IV - Chapitre 1 : Dieu pour Cédric, Angleterre et Dumbledore

Sachez que ça m'a fait tout drôle de mettre ce petit "IV". Et oui, je n'en reviens pas mais c'est arrivé : nous voici dans la dernière ligne droite d'O&P ! 

Qui s'écrit à un rythme ... plutôt soutenu. Et ça doit certainement être lié au fait que je n'ai littéralement eu aucun temps mort pendant ses 11 premiers chapitres de rédigés. Voilà, vous êtes prévenu.es : ça va être sport. ça change pour moi qui aie toujours des débuts exceptionnellement lents (la partie 3 bat le records de mise en place) mais là ça enchaine bien. 

Bon je vous abandonne vite parce que je finis cette année scolaire sur les rotules de façon assez inexplicable. Mon copain vient de se tourner vers moi en me disant "toi dans 5 minutes tu pionces". Je lutte pour vos beaux yeux - et la joie qu'apporte vos commentaires <3

C'est donc avec une grande émotion et une encore plus grande impatience que je vous offre le chapitre 1 de cette première partie ! Pour vous donner l'eau à la bouche, Anna' a dit que je ne pouvais pas mieux débuter... J'espère que vous apprécierez ! 

ET LA PARTIE IV COMMENCE MAINTENANT ! Top départ et bonne lecture <3

***

Au nom de nos pères qui nous ont appris

Le prix d'un homme, prix d'un homme

Ce que nous sommes.

Au nom de nos frères tombés dans l'oubli,

Des droits de l'Homme, droits de l'Homme

Droits des Hommes ... 

- Pour la peine,
1789, Les amants de la Bastille.

***

Chapitre 1 : « Dieu pour Cédric, Angleterre et Dumbledore ».

-Arthur, tu es un sorcier.

Le petit Arthur devint livide, si blême qu'on put légitimement se demander s'il n'allait pas s'effondrer, la tête la première dans le bol de glace qu'il avait posé sur ses genoux. Son père à ses côtés avait plaqué de main contre sa bouche. De sa paume dépassait une barbe fournie, broussailleuse, qui sembla s'affaisser sur elle-même face à l'annonce. La mère, debout un pichet de thé glacé à la main, s'étaient figée, comme transformée en bloc de glace. C'était cela : un vent glacial s'était levé dans la pièce, venait de balayer les vies de cette petite famille sans le moindre ménagement, pénétrer leurs chairs comme une réalité désagréable.

Ce vent, c'était celui de la magie, du monde sorcier qui entrait dans un foyer pour planter ses griffes dans l'existence d'Arthur et ne plus jamais le quitter.

C'était ce que j'analysai alors que lentement, le tableau devant moi se remettait en mouvement, avec l'impression désagréable d'assister à une scène que j'avais déjà vécue, huit ans plus tôt. Une scène traumatisante dont j'avais eu toutes les peines à me relever, qui m'avait paralysé – exactement comme Arthur, qui continuait de me fixer, la bouche légèrement entrouverte. Un miroir de moi au même âge, ce garçon : des cheveux noirs, frêle pour son âge, les genoux écorchés par les heures passées à jouer au foot avec sa bande sur les hauteurs du village. Et dans son regard, un véritablement déchirement, le désarroi qui se battait face au soulagement. Parce que soulagement, il y avait indéniablement lorsque cette phrase magique était prononcée.

Au-dessus de sa tête, ses parents échangèrent un regard, puis le posèrent sur la drôle de petite dame assise dans le fauteuil telle une étrange reine. Pomona Chourave s'était particulièrement apprêtée pour l'occasion : un chemisier bleu qu'elle avait passé sur un pantalon de velours côtelé marron, vêtements moldus qu'elle avait d'abord dissimulé sous une cape d'été qui pendait sur le bras de son fauteuil. Ses cheveux gris bouclaient sur sa tête comme une couronne broussailleuse qui évoquait nombre de plantes desquelles elle s'occupait dans ses serres.

-Je sais que ça doit te paraître complètement invraisemblable, Arthur, enchérit-t-elle avec sa bienveillance naturelle qui en avait fait ma professeure préférée. Mais je t'assure que ...

-Alors ce que j'arrive à faire, c'est de la magie ?

Arthur ne paraissait pas avoir voulu volontairement couper Chourave : son cerveau venait juste de se remettre brusquement en place après la paralysie de l'annonce. Le soulagement palpable dans sa voie m'arracha un sourire autant qu'il fit réagir sa mère, les yeux écarquillés.

-Mais enfin, qu'est-ce que tu arrives à faire ?

Arthur rentra soudainement la tête dans ses épaules et crispa ses doigts sur son bol de glace. Mon sourire s'agrandit sur mes lèvres lorsque je compris que les premières émanations de magie d'Arthur ne devaient pas être différentes des miennes.

-Moi j'avais fait voler des bonbons dans l'épicerie Fisher, avouai-je pour encourager l'enfant. Je m'étais persuadée qu'ils étaient simplement tombés mais ... non, je les avais vraiment fait voler. Et voler tout court par la même occasion.

-Mais enfin, Victoria, bredouilla la mère d'Arthur, l'air déconcerté. Ne lui raconte pas ... toi aussi tu ... mais quelle idée de ...

-Arthur a fait fleurir le pêcher de la maison, lâcha son père, choqué. Je l'ai vu à travers la fenêtre, j'ai pensé à une ... floraison précoce ... Mais en plein hiver, quand même ... ce n'était pas que ça ... C'est ça ?

Il coula un regard sur son fils. Ce n'était pas un regard agressif ou accusateur, mais il était tant empreint de choc et d'incompréhension que Arthur se recroquevilla sur lui-même.

-J'avais juste envie de pêche ..., se justifia-t-il dans un filet de voix. J'ai juste eu à le penser que l'arbre s'est recouvert de fleur ... ça m'a tellement fait peur que je suis allé me cacher dans le grenier ...

-Arthur, ce n'est pas grave, assurai-je fermement alors que ses yeux s'emplissaient de larme. C'est ta magie qui s'est manifesté, ça arrive très souvent aux petits enfants qui se révèlent magiques ... Tu vas apprendre à la contrôler. C'est pour ça qu'on est là ...

-Le pensionnat en Ecosse, souffla le père, saisi.

Chourave leva les sourcils, l'air surpris. La famille d'Arthur fréquentait assidument l'église du village, où le sermon était chaque fois prêché par mon père, Edward Bennett. Et tout le monde dans ce village où chaque histoire inhabituelle était racontée avec délice à chaque habitant, savait qu'après les frasques de son aîné, le révérend Bennett avait envoyé sa fille dans un pensionnat en Ecosse. Le même que le petit Bones, dont la famille habitait en bas de la colline et avait été au fil des générations sujettes à de nombreuses rumeurs.

L'ensemble de la petite famille posa les yeux sur moi, comme s'ils me remarquaient pour la première fois.

-C'est parce que tu es une ... enfin, une ... ils t'ont envoyé là-bas pour ..., bégaya la mère, toujours aussi perdue.

-Poudlard est une école, précisa calmement Chourave. Une école de sorcellerie dans laquelle, comme le dit Victoria, nous apprenons à chaque petit sorcier à contrôler sa magie.

-Ridicule, souffla la mère en secouant la tête. Magie ...

-Non.

Le mot était lâché par le père, qui enlaça immédiatement Arthur d'un bras protecteur et farouche.

-Non, vous n'emmènerez pas mon fils en Ecosse. C'est hors de question. Peut-être qu'il est étrange, peut-être même que ce qu'il fait c'est ... de la magie, d'accord, je vous l'accorde j'y ai pensé moi-même après l'histoire du pêcher. Mais c'est nous sa famille.

