5 ・Curieuse Filature

Mon téléphone sonna, et lorsque je vis le prénom d'Hannah s'afficher, je me sentie projetée dans l'autre réalité.

Je me mis à l'écart de la bande, voulant éviter que Hannah reconnaisse la voix de Jake, puisque celui-ci était dans mon lycée.

Ils s'étaient mis d'accord sur le fait que ceux qui étaient encore au lycée devraient être par deux, et dans des lycées différents pour notre sécurité à tous.

Ainsi, Barbara était dans le même lycée que Connor, bien que celui-ci soit le plus jeune d'entre nous, et que, par conséquent, il ne soit qu'en première. Liam, Ivy et Joseph quant à eux, étaient déjà majeurs, et frôlaient la vingtaine.

Il y avait déjà une rumeur au lycée me concernant, et c'est pour cela qu'on ne se voyait que rarement au lycée avec Jake.

– Oui ?

– Rhéa, ça va ? s'éleva sa voix fluette.

– Je suis désolée d'être partie comme ça mais tu sais, je...

– Tu n'avais pas le choix, oui, je sais, me coupa-t-elle la parole sans la moindre once de reproche, je ne t'en veux pas, on a tous nos secrets, pas vrai ?

Je me mis à sourire, elle venait de m'émouvoir en l'espace de quelques secondes.
Elle était la fille la plus compréhensive que je connaisse.

– Mais tu sais, continua-t-elle en voyant que je ne répondais pas, Cassandra n'est pas du même avis.

– Écoute, dis-lui de me faire confiance, si je vous en parle, je regretterais. Je dois vous laisser, c'est... Pas totalement fini, on ne va pas commencer l'année par une dispute débile, je parlerai avec elle ce soir, dis-lui que je viendrai chez elle, dis-je en raccrochant en vitesse, sentant l'odeur du sang malgré le fait qu'il n'y en avait pas beaucoup versé.

??? : Tu peux m'expliquer pourquoi tu penses à du sang ?

J'ai mes règles.

??? : t'es marrante.

T'es pas censé avoir cours dans quelques minutes ? Concentre-toi un peu ce n'est pas sérieux.

??? : c'est difficile de se concentrer quand tu reçois des pensées meurtrières sans rien demander tu sais...

Rassure-toi je n'ai tué personne.

??? : tu ne nies même pas le fait que tu as eu ces sombres pensées ? Mais qui es-tu ma rageuse ?

– Rhéa ? A quoi tu penses ? Alors ce plan ? Demanda Jake en se rapprochant de moi, pendant que les autres étaient occupés à nettoyer.

– À rien, fis-je en pensant au vide afin de fermer mon esprit, Joseph, donne les clés de la BM au mec de dehors s'il te plaît. Mon plan c'est de tout simplement le suivre, on va le suivre pour voir qui sont les membres de cet autre gang. En même temps on pourra voir si cet homme a tenu sa parole de ne pas parler de nous. Je lui ai collé un de tes micros dans le dos.

Jake était vraiment, vraiment très fort, ses derniers prototypes de micros pouvaient se confondre avec la couleur du vêtement sur lequel ils étaient posés, bien que l'on pût les remarquer facilement avec un peu de concentration. Ils étaient sous forme de petits disques qui s'accrochaient avec un système de scotch double-face.

– Et s'il parle de nous ? interrogea Ivy, en train de ranger ses fumigènes là où étaient stockées les armes, parfaitement disposées dans les tiroirs.

– On les zigouille, pas vrai ? Répliqua Barbara en buvant le verre de vin sous le regard noir de Joseph qui s'éloignait chercher les clés.

– Mais non, si on fait ça ils sauront qu'on a suivi le mec, rejeta Jake, en pleine réflexion, il faut être discret pour mieux les surprendre si jamais ils s'en prennent à nous.

– T'es pas con en fait, le taquina Connor avec une tape sur l'épaule, je peux les suivre dès maintenant je n'ai rien à faire à part jouer à The Witcher, en plus j'ai envie de bouger là je ne sais pas pourquoi. Je VEUX ME BATTRE, dit-il en se mettant à faire des pompes.

– Moi aussi je les suis, mais seulement jusqu'à ce soir, affirmai-je.

– Je viens avec vous les enfants, à moins que vous ne préfériez que je cuisine pour ceux qui restent ce soir, puisque je suis le meilleur chef qui puisse exister, proposa Liam non sans une pointe de narcissisme.

Il nous appelait souvent comme cela, sûrement parce que le fait qu'il soit le plus âgé lui donnait des ailes. Mais on ne pouvait pas lui en vouloir, c'était lui qui cuisinait le mieux, et de manière diversifiée en plus. Surtout que nous en retour, nous l'appelions le "daron".

Ça fait beaucoup de surnoms dans ce groupe.

– T'as vraiment du temps à perdre, fit remarquer Connor, essoufflé, mais oui s'il-te-plaît fait nous un bon dîner en guise d'adieu à la BM.

Joseph revint à ce moment-là, et fit la moue.

– C'est parce que je suis d'une grande amabilité, rétorqua le daron en caressant sa barbe ironiquement.

– Mais oui, mes fesses c'est du poulet aussi rétorqua Barbara, avant d'entamer une course-poursuite avec Liam.

– Eh bien, pour des soi-disant personnes qui font des choses illégales, il y a beaucoup d'immaturité ici, observa Jake en essayant de cacher son mince sourire.

– Laisse-les, souriait-je, ils sont comme ça parce qu'ils se sentent chez eux, c'est tout ce qui compte. Quels crétins.

– Je vais rester ici pour travailler sur un nouveau prototype, si tu es d'accord Rhéa.

– Quel genre de prototype ?

– Un fumigène qui dure plus longtemps, je pense que ça peut servir, Ivy j'aurais besoin de toi, répondit Jake, déjà plongé dans ses réflexions.

– Ça marche, je m'occuperais de faire le ménage aussi, et d'arroser nos belles plantes, elles tirent un peu la tête là, fit-elle en touchant délicatement les feuilles d'une calathéa, faudra qu'on aille à la plage, j'ai trop envie de chamallow.

– La plaaage, fit Joseph avec un regard rêveur, j'en connais une sympa.

– Ok ok on parlera de ça plus tard, Connor on y va, dis-je en ramassant mon étui de katana, et en entendant le moteur de la BM s'échauffer.

– Faites attention, nous met en garde Ivy.

J'ouvrais la course en grimpant sur le toit du garage, Connor sur mes talons.

Il roulait drôlement vite, sûrement à cause de la panique, ce qui pouvait l'inciter à tout répéter. Où diable avait-il mis ses potes ? Ah oui, en vrac à l'arrière, les pauvres.

Nous le suivîmes en sautant de toits en toits, heureusement que je n'avais pas mis de talons super hauts. Faire du parkour était une chose qui semblait innée chez moi, je n'avais pas le souvenir d'en avoir fait, mais je me débrouillais terriblement bien, et

Connor, bien qu'avec plus de lenteur, arrivait à me suivre facilement, sûrement grâce à ses trois sports. Je sentais mon corps défier l'air, et je me concentrais pour ne rater ni mes sauