chapitre 24 : l'interrupteur qu'on éteint quand on est militaires
PARKER
Quand l'annonce tomba, qu'ils allaient devoir quitter Naples, Parker ne put s'empêcher de rire doucement. Pas parce qu'il trouvait ça particulièrement drôle mais parce qu'il sentait que ce genre de connerie tomberait. Ouais, ils allaient bouger et alors ? Qu'est ce qui viendra après ? Ils reculeraient et reculeraient encore et encore jusqu'à ce que toute la botte Italienne soit sous emprise.
C'était complètement ridicule.
Même s'ils allaient se réfugier dans une ancienne abbaye en hauteur... Le résultat allait toujours être le même.
Alors qu'ils venaient d'écouter le speech bien morne du Général de Brigade Natoli, Parker et le reste de son ancienne section retournèrent à leurs activités dans l'une des grandes salles de réunions. Grace s'assit à l'immense table, devant une pile de feuilles et continua à écrire son rapport de mission d'Avellino. Les autres aussi reprirent petit à petit ce qu'ils étaient en train de faire mais bon... L'ambiance était devenue pesante. Surtout pour les militaires Italiens. Ils avaient tous le moral dans les chaussettes. Après tout, comment pouvait on les blâmer ? On leur demandait de quitter leurs terres, leur splendide ville...
Combien d'autres allaient ils encore laisser derrière eux ?
Parker s'assit avec lourdeur sur une chaise, les jambes étendues devant lui, les mains croisés derrière sa tête. Emily, elle vint faire la même chose sur le plan de la table, un peu trop légère étant donné la situation. Elle jeta un coup d'œil sur Grace qui essayait d'écrire et lui demanda, un sourcil arqué.
- Pourquoi tu fais ça ?
- Pourquoi je fais quoi ?
- Ecrire des rapports. C'était pas comme si on allait les envoyer à quelqu'un !
- Je le fais, c'est tout.
- Oui, mais pourquoi ?
- Parce que je lui en ai donné l'ordre.
Tout le monde se tourna vers la voix tonnante de Jay et Parker se redressa un peu mieux sur sa chaise. Il avait ce petit air sévère sur le visage qui présageait une sacrée réprimande et il n'allait pas être la source de celle-ci. L'officier s'arrêta devant Emily, les bras puissamment croisés sur son torse. La jeune femme se laissa donc glisser de la table, penaude et il continua.
- Tu crois que tout ce qu'on fait, c'est une blague ?
- Non, je...
- Parce que j'ai l'impression que tu n'es pas assez appliquée dans ce que tu fais. Je me trompe ?
- Capitaine, je...
- Est ce que tu es venue ici pour rire ? Parce que tu trouvais ça... Trop cool de jouer à la guerre dans un joli uniforme tout blanc ?
- Vraiment, je...
- On t'as pas appris à la fermer quand un officier te parle ?
Parker ouvrit la bouche pour intervenir, sentant ses instincts protecteurs le tirer à l'intervention mais c'était une très mauvaise idée. Jay avait raison. Le visage pourtant si rose d'Emily vira au rouge cramoisi et ses yeux commencèrent à briller. Elle essaya de chercher de l'appui autour d'elle mais le Capitaine claqua des doigts devant elle comme pour lui indiquer qu'elle n'avait nul part où s'échapper.
- Ecoute moi bien, Emily. Je sais pas pourquoi tu es ici mais je sais une chose. J'ai pas le temps pour faire du baby-sitting. C'est pas l'endroit pour des gens inexpérimentés. T'as intérêt à te reprendre parce que sinon tu mets tout le monde en danger. J'espère que c'est la dernière fois que j'ai à m'expliquer.
- Oui, Capitaine.
- Hm.
L'homme s'éloigna sur ce, en fusillant au passage Parker du regard et celui-ci savait que ça allait retomber sur lui. Evidemment, il était son officier supérieur, c'était normalement à lui de se prendre la claque dans la figure. Chelsea, entre temps s'était rapprochée mais elle ne dit rien, elle se contenta simplement de s'entretenir avec Grace qui ne savait pas vraiment où se mettre. Emily s'en alla d'un pas rapide et toute l'attention retomba sur Parker. Enfin, pas directement, il le sentait juste. Il n'avait pas besoin de leurs regards pour le ressentir.
Putain.
Il se leva donc de sa chaise dans un grognement et prit l'exact direction par où était parti Jay.
Valait mieux en finir tout de suite avant que ça reste dans le temps.
***
Parker le retrouva dans une des pièces de contrôle, s'entretenant avec plusieurs autres officiers Italiens devant des cartes. Le jeune Lieutenant prit donc une rapide inspiration pour se donner du courage et se rapprocha d'eux, les mains poliment croisés dans le dos. A sa venue, Jay prit congé des autres et le contourna.
- J'ai pas le temps, Parker.
- Capitaine, je pense que ça peut pas durer.
Jay releva à peine les yeux de ses papiers, soufflant simplement sur l'une de ses mèches bruns caramels pour éviter que celle-ci lui rentre trop dans l'œil.
- tu peux m'expliquer un truc, Parker ?
- Quoi ?
- Pourquoi tu es devenu Lieutenant ?
Pris au dépourvu, le concerné ne répondit pas tout de suite. Jay soupira donc et d'un geste de la main lui ordonna de le suivre dans un coin plus tranquille. Ils rentrèrent dans un bureau vide avec la peinture qui s'effritait des murs et le Capitaine répéta sa question, s'appuyant légèrement contre le meuble.
