FLASHBACK 11 : QUOTIDIENS BOULEVERSES

Bélial se dirigeait vers la sortie de la boutique, son sac de voyage vidé de ses effets personnels et nouvellement rempli d'armes en tout genre. La boutique paraissait vidée de son stock tant il avait prit de marchandises.

- Tu me dévalises, remarqua avec amusement le vieil homme qui s'était octroyé une petite pause.

- Probablement, fit Bélial taquin en rendant son sourire à Nino. Je dois rentrer vers quelle heure ?

- Disons que ce serais bien que tu sois là avant sept heures du soir. Mais libre à toi de rentrer plus tôt si tu ne te sens pas bien ou autre. D'ailleurs, tu penseras à t'hydrater correctement.

- J'ai pris une gourde et je l'ai remplie. Je pense me placer dans un lieu de passage et proche d'une fontaine.

- C'est bien mon garçon. Et si jamais, as-tu de quoi te défendre en cas de vol ou n'importe quoi d'autre ?

Bélial releva un pan de son tee-shirt large et exhiba fièrement sa faux rangée et coincée dans sa ceinture.

- J'ai peur que tu la perdes, souffla Nino. J'ai un ami tanneur qui habite pas très loin d'ici je lui demanderai de te faire un étui. Encore une chose, as-tu de quoi surveiller l'heure ?

- Oui, répondit le garçon. J'ai une vieille montre qui fonctionne bien dans mon sac.

- Tu es sûr ?

- Oui, j'ai vérifié tout à l'heure. D'ailleurs, il est déjà deux heures. Je devrais y aller. A ce soir, monsieur !

- A ce soir, et n'oublie pas de boire et de regarder l'heure ! cria le vieillard à un Bélial déjà loin.

Le jeune homme savait déjà où il allait jeter l'encre pour la journée. Il avait potassé un plan pour préparer son itinéraire et le gardait à porté de main. Le quartier des parcs (où il avait prévu d'aller) était à plus d'une heure à pied du quartier des commerces.

Bélial le savait mais il savait aussi que cet endroit était un point stratégique : en plus d'être un lieu très agréable, des grandes personnalités venaient se promener là-bas. Il n'aurait aucun mal à vendre une ou deux parures à quelques jeunes femmes ou encore une dague ou une épée à un homme. En plus, comme les prix proposés étaient faibles, le jeune homme avait bon espoir de rentré les mains vides de marchandises et pleines d'argent.

Bélial ne vit pas passer le temps du trajet. Il avait fait le touriste dans sa propre ville dont il ne connaissait en fait que très peu de choses.

Son trajet habituel se limitait à un parcours simple et peu divertissant allant de l'école primaire à chez lui, de chez lui à l'école primaire et de temps en temps il passait chez Lucifer ou chez Nino. C'était tout. Et cela ne lui avait jamais permis d'admirer la Capitale dans toute sa beauté et son effervescence.

Il s'extasia devant les myriades de boutiques somptueuses, le camaïeux de l'arc-en-ciel des textiles des riches vêtements et une immense quantité d'autres choses. Bélial était ébloui.

Il finit par trouver un lieu de passage proche d'une fontaine et à l'ombre d'un grand chêne. C'était une artère entourée de boutiques et proche de l'entrée d'un des nombreux parcs du quartier qui en portait le nom. Il commença à ouvrir son sac et étala devant lui une partie de sa panoplie sous le regard intrigué de quelques passants qui commençaient déjà à regarder avec intérêt ce qu'il avait à proposer.

La plupart étaient issus de la crème de la société de la Capitale. Bélial voyait des jeunes couples qui s'arrêtaient, des hommes rougeauds et moustachus qui suaient à grosse gouttes dans leurs costumes inappropriés pour la température, des groupes de jeunes femmes probablement juste pas assez âgées pour être mariées et même des familles faisaient arrêter leur voiture pour venir voir ce que ce stand proposait. Bélial notait que très peu de femmes étaient intéressées par les armes et que les hommes ne se penchaient guère sur les bijoux.

Un jeune couple, premiers admirateurs de le marchandise du jeune homme, partit avec une parure d'or rose et rubis pour madame et une épée d'escrime à la lame d'acier trempé et au manche en or et platine. Il achetèrent le tout pour la ridicule somme de cent-trente Mocco (monnaie de la Capitale) alors que cela valait bien mille cinq cent Mocco.

Puis les membres du groupe de jeunes filles jetèrent chacune leur dévolu sur des bracelets de formes communes dont seule les pierres permettaient de distingué chacun des bracelet. Elles étaient cinq et il y en avait cinq : un serti de turquoises, un autre avec des émeraudes, un suivant avec des opales, puis un serti de rubis et un dernier pourvu d'onyx. Elles les achetèrent pour soixante-dix Mocco et partirent avec au poignet en s'exclamant joyeusement que cela ferait office de bracelets d'amitié.