-Mais nous ne nions pas ce fait, et loin de nous l'idée de vous arracher votre fils, assura Chourave. Mais Arthur aura besoin de Poudlard. La magie a des règles, ses subtilités, le monde des sorciers sa propre organisation. Si vous le gardez Arthur auprès de vous, s'il est coupé de cet apprentissage ... sa magie restera indomptée, sauvage. Ça risque d'être dangereux ... pour lui comme pour vous.

Le ton grave de la professeure souffla les protestations du père. S'il ne lâcha pas le moins du monde un Arthur qui s'était mis à trembler dans ses bras, il parut plus ouvert aux détails que Chourave ajoutait sur l'école, son dispositif, l'existences de la volière et sa multitude de hibou qui permettait à chaque élève de garder un lien quotidien avec sa famille, vantant les qualités de ses collègues. Elle acheva en me désignant avec un immense sourire.

-Victoria est diplômée depuis un an. J'ai tenu à ce qu'elle soit présente pour que vous ayez une présence familière, une personne que vous serez susceptible de croire – nous sommes conscients d'à quel point cela peut être difficile ... Et quelqu'un qui vous prouve en chair et en os qu'on peut réussir en tant que sorcière.

Ce fut difficile d'acquiescer, de ne pas penser aux persécutions, à Ulysse Selwyn m'insultant et me poursuivant dans les couloirs, aux yeux de Cédric ouverts sur l'éternité, et à la belle tombe blanche. Fort heureusement, d'autres images jalonnaient mon parcours, des images irradiantes de vie et d'expériences qui rendaient au final la balance positive. Amusée, je remarquai que c'était à moi que Arthur réservait son regard, moi que l'étrange dame qui venait d'entrer dans sa vie portait comme un modèle.

-C'est parce que j'ai eu d'excellent professeur, prétendis-je en plongeant la main dans ma poche pour en sortir un objet. Mais surtout, ils t'apprendront à te servir de ça.

Arthur siffla doucement lorsque ses yeux se posèrent sur ma baguette de bois de saule. Plus brave, il se détacha de la prise de son père pour s'avancer un peu et contempler l'objet avec curiosité.

-Oh ! C'est une vraie ?

-Evidemment. Je sais que tu arrives à faire de la magie sans, mais la baguette aide à ce que ce soit plus précis et plus puissant. A partir du moment où tu en auras une par contre, tu n'auras plus le droit de faire de la magie en dehors de l'école, d'accord ? Justement parce que tu es en apprentissage – et pas assez sage pour en user convenablement.

Arthur eut un sourire coupable et je sus que j'avais vu juste en songeant que le pêcher était loin d'être le seul épisode de magie. Il avait toujours été un garçon relativement turbulent, aventureux, tout le village avait un jour entendu sa mère crier après un jour. Un profil de Gryffondor ... Je jetai un petit regard à Chourave qui hocha imperceptiblement la tête.

-Regarde ... j'ai appris ça en première année, en Sortilège. Tu es prêt ?

Arthur hocha vigoureusement la tête et même son père semblait s'intéresser à ce que j'étais capable de produire. Avec d'infinie précautions, je tapotai le cendrier de cristal sur la table basse : il lévita doucement, de quelques centimètre d'abord puis de plus en plus haut, suivant l'angle de la pointe de ma baguette. Puis avant qu'on ne puisse m'accuser d'être une affabulatrice, j'exécutai une torsion de poignet : le cendrier d'étira brusquement pour devenir un magnifique vase de cristal rempli de lys qui vint se poser avec la légèreté d'une plume sur la table. Si les parents de Arthur restèrent muets de stupeur, Arthur se mit à applaudir à tout rompre. Fière de mon effet, je fis tourner ma baguette entre mes doigts.

-Je peux le retransformer en cendrier si vous voulez ... mais je préfère un peu les fleurs, je vous avoue.

-Par tous les saints ..., jura la mère.

Comme je l'espérai, la démonstration acheva de convaincre les parents de la véracité de la chose et de la nécessité qu'Arthur rejoigne l'école. Je laissai donc Chourave poursuivre l'entretien avec eux, leur donner la lettre à l'encre verte que chaque petit sorcier recevait pour ses onze ans pendant que je répondais moi aux nombreuses questions du futur élève. (« Donc c'est grâce à la magie que tu n'as pas gelé en Ecosse ? Tu sais faire quoi d'autre ? Simon aussi est un sorcier ? C'est pour ça que maintenant vous êtes amoureux, quelqu'un vous a jeté un sort ? D'ailleurs c'est possible de jeter un sort pour rendre les gens amoureux ? Parce que j'aime bien Bethany Jerkins mais elle dit que je ressemble à un crapaud ... Et je pourrais transformer les gens en crapaud ? »). Chourave finit par me sauver de la curiosité du jeune garçon en sonnant la fin de l'entretien. Elle serra la main d'un père plus avenant et d'une mère qui avait fini au fil des explications par retrouver sa langue.

-Bien ... Et juste une dernière chose (son visage se fit d'une gravité si inhabituelle qu'elle parut être une autre personne). Le monde des sorciers traverse malheureusement une crise depuis quelques mois ... une crise qui met en danger les petits sorciers comme Arthur ou Victoria issus de famille comme les vôtres. Ne vous en faites pas, la sécurité à Poudlard est maximale mais dans la rue dont je vous ai parlé, le Chemin de Traverse ... Enfin, il serait plus prudent que ce soit Victoria qui accompagne Arthur faire ses fournitures. C'est aussi pour ça que je lui ai demandé de venir, pour que vous ayez un interlocuteur ...

-Moi ou les Bones par ailleurs, enchéris-je. C'est eux qui m'ont guidé à l'époque ...

La phrase laissa un goût de cendre sur ma langue quand je pensais à mes relations plutôt fraiches avec la famille depuis quelques semaines. J'évitai la grande maison en bas de la colline depuis l'attaque qui avait visé mes grands-parents, de peur de réveiller la colère qui avait pu balayer mon sens commun à l'époque. Le père d'Arthur m'adressa un petit sourire – un petit sourire toujours quelque peu réticent.

-Merci ... Ne te méprends pas Victoria, ce n'est pas la magie, c'est ... (Il se frotta la tempe, l'air de chercher ses mots et contempla son fils avec une certaine mélancolie). L'Ecosse ... J'ai bien vu comment ça a affecté son père, que tu y ailles. Que tu ne sois là que trois mois dans l'année ... ça s'est vu dans ses sermons. Après tes départs, ils tournaient beaucoup sur l'importance du sang, de la famille ...

Mon cœur remonta dans ma gorge et je baissai le regard. Chourave s'était pudiquement détournée sous couvert de donner des nouvelles instructions à Arthur et lui répéta pour la dixième fois de ne pas ébruiter son statut de sorcier.

-Ce n'est pas l'Ecosse qui faisait mal, c'était ... l'incompréhension, corrigeai-je finalement. S'il vous plait, ne faites pas l'erreur de mes parents. Soyez fier d'Arthur, soutenez-le dans cette nouvelle vie ... Acceptez sa magie. C'est une part de lui, désormais, une part dont il ne pourra jamais se détacher. Ce serait s'arracher une partie de lui-même ... s'il vous plait, ne lui demandez pas, même implicitement, de choisir entre la magie et vous ...

