CHAPITRE II - 3 : From Sheets to Feelings
Ça fait un moment que je n'ai pas remis les pieds ici. Depuis… Le début de cette histoire, en fait. Mais on dirait que Génesis y a trouvé sa place, les CDs sont rangés un peu partout dans des piles qui jouent dangereusement avec la gravité, et les partitions mises à la va vite a côté. L'endroit est… vivant. C'est le mot.
Génésis reste immobile un instant avant de rapidement essayer de dissimuler quelque chose, dans un coin de la pièce. Pas dur de deviner qu'il s'agit de serviettes, sans doute utilisées pour manger son repas ici… Je ne suis pas vraiment surprise qu'il passe même le repas ici quand personne ne l'y oblige. Ça a l'air d'être un endroit qu'il estime vraiment.
Il finit par racler sa gorge, et m'invite à prendre place sur le petit tabouret devant le piano. J'hésite un peu avant de le faire, voyant qu'il s'est mis bien à l'aise sur un pouf qui a sans doute été ramené de la salle de jeu il y a quelques jours. Je le jalouse presque moi, mais c'est pas grave, je descends du siège et me sert de mon sac comme dossier à la place. Hey, on est maline ici !
On reste quelques longues secondes en silence, tous les deux. Je continue d'explorer du regard la pièce, tentant d'oublier celui qu'il porte sur moi. Je ne sais pas trop ce que Génésis ressent pour moi. Enfin, je sais que c'est positif, mais j'ignore la nature exacte. Peut-être que lui-même ne sait pas. Je ne lui en voudrait pas, honnêtement. Les sentiments c'est compliqué pour tout le monde, surtout ici. Je doute que beaucoup de monde tenterait la moindre relation romantique vu… ce qui a pu arriver dans le passé.
« Je suppose que Morgan t'as déjà bien fait chier avec le repas tout ça ?
— On peut dire ça… » Je ne dirai pas qu'elle m'a "fait chier", mais j'ai clairement entendu assez de reproches d'un.e ami.e pour le moment. « C'était votre idée à tous les deux je suppose ?
— Plus ou moins. A la base, j'voulais te secouer un peu, mais elle m'a dit "pas une bonne idée". J'crois qu'elle… avait raison. C'est une meilleure parleuse que moi, la géante. » il rigole un peu, et faut dire que Morgan avait raison. J'aurai très mal réagi à une engueulade avec Génésis comme ça. « J’vais pas te refaire le topo, je pense que t'en as assez comme ça.
— Ouais, une fois ça m'a suffit, merci. » je rigole à mon tour « Pourquoi tu voulais me voir du coup ?
— Je me disais que t'aurais besoin de te changer les idées. Alors, t’sais, vu que je suis pianiste, pourquoi pas écouter un morceau ensemble ? »
J'accepte avec plaisir, et profite que Génésis se lève pour lui voler sa place sur le pouf. Hey, qui part à la chasse perd sa place, non ? En tout cas, il se contente de râler un peu avant d'aller s'asseoir au tabouret, alors qu'un air de piano se lance. Je me contente de fermer les yeux et me laisser porter par les notes que je ne reconnais pas.
J'entends Génésis fredonner, de son côté. Un air léger, sans soucis. Si je m'écoutais, je serai déjà tombée entre les bras de Morphée ! J'y peux rien, un piano calme ça a juste cet effet sur moi. J’aimerai bien vous y voir, moi…
J’ouvre les yeux et voit que Génésis est à peu près dans le même état que moi. C’est fou le pouvoir d’a la musique sur les gens, hein…
Je baille le plus discrètement possible avant de m’étirer, et on dirait que mes mouvements ramènent à la réalité Génésis, qui frotte ses yeux pour chasser le sommeil. Je sens un sourire naître sur mes lèvres, la musique changeant pour un autre morceau tout aussi calme qu’on pourrait entendre dans un bar ou un café en plein après-midi. En un mot comme en cent, c’est reposant.
« Dis, c’est quoi comme morceau ?
— Oh, erm… » Même s’il le voulait, je crois que Génésis aurait du mal à cacher le rouge qui monte à ses joues. Quoi, qu’est ce que j’ai fais ? « Ça s'appelle… “Kyouchituko”, ça vient d’un anime.
— Oh. Je savais pas que tu étais un weeb.
— Eh ! » J’explose malgré moi de rire devant l’air offusqué de Génésis, et il se détend en comprenant que je ne fais que le taquiner. « Je suis pas un weeb, juste un pianiste qui s’intéresse à la musique de tous horizons !
— Mmmhmm, je te crois. Comment t’as connu cet anime ?
— La magie des recommandations Youtube. Puis j’ai bien aimé le morceau alors j’ai regardé l’anime, sympa mais je préfère le manga.
— Je vois… Tu as d’autres exemples d’animes avec des musiques que t’aime bien ?
— On dit OST. » Je lui tire un peu la langue et il rigole « Y en a plein même. Sans même compter les animes qui tournent autour de la musique. Le piano a cette capacité de changer complètement l’ambiance et l’atmosphère d’une scène. Le nombre de fois où je me suis retrouvé à être triste pour un personnage qui ne me faisait ni chaud ni froid grâce aux OSTs est assez fou.
— Tu l’as dit ! J’ai déjà pleuré pour un personnage que j’aimais pas du tout à cause de la musique une fois. Et maintenant, quand j’entends cette musique je peux pas m’empêcher d’être un peu triste.
— C’est normal, c’était sans doute fait exprès. Notre cerveau fonctionne comme ça. » Il sourit et vient s’asseoir à côté de moi, fredonnant toujours l’air qui remplit la pièce. « J’aimerai bien écrire de la musique pour un film ou une série un jour, tu sais ?
— Tu ne l’as jamais fait ?
— Non, je suis pas un très bon compositeur. » Il rigole mais je vois que ça ne lui plait pas forcément, de me dire ça. « Je prenais des cours à côté de ceux de Hope’s Peak, l’année dernière. C’était pas fameux, mais ma prof était optimiste.
— Je suis sûre que tu y arriveras alors ! Tu peux continuer à t'entraîner ici, en attendant qu’on s’en aille.
— T’es vachement optimiste dis moi. »
Je hausse les épaules, et nous échangeons un petit rire. On reste ainsi, sur le pouf quelques instants de plus, sans plus parler. Juste en profitant de la musique dédiée aux habitués d’un café.
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