Chapitre 92 - Version 1


PDV Jade



Cela fait quatre jours que je n'ai pas eu de nouvelle de Samuel. Il n'a pas essayé de me rejoindre une seule fois, et quand je l'ai fait moi-même, il ne m'a pas répondu. Je m'inquiète de plus en plus. La dernière fois que nous nous sommes vu je lui avait dit que ces marques étaient le résultat d'une allergie. Et s'il ne m'a pas cru ? Et s'il a deviné ?

Je pensais aller à l'hôpital aujourd'hui, l'envie de le voir me submergeant. Mais, malheureusement, je n'en ai pas l'occasion puisque apparemment nous fêtons quelque chose. Mon frère et sa famille sont arrivés il y a de cela presque deux heures, et mon père nous a demandés de l'attendre pendant qu'il va acheter un gâteau.

A ce que je sache ce n'est l'anniversaire de personne et je ne vois pas ce que nous avons à fêter. Ni Matt, ni Eloïse ne veulent me dire quelque chose. Même Maria ne sait rien, alors que cette petite fée connaît d'habitude tous les secrets de famille.

Je commence à masser ma nuque alors que l'envie de me gratter reprend. Pendant ces quatre jours j'ai suivit le conseil du médecin de ne pas mettre de pull, ce pourquoi je n'ai pas quitté l'appartement. Mais j'étais obligée d'en mettre un aujourd'hui avec la venus de mon frère. Les crèmes que m'a prescrit le médecin semblent faire effet, je peux le voir dans le miroir, mais maintenant que j'ai une fois de plus mon pull, les fourmillements reprennent - moins qu'avant, mais ils sont là.

Je peux voir Eloïse me jeter des regards curieux. Depuis qu'elle est arrivée elle semble vouloir me parler, mais je sens que c'est la présence de mon frère qui la gêne. Et je n'ai pas pris l'initiative de rester seule pour que nous pouvons parler.

" Tata ? " Maria demande soudainement.

Je ne l'avais même pas vu entrer dans le salon. Elle devait être dans la chambre d'Annie, même si celle-ci dit ne pas aimer sa compagnie - ce qui est totalement faux.

" Qu'est-ce qu'il y a ma puce ? " je demande alors qu'elle tire légèrement mon bras.

" Tata Annie, elle pleure " elle murmure juste assez fort pour que je l'entende.

Je m'excuse rapidement auprès de mon frère et Eloïse et prends Maria dans mes bras avant de rejoindre la chambre d'Annie. Je retrouve effectivement ma soeur allongée sur son lit, étouffant ses sanglots dans son coussin.

" Annie ? " je l'appelle d'une voix inquiète alors que je m'installe au bord de son lui, essayant de la faire se retourner sur son dos.

Annie n'est pas du genre à pleurer... Il doit y avoir quelque chose de grave.

" Maria, tu peux nous laisser seules mon coeur ? " je demande en me tournant vers elle.

Elle secoue la tête négativement, et je vois ses yeux se remplirent de larmes. Sans que je puisse dire quelque chose, elle grimpe elle aussi sur le lit et s'avance jusqu'à Annie, s'allongeant à ses côtés.

" Tata ne pleures pas " elle murmure d'une voix brisée.

" Maria non... " je commence à dire mais c'est déjà trop tard, elle commence elle aussi à pleurer.

Je passe mes mains sur mon visage en soupirant, regardant les deux filles pleurer.

" Maria arrêtes de pleurer " Annie marmonne soudainement, " tu m'énerves "

" Mais moi je t'aime... " celle-ci sanglote en s'approchant encore plus de ma soeur.

J'ai presque envie de rire à la situation. Je tente une fois de plus de retourner Annie sur le dos, mais en vain, et c'est à ce moment que je remarque qu'elle tient fermement son portable dans sa main. Je la lui prend sans qu'elle ne proteste et lis le message qui est ouvert. Celui-ci vient étonnement de Samuel, rappelant Annie que son deuxième rendez-vous avec la psychologue est demain.

" Annie... Ne me dis pas que tu pleures à cause de cela " je soupire en reposant son portable sur sa table de chevet.

" Je ne veux pas y aller " elle marmonne dans son coussin, haussant les épaules.

" Redresses toi pour que nous en parlons, allez "

Elle résiste encore quelques minutes avant de se retourner et se redresser en position assise. Maria fait de même et enlace Annie par derrière, posant sa tête sur son dos.

" Lâche moi petite peste " Annie grogne en essayant d'enlever ses mains.

" Arrêtes ça, elle t'aime. " je glousse. " Bon, dis moi ce qui ne va pas " je reprend avec un peu plus de sérieux.

" Je ne veux pas y aller... " elle hausse les épaules en reniflant.