Le père d'Arthur parut ébranlé par ma supplique. Je connaissais ce couple. La mère était peut-être autoritaire, au point de toujours surveiller Arthur dans les rues à onze ans, le père souvent au travail et qui profitait de ses seuls instants de libre pour être avec son fils. Son enfance devait déjà lui avoir coulé entre les doigts, réalisai-je, le cœur serré. Mais son adolescence passerait encore plus vite, à la vitesse d'un train, s'ils ne profitaient pas pleinement des rares moments ensemble. Il finit par hocher longuement la tête.

-Bien sûr ... bien sûr que je l'accepterai.

Je souris, quelque peu rassurée et laissai la petite famille à la réalisation du bouleversement qui venait de changer leur vie à jamais. Pour nous autre, enfants de moldus, il y avait un avant et après la lettre à l'encre verte. Avec un soupir, Chourave me rejoignit sur le trottoir. La famille d'Arthur habitait sur les hauteurs du village, à quelques mètres de l'église dont on apercevait un morceau de la tour carrée et ses piques plantées dans le ciel d'été.

-Merci beaucoup d'avoir été présente, Victoria. Je n'ai jamais été à l'aise avec ce genre d'annonce je l'avoue ... Je pense qu'on devrait plus impliquer les étudiants comme vous qui savez vraiment ce qu'ils ont besoin d'entendre.

-Alors la prochaine fois, demandez à mes parents, proposai-je avec un sourire qui se fana vite. Mais ça veut dire que Poudlard va rouvrir, professeur ?

J'avouai complètement en avoir douté. La mort de son éminent directeur, Albus Dumbledore, avait été un séisme à deux étages. Le premier par le prestige qu'il avait, ce statut de meilleur sorcier du monde, le seul à pouvoir tenir Voldemort en échec. De l'autre par la forme même de son assassinat. Ce n'était que Dumbledore qui avait été frappé, mais le cœur même du mythe de l'inviolabilité de Poudlard. La célèbre école des sorciers n'était plus sûre : là-bas aussi, on pouvait mourir ... y compris lorsqu'on était Albus Dumbledore, terrassée par une personne en qui il avait toute confiance. A la fois exceptionnel et d'une banalité alarmante.

Le visage de mon ancienne professeure se ferma. Face au soleil qui perçait par intermittence les nuages, elle plissait régulièrement les yeux.

-Je sais ce que vous pensez ... mais le monde sombrera si Poudlard ferme. Si on ne peut plus éduquer les sorciers de demain. Poudlard, c'est ce qui fait l'unité de notre communauté : sans ça, chacun serait élevé par sa famille, avec des pensées et des compétences si diverses que la société se fracturerait. Il faut des différences, bien sûr. Mais il faut un socle commun sur laquelle fondé notre vie et ce socle c'est Poudlard. Alors même s'il vacille, on doit s'y accrocher.

D'un geste distrait, elle palpa ses poches dans lesquels devaient certainement se cacher sa baguette.

-Je ne sais pas si vous savez mais ..., poursuivit-t-elle avec gravité, Charity Burbage a disparu depuis une semaine ...

-Quoi ?

Chourave hocha sombrement la tête.

-C'est Minerva qui l'a découvert. Elle ne répondait plus aux lettres – elle est l'une de nos professeurs qui va le plus annoncer aux enfants de moldus qui ils sont. Alors elle est allée chez elle pour découvrir que son appartement avait été vidé, ses affaires tirées des placards. On a retrouvé que son chat.

-Mon Dieu, soufflai-je, horrifiée. Et qu'est-ce que ... ?

-On ne sait pas, Victoria. Les Aurors tendent vers une fuite. Une lettre a été retrouvée pour annoncer des vacances et c'est la thèse qu'ils comptent soutenir. Pour ne pas affoler ... Albus qui meure, maintenant une professeure qui disparait ...

Le fatalisme affiché de Chourave me creva le cœur. Le visage de mon ancienne professeure d'étude des moldus flotta un instant dans mon esprit, son sourire, ses longs cheveux blonds, son tee-shirt des Rolling Stones. Sa bonne humeur pétillante et sa façon de mettre mes compétences en avant en avait fait l'une de mes professeurs préférées ... avant que mon rapport à elle ne change en apprenant que sans la tragique histoire de la vie, nous aurions sans doute un jour appartenu à la même famille. Mes bras se croisèrent machinalement sur mon ventre noué.

-Mais vous n'êtes pas certaine de ça ? compris-je.

-Bien sûr que non, Bennett. Vous avez un peu connu le professeur Burbage ... ce ne serait pas le genre à fuir maintenant. C'était une ancienne Gryffondor, vous savez ... Elle a la résistance dans le sang. Des raisons de rester et de se battre ...

Le regard qu'elle coula sur moi fut prudent, presque méfiant et faillit m'arracher un absurde éclat de rire. Malheureusement, le temps qu'il monte dans ma gorge le transforma presque en sanglot et je préférai le ravaler pour achever à la place de Chourave :

-Matthew Bones ?

Les traits de mon ancienne professeure se détendirent considérablement et elle laissa éclater son soulagement d'un soupir.

-Bennett, si vous saviez comme ça me fait un bien fou de voir les secrets tomber les uns après les autres et de pouvoir parler ouvertement de cela avec vous ... Oui, évidemment, Matthew. Un couple très mignon quand ils étaient à Poudlard ... Tellement adorable ...

Un voile de nostalgie s'abattit sur les prunelles sombres de Chourave. Nos pas nous menèrent naturellement sur les berges du ruisseau qui bordait le quartier d'Arthur. L'ombre des arbres et la fraicheur de l'eau qui s'écoulait avec un doux murmure rendait l'air plus respirable, l'ambiance moins pesante.

-Comment vous avez su ? m'interrogea-t-elle finalement.

-Julian Shelton. Je ne sais pas si vous vous souvenez, je pense qu'il est parti au milieu de sa scolarité pour ...

-Les Etats-Unis, parfaitement. Si, je me souviens, une autre tragique histoire ... L'un des meilleurs élèves que Filius ait eu ... jusque Simon Bones. C'est vrai qu'il m'a envoyé une lettre l'année dernière maintenant que j'y pense, pour me demander comme le gérer comme il était son tuteur à l'IRIS ... Mais je ne savais pas qu'il irait jusqu'à lui parler de Charity.

Avec un certain malaise, je me souvins du moment où l'information était tombée, du fracas qui avait suivi quand Simon avait quitté la table, bouleversé. Le coup de pied aux fesses qu'il lui avait fallu pour regarder son passé dans les yeux, maintenant que j'y pensais ...

-Si ... il nous a expliqué ... enfin, Simon a compris pourquoi il n'a jamais pu faire Etude des moldus.

-Ce n'était pas possible, confirma fermement Chourave. Franchement Bennett ... Matthew, ça a été l'amour de la vie de Charity. Après sa mort, elle a mis des années à se reconstruire. Elle a même dû partir, prendre du recul avec tout. En Afrique, notamment, elle a fait le tour du continent ... ces voyages, c'est ce qu'il l'a sauvé, mais Matthew est toujours resté au fond d'elle, un fantôme dont elle n'a jamais pu se défaire. Un fantôme qui s'incarnait parfaitement en Simon ... non, elle ne pouvait pas en supporter la vue, ce n'était pas possible. Ils se seraient faits du mal.

C'était certain, je ne le niais pas. Bientôt seize ans et la mort de la quasi-entièreté de la famille Bones avait laissé des traces profondes, des plaies incapables de cicatriser sur chaque personne qu'ils avaient touché. Charity Burbage, Simon, Rose ... Chacun s'était pris un éclat d'obus dans le cœur impossible à déloger. Chourave pinça des lèvres en une mine sévère qui ne lui ressemblait pas.

