Chapitre 14
— Combien de temps avons-nous avant qu'il remarque notre évasion ? demanda Irène quand ils traversaient le couloir.
— Pas longtemps, à mon avis, soupira Clive. Ça va aller pour toi ?
— J'ai mal partout et je me sens faible. Mais l'idée de quitter cet endroit m'a donné une décharge d'adrénaline.
Il fallait qu'elle tienne le coup jusqu'au palais d'Hadès. De là-bas, l'ancien passage dérobé de Clive pouvait lui permettre de rejoindre la zone d'extraction rapidement. Encore fallait-il ne pas se faire repérer par les sentinelles qui patrouillaient partout autour d'eux.
Un groupe de gardes robotiques firent irruption au détour d'un couloir. Pris au dépourvu, Clive attrapa la main d'Irène et déverrouilla la première porte sur sa droite. Il la poussa à entrer et la suivit juste après dans une petite remise pleine de bric-à-brac.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Irène.
— Parle moins fort. Il y a une importante patrouille qui passe. Je ne suis pas sûr que mon déguisement continue à faire son effet.
Dans le silence, ils attendirent que les pas lourds des robots terminaient de passer. Irène trouva une bouteille sur une étagère et s'empressa de la récupérer pour boire. Elle retira son masque et engloutit tout le liquide. Elle soupira de soulagement, et à ce moment-là, Clive fit face à son visage anguleux. Même s'il était légèrement creusé par le manque de nourriture, ses beaux yeux verts le captivaient complètement.
Irène approcha sa main de son masque.
— Je peux ? demanda-t-elle d'une voix fébrile.
Clive attrapa sa main pour refuser sa proposition.
— Il faut y aller, nous ne devons pas rester là.
Déçue de ne pas pouvoir voir son sauveur, elle remit son masque et ils repartirent en direction du palais. Mais plutôt que de s'y rendre, Clive bifurqua vers un sas qui menait à l'extérieur. Une fois dans l'immense caverne, ils traversèrent un endroit bondé de caisses livrées par les pirates de l'espace.
Dans cet immense espace bondé de marchandises, quelques gardes patrouillaient çà et là. Des livreuses apportaient des affaires à l'aide de diverses machines. Le brouhaha des moteurs couvrait le bruit de leur pas, leur permettant ainsi de rejoindre un petit chemin de terre. Dans cette allée obscure, personne ne pouvait remarquer les fuyards jusqu'à un cul-de-sac.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Irène, nerveuse.
Clive retira son masque et sa cape, qu'il laissa par terre. Ses yeux bleus croisèrent ceux d'Irène qui venait de retirer son masque. Un sourire illumina le visage de la jeune femme, et immédiatement, Clive sentit un pincement au cœur. Même si elle avait des traces crasseuses sur le visage, et qu'elle dégoulinait encore de sueur, Irène restait une belle jeune femme.
— On grimpe, dit-il simplement.
Irène leva les yeux vers les hauteurs.
— Je ne sais pas si je vais y arriver.
— Pas le choix, dit-il. Sans ça, on reste ici et on se fait torturer.
Irène grimaça.
— D'accord, on monte !
Clive opina du chef. Le chemin qu'il avait emprunté lors de sa fuite était toujours là. Les prises étaient suffisamment faciles à prendre pour permettre à Irène de le suivre. Il l'entendait râler plusieurs fois, mais quoi de plus normal pour quelqu'un qui marchait pieds nus. Petit à petit, Clive se hissa jusqu'à un renfoncement. Il se pencha et tendit la main à Irène pour lui proposer son aide. À bout de souffle, elle accepta et il la tira jusqu'à lui. Une fois au sommet, Irène s'allongea sur le dos, la respiration saccadée.
Clive s'assit à ses côtés, sans aucun signe de fatigue. Avec l'entrainement militaire, il pouvait continuer comme ça toute la journée.
— Comment tu fais pour être aussi endurant ? demanda Irène en se redressant.
— Une fois que tu auras mangé normalement pendant plusieurs jours, ça ira mieux, expliqua-t-il.
Elle sourit.
— C'est vite dit... On va où maintenant ?
Clive se leva et lui montra un corridor dans la roche. La lumière de son bracelet dévoila des parois sinueuses.
— Par ici, nous devrions arriver jusqu'à un tunnel, puis ensuite il va falloir passer au-dessus du palais d'Hadès.
Irène hoqueta de surprise.
— Ça ne donne pas envie, mais bon, je te suis !
Clive acquiesça. Elle était pleine d'entrain, sûrement l'envie de retrouver une vie normale après avoir passé tant de temps en prison.
Une fissure étroite leur donna du fil à retordre. Obligés de se contorsionner pour passer, les deux évadés grognèrent de concert face à cette épreuve. Une fois de l'autre côté, Clive et Irène longèrent le corridor à l'aide de la lumière du bracelet. Le sol irrégulier menaçait de les faire chuter à n'importe quel moment.
