lorsqu'ils sortiraient de cette pièce, ils ne seraient plus jamais les mêmes. Ils en avaient tous les deux conscience et c'était effrayant. Comme se retrouver au bord d'un précipice, sur le point de sauter, happer par le vide sous ses pieds tout en étant retenu par son instinct de survie.
Ce fut Harry qui craqua le premier.
Il ne supportait plus toute cette tension accumulée qui lui donnait la nausée, ce regard planté dans le sien, ce calme qui annonçait la future tempête. Il fallait que ça éclate, que les mots soient dits, que la douleur s'exprime, que les reproches soient faits pour qu'enfin, ils puissent entrevoir un nouvel avenir. Seuls ou tous les deux. Peu importait, mais libres, c'est tout ce qui comptait.
Il fallait que quelqu'un se lance.
Il aurait été sans doute plus logique que ce soit Louis qui le fasse, puisque c'est lui qui avait provoqué cette situation, mais cela n'avait plus vraiment d'importance. Il n'était plus question de fierté ou d'ego, c'était trop tard pour cela. Être ici, dans cette pièce, ensemble, c'était déjà faire tomber de nombreuses barrières pour l'un comme pour l'autre. Il était temps désormais de laisser leurs cœurs parler, qu'ils vident ce trop-plein qui les rongeait depuis trop longtemps.
- Tu es venu... remarqua Harry, sa voix plus rauque qu'à l'accoutumée.
Ce n'était pas incroyable comme entrée en matière, mais il fallait bien commencer par quelque chose et si l'on devait un jour le lui reprocher, il pourrait répondre qu'il avait au moins eu le mérite de débuter.
- Oui... je suis venu.
La voix de Louis retentit dans la pièce, ricocha sur les murs pour enfin glisser sur Harry, imprégnant sa peau et son cœur. Cela lui arracha un frisson. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas entendue ? Depuis combien de temps cela lui avait-il manqué ? Depuis combien de temps n'en avait-il pas eu autant conscience ? Il n'aurait su le dire, mais ça lui faisait mal. Terriblement mal.
Le bouclé se rendit compte que malgré tous ses efforts, il n'avait pas oublié. Il n'avait pas oublié à quel point cette voix pouvait être douce, éraillée, teintée d'un mélange de raucité et d'aigu qui la rendait unique.
Il se souvenait.
Envers et contre lui-même, il se souvenait de tout.
Il n'avait pas oublié comme elle déraillait pendant l'amour lorsque Louis lui gémissait son prénom à l'oreille, comme elle devenait claire comme de l'eau lorsqu'ils riaient de blagues que seuls eux savaient comprendre, comme elle s'écorchait lorsque la tristesse ou la colère en prenait possession.
Non. Il n'avait pas oublié.
Il n'avait pas oublié cet accent si particulier de l'Angleterre profonde qui lui faisait prononcer les mots différemment et qui amusait tant les fans. Cet accent qui rappelait à Harry leurs moments passés à Doncaster. Les meilleurs sans doute, car ils y avaient été coupés du monde, protégés par le cocon rassurant de la maison familiale du châtain, baignés d'amour, de rires et de partages.
Il avait cru sincèrement qu'il était parvenu à oublier, mais il se rendait compte à cet instant à quel point il s'était menti, à quel point il s'était voilé la face. Il n'avait pas oublié. Il avait seulement fait en sorte de tout enfouir au plus profond de lui pour s'éviter de souffrir.
Louis n'avait prononcé que quelques mots, pourtant les souvenirs affluaient et se répandaient en Harry et avec eux, l'amertume de ce qu'ils avaient perdu.
Le bouclé prit une profonde inspiration pour stabiliser sa propre voix avant de reprendre.
- Tu savais que je serais là.
Ce n'était pas une question. Plutôt une affirmation teintée de reproches sous-jacents. De « pourquoi ? » dissimulés dans la banalité de la réplique. Il attendait que Louis reprenne les rênes de cet échange, qu'il s'explique enfin, mais il n'en fit rien.
- Oui, je le savais.
Évidemment. La question était purement rhétorique. Louis ne pouvait être passé à côté de cette information. C'était impossible, principalement parce qu'ils passaient leur temps à s'éviter, du moins publiquement. La réponse laconique que lui fournit son ex-amant agaça donc fortement Harry. Il voulait que le châtain réagisse, qu'il parle, lui explique, mais visiblement, il n'était pas décidé à le faire et ça l'énervait profondément.
L'atmosphère chargea l'air d'électricité. Pas d'un doux courant qui lie deux âmes. Non. D'une tension qui faisait hérisser le poil et qui crispait le ventre. La colère, la rancune, la souffrance luttaient pour s'affirmer, rendant l'ambiance étouffante, irrespirable, difficile à supporter.