-Vous ne la connaissiez peut-être pas assez Victoria, mais Charity avait une volonté de fer. Ce n'est pas le genre de personne qui abandonne ... qui laisse tomber ... surtout que ... vous avez lu La Gazette récemment ?

-J'avoue que je me suis un peu coupée, admit-je prudemment, mal à l'aise. Avec toutes les mauvaises nouvelles qu'elle véhicule ... j'en ai eu assez ces dernières semaines.

-Je comprends Victoria, mais restez informée tout de même. Surtout dans les prochains jours ... Le monde entier retient son souffle. On attend l'attaque, maintenant que Dumbledore ... (La voix de ma professeure chevrota sur le prénom avant de se fondre dans une toux). Enfin bref. Charity venait de publier un article.

-Dans La Gazette ?

-Oui. Sur le brassage culturel entre moldu et sorcier, en appuyant le fait que pour notre propre survie en tant que communauté et espèce, nous n'avons pas simplement le droit, mais le devoir de nous unir aux moldus ...

L'information me broya la poitrine. Le thème faisait étrangement écho à mon propre projet, un projet qui commençait à dangereusement se solidifier à mesure que les pages s'alignaient. Ne manquait que la conclusion qu'Octavia était en train de rédiger pendant que je m'occupais de chercher un éditeur avec Julian Shelton ... Après la mort de Dumbledore, nous avions décidé d'aller vite. Oui, c'était une véritable course contre la montre qui s'était engagée. Pour l'instant, el monde démocratique qui nous avait vu grandir tenait, mais combien de temps avant qu'une certaine censure se mette en place ? Déjà les maisons d'éditions étaient terrifiées ... Les locaux de La Gazette étaient parmi les sites les plus protégés pour justement garantir cette relative liberté d'expression. C'était certainement ce qui avait dû permettre à Charity Burbage de publier ... Mais quelque chose mourut au fond de moi lorsque je réalisai ce que ça lui avait coûté. Les larmes me montèrent mécaniquement aux yeux et je les chassai d'un battement de cil.

-Oh Seigneur ...

Face à mon ton étranglé, Chourave mit une main compatissante sur mon bras.

-Je sais, je sais, murmura-t-elle, visiblement affligée.

-Vous pensez qu'elle ... ? Enfin qu'ils l'ont ... ?

J'étais simplement incapable de finir cette phrase, de formuler la possibilité. Non, cette phrase incomplète était déjà de trop et menaçait de faire exploser les sanglots dans ma gorge. Chourave poussa un profond soupir et dans un geste empreint de sollicitude et de maternité, passa son bras sous le mien. J'avais tant besoin de cette marque de soutien que je réalisai à peine qu'elle émanait d'une ancienne professeure.

-Je n'en sais rien Victoria. Pour être honnête, je ne préfère pas savoir. Tout ce que je sais, c'est que l'article n'était pas sorti depuis une semaine que Charity disparaissait ... et qu'elle n'est pas du genre à partir en vacances. Oh non, pas maintenant ... (Elle cligna plusieurs fois des yeux). Si ça peut vous rassurer, dites-vous qu'elle est avec Matthew. Moi ça me rassure en tout cas.

Pas moi. Non, cela provoquait un mélange de colère et de désespoir en moi qui bouillonnait au creux de mon ventre avec l'acidité d'un venin. Où qu'ils soient, ce n'étaient pas normal qu'ils y aient été précipités. Ils devraient être là sur les berges, se tenant la main à l'ombre des arbres ... promenant leurs enfants avant de rentrer dans l'ancestrale maison des Bones au bas de la colline. Une vie de plus fauchée par la guerre, un destin qui ne verrait pas le jour, une image brisée en mille éclat ... La poigne de Chourave s'appesantit sur mon bras.

-Vous savez pourquoi je vous dis ça, Victoria, pas vrai ?

-J'ai ma petite idée, concédai-je dans un soupir lourd. Mais ne vous en faites pas, professeur ... on fera attention.

-Attention, c'est faible par rapport aux précautions que vous devriez prendre. Bennett, je ne plaisante pas. Je ne veux pas voir notre nom dans la rubrique nécrologique ou dans la liste des disparus qui s'allongent de jour en jour. Je ne veux pas qu'on m'annonce un jour que vous aussi, vous êtes partie « en vacances ». Sachez-le, je n'y croirais pas plus qu'à Charity. Je veux vous voir en vie à la fin de cette guerre, Victoria, vous m'entendez ? Je vous voir pondre des petits Bones et pouvoir leur dire dans quelques années à quel point j'avais été visionnaire.

La tirade de Chourave avait pesé comme du plomb sur mes épaules et malgré cela je parvins à rejeter ma tête en arrière pour éclater de rire à la conclusion. Mon hilarité se perdit dans le roulement du tonnerre qui grondait au loin.

-Mais enfin professeur !

-J'avais tout vu Bennett ! assura-t-elle en levant un doigt, l'air docte. Tout ! J'en avais parlé à ... à qui déjà ? ça faisait tellement longtemps ... C'était peut-être O'Neil ... Oui, voilà, O'Neil, la fois où on a retrouvé Abbot dans mes serres ! Demandez à Farhan O'Neil, il est apothicaire sur le Chemin de Traverse. Je lui ai dit que je pariais sur vous et Bones. On ne reste dans l'ombre et la lumière d'une personne qu'on déteste enfin, Victoria ...

-Vous avez été visionnaire, m'esclaffai-je. Mais vous vous emballez un peu sur le ... pardon, c'était quoi votre formule ? « Pondre des petits Bones » ?

-Métaphore trop agraire pour vous, je vous l'accorde. Mais justement Victoria, il est perdu ce garçon sans vous. Vous n'avez pas le droit, vous m'entendez ?

Tu as juré que si je t'abandonnais, tu te ferais un plaisir d'aller cracher sur ma tombe. L'inverse est vrai, Victoria Anne Jadwiga Bennett. Parce que si tu m'abandonnes pour jouer à l'héroïne, je me ferais un plaisir d'aller cracher sur la tienne, souffla Simon en un glaçant écho dans ma tête. Oui, cette injonction je l'avais ancrée dans la peau. Elle était la limite à ne pas franchir. Me battre, lutter, de toute mes forces ... mais en respectant mes devoirs envers mes proches. J'avais la sensation de m'approcher de la limite avec ce livre, que le curseur était dangereusement en train de se caler sur cette limite et d'en jouer.

Un nouveau coup de tonnerre roula sur nous et fit frémir nos âmes. A présent, les nuages tapissaient le ciel et l'air d'épaississaient de plus en plus de l'orage qui s'annonçait.

-Professeur ... je n'ai pas le droit non plus de juste ... laisser couler, vous le savez ? entonnai-je avec prudence. Pour le professeur Dumbledore. Pour Cédric ...

-Je sais Bennett. Mais n'allez pas les rejoindre trop tôt. Diggory vous renverrez à vous un coup de pied aux fesses ...

Elle s'immobilisa sur la berge et s'écarta quelque peu pour me faire face. Son regard brillait et de façon très soudaine, je réalisai que Pomona Chourave n'avait pas d'enfant. Que la seule chose qui s'en rapprochait un tant soit peu pour elle, c'était nous, cette multitude d'élève qui se massaient dans ses serres, qu'elle guidait de son mieux ... et qu'elle voyait mourir depuis deux générations. Combien de ses enfants la regardait à présent depuis les cieux tenter de sauver ceux qui lui restaient ?