Tout se passait bien dans le meilleur des mondes, quand Clive se retrouva devant une étendu d'eau. Irène s'approcha et mit la main dans le liquide froid.
— Tu vas me dire que c'est bien par là, c'est ça ? demanda-t-elle avec inquiétude.
— Malheureusement. Il n'y avait pas de lac à l'époque...
— Pas grave, ça va me faire du bien de me baigner !
Clive arqua un sourcil en sa direction. Il était impressionné par l'optimiste de cette ancienne prisonnière. De toute manière, il n'y avait pas d'autre chemin pour se rendre vers la sortie. Ils sautèrent à l'eau l'un après l'autre, et nagèrent jusqu'à une autre fissure. Clive comprenait pourquoi cette partie la devenait immerger. La craquelure dans la roche s'était agrandie jusqu'à une rivière sous-terrain. Avec un peu de chance, peut-être que les enfers allaient se faire avoir par la nature.
Après quelques brasses, ils sortirent enfin de l'eau. Irène prit une grande inspiration, à la limite de la suffocation. Avec l'aide de Clive, ils remontèrent sur le bord, les vêtements complètement trempés. Mais grâce à ça, Irène s'était débarrassée d'une partie de la crasse qui rongeait sa peau.
Une faible lumière émanait du fond de la caverne, se réfléchissant sur la belle eau turquoise. La main en visière, Clive observa la sortie qui se profilait à l'horizon. En passant l'ouverture, ils se retrouvèrent sur un bord de falaise. Pas le choix, ils devaient passer en restant bien coller au mur et avancer pas à pas jusqu'à l'autre côté.
— Je ne vais pas y arriver... murmura Irène, les yeux écarquillés.
Elle scrutait le vide en dessous d'eux. La prison était bien loin, et un faux pas les aplatirait comme une crêpe. Clive lui attrapa la main.
— Hé, écoute-moi. Ne regarde pas en bas, ne regarde que moi, compris ?
Elle hocha la tête et suivit le mercenaire. Pas à pas, ils avancèrent vers leur destination avec prudence. Les jambes d'Irène tremblaient face à la terreur de faire un faux mouvement.
— C'est bien, congratula Clive. Continue comme ça, regarde mes yeux !
— Tu as de magnifiques yeux bleus, avoua Irène d'une voix paniquée.
Clive, d'abord surpris par sa remarque, laissa un demi-sourire s'étirer sur son visage. Même s'il n'était pas habitué à recevoir des compliments, cela lui faisait plaisir d'en entendre un.
— Désolée, s'enquit Irène. Je parle trop quand je suis nerveuse.
— Je vois ça, mais c'est pas grave. Reste captivée par mes yeux bleus.
Irène ricana, même s'il sentait comme un malaise dans son rire. Les yeux rivés sur l'ancienne prisonnière, Clive faisait attention à chacun de ses pas. Un faux pas et c'était la mort assurée. Le pied d'Irène glissa sur un rocher. Elle perdit l'équilibre, mais Clive, d'un mouvement habile, la plaqua contre la paroi. Irène, blanche comme un linge, ferma les yeux et se concentra sur sa respiration.
— Oh, bordel, j'ai failli crever... dit-elle.
— Seulement « faillit », pointa Clive. Viens, il ne nous reste que quelques pas à faire.
Irène rouvrit les paupières et suivit Clive jusqu'à se retrouver sur un chemin. Pas le temps de faire une pause pour se remettre de la potentielle chute. Clive ne voulait pas louper le départ de Karl. Rester coincé dans les Enfers était ce qui pouvait arriver de pire. Et avec la sécurité, impossible pour son ami de rester plus longtemps que nécessaire. Heureusement pour eux, seuls quelques mètres les séparaient de leur but.
Alors que le quai de déchargement était en vue, Clive remarqua une sphère rougeoyante s'approcher de leur position. Le cœur battant, Clive attrapa Irène machinalement et la tira dans un recoin. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais elle suivit le mouvement quand il la coinça dans un renfoncement. Il se colla à elle le plus près possible afin de ne pas être scanné par cette sentinelle.
— Qu'est-ce qui se passe ? chuchota-t-elle à son oreille.
Clive sentit des frissons lui parcourir l'échine. Surtout qu'il sentait la poitrine de la jeune femme contre son torse.
— Une sentinelle sphérique, ou je ne sais quoi, expliqua-t-il.
Brusquement, Irène crispa ses mains sur le vêtement de Clive, puis enfouit sa tête dans son cou.
— Non, non, non, je ne veux pas y retourner, sanglota-t-elle.