Harry passa une main dans ses boucles courtes, les décoiffant dans une joyeuse pagaille qui le rendait encore plus sexy qu'il ne l'était déjà. D'un geste las, il défit le nœud de son foulard qu'il laissa choir sur une chaise qui avait été oubliée là. Il ouvrit également quelques boutons de son col pour mieux respirer. Louis suivit chacun de ses gestes des yeux sans un mot, comme hypnotisé.
Le bouclé reprit d'une voix un peu plus froide.
- Ta venue n'a pas été annoncée... alors que ton premier album vient de sortir... tu n'es pas là pour ça, n'est-ce pas ? Tu es là pour moi.
Il avait osé. Sortir ces mots qui l'étouffaient depuis qu'il savait Louis ici et qu'il ne l'avait appris qu'au hasard d'un faisceau lumineux renvoyé par l'un des spots de la scène. Il avait besoin de savoir, de comprendre. Il avait besoin d'honnêteté, que Louis assume, même s'il ne s'agissait que de la raison de sa présence ici.
Ça serait au moins ça de pris.
- Oui, c'est vrai.
Harry se pinça les lèvres sous le coup de la déception. Il s'était attendu à autre chose, une autre réaction, certainement pas à ces réponses dénuées d'émotion et de sens. Il sentit la colère prendre de l'ampleur petit à petit en lui. Il avait envie de s'avancer, d'attraper le col du mécheux et de le secouer jusqu'à ce qu'il sorte enfin ce qu'il avait au fond de lui. Il ne pouvait décemment pas le faire physiquement alors il le fit avec ses mots. La meilleure des armes, parfois.
- Tu comptes être un peu plus prolixe ou tu es à ton maximum, là ? Sinon, autant que j'y aille... tu vois, il n'y a pas de lit ici et la porte ne ferme pas à clé. On ne peut donc pas s'envoyer en l'air pour éviter de discuter. C'est con, tu es bloqué, t'as pas le choix. En tout cas moi, je ne te le donne pas. Soit on parle, soit je me casse.
Son ton était glacial, ses paroles tranchantes telles des lames bien aiguisées, choisies pour blesser et secouer, pour sortir le châtain de son mutisme. Car malgré tout ce qu'ils pouvaient dire ou faire croire, une chose n'avait pas changé entre eux. Ils se connaissaient par cœur et Harry savait exactement quoi dire pour faire réagir Louis, ce qui ne manqua pas.
Le châtain serra les poings et la mâchoire. Se drapant dans sa fierté blessée, il carra les épaules et se redressa en relevant la tête avec défi. Le bouclé commençait à retrouver, derrière le masque figé, le visage de l'homme qu'il avait tant aimé... qu'il aimait toujours autant, il fallait bien qu'il l'admette.
- Je voulais juste te voir ! s'exclama Louis avec colère. Pas te sauter ou qu'on se prenne la tête, contrairement à ce que tu as l'air de penser !
La douleur cachée derrière les mots rêches et durs du jeune homme n'échappa pas à Harry. C'est ce qu'il voulait. Que Louis se dévoile, qu'il fasse écrouler les barrières qu'il avait érigées et derrière lesquelles il se réfugiait pour se protéger. Le bouclé comprenait cela, il passait son temps à faire de même, mais ce soir, il avait besoin de sincérité et de franchise. Il en avait assez d'affronter son ex-amant. Il voulait que ce combat inutile et futile cesse. Il voulait se réfugier dans ses bras et oublier tout le reste. Être certain que, cette fois, ce serait pour toujours.
Par-dessus tout, il avait besoin de savoir si c'était réciproque. Si Louis aussi ressentait l'envie de sauver ce qu'il restait à sauver entre eux ou bien si, pour lui, leur histoire resterait à jamais un bon souvenir, avec quelques compensations bonus de temps à autre, mais sans plus. À cette idée, Harry sentit son cœur se compresser si fort qu'il en perdit une seconde son souffle. Il n'était sûr de rien.
Après tout, Eleanor était là ce soir.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? reprit le châtain d'une voix froide et distante qui ne lui ressemblait pas.
Le jeune homme pouvait être qualifié de beaucoup de choses - passionné, tumultueux, bruyant, drôle, malicieux, taquin, sulfureux, parfois encombrant et même très collant quand il avait un peu trop bu, loquace, attachant, colérique, impertinent - mais certainement pas quelqu'un de froid et de distant. Harry savait que s'il agissait ainsi, c'était pour tenter de garder un certain contrôle.
Harry grinça des dents. Il voulait qu'il se lâche, pas qu'il continue à se retenir. Ils étaient tous les deux en colère, tous les deux à bout de nerfs, tous les deux sous tension. En y réfléchissant bien, il se rendit compte que c'était tout le temps le cas lorsqu'ils se voyaient. Cette colère s'était finalement transformée en séance de sexe torride les autres fois, mais le fond restait le même.