-Ne cessez pas d'agir, Victoria, déclama-t-elle d'une voix vibrante, une main serrée sur mon bras. Surtout pas, ce n'est pas ce que je vous demande. Mais restez prudente, plus que prudente. Protégez-vous. Sur cette terre, il y a des gens qui méritent moins de mourir que d'autre et vous faites vraiment parti de cette population. Ce ne serait pas juste ...

Sa voix s'était légèrement enrouée mais elle fit passer l'impression en me gratifiant d'un sourire si familier qu'une chaleur bienfaisante se diffusa dans ma poitrine. Dans un geste presque maternel, elle me tapota la joue.

-Mais oui, publiez votre livre, Victoria. Foutez-moi un gros bordel dans leur tête. Et à la fin de la guerre, nous nous retrouverons. N'est-ce pas ? De ce côté, pas de l'autre !

Il y avait quelque chose de désespéré dans la promesse que tentait de m'arracher Chourave. Même ma mère ne s'y était pas risquée, certainement trop consciente de l'enjeu, trop habité de l'histoire familiale qui avait déjà emporté une partie de notre sang dans une guerre tout aussi absurde et injuste. Pourtant, je ne parvins pas à lui donner une autre réponse que :

-Je vous le promets.

***

-Je te promets, Bennett, si on est en retard à cause de toi je ...

-Tu quoi ? Tu vas m'enfermer dans ton manoir plein de Selwyn ? M'obliger à supporter ton fiancé plus d'une heure ? Me raconter une autre anecdote que je ne veux pas savoir sur Simon ?

Octavia McLairds leva les yeux au ciel dans un geste somptueusement méprisant. Vêtue d'une robe de sorcière magenta flamboyante qui tranchait avec ses cheveux d'acajou délicatement relevé sur la nuque, elle détonnait dans le décor morne du Chaudron Baveur. Tom le Barman nous avait jeté un regard curieux puis plein d'espoir avant que la jeune fille ne le fasse déchanter d'un presque impoli : « nous sommes très pressées ! » et ne m'emmène manu militari jusqu'au mur qui séparait nos deux mondes. Je l'observai d'un œil très intéressé alors qu'Octavia sortait sa baguette pour tapoter les pierres stratégiques.

-Maintenant que j'y pense, ce mur n'est-il pas le symbole de notre livre ? songeai-je distraitement.

Une main plantée sur le chapeau de sorcière que je m'étais obligée à mettre pour l'occasion, je me dévissai le cou pour observer toute l'arrière-cours éclairée par le soleil de plomb qui avait suivi les orages de la semaine. Les sourcils froncés, Octavia parut réfléchir.

-Hum ... Le lieu entier, même. Un point de passage poreux entre univers moldu et sorcier.

-On devrait réfléchir à ça. Je te rappelle qu'on n'a pas de titre.

-Et je te rappelle que ce sont les éditions qui ont les mains libres là-dessus. Nous, on est juste force de proposition, mais pas décisionnaire.

-Et je trouve ça toujours profondément injuste, c'est notre bébé, pas le leur !

Octavia poussa un profond soupir et porta une main désespérée sur sa tempe alors que les briques s'écartaient docilement pour former l'arche qui menait à l'avenue commerçante.

-Victoria, dans quelques minutes, ce ne sera plus simplement notre bébé. Ce sera aussi un peu le leur. Il faut accepter ça – et ne pas être en retard, alors hop, allez !

Elle me prit le bras d'une main ferme et me fit avancer sur le chemin aux pavés irréguliers. L'espace, comme depuis un an, faisait véritablement peine à voir. A peine égayer par le soleil estival, la rue était désertique, anormalement et pesamment silencieuse. Nous passâmes devant la boutique d'Ollivander et je ne pus m'empêcher de jeter un coup d'œil entre les planches qui barraient les vitres depuis un an. L'intérieur avait été laissé dans l'état, avec les boites éparses sur le sol qui prenait la poussière. Malgré notre retard, Octavia prit le temps de s'arrêter avec moi devant la boutique qui avait pendant des années fait parti du rite de passage de tous les jeunes sorciers. Arthur n'irait pas chercher sa baguette chez Ollivander, réalisai-je assez brutalement.

-On a d'autres fabricants de baguette ?

-Peu et moins bons, avoua Octavia, les lèvres pincées. On est en train d'envahir notre marché de baguette de moindre qualité et les Mangemorts ont récupéré le meilleur ... niveau stratégie à long terme, c'est brillant il faut l'admettre.

-Mais il avait ... des centaines de baguettes dans cette boutique, qu'est-ce qu'elles sont devenues ?

-Je ne sais pas trop ... je suppose que si les Mangemorts n'ont pas tout emporté avec eux, ce sera le Ministère qui les a mis sous scellé. Quoiqu'il arrive, on n'en verra pas la couleur ...

Un frisson glacé ne parcourut malgré la chaleur et je m'entourai de mes bras. Il y avait quelque chose de fascinant et d'effrayant à cette boutique sombre placardée d'affiche et de planches oublié sous la poussière, cette déchéance d'un ancien haut lieu de la sorcellerie. Comme une partie de l'enfance et de l'innocence de notre monde qui se fondait peu à peu dans les ombres.

-J'ai vu Chourave hier. Mon ancienne professeur d'Etude des moldus ... elle ... enfin, elle a disparu.

L'annoncer à voix haute m'écorcha les lèvres et fit monter une boule brûlante dans ma gorge. Octavia baissa humblement la tête. Les paupières closes, avec ses mains jointes devant elle et le chapeau qui jetait une large ombre sur son visage pâle, elle semblait presque être en prière.

-Ce ne sera pas la dernière, finit-t-elle par lâcher sans ouvrir les yeux.

-Non, c'est clair, convins-je dans un filet de voix. Allez, allons arrêter ça à notre manière.

Visiblement ébranlée, Octavia se contenta d'opiner du chef. Lentement, nous reprîmes notre route dans la rue désolée. Seul écrin de lumière et de joie, la boutique des Weasley qui faisait triomphalement l'angle avec un passage perpendiculaire, fort de ses couleurs vives et des bulles irisées qu'un singe en peluche soufflait depuis les toits. Chaque fois qu'elles éclataient, elles laissaient tomber une poudre rose ou verte sur les passants et Octavia nous en protégea en déployant un parapluie magique au-dessus de nos têtes lorsque l'une d'entre elles nous atteint.

-Je me méfie des inventions Weasley, maugréa-t-elle alors que le voile magique se couvrait d'une substance qui ressemblait à s'y méprendre avec de la neige mauve.

-Oh celle-ci est mignonne. Ça colore juste la surface que ça touche et pour pas longtemps. Ils voulaient quelque chose qui mette de bonne humeur.

-Tu leurs parles encore, à eux ?

Je me trémoussai, vaguement embarrassée par la question. Après notre sortie de Poudlard, les liens s'étaient distendus avec les étudiants et il était vrai qu'un œil extérieur aurait pu s'attendre à ce que je n'aie plus de contact avec Fred et George Weasley, avec lesquels j'avais vaguement sympathisé à Poudlard. Par ailleurs, je n'avais plus aucune nouvelle de leur meilleur ami Lee Jordan et très peu d'Angelina Johnson et Alicia Spinnet de qui j'avais été plus proche. Sans doute mon lien avec les jumeaux aurait-il suivi cette voie lui aussi ... si nous n'étions pas tous les trois impliqués dans une organisation illégale destinée à lutter contre Voldemort. Oui, l'Ordre du Phénix avait sauvé mon amitié avec les jumeaux.

-Oui, de temps en temps, éludai-je avec un haussement d'épaule nonchalant. Je me suis toujours intéressé à leur boutique, j'ai été parmi les premières au courant du projet je crois ...