- Pourquoi tu es devenu Lieutenant ?
- Je sais pas, j'avais l'opportunité et... Je l'ai juste fait.
- Hm. Et t'es content de ça ? De toutes les responsabilités qui viennent avec ?
- Disons que je ne sais plus trop quoi faire. J'ai plus rien, même plus de responsabilités.
ça y est, ça allait sortir d'un bloc, il le sentait. La boule qui se formait dans sa gorge en disait autant, en tout cas. Jay le sentit aussi, apparemment car il porta ses mains à son front, afin de dégager nerveusement ses cheveux.
- C'est ça que tu crois qu'on vit ? De l'anarchie ?
- Vous définirez ça comment, alors ?
- Parker. Je sais que t'as du mal à accepter ce qu'on vit, mais t'as plus vraiment le choix. T'es venu, maintenant t'as intérêt à te reprendre. Je l'ai dit à Emily et je te le dirai à toi. J'ai pas le temps de faire du baby-sitting pour des petits gamins capricieux qu'il faut que je surveille ! Putain, je compte sur toi, en fait ! T'es supposé être mon bras droit, t'es mon Lieutenant, je devrai te faire confiance ! Mais tout ce que tu fais, c'est de t'asseoir, te plaindre, râler comme une vieille commère et surtout... Ceux que tu diriges, sont devenus feignants et faibles. J'ai pas besoin de ça. Vraiment pas. Alors je vais je te le dire une bonne fois pour toutes. Reprends toi ! Me fais pas regretter pour avoir fait tout ce qu'il fallait que ton nom soit dans le bassin des officiers. J'ai attendu plus de toi, après le Nigeria !
Le concerné baissa la tête au sol et passa ses dents sur ses lèvres. Maintenant, il savait comment Emily se sentait. C'était comme de se prendre une gifle en plein visage. S'il y avait bien une personne qu'il n'avait jamais voulu décevoir, c'était bien Jay. Ce genre de gars qu'on pourrait littéralement suivre jusqu'à l'autre bout du monde, braver toutes les interdictions... Etre son frère d'armes, c'était devenu un putain d'honneur. Mais le Parker de Halley et le Parker de ce moment là, c'étaient deux personnes différentes.
Quelque chose avait changé.
Alors qu'il se dandina d'un pied à l'autre, dans l'embarras, il trouva le courage d'enfin pouvoir extérioriser.
- C'est plus la même chose.
- Ouais. C'est pire.
- Comment est ce que ça peut l'être ? Comment est ce que ça peut possiblement l'être ?
Le regard sévère et autoritaire de Jay se mua dans l'apaisement et il laissa tomber ses bras le long de sa taille, dans un soupir.
- Parce que tu as quelqu'un pour qui tu t'inquiète maintenant. Et ça, ça change tout.
- Je refuse de croire ça.
Jay pouffa de rire, quelque chose de très léger. C'était d'autant plus surprenant quant à la lourdeur de la conversation.
- On te demande pas ton avis, Parker, j'en ai bien peur.
- Comment est ce que vous faisiez ? Avec Nala ?
Le sourire de Jay disparut presque dans l'instant, faisant ressortir ses iris mentholés brillants. Il ne répondit pas dans l'instant, trop occupé à tester la profondeur des poches de son pantalon cargo du bout de ses poings.
- Disons que c'était pas exactement la même chose. C'était plus compliqué. Et donc plus douloureux. C'était que quand j'avais vraiment l'impression qu'on allait tous mourir que j'ai agi. Mais chaque fois qu'elle était sur le terrain, chaque fois qu'elle s'armait... J'avais vraiment envie de hurler. Pourtant y'avait pas de raisons, c'était plutôt elle qui nous protégeait tous...
Donc il comprenait. Les frayeurs de Parker n'étaient donc pas uniques. C'était un peu plus rassurant. Le jeune homme poussa donc un petit soupir et demanda, rempli d'espoir.
- Et alors ? Comment vous faisiez pour pas craquer ?
- Tu juste vis avec.
Ah merde. Voilà que la morale retombait dans ses chaussettes. Jay se redressa donc de toute sa taille et se rapprocha de lui pour lui assainir un petit coup dans l'épaule.
- Ouais. Les femmes ont le don de nous bousiller la vie. Mais maintenant que t'as ce problème, Parker, apprends à vivre avec. Fais des compromis. Mais c'est pas parce que tu l'aimes que tu peux la laisser faire ce qu'elle veut sur le terrain où à l'intérieur de ces murs... Tu restes son officier supérieur. Si tu manques à ton devoir, tu la perdras.
Le coup frappa Parker en pleine poitrine alors il ne mit pas longtemps à hocher la tête en signe d'accord. Il était hors de question qu'il la perde, certainement pas dans cet enfer blanc. Jay s'apprêta à partir mais se tourna un instant avant de le faire.
- Je t'ai dit que j'étais pas ton ami, Parker. J'étais énervé. Mais sache qu'aujourd'hui, t'es même plus que ça. T'es la personne sur qui je compte le plus. Tu crois que tu peux vivre avec ça ?
C'était la première fois que le jeune Lieutenant sourit, depuis bien des jours. Depuis leur départ du Texas, en fait. Et c'était d'une sincérité vraie.
- Vous allez pas le regretter.
- Alors c'est parti.
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