" Annie, c'est pour ton bien. Ca va être difficile au début mais... "

" S'il te plaît " elle me coupe en relevant ses yeux larmoyants sur moi, " ne

m'envoie pas là-bas, je t'en supplie. "

Je la regarde en mordant ma lèvre, hésitante. Comme je lui ai dit, c'est pour son bien, pour qu'elle aille mieux. Mais elle semble si désespérée à cet instant...

Face à mon silence, elle passe ses bras autour de moi et recommence à pleurer.

" Ne m'envoie pas, s'il te plaît " elle répète.

" Ne l'envoie pas, tata " Maria ajoute de derrière nous.

Je soupire en passant mes mains dans les cheveux d'Annie, la rassurant en lui promettant de ne pas la forcer à quoique ce soit.

" Je te promet de ne pas t'envoyer là-bas si tu me promet de ne pas te renfermer et parler avec moi " je négocie finalement.

" Je te promet ! " elle s'exclame sans même hésiter.

J'embrasse son front puis essuie ses joues, voyant son sourire réapparaître.

" Moi aussi je promet ! " Maria intervient encore une fois.

Annie me regarde et nous éclatons de rire, nous retournant toutes les deux vers Maria avant de commencer à la chatouiller.

" Je t'aime petite peste " Annie rit, et soudainement, un flot de bonheur me frappe.

Tout ira mieux, j'en suis certaine.

*

Mon père rentre finalement à la maison avec, comme prévus, un gâteau dans ses mains. Son sourire me fait froncer les sourcils. Pourquoi est-il si content

soudainement ?

" Il est temps d'annoncer la bonne nouvelle ! " il s'exclame quand nous nous regroupons tous autour de la table.

Mon regard passe de mon père à mon frère curieusement. Puis, mon père sort une feuille, et, son sourire s'agrandissant, il me la tend.

" Qu'est-ce que c'est ? " je demande en plissant les yeux.

" La fin de notre cauchemar " il déclare.

Mon coeur commence soudainement à battre plus vite. Mes mains tremblent alors que je déplis la feuille et commence à lire son contenu. Plus je lis, plus les mots se mélangent, comme si je voyais flou. Je sens tout le sang se vider de mon corps et je me laisse tomber sur ma chaise.

Samuel a demandé le divorce.

" Jade ? Ca ne va pas ? " je pense entendre Eloïse demander, suivit de la voix de mon frère que j'ai encore plus de mal à entendre.

Je ferme les yeux un instant, respire pronfondément, puis, me relevant rapidement, je serre la feuille dans ma main en me réfugiant hors de l'appartement.

J'entends à peine les voix de ma famille derrière moi, mais je n'écoute personne. Peut-être qu'ils me suivent, mais je ne m'arrête pas et m'installe dans la voiture de mon père dont j'ai pris les clés au passage.

J'essaye de reprendre mes esprits tout en conduisant à l'hôpital, mais même quand j'arrive à l'entrée de celui-ci mon coeur bat encore rapidement. Je regarde d'un côté à l'autre, ne sachant pas vraiment où aller.

" Jade ? " quelqu'un m'appelle.

Je tourne la tête vers la direction d'où provenait la voix, et j'aperçois Léna s'approchant de moi avec une expression inquiète.

" Où est Samuel ? " je demande plutôt froidement.

" A la cafét' mais, qu'est-ce qu'il... "

Je ne l'écoute plus et me dirige rapidement à la cafétaria. Je le cherche ensuite entre toutes les têtes et, finalement, quand je le trouve, je fais mon chemin jusqu'à lui et jette la feuille à sa figure.

" Qu'est-ce que ça veut dire ?! "

" Jade ? Qu'est-ce que... "

Il fronce les sourcils en se levant et prenant la feuille avec lui. C'est seulement après y avoir jeté un coup d'oeil qu'il se détend et je vois un petit sourire sur ses lèvres. Il se fout de ma gueule.

" Tu m'avais promis que tu allais te battre ! " je cri en sentant la boule dans ma gorge. " C'est bon, tu laisses tomber ? Tu n'as pas assez de courage pour continuer ? Tu n'es qu'un putain de lâche ! Je t'ai cru merde ! J'ai vraiment pensé que tu allais changer ! "

" Jade, tout le monde nous regarde " il murmure en essayant de prendre mon bras mais je recule d'un pas.

" Je m'en contre fiche ! Laisses les voir quel connard tu es ! "

Mon souffle est saccadé, mes yeux se remplissent de larmes malgré moi et cet idiot essaye de cacher son sourire en mordant sa lèvre.

Il vient de tout détruire... Je pensais qu'il voulait essayer, qu'il voulait me regagner pour qu'on puisse recommencer... Je pensais qu'il m'aimait assez pour se battre...