C'était à moitié une exagération, songeai-je en me souvenant avec nostalgie de la fois où je les avais surpris en train de tester leurs feux d'artifices dans les cuisines de Poudlard. J'avais failli assommer Fred avec poêle ... une bien belle époque. Octavia ne broncha pas, pour mon plus grand soulagement et ajouta même avec une note d'admiration :

-Honnêtement, c'est peut-être parmi les gens de notre année qui s'en sortent le mieux. Vraiment, qui aurait parié qu'ils seraient à la tête d'une telle entreprise, un an après leur sortie de l'école ? Même pas diplômé ? Franchement ...

-Je leur dirais qu'ils ont réussi à rendre Octavia McLairds admirative. Ils demandent sans cesse à Simon comment il a fait pour sortir avec toi ...

-Comme la moitié de l'école ..., grommela-t-elle. Et Emily et Roger, des nouvelles ? Je ne les ai pas vu depuis les fiançailles ...

-Je suis allée déjeuner chez eux ... la semaine dernière je crois ? Mais Roger est vite parti, il a été appelé en urgence à l'hôpital ... il a l'air épuisé, je pense que la guerre le force à vivre sa formation en accéléré.

Et Emily m'avait paru un peu triste. Mais le regard trop fixé sur Simon et moi pour que j'entame une conversation sérieuse avec elle ... Mon estomac se contracta alors que les détails du déjeuner me revenaient en mémoire. Simon avait dormi près d'une semaine chez elle après l'attaque qu'avait subi mes grands-parents et il avait fallu que sa sœur Susan en personne vienne le chercher pour qu'il accepte de revenir à Terre-en-Landes, contre la promesse que ses parents ne diraient pas un mot contre sa volonté d'emménager dans les semaines à venir à Oxford. Mais en tentant de le retenir ce soir-là, Rose Bones avait rouvert une brèche chez lui et il supportait peu de rester dans l'ancestrales maison qui avait vu ses parents et ses frères mourir. D'où des repas passés chez moi, chez Emily, chez mon frère dans sa petite maison de Bristol elle aussi pleine de carton car Alexandre et Melania projetaient d'en prendre une plus grande en pleine campagne.

Autres sujets que Rose n'avait pas le droit d'aborder avec Simon : Lysandra Grims, la nuit du 13 août 1981, et moi. Surtout moi.

Les souvenirs des dernières semaines et de ma relation tendue avec l'ensemble de la famille Bones m'avait quelque peu crispé pour les quelques mètres qui nous restaient à faire. Nous quittâmes la grande rue pour un cul-de-sac si étroit que les toits se touchaient presque au-dessus de nos têtes. Entre les pavés stagnait encore l'eau qui résultait des orages de la veille et il y régnait une atmosphère presque poisseuse. Sur un tonneau, un chat blanc à moitié endormi sur le dos ouvrit un œil mauvais sur nous. Enfin au fond de la rue nous attendait un homme. De taille modeste, habillé en professeur moldu avec une impeccable veste et une chemise de lin, Julian Shelton s'était rasé de près et observait de son œil vert foncé la façade du modeste bâtiment à colombages devant lequel il se tenait.

-Je vous attendais il y a dix minutes, lança-t-il en guise de bonjour, les yeux toujours rivés sur la maison.

-Désolée professeur, m'empressai-je de m'excuser avant qu'Octavia ne se fende d'un « c'est de la faute de Victoria ».

-Julian, rectifia-t-il en m'adressant un sourire. Enfin nous nous lançant dans une entreprise commune, il faut bien commencer à s'appeler par nos prénoms ! Alors, miss, prêtes ?

Octavia et moi échangeâmes un regard. Elle pressa contre elle le sac en bandoulière qui contenait notre manuscrit, à peine achevé la veille, d'un geste presque possessif et jaloux, mais surtout craintif. Les dents serrées, je jetai un coup d'œil sur la bâtisse, modeste, coincée au bout de ce cul de sac et qui ne semblait tenir debout que par la force des poutres qui barraient la façade pour la structurer. Sur la porte était accroché une enseigne dont la peinture rouge commençait à sérieusement s'écailler et qui représentait un troll aux grandes oreilles une plume à la main. Octavia fronça du nez.

-Les petits trolls rouges, lut-t-elle sur la porte, dubitative. On est tombées bien bas ...

-Encore une fois, tu as une autre idée ? la tançai-je, exaspérée. Les grandes maisons d'édition ne veulent pas prendre de risque ! Obscurus Books nous a même demandé si on était folles !

-Et Dumalley fils ont tenté de soutenir que ça ne faisait pas parti de leur ligne éditoriale, mais c'était aussi faux que tout ce qu'ils ont pu publier sur Gilderoy Lokhart, poursuivit Julian en hochant la tête. Il semblerait que vos options soient en effet des plus réduites ... C'est déjà un miracle que Victoria vous ait trouvé cette solution. Ce n'est pas l'idéal, je vous l'accorde et j'espère que les fonds généreusement alloués par Simon et Lysandra permettront de compenser le manque de visibilité de la Maison d'édition ...

-Sauvées par Simon Bones, marmonna Octavia, visiblement indisposée par l'ironie de la chose. Enfin bon, vous avez raison. Evidemment.

Et cela parut tant satisfaire Julian qu'il se fendit d'un « hum » presque supérieur. Néanmoins, il s'écarta galamment pour nous laisser l'honneur de frapper à la porte. Comme Octavia, visiblement toujours indisposée par l'aspect miteux, ne sembla pas désireuse de le faire, j'avançai d'un pas pour m'exécuter. Il eut une seconde d'attente angoissante avant qu'une femme d'entrouvre la porte. Les cheveux bruns striés de gris étaient retenus dans un chignon lâche à l'arrière de sa tête et des lunettes ovales étaient montés sur son nez droit. Son port altier et professionnel parut rassurer Octavia, mais moi ce fut le sourire qu'elle me réserva qui réchauffa mon cœur. Puis l'odeur de cannelle qui émanait d'elle effleura mes narines et les larmes me montèrent aux yeux.

-Bonjour Victoria.

-Bonjour Flavia.

Quand elle entendit son prénom, Flavia Diggory ouvrit plus franchement la porte. Elle portait une élégante robe de sorcière émeraude et de l'une de ses poches dépassait une plume. Sans attendre, elle m'enlaça, m'entourant de cette odeur de cannelle qui avait toujours flotté sur les vêtements de Cédric, qui me rappelait toujours si fort son souvenir que lorsqu'elle s'écarta, des larmes mouillaient toujours mes yeux.

-Je suis ravie de te revoir, Victoria, dit-t-elle en me prenant à bout de bras. Ce que tu es belle, par Merlin !

-Merci ... Flavia, je vous présente Octavia, je vous en ai parlé dans ma lettre ... et je pense que vous connaissez le professeur Shelton.

Flavia acquiesça et échangea un poigné de main franche avec le professeur. Julian avait en effet insisté pour négocier le contrat en amont pendant que nous nous échinions à finir le livre et avait donc échangé de nombreuses lettres avec Flavia. Elle se dépêcha de s'effacer pour nous laisser entrer dans ce qui étaient les modestes locaux de la tout aussi modeste maison d'édition Les petits trolls rouges. Les murs de crépis souffraient de nombreuses fissures qui lézardaient les murs jusqu'à ce que les briques se resserrent par magie et que les crevasses disparaissent. Le vestibule était étroit et nous fit déboucher sur un bureau lumineux, munie d'une armature de poutre en bois dont la transversale était si basse que Julian dût se baisser pour l'éviter. Derrière le bureau composé en réalité de deux petites tables qu'on avait collées, une femme se redressa brusquement face à notre arrivée. Petite et enveloppée, elle avait les cheveux et crépus qui frisaient dans tous les sens et des ongles rouges et griffus qui n'étaient pas sans rappeler ceux de Rita Skeeter.

