Rencontre
Enfin sortie de ce cauchemar...
Je suis encore sonnée, mon corps endolori me tiens éveillée. C'est bien la seule chose positive dans cette chute catastrophique. Une voix d'homme m'appelle, je me crispe, avant de plonger une nouvelle fois dans un monde noir. Je suis seule, je marche, ne sachant pas où je suis, où je vais, ce que je fais, vagabondant encore et encore...
J'aperçois une silhouette se retournant vers moi, celle-ci s'approche... Non... Elle me dit quelque chose... Je l'aime et le déteste... Je le vénère et le maudit... C'est si flou...
— Non !!!!!!! hurlé-je, me levant brusquement malgré mes douleurs.
Sentant une main sur mon épaule, je sursaute, me tourne, constate que c'est Sarah, elle me sourit, je décompresse, où suis-je ? Je ne suis pas dans un lit mais dans un canapé, c'est pas la chambre où j'étais. En jetant des coups d'œil dans la pièce, je constate une grande salle, moderne et resplendissante, sans aucun doute le salon.
— On est quel jour ? dis-je machinalement, ne sachant pas réellement pourquoi.
Pourquoi j'ai dit ça, je deviens folle ?
— On est le 11 février 2017. répond une voix me paraissant très désagréable.
— Elle a demandé le jour, pas la date, espèce d'idiot. s'emporte Sarah, en regardant Aiden s'asseoir non loin de nous. On est vendredi Eileen.
Je ne l'écoute pas, ma tête me fait un mal de chien, je suis complètement perdue.
— Pourquoi je suis ici ? demandé-je à Sarah m'observant d'un air maternel.
— Tu t'es évanouie, tu te souviens pas ?
Je vois sa mine inquiète.
Tout ce dont je me souviens, c'est d'avoir mangé un burger et d'avoir voulu ramener l'assiette... Oh l'idiote... J'ai dû me casser la figure...
Quelle conne !
— Désolé... murmuré-je, baissant la tête. Je voulais pas te déranger...
— Tu me déranges pas, au contraire je suis ravie de m'occuper de toi. me rassure Sarah en me souriant. J'ai toujours voulu d'une petite sœur.
C'est quoi cette chaleur en moi ? On dirait celle que je ressentais quand j'ai rencontré Lylia... J'espère que ça ne me quittera pas cette fois... D'un coup le visage de la mère de Sarah me vint en tête, c'est vrai que je me suis cassée la figure devant elle.
— Et votre mère a dit quoi ?.. dis-je, bafouillant à moitié.
— Ne t'inquiètes pas. m'affirme Sarah l'air plutôt confiant. Elle était plus inquiète qu'autre chose. D'ailleurs j'ai un truc à te dire !
J'ai peur.
— Ce soir, si tu veux, tu pourras manger avec nous, histoire de t'intégrer, ça te tente ?
Je m'attendais à tout sauf à ça, j'aimerais beaucoup faire leur connaissance, mais manger avec Aiden n'est pas la chose qui m'attire le plus, puis...
— Eh écoute-moi. me dit Sarah d'un ton pseudo autoritaire.
Je la fixe, une peur certaine au fond de mes yeux, elle le remarque instantanément.
— Je sais que t'aimes pas trop Aiden. me chuchote-t-elle. Mais il est toujours comme ça, il est pas si mauvais au fond.
Non loin, l'intéressé fait mine de ne rien entendre, il fait semblant de regarder la télé. Tu crois que je ne te vois pas ? Une autre chose lui envahit la tête c'est sûr, allongée sur un canapé, impuissante, une proie facile, trop facile. Moi.
— D'accord, je ferai un effort... mon cœur se noue à la fin de ma réponse, je regrette déjà.
Pendant l'après-midi, tout se passe bien, je rigole avec Sarah et j'ignore Aiden. J'aurais voulu parler avec leur mère, malheureusement elle est partie faire des courses et voir une amie. Quelque chose d'autre me travaille l'esprit, je ne veux pas y penser, à cette silhouette apparaissant dans mes cauchemars, restant dans un coin de ma tête. Elle me guette, me torture, sa présence est ancrée en moi, je ne peux rien faire à part tenter de l'ignorer. Heureusement qu'une autre chose m'occupe, sinon je pèterais un plomb.
J'en peux plus... J'implose... Naël ne vient toujours pas... J'ai dû le vexer... Je ne suis pas encore prête...
Faire un effort ou me méfier ? Le doute est à la fois mon meilleur ami et mon pire ennemi, ma méfiance aussi. Ces carapaces m'ont permis de ne pas craquer, de ne pas devenir qu'une coquille vide, sans âme. C'est ce qui m'a sauvé, ce qui m'a empêché de n'être qu'une poupée pour l'éternité...
Mais c'est aussi Naël qui m'a sauvée... Sans lui je serais encore sa chose...
Cette pensée me hante, il m'a sauvée, je lui suis redevable, il n'a pas ce regard de prédateur, ce regard malsain, c'est ce qui me met en confiance... Pourtant... Je connais l'Enfer, la manipulation et le mensonge sont ses meilleurs amis... Je ne suis ici que depuis peu, je ne dois pas me lâcher...
Je fais mine de rien toute la fin de l'après midi, il est maintenant dix-huit heures et demie, j'entends la porte d'entrée s'ouvrir.