" Tu... Tu... " je commence mais les mots se bloquent dans ma gorge alors que les larmes s'échappent de mes yeux.

Je le regarde droit dans les yeux une dernière fois en secouant la tête, pour lui faire comprendre combien il m'a déçue, et finalement, ne pouvant rien dire d'autre, je fais demi-tour.

Merde comment j'ai pu le croire ?! Pourquoi suis-je autant naïve ?

A peine ais-je fait un pas en dehors de la cafétaria que Samuel me contourne et se place devant moi pour m'empêcher d'avancer.

" Laisses moi t'expliquer " il murmure en relevant ma tête à l'aide de son index.

Je repousse immédiatement sa main, me retenant pour ne pas le gifler, serrant mes poings.

" Tu es mignonne quand tu t'énerves " il sourit.

" Mais tu te fous de ma gueule ?! " je cri une fois de plus, effaçant mes larmes d'un revers de main.

" Si tu me laissais expliquer, tu comprendrais que non " il réplique en levant les yeux au ciel.

" Expliquer quoi ? Que tu as décidé que je serrais mieux sans toi ? Que ça n'en vaut pas la peine ? Que ton amour n'est pas assez fort pour essayer ?! Tu ne m'as jamais autant déçus, Samuel. "

Son sourire s'évapore alors que sa mâchoire se tend. Il me regarde longtemps dans les yeux, puis, sans que je puisse comprendre comment, il me soulève dans ses bras.

" Qu'est-ce que tu fais ?! " je cri de surprise en m'accrochant à son cou par réflexe.

" Je n'aime pas les femmes têtue et tu commences à m'agacer. " il répond en commençant à marcher vers la sortie.

" Lâches moi tout de suite ! "

" Non, tu vas m'écouter d'abord. "

" Au secours ! On me kidnappe ! " je demande à l'aide alors que quelques personnes nous regardent sans rien faire.

" Ne vous inquiétez pas, c'est ma femme ! " Samuel cri en retour, " Elle est seulement capricieuse ! "

" Samuel... " je murmure plus calmement, " j'en peux plus, s'il te plaît lâches moi. Je ne veux pas savoir, j'accepte le divorce, je sors de ta vie. Laisses moi, s'il te plaît... " je pleure sur son épaule, les mots laissant un goût amer sur ma langue.

Il ne m'écoute pas, me demande seulement d'arrêter de pleurer, et quand nous arrivons à sa voiture, il essaye d'ouvrir la portière sans me faire tomber. Malgré mes protestations silencieuses, il réussit à me placer sur le siège passager et attache ma ceinture.

" Je ne te laisserai plus jamais, je te l'ai promis " il murmure avant d'embrasser mon front.

Je le regarde, confuse, alors qu'il fait le tour de la voiture et vient s'installer au siège conducteur.

Retour à la phase confusion. Bien.

*

Les explications de Samuel durent près de deux heures, temps que nous passons enfermés dans la voiture.

Au début je tente de le dissuader de son idée, mais au fur et à mesure de son explication je comprend où il veut en venir. Nous ne pouvons tout simplement pas fonctionner comme cela. Nous ne sommes pas assez stables pour pouvoir être ensemble.

Je le comprend, et, même si cela me brûle de l'intérieur, j'accepte sa décision.

Nous rentrons maintenant une dernière fois main dans la main dans cette maison où nous avons passés des mois. Samuel m'a annoncé qu'il allait déménager avec ses parents et que cette maison allait être vendus.

Il m'a demandé de l'aider à récupérer ses affaires personnels, plus pour que nous puissions passer un peu plus de temps ensemble que pour les objets.

Il me guide jusqu'à notre chambre et étonnement, je ne pense plus à ce qui s'est passé ici. Nous commençons à préparer la valise de Sam, pliant ses vêtements ensemble et discutant un peu.

Je m'occupe ensuite de la commode presque vide puisque j'avais déjà enlevé mes propres affaires, et c'est en vidant le reste que ma main s'arrête sur quelque chose.

" C'est quoi ? " Sam demande en s'arrêtant à côté de moi quand je sors l'objet du tiroir.

" C'est le cadeau de Noël que Maria m'avait offert... " je murmure en souriant, " je l'avais complétement oublié "

Je commence à ouvrir le papier cadeau, sachant déjà que c'est un dessin fait par Maria - elle adore faire cela. Mais cette fois ce n'est pas n'importe quelle dessin. C'est moi, avec mon mari, et un enfant entre nous deux.

" Le 'Mari ' c'est pour moi ? " Samuel glousse près de moi, montrant du bout du doigt l'écriture.