-Professeur Shelton ! lança-t-elle d'une voix forte en se précipitant vers lui avec déférence. Sachez que nous sommes honorés d'accueillir un chercheur de votre trempe dans nos modestes locaux !

-Irène McAdams, nous présenta Flavia avec un sourire à peine esquissé sur ses lèvres. La directrice d'édition ...

La directrice d'édition en question était en train de secouer la main de Julian dans absolument tous les sens tout en lui répétant à quel point c'était un honneur qu'il ait pensé à la contacter, elle plutôt que Dumalley Fils chez qui Julian avait sorti tout ses livres. Visiblement trop embarrassé – et désireux de récupérer sa main – pour rétablir la vérité, le professeur se contenta d'un sourire poli et se dépêcha d'attraper à l'aveugle la première de nous qu'il trouva – en l'occurrence, Octavia – pour la planter devant Irène.

-Mais tout l'honneur est pour moi ! Cependant vous devez savoir que je ne suis pas venu pour moi, mais pour ces brillantes écrivaines et le projet qu'elle vous propose ...

Le chapeau à moitié renversé par la poutre trop basse et le geste brusque de Julian, Octavia dit se redresser et relever le menton pour se donner ses airs de grande dame habituelle. Elle tendit une main à Irène d'une façon si élégante que celle-ci leva les sourcils.

-Octavia McLairds, enchantée. Et voici Victoria Bennett, ma partenaire.

Irène posa son regard sombre sur nos deux personnes. Derrière son bureau était accroché plusieurs miroirs, sans doute mis dans l'espoir que l'effet d'optique agrandirait la pièce, mais qui dans les faits ne faisait que nous reflétait. Un étrange tableau avec au premier plan le dos rouge d'Irène, ses mains plantés sur une hanche légèrement désaxé. Juste devant, la main toujours tendue, une Octavia volontaire malgré son chapeau de travers. Suivait Julian et Flavia qui s'échangeaient des regards, moitiés inquiets-moitié amusé. Et légèrement excentrée, visible dans le coin d'un carreau, moi, vêtue de la robe de sorcière couleur de jade que Melania, ma belle-sœur, avait fini par me céder pour que j'ai une tenue pour les grandes occasions. Le chapeau était trop grand pour moi et penchait vers l'arrière pour découvrir mon visage encadré de boucles brunes que je n'avais pas réussi à faire entrer dans la tresse. Une tresse ... je n'avais jamais été capable de faire une tresse, j'avais toujours eu les cheveux trop courts pour cela, mais une année à les faire pousser pour les besoins du Quidditch m'autorisait toutes les folies capillaires. Légèrement indisposée par le chapeau, je finis par le retirer tout en m'approchant prudemment d'Irène. Elle posa un œil inquisiteur sur moi avant de frapper bruyamment dans ses mains.

-C'est donc vous ! Vous faites un peu jeune pour ce genre de pratique ... Vous êtes bien majeures ?

Depuis son bureau qu'elle avait regagné, elle me reluqua ouvertement comme pour signifier que la question s'adressait particulièrement à moi. L'indignation monta dans ma poitrine et en chassa l'appréhension.

-J'ai dix-neuf ans, même, rétorquai-je sèchement.

-Fort bien. Installez-vous, on va commencer ... Flavia, vous avez les papiers ?

Nous prîmes tous place sur les chaises bancales rembourrées d'un coussin défraichir pendant qu'Irène examinait les parchemins déposés devant elle par Flavia. La mère de Cédric ne manquait de me sourire dès qu'elle pouvait, comme pour désamorcer ma nervosité qui grimpait. Irène demanda ensuite le manuscrit, qu'Octavia lui tendit avec la plus grande des réticences. La directrice fronça les sourcils en le feuilletant et ses ongles se mirent à pianoter frénétiquement sur la table. Elle nous jeta un regard où brillait une pointe d'anxiété.

-Vous savez dans quoi vous vous embarquer avec ça, je l'espère ?

-Bien sûr, assura Octavia avec un aplomb proche de l'insolence. Mais notre anonymat est prévu dans le contrat ?

-Bien sûr, c'est l'une des premières choses que vous avions convenus avec le professeur Shelton, confirma immédiatement Flavia. Et les contrats seront enfermés à Gringrotts pour protéger votre nom. Irène vous donnait juste une dernière échappatoire.

-On n'est pas venu jusque ici avec tout ce travail pour avoir une dernière échappatoire. Nous sommes prêtes.

Irène pinça des lèvres. Elle attrapa à l'aveugle un éventail sur son bureau et l'agita devant son visage, sans que je ne sache si c'était pour se rafraichir ou un moyen pour elle d'évacuer la tension que pouvait provoquer la perspective de publier un tel ouvrage. Mon estomac se retourna. C'était un risque inconsidéré. Je ne pouvais pas demander à d'autres personne que moi de les prendre ... la moindre petite hésitation de leur part alimentait considérablement mon trouble.

-Mais si vous ne l'êtes pas ...

Octavia me gratifia d'un regard de coin acéré qui faillit me faire rétracter sur place. Nous avions déjà eu cette conversation entre nous, plusieurs fois, presque à nous crier dessus au milieu nos feuille au-dessus de la machine à écrire, avec Simon qui relisait stoïquement nos feuillets. Mais ce furent les yeux d'Irène qui me happèrent. Elle me contempla longuement de ses prunelles sombres et insondable, sans cesser une seule seconde de faire aller son éventail.

-Vous savez ... (Elle lorgna peu discrètement le manuscrit) Octavia ...

-Moi c'est Victoria.

-Excusez-moi, Victoria. Mon père est plombier, ma mère est comptable. Vous savez ce que ça veut dire ?

-Oh, lâcha Octavia.

Elle se dépêcha de serrer les dents pour ne rien laisser échapper de plus mais se détendit imperceptiblement. Moi, je ne lâchai pas Irène McAdams du regard, soufflée. J'avais l'impression qu'un lien invisible venait de connecter la mienne à la sienne et simplement par cette base, nous nous comprîmes mutuellement, sans qu'aucun autre mot ne soit échangé.

Oui, c'était risqué. Mais pour notre survie à toutes les deux, c'était plus que nécessaire.

-De plus, notre ligne éditoriale avait besoin d'un tel ouvrage presque unique en son genre, ajouta Flavia avec un certain enthousiasme. Des ouvrages qui utilisent des outils sociologiques se sont bien sûr déjà vu dans le passé, mais pas qui concernent nos liens avec les moldus. Même dans l'Histoire de la magie, les moldus ne sont simplement vu comme un négatif des sorciers, un monde négligeable à l'échelle de notre Histoire. Votre point de vue est absolument inédit.

-Et il est vital que la Communauté entière l'entende, enchérit gravement Irène. Quand Flavia m'a parlé de votre projet, je n'ai pas hésité. Que Obscurus Books et Dumalley restent dans leur frilosité et leur politiquement correct qui s'approche dangereusement d'une approbation de Vous-Savez-Qui. Nous sommes les « Petits » Trolls Rouges mais nous sommes des Trolls, combatifs et rouge qui est la couleur du courage. On compte bien faire honneur à notre emblème. Alors pour répondre à votre question Victoria, oui nous sommes sûres de ce que nous faisons. Nous avons toutes les deux des raisons de nous battre.