Il fallait que tout ce négatif sorte, s'évacue une bonne fois pour tous. Même si les mots devaient être tranchants, blessants, heurtants, ils devaient être dits, exprimés, pour qu'ils ne subsistent plus rien d'eux. À force de fuir cette confrontation, les deux chanteurs n'avaient réussi qu'à créer un gouffre toujours plus immense entre eux. Il fallait que cela cesse, que toute cette colère, ces incompréhensions, cette frustration disparaissent. Même si pour cela, ils devaient d'abord se faire du mal. Ils seraient plus à même de se réparer, de se soigner, une fois les plaies béantes.
- La vérité ! s'emporta Harry. Je veux que tu sois honnête pour une fois ! Dis-moi pourquoi tu es là, ce que tu ressens, pourquoi ce soir ?
- Et pourquoi pas ? Ce soir ou un autre, quelle différence ?
- Louis...
- Vu ta réaction, j'aurais mieux fait de m'abstenir.
- Louis !
Le mécheux soupira en se pinçant l'arête du nez. Son regard bleuté balaya la pièce avant de finalement se résoudre à se poser sur le bouclé qui l'observait en silence, attendant qu'il se décide à parler. Même si ce n'était pas facile, il savait très bien qu'il le devait.
- C'est une soirée importante pour toi, je ne me voyais pas être ailleurs, avoua-t-il finalement d'une voix douce. Je voulais... je voulais te montrer que j'étais là, même si normalement je ne le devrais pas... je voulais...
Ses mots moururent au fond de sa gorge. Il ne savait plus très bien s'il devait continuer, si ce qu'il s'apprêtait à dire n'allait finalement pas empirer les choses. Il ne s'était pas attendu à ce qu'Harry réagisse ainsi. Il voulait lui parler, il était venu pour ça, mais maintenant qu'ils se faisaient face, il ne savait plus comment s'y prendre, quoi dire. Son sang bouillait de cette colère retenue, c'était insupportable et il se rendait compte ce soir qu'elle était partagée.
Il rêvait d'Harry toutes les nuits, il avait imaginé mille façons de renouer avec lui, mille façons de l'aimer de nouveau, mais lorsqu'ils étaient dans la même pièce, il perdait tous ses moyens et la rancœur prenait le dessus. Il fallait remédier à cela, mais comment ?
- Oui ? le relança le bouclé avec impatience.
- Je voulais te voir sur scène et...
Les mots restèrent de nouveau bloqués, comme s'ils refusaient de sortir, comme si le simple fait de les prononcer allait le briser. C'était douloureux à voir. Harry regardait Louis se débattre avec lui-même, lutter pour ne pas s'effondrer. Il aurait voulu le prendre dans ses bras, le rassurer, mais il se retint. Même si c'était difficile, il devait le faire. Seul.
Le mécheux inspira douloureusement puis passa une main tremblante dans ses cheveux.
- Je voulais te soutenir, d'accord ? Te montrer que j'étais fier de toi, de ton travail, de ta musique... malgré tout. Je n'ai pas été annoncé pour ne pas créer de problèmes. Tu sais... enfin... j'ai pensé que c'était mieux comme ça, que ça serait plus simple pour tout le monde...
- Plus simple pour tout le monde ou plus simple pour toi ? grinça Harry en plongeant ses mains dans son costume jaune poussin.
Ils en revenaient toujours au même point, c'en était épuisant.
- Pour nous deux... je veux dire... on ne doit pas être vus ensemble...
Le bouclé lâcha un rire amer.
- Ouais...
Le silence les enveloppa quelques secondes, le temps que leurs cœurs se calment et reprennent un rythme normal ou du moins aussi normal que possible lorsqu'ils étaient en présence l'un de l'autre.
- C'est tout ? Rien d'autre ? Tu n'es venu que pour ça ?
- Pour quoi d'autre ?
- À toi de me le dire.
Louis souffla, pesant le pour et le contre. Après tout, il était venu jusqu'ici avec un but bien précis, il n'avait pas pris tous ces risques pour rien... autant aller au bout, même s'il allait sans doute se prendre un mur et repartir avec le cœur en miettes. Ce ne serait pas la première fois et peut-être que le caractère définitif de leur échange le convaincrait d'arrêter d'espérer... et de souffrir en silence.
L'espoir était vraiment le pire des poisons.
- Je voulais te parler.
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Hello tout le monde 👋🏻
J'espère que vous allez bien 🥰🥰
Bon... Un chapitre compliqué et ce n'est que le début 🙈🙈
Certaines choses vont être dites et ça va faire mal... Mais c'est nécessaire et ça ira, c'est tout ce que je peux vous dire 🥰🥰
La tension est palpable, Louis est bloqué et a du mal à s'ouvrir, Harry est conquérant, bien décidé à ce que la situation se débloque, c'est donc tendu 😬😂
Désolée pour les personnes qui pensaient qu'ils allaient se sauter dessus 😅😅 d'une certaine façon, c'est ce qu'ils font mais pas de façon sensuelle quoi 😂😂
J'ai hâte d'avoir vos réactions 🙈🙈
Love you
💙💚
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