— Bonsoir les enfants ! s'exclame une voix forte et élégante.
— Bonsoir Papa ! s'écrient en chœur Aiden et Sarah tandis que je me décompose dans le canapé.
Le père rentre de sa journée de travail. Il pose sa grande veste sur le porte-manteau à côté de l'entrée puis se dirige en direction du salon. Il est imposant, a une bonne carrure, ses cheveux sont courts, blancs, bien coiffés, ses yeux sont semblables à ceux d'Aiden. Il est habillé d'un jean gris et d'un pull à col roulé noir. Très classe.
Je le vois arriver, le regard fuyant, je commence à stresser. Il pose son regard sur Sarah et Aiden, ses yeux s'écarquillent en me voyant, il était pas au courant de ma présence ? Je me ratatine sur le canapé, Sarah met sa main sur la mienne, on se regarde, elle me fait un clin d'œil. C'est alors que celle-ci prend l'initiative avant que son père ne réagisse.
— Je te présente Eileen, c'est elle dont on t'a parlé hier. dit Sarah d'un ton amusé.
Son père m'observe, j'arbore un sourire gêné, comment suis-je censée réagir ?
— Bonsoir Eileen et bienvenue. répond-il, l'air chaleureux. Je m'appelle George Lemoine, mais appelle-moi George.
Étonnée de son hospitalité, je lui lance un regard méfiant qu'il perçoit directement. Je me tourne, horrifiée de mon erreur, vers Sarah s'étouffant de rire. Je la regarde d'un air complètement ahuri, je ne sais pas m'y prendre avec les gens...
Allez lance-toi Lee !
— En... Enchantée... bafouillé-je
Raté ! Bien joué Lee !
Mon teint vire au rouge. Maudite timidité... Mr Lemoine paraît satisfait, il s'assoit sur le fauteuil en face d'Aiden pendant cinq minutes, le temps de décompresser de sa journée je pense, puis il se lève...
— Sarah, je vais me doucher. dit-il d'une voix claire. Maman ne sera pas là avant dix-neuf heures trente, tu penses que tu pourrais faire un rôti avec des patates ? Si tu as un truc à faire demande à Naël.
— Je m'en occupe, va donc te reposer Papa, répond Sarah avant de se tourner vers moi.
— Tu peux te lever ?
— Je peux essayer, mais je pense que oui...
2ᵉ round, c'est le bon !
Je pose mes jambes par terre, je grimace, la douleur est supportable. Je tente alors de me lever, ma jambe lâche encore une fois, je vais m'écrouler. Soudainement, des sortes de spasmes me parcourent tout le corps... Je me sens prise d'une nausée soudaine, d'une envie de crier... Quelqu'un m'a rattrapée, ce n'est pas Sarah, je le sais.
— Tu as eu de la chance Princesse. raille Aiden, me tenant par la taille, se prenant pour un prince charmant.
Tu parles, me touches pas !
Sans pouvoir me contrôler, je me dégage violemment de lui et retourne sur le canapé. J'ignore totalement la douleur. Aiden sursaute, me regarde d'un air dubitatif pendant que je me recroqueville pitoyablement sur le canapé.
— Non... Pas encore... sangloté-je, ignorant complètement les mots apaisants de Sarah.
— Qu'est-ce qu'elle a ? s'étonne Aiden ignorant tout de moi.
— Dégage Aiden ! crie Sarah en le mitraillant du regard.
Aiden la regarde d'un œil noir pendant que je continue ma crise d'angoisse. C'est alors qu'un bras l'attire au plus loin de moi sans qu'il s'y attende.
— Tu fous quoi Naël ?! s'emporte Aiden sur son grand frère paraissant lui aussi énervé.
— Ferme là et va dans ta putain de chambre. menace Naël, s'approchant, l'air menaçant de son jeune frère. Tu l'as déjà fait chier une fois et tu recommences ?
— C'est ça, fais ton chevalier servant ! répond Aiden, le poussant pour partir en direction de sa chambre.
Une fois Aiden partit, Naël se précipite vers nous.
— Alors ? s'inquiète-t-il en me regardant, l'air inquiet.
C'est la première fois qu'on s'inquiète véritablement pour moi, j'ai toujours été seule, les seules lumières d'espoir que j'ai déjà eu dans ma vie se sont soldées par encore plus de noirceur...
— Elle fait une crise d'angoisse depuis qu'Aiden l'a touchée pour la rattraper, répond précipitamment Sarah, caressant toujours mes cheveux. Elle a essayé de se lever mais c'est encore trop tôt.
— Je vois... dit-il d'un air étrangement rassuré.
— J'te l'avais dit, c'est pas toi le problème. Eileen, ma belle, je suis là...
Elle me susurre des mots pour me rassurer... J'aurais tellement voulu avoir ça toute ma vie... Tout ce que j'ai eu c'est de la souffrance, de la tristesse, de la colère, de la peur.
Elle est en moi, me ronge, me blesse jusqu'au plus profond de mon âme, ancrée dans ma chair, ne me lâchant pas...
— Non... murmuré-je, apeurée. Je t'en supplie Julian... Je recommencerai pas...
— Eileen ! s'exclame Sarah, tenant plus fermement ma paume.
Je sursaute, ma respiration devenant de plus en plus régulière. Un cauchemar. C'était juste un cauchemar. C'était juste mon Enfer...
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