" Je crois que oui... "

" Je n'ai pas des cheveux comme ça moi " il remarque d'un ton amusé.

" Je sais " je murmure, posant le dessin sur la commode avant de me retourner vers lui.

Je sais qu'il essaye de cacher sa peine après avoir vu le dessin de l'enfant entre nous deux. Je ne sais pas quoi faire d'autre pour le consoler à part lui faire un câlin. Il enroule à son tour ses bras autour de moi et me serre fermement contre lui, ma tête posé sur son torse.

" Sam ? "

" Hmm ? "

" Tu veux bien me jouer du piano une dernière fois ? "

J'ai hésité un moment à le demander, mais je veux être sûre qu'il est passé par dessus cela - la mort de Samy. Je veux être sûre qu'il ne s'accuse plus, parce que je ne serais pas là pour lui rapeller que ce n'était pas de sa faute. Et j'ai peur que personne d'autre ne le fasse, le laissant encore une fois dans la pénombre.

" Bien sûr " il chuchote après avoir inspirer profondément.

Il embrasse mon crâne avant de me prendre la main et me guider dans la salle de musique. Sa main ne tremble plus quand il tourne la clé dans la serrure, et il a l'air plus sûr de lui quand il entre dans la pièce.

Je le laisse s'installer devant le piano alors que je me place de l'autre côté, voulant être en face de lui pour l'observer se perdre dans son monde encore une fois.

" Que veux-tu que je te joue ? " il demande en étirant ses doigts.

" N'importe... " je hausse les épaules.

Il réfléchit un instant avant de se relever, cherchant des feuilles dans un tiroir au coin de la salle avant de revenir avec ce qui me semble être une partition.

" Hum... C'est... C'est moi qui l'ai écrite " il marmonne en passant sa main sur sa nuque.

" Vraiment ? " je m'exclame, soudainement excitée.

" Ouais... Enfin, c'est un brouillon mais... Voilà "

" Je suis sûre que c'est parfait " je lui offre un grand sourire réassurant.

Son sourire à lui est nerveux - et adorable. Il s'étire les doigts encore un instant avant de se positionner correctement et de fermer les yeux.

Puis la mélodie débute et je lâche un soupir de plaisir malgré moi. J'étudie le visage de Samuel, prenant en compte que je ne vais bientôt plus le voir. C'est ironique parce que tout ce que je voulais au début, c'était m'éloigner de lui, mais maintenant l'idée m'amène au bord des larmes. Comme si je le perdais à jamais.

Soudain, la mélodie s'accompagne de la voix de Samuel. Il récite un poème :

" Quand une larme s'écoule sur ta joue,

Quand elle blesse ton visage si doux,

De terreur les frissons emprisonnent ta peau,

Et dans le silence ton coeur se brise en mille morceaux.

Alors le calme domine ton corps entier,

Et dans l'obscurité tes espoirs meurent,

Tu n'as plus le courage de continuer,

Et tu cherches dans l'angoisse la vraie réalité.

Se poser des questions, elles sont toutes sans réponses,

Et se perd ton regard dans le brouillard dense,

Les paupières de tes yeux se referment malgré toi,

Et tu réalises que tu ne peux plus entendre le monde.

Alors le vent emmène le reste de tes cendres,

Et je me souviens de ce baiser si tendre,

Et je me souviens de ce doux dernier baiser. "

La dernière note se termine et un silence si calme, si confortable et si tendre, s'installe. Je reste un moment à observer Samuel alors qu'il a la tête baissée et ses épaules complétement relâchées.

Puis, je le rejoins, et il se recule légèrement pour me permettre de m'asseoir sur ses genoux.

Je prend son visage entre mes mains. Nos regards ne se quittent plus. Je glisse mes indexs sur ses joues, approche mon visage encore plus du sien, inspire son odeur.

" Ne pleures pas " il murmure en remarquant mon état.

J'essaye d'avaler la boule dans ma gorge en hochant la tête. Puis, je pose mon front contre le sien, continuant à caresser ses joues.

" Promet moi que ce ne sera pas notre dernier baiser " je réussis à dire malgré ma volonté de pleurer.

Chaque seconde de son silence me détruit, mais il finit par parler :

" Je te le promet. "

" Je t'aime tellement... " je chuchote près de ses lèvres, avant de placer les  miennes dessus.

Nous partageons un baiser doux et lent. Il se détache, je reconnecte nos lèvres.

Je ne veux pas que notre histoire se termine comme ce poème. Je ne veux pas que ce baiser soit notre dernier.

Une larme finit par s'échapper malgré mes efforts, mais Samuel l'efface presque immédiatement avec son pouce.

" Je suis terriblement amoureux de toi " il chuchote en retour, un léger sourire sur ses lèvres.

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