Clive lui tapota le dos pour la rassurer, même si la peur de se faire prendre l'envahissait lui aussi. Faisant barrage à sa propre crainte, il balaya ses angoisses en se concentrant sur sa fuite. Il devait rester lucide et réfléchi afin de se sortir de ce mauvais pas. Il entendit le léger vrombissement de la machine qui les dépassait. Mais il ne pouvait pas encore sortir de leur cachette, à cause des scanners arrière de cette technologie. S'ils se montraient, c'était fini pour eux. Quand les bips sonores qu'émettait le robot s'évanouirent, Clive décida de se pencher légèrement pour observer le chemin. La sphère se trouvait suffisamment loin pour qu'ils puissent continuer leur route.
Le quai de déchargement se trouvait devant eux. Bruyant, bondé de monde et de caisses, tout le monde s'affairait à décharger les quelques navettes présentes. Le vaisseau de Karl se trouvait sur une grande plateforme. D'ici, Clive aperçut le Comhor donner des ordres aux sbires d'Hadès. Pendant ce temps, des humains inspectaient chaque cargaison pour être sûrs que rien ne filtrait leur surveillance.
— Suis-moi, et surtout, fais comme moi, compris ? ordonna Clive à Irène.
Elle opina du chef sans rien dire. Motivée par le désir de liberté, Irène lui emboita le pas quand Clive passa d'une cachette à l'autre. Il se dissimulait derrière les rochers, puis derrière les caissons qui peuplaient l'espace. De grands lampadaires déversaient une vive lumière blanche, ce qui l'empêchait de traverser cet espace pour se rendre vers Karl.
Quand le Comhor aperçut Clive, il demanda de l'aide aux robots pour l'aider à emmener un tas de caisse un peu plus loin, prétextant un mal de dos. Son sourire niais de Comhor, Karl persuada à pousser les tas de ferrailles à lui obéir, libérant ainsi le chemin pour Clive. Le mercenaire ordonna à Irène de le suivre. Il slaloma d'un tas de caisses à l'autre, puis ils remontèrent la passerelle en faisant le moins de bruit possible.
Une fois dans le vaisseau, il emmena Irène dans ses profondeurs. Ils franchirent le hangar à vitesse grand V, puis longèrent un couloir jusqu'au petit salon dans lequel avait attendu Clive. Irène se laissa tomber dans le canapé.
— J'en reviens pas, avoua-t-elle, les yeux écarquillés. Je suis sorti...
— Pas encore, prévint Clive. Tu diras ça une fois qu'on sera loin de cette planète.
Clive croisa les bras, attendant le retour de Karl. Irène était certes optimiste, mais il ne fallait pas tomber dans la naïveté. Le contrôle de sortie était difficile à passer. Hadès pouvait très bien ordonner une fouille des vaisseaux lors du passage de leur frontière.
— Irène ?
La jeune femme se redressa. Clive fit volte-face, prêt à en découdre, mais ce n'était que Jinto, en compagnie de Rika, Éva et... l'homme qu'il avait assommé dans la chambre.
— Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? demanda-t-il d'un ton énervé.
Rika tendit les bras pour le calmer.
— Il s'appelle Cyrkil, il nous a suppliés de l'emmener. Je peux te dire qu'il nous a bien aidés à sortir de ce manoir de merde...
Clive se détendit un peu. Il n'en dit davantage, espérant que cette négligence n'allait pas leur couter leur fuite.
— Si je doute de toi d'ici la frontière, je te bute, c'est clair ? menaça Clive.
Cyrkil opina du chef.
— Bien sûr. Pas un mot...
Il s'enferma dans un silence et s'assit dans un coin de la pièce, à même le sol. Pendant cette charmante conversation, Irène serra Jinto dans ses bras.
— On va s'en sortir ! s'exclama Jinto.
— Oui !
— D'ailleurs, voici ma sœur. La fameuse Rika dont je t'ai souvent parlé.
Irène et Rika firent connaissance. Clive leva les yeux au ciel face à ces conversations aussi niaises qu'inutiles.
— Tout va bien, Clive ? demanda Éva.
Clive roula des yeux.
— Oui. Je vous laisse à vos accolades.
Clive quitta le couloir pour s'approcher du hangar. Karl venait justement de le refermer derrière lui en saluant les derniers gardes. Il traversa le vaisseau en vitesse, jusqu'au cockpit. D'ici, il démarra les moteurs et s'élança vers l'ouverture du hangar, un grand sas en forme d'étoile au plafond. Le cœur serré, Clive regardait la roche défiler derrière la baie vitrée. Encore un peu et ils seraient sortis d'affaire.
Lorsqu'ils furent enfin dans le ciel rouge de l'astre, Clive lâcha un profond soupir. Le vaisseau prit la direction de l'espace, espérant ainsi échapper aux Enfers. Mais quand ils sortirent de l'atmosphère, un vaisseau de guerre d'Hadès s'approcha d'eux. De forme triangulaire, d'un noir de jais, il envoya un message d'alerte à Karl, lui imposant de rester en vol stationnaire.