Flavia baissa les yeux face à ce cruel rappel, mais lorsqu'elle les releva aucune larme ne venait ternir l'éclat de ses prunelles : elles étaient dures, déterminées, éclatantes de mille feux. La guerre lui avait déjà tout pris : son fils unique, celui autour duquel elle avait construit sa vie. Cet emploi dans une maison d'édition, elle ne l'avait pris dans un premier temps que pour des raisons financières, nous avait-t-elle avoué à l'automne dernier lorsque nous étions venus la visiter. Pour garder son train de vie. Parce qu'elle avait toujours apprécié les livres. Pour occuper ses journées que la mort de Cédric avait laissé vides, vaines et glaciales. Maintenant, ce travail devait le véritable outil de sa vengeance.

Peut-être avais-je eu conscience de cela, lorsque face à notre difficulté totale à trouver un éditeur j'avais eu cette idée folle de lui envoyer une lettre. D'abord sous couvert de demander des conseils, mais surtout pour tâter le terrain du côté de sa maison d'édition, petite et mal-connue mais qui apparaissait déjà comme notre dernier espoir. Cédric avait été le coup de départ de cette seconde guerre, la première victime, le premier sang innocent sacrifié. Sa mère, de qui il tenait tout le bon, sa bienveillance, sa combativité, devait avoir à cœur de remobiliser sa mémoire. Se battre. Au nom de Cédric.

Julian fixait nos interlocutrices, les bras croisés sur sa poitrine, l'air songeur, voire calculateur. Avec une certaine lenteur, il sortit un rouleau de parchemin de sa propre besace qu'il tendit à Irène.

-Et nous respectons vos combats, sachez-le. Tenez, voici le récapitulatif des fonds que nous avons réussi à récolter pour le tirage. Nos donneurs sont bien sûr anonymes, pour leur propre sécurité ...

-Bien entendu, c'était également prévu ... Ouh. (Irène cessa net de s'éventer devant la somme inscrite en bas de parchemin). Vos donneurs font partis de la famille royale ?

Me souvenant que les Black étaient presque considéré comme la royauté, je ne pus m'empêcher de me fendre d'un petit ricanement. Cette fois, Octavia écrasa mes orteils de son talon.

-Il en aura assez pour environ cinq-cents tirages, évalua Flavia, les yeux écarquillés. C'est cinq fois plus que notre budget habituel !

-C'est encore loin des scores de Obscurus Books, objecta prudemment Julian.

-Le succès appelle le succès professeur, rétorqua Irène. Avec la frilosité de nos amis éditeurs, nous allons proposer un produit unique – et controversé, ce qui dans le monde de l'édition ne fait qu'ajouter de la valeur. Collez l'étiquette « dangereux » à un livre, et tout le monde voudra se l'arracher.

L'exposé ne parut pas forcément plaire à Julian qui fronça les sourcils. Lorsqu'il reprit la parole, il avait le ton sévère du professeur qui sermonnait un élève :

-Mrs. McAdams, ne pensez pas que vous aller vous faire de l'argent sur la sécurité de ces jeunes filles ...

-Vous m'avez entendu, professeur ? Je ne veux pas faire de l'argent. Ce que je veux, c'est ouvrir les yeux à un troupeau de mouton de panurge qui feront docilement ce qu'on leur dit de faire. (Elle leva notre manuscrit comme mon père pouvait désigner la Bible). Ceci peut fortement nous y aider.

-D'autant que le contrat que nous avons écrit stipule que chaque marge sera tout d'abord reversé à Octavia et Victoria, et notre partie réinvestie pour de nouveau tirages, acheva Flavia avec fermeté.

-Elle a insisté, maugréa Irène avec un regard aigu pour sa collaboratrice.

Mais Flavia se contenta simplement d'un discret clin d'œil en ma direction. Une boule d'émotion monta dans ma poitrine à mesure que je réalisai l'investissement personnel que pouvait mettre toute cette entreprise et ces deux femmes dans notre projet. D'émotion et de stress. Quelque part, je me sentais indigne de tout cette attention, de tous ces efforts, jusqu'à ce que mes yeux ne se reposent sur le livre qu'Irène tenait encore comme la Bible. Et tout s'apaisa en moi. Ce n'était pas de moi dont il s'agissait. C'était de la guerre, de la nécessité.

Je l'ai promis. A Albus Dumbledore en personne. Dumbledore qui ne lirait jamais mon livre ... Après avoir donné des consignes à Alastor Maugrey lui-même pour me mettre au repos dans l'unique organisation qui luttait efficacement dans cette guerre. Pour que je puisse finir ce livre. Lutter à ma manière. Oui, je le devais bien à Albus Dumbledore, autant que Flavia le devait à Cédric.

Julian parut rassuré par les dispositions et pivota vers nous, l'air de nous demander notre avis. Octavia devenait brutalement blême à mesure que notre projet s'approchait de la concrétisation. Pour la première fois, elle touchait la guerre du bout des doigts, elle qui avait été jusque là protégée, privilégiée par son statut. Mais lorsqu'elle tourna son regard sur moi, je n'y lus qu'une profonde volonté qui raffermit la mienne.

-« Dieu pour Henry, Angleterre et Saint George », murmura-t-elle avec l'ombre d'un sourire. C'était ça ?

Je lui rendis son sourire, émue qu'elle ait fait l'effort de retenir ce vers moldu qui ne devait rien lui évoquer. C'était ainsi que nous avions décidé de publier notre livre, contre vents et marée, malgré les risques. C'était affronter notre propre dragon, ensemble.

-Alors les filles ? nous lança Flavia avec douceur. Prêtes ?

Irène avait fait apparaître les contrats sur son bureau bancal et Flavia venait de tremper une simple plume d'oie dans un encrier de porcelaine avant de nous la tendre. Il eut encore une seconde de battement, pendant lesquels nous nous observâmes tous les cinq, avec un mélange de méfiance et de solennité. Et à la dernière seconde égrainée de ce silence épais, je saisis la plume des doigts de Flavia. Sans me donner même le temps de réfléchir, j'apposai mon nom d'une encre verte et brillante qui n'était pas sans évoquer celle qui s'étalait sur la lettre que Chourave avait donné au petit Arthur. Une autre raison de se battre.

C'était cela. Et même plus. La chasse était ouverte. Suivant l'ardeur qui m'emportait, je signais pour Dieu pour Cédric, Angleterre et Albus Dumbledore. Comme promis. 

***

Alors on la commence comment cette partie? 

Petit point ici pour les maisons d'éditions citées dans ce chapitre. Dumalley Fils et Obscurus Books sont canons, citée soit comme maisons mère du Quidditch à Travers les âges ou Vie et Habitats des animaux fantastiques (les deux petits livres bonus) et tout simplement visible comme boutiques du Chemin de Traverse. 

En revanche les Petits trolls rouges sont de mon invention. Je l'avais déjà utilisé dans Lucy/Les fantômes des oubliés, à peine une petite mention pour un livre à la mémoire de la guerre donc je trouvais ça intéressant et pertinent de le réutiliser ici ! Si vous voulez aller vérifier j'ai précisé dans le chapitre où Vic et Simon viennent lui rendre visite que Flavia avait trouvé un poste dans cette maison d'édition ... (oui c'était précisément pour cette raison). 

Enfin pour finir, vous pouvez relire les 4 premiers chapitres des parties : on commence toujours par Arthur et surtout Simon n'y apparaît pas ! (à part pour une ligne de dialogue dans la P2 ... Est-ce que ça compte vraiment?). Bref, je suis assez fière de cette unité ahah ! 

Voilà maintenant je vous laisse pour aller m'écrouler quelque part. On se retrouve dans deux semaines pour la suite <3 


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