L'homme rougeaud en costume avait acheté une multitude d'armes et quelques parures. Il se disait collectionneur d'armes et avait une très belle femme et une ravissante petite fille (toujours selon ses dires) qui toutes deux idolâtraient les beaux bijoux de qualité. Bélial sourit devant la déclaration de cet extravagant pipelet qui emporta plus d'un tiers de sa marchandise pour la modique somme de deux mille Mocco alors que chez une quelconque autre boutique cela en aurait valu un près d'un million.

L'homme, trouvant Bélial sympathique et son employeur plein de talent, lui laissa sa carte avec son numéro pour le joindre : il avait proposé au jeune homme d'être le généreux mécène de Nino et Bélial. Ce dernier lui répondit qu'il en parlerait à son nouvel hôte et qu'il lui communiquerait une réponse incessamment sous peu.

D'ailleurs, en plus de connaître un succès ahurissant auprès de sa clientèle avec sa marchandise, Bélial était également en proie à de multiples avances de jeunes demoiselles de son âge, de certaines dames mariées ou encore quelques filles de joie qui traînaient.

En plus de repartir avec plein d'argent, il allait ramener une multitude de numéros de lignes privées de (jolies) filles de l'élite. Et cela ne lui déplaisait pas vraiment.

Bélial ne vit presque pas son stock d'armes et de bijoux se vider. L'après-midi aura été courte puisqu'en moins de deux heures il n'avait plus rien à proposer, au grand désarroi de certains clients retardataires qui lui demandaient déjà des informations sur sa nouvelle tournée et où le trouver. Bélial, très poli, répondait la vérité à savoir qu'il ne savait pas exactement où il allait être mais qu'il vendrait quelque part dans la Capitale l'après midi du lendemain. Après avoir renseigné ses probables futurs clients, il quitta le quartier des parcs et s'en retourna vers le quartier des commerces. Il serait rentré pour environ six heures s'il marchait d'un bon pas et qu'il ne lui arrivait rien sur le chemin.

Il passa devant l'école primaire vers six heures moins le quart, soit une heure après la sonnerie de la dernière heure. On était dimanche et, cependant, Satan et sa clique s'amusaient à terroriser les gamins des bas quartiers en les rackettant, les battant et les menaçant.

Aujourd'hui, ils prenaient d'assaut un orphelin clochard qui fouillait les poubelles à la recherche de son repas. Le pauvre gamin se faisait tabasser avec un rondin de bois très dur. Il avait le nez et l'arcade sourcilière ensanglantés et deux côtes cassées semblait-il.

Bélial fut attiré par les rires machiavéliques des agresseurs et se dirigea discrètement vers la source du bruit.

C'était une ruelle sombre entre des immeubles branlants sans fenêtres donnant de ce côté. Il était encore trop tôt pour que l'astre de jour prenne congé du ciel bleu et la lumière douce qu'il produisait tranchait de façon presque drôle avec la violence de la scène.

Asmodée, seule fille du trio abattait avec force le gourdin sur la tête du garçon au sol, faisant gicler çà et là du sang sur sa jolie robe neuve en lin. Les deux garçons, eux, s'évertuaient à défoncer le dos et le ventre de leur victime à coup de pied.

A ce rythme là, pensa Bélial, ce môme va mourir le crâne et la rate explosés et les poumons perforés.

C'est alors qu'il intervint. Il héla le trio qui s'arrêta net.

La bandoulière du sac de voyage fermement serrée et placée, Bélial s'avança d'un pas lent et assuré vers le petit groupe de malfrats, triturant d'une main sa faux discrètement logée dans sa ceinture.

- T'as quoi, binoclard ? railla Satan, le chef et l'aîné de la bande. Et tu le sort d'où, ce sac ? Il m'a l'air bien plein.

Rires moqueurs des deux autres. Au moins, il avaient laissés leur victime du jour. Le garçon battu se remettait difficilement des coups recus, ce qui ne l' empêchait pas de suivre la scène avec attention.

De son côté, Bélial jouait avec sa faux de façon de plus en plus frénétique. Non pas qu'il avait peur, il mourrait simplement d'envie de laisser éclater une pulsion sadique. Celle qui lui vrillait le corps de façon encore plus grisante que le désir depuis la mort de sa mère. Il voulait frapper. Il voulait tuer. Il voulait jouer. S'amuser.

Mais même si l'envie de manipuler son arme était cinglante, il savait qu'il ne saurait pas l'utiliser correctement. Alors il changea d'avis et donc de tactique. Il voulait leur faire peur. La faux les impressionnerait sûrement sans même qu'il ait besoin de se battre.

- Eh, y'a quoi dans ton sac ? demanda moqueusement Satan en s'approchant.

Il voulut saisir le sac mais Bélial se recula, serrant le sac de son bras libre pendant que son autre main agrippa la faux encore pliée.

- Qu'est ce que tu me caches, Bélial ? demanda le roux d'un ton froid. Tu pourrais t'attirer des ennuis si tu ne fais pas ce que je te dis, tu sais ?

Satan tenta une nouvelle fois de saisir le sac et une fois encore Bélial lui échappa. Il sortit discrètement son arme et la tint cachée derrière son dos. Satan ne remarqua rien.

- Si tu penses que tu me fais peur avec tes menaces, c'est raté, cracha Bélial un sourire moqueur sur les lèvres.

- T'as peut-être pas peur pour toi, mais pour lui ? répondit Satan en pointant du doigt l'orphelin qu'il tabassait avec sa bande il y a peu.

Python et Lucifer saisirent alors l'inconnu par les bras et ils le traînèrent jusqu'à Satan. Le petit blessé soufflait fort et de façon irrégulière. Sa tête baissée ne montrait que ses cheveux noirs corbeau dégoulinant de sang. Arrivés à la hauteur des deux plus âgés, Python et Asmodée s'arrêtèrent. Satan se retourna et empoigna fermement la tignasse de l'orphelin pour lui relever la tête. Bélial risqua un regard par dessus l'épaule du rouquin et put constater alors les dégâts que la petite clique lui avait faits : un coquard à l'œil droit, nez cassé, arcade sourcilière fissurée et menton fendu. Le petit orphelin tabassé grimaçait de douleur à cause de la posture peu confortable dans laquelle il était et ouvrit péniblement les yeux. Ses iris rouge sang toisèrent en premier Satan dans un rictus de douleur puis se déplacèrent vers Bélial en lui lançant un regard suppliant. Ce dernier fixait l'orphelin d'un air neutre. Enfin, tous les regards convergèrent vers le jeune homme d'un calme olympien.

- Alors ? demanda Satan d'un air fier à Bélial.

- Je pense que tu as un avenir dans la chirurgie, lança Bélial, toujours impassible.

- Te fous pas de ma gueule, binoclard, cracha le roux en lâchant la tête de l'orphelin qui retomba lourdement.

- Mais pas la chirurgie esthétique, si tu veux tout savoir, poursuivit Bélial en commençant à faire les cent pas autour du groupe.

- Ta gueule, cracha Satan. Oh, putain. Tu m'as énervé.

Sur ces mots le rouquin enfonça avec force son poing dans l'estomac de l'orphelin. Ce dernier cracha du sang et de la bile. Python et Asmodée le lâchèrent après le coup et il s'effondra à plat ventre sur le sol en béton dans un énième râle d'agonie. Satan voulut alors lui dégainer un coup de pied dans la tête et c'est ce moment là que Bélial choisit pour sortir sa faux en hurlant de ne pas toucher l'orphelin. Tous étaient totalement abasourdis. Ils dévisagèrent tous le jeune homme avant de prendre leurs jambes à leur cou.

Sauf le jeune crève-la-faim. Quand Bélial voulut s'approcher du lui, le blessé se recula tant bien que mal, impressionné par la prestance de l'arme et de son sauveur.

Ils restèrent quelques minutes à se regarder puis Bélial rangea sa faux et s'accroupit au côté du va-nu-pieds.

- Je m'appelle Bélial, fit-il. Et toi ?

- Sa... Samaël...

- OK Samaël. Je connais un endroit où tu seras en sécurité et bien traité. Je t'y emmène.

Sur ces mots, Bélial saisit l'orphelin et le plaça sur son épaule. Puis il partit au pas de course.

- Je te préviens, lança le jeune homme. Tu vas habiter chez des gens plutôt riches. Je les aime beaucoup. Mais je pense que je ne les reverrai plus jamais. Alors est-ce que tu peux me promettre quelque chose ?

- Oui, si tu veux.

- Tu m'a l'air résistant. Je veux que tu protèges les filles, Claudia et Lucifer. Tu peux faire ça à ma place ?

- Oui. Mais je peux te poser une question ?

- Si tu veux.

- Pourquoi tu peux plus les protéger ?

Bélial resta un instant silencieux.

- J'ai une vengeance à préparer, expliqua-t-il. Mais ça dois rester entre nous, compris ?

- Oui, répondit Samaël. Et je peux te demander autre chose ?

- Vas-y.

- Elles ont quel âge, les filles que je dois protéger à ta place ?

- Lucifer à sept ans. Je suis de trois ans son aîné. L'autre, Claudia, elle en a huit. Elle a la santé fragile mais elle est super douée en escrime.

- Elle a mon âge, souffla Samaël.

- Qui, Claudia ?

- Oui.

- J'espère que vous vous entendrez bien, alors. Tiens, on est arrivé.

Bélial déposa doucement l'orphelin au sol en le soutenant. Il frappa à la porte et le majordome vint leur ouvrir.

- Je ne viens pas dire bonjour, lança abruptement Bélial au majordome sans même le saluer. Je dépose ce garçon. Il a besoin de soins. Et je l'ai chargé d'une tâche très particulière. Il expliquera ça aux maîtres de maison, ils comprendront.

Le majordome hocha la tête silencieusement et saisit Samaël. Ce dernier regarda son bienfaiteur, sentant la séparation imminente. Il s'enquit quand même :

- On se reverra ?

- Je ne pense pas. Sinon, je ne t'aurais pas chargé de t'occuper d'elles à ma place, répondit stoïquement Bélial.

Les deux garçons n'eurent même pas le temps de se saluer que la porte de la demeure se referma sur leur adieu.

Bélial resta un court instant interdit avant de tourner les talons pour se rendre chez Nino. Il serait rentré pour dix-neuf heures pétantes.


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