— Merde, il faut vous cacher fissa ! s'exclama Karl.
Clive savait de quoi il parlait. Aussi, il courut rejoindre Rika et les autres. Il annonça ce qui venait de se passer et qu'ils devaient se dissimuler dans le vaisseau. Pour cela, Karl ouvrit une trappe dans le mur. Il demanda à Rika et son frère de se glisser à l'intérieur. Une autre, tout en longueur, permit à Cyrkil de tenir debout à l'intérieur. Pour la dernière, il s'agissait d'une petite trappe dans un coin, où une personne pouvait s'y glisser.
— Vas-y, Irène, imposa Clive.
Elle hésita un instant. Voir un endroit si sombre et étroit l'apeurait, surtout après avoir passé autant de temps dans le purgatoire.
— Oh ! s'impatienta Karl. Ce n'est pas le moment d'hésiter ! Ils vont bientôt fouiller le vaisseau, et ces cachettes sont indétectables.
— J-Je ne peux pas...
Clive pesta. Ce n'était pas le moment d'hésiter de la sorte. Le mercenaire se glissa en premier dans l'ouverture et s'allongea sur le dos.
— Viens, maintenant ! gronda-t-il.
Irène se mordit les lèvres.
— Dépêche-toi où on finit tous en Enfer !
Irène prit son courage à deux mains et se baissa pour le rejoindre. Les membres tremblants, elle se glissa sur Clive, jusqu'à ce que Karl referme la trappe. Le corps d'Irène se collait à celui de du mercenaire, tremblante de peur. Son séjour aux Enfers l'avait bien trop secoué pour subir encore une prison aussi étroite que cette cachette. Ses mains crispées sur les épaules du mercenaire, elle enfouit sa tête dans son cou, la respiration haletante. Clive sentait ses ongles percer sa veste pour venir piquer sa peau.
Il passa sa main dans le dos d'Irène.
— Calme-toi, chuchota-t-il. Tout va bien se passer.
— Tu crois ? demanda la jeune femme. J'ai pas envie d'y retourner.
Elle sanglota. Clive l'enlaça et passa son autre main dans sa longue chevelure noire.
— On va s'en sortir. Ces cachettes sont fabriquées pour être indétectables. Même un scanner ne peut pas voir à l'intérieur. Elles sont faites pour passer de la contrebande.
Clive sentit le cœur d'Irène ralentir quelque peu. Elle prenait le temps de respirer lentement, toujours aussi crisper.
— Merci... chuchota Irène. Je ne sais pas ce que je serai devenu sans toi...
— N'y pense plus, c'est terminé.
Irène hocha la tête. Finalement, avoir sauvé deux personnes aujourd'hui l'aidait à se sentir mieux dans sa peau. Ce sentiment du devoir accompli le rendit plus euphorique.
Quand des bruits de pas résonnèrent à côté d'eux, Irène se mise en alerte. Elle tourna la tête, balançant ses cheveux à la figure de Clive. Il les remit en place en grognant.
— Ils peuvent nous entendre ? demanda Irène à voix basse.
— Non, mais reste silencieuse. On ne sait jamais.
Impossible de savoir combien de temps ils allaient rester comme ça, mais cette situation le gênait plus qu'autre chose. Il ferma les yeux, essayant de penser à autre chose qu'au corps svelte contre le sien, mais c'était difficile quand elle se tortillait pour tenter de trouver une meilleure place.
Les minutes passèrent, et brutalement, la trappe s'ouvrit dans un voile de lumière aveuglant. Les deux jeunes gens se protégèrent de leur main, alors que Karl les regardait avec un large sourire.
— C'est bon, ils sont partis, déclara-t-il. Ils n'ont trouvé personne.
Clive opina, heureux de pouvoir enfin sortir d'ici pour aller se changer. Ses vêtements lui collaient à la peau, et cette sensation poisseuse était absolument désagréable. Irène sortit la première, aidée par le Comhor, puis Clive suivit le mouvement. Une fois hors de la cachette, Irène se jeta dans les bras du mercenaire. Il recula d'un pas, emporté par son excitation d'être libérée des Enfers.
— Merci ! Merci mille fois ! s'exclama-t-elle.
Un léger sourire illumina le visage de Clive. Il lui tapota le dos, puis se défit gentiment de son étreinte.
— Tu n'as pas à me remercier, dit-il. J'ai fait ce que j'avais à faire.
Il s'éloigna de la jeune femme, et partit sécher ses vêtements. Maintenant qu'il avait survécu aux Enfers une seconde fois, Clive pouvait reprendre son investigation sur ce cube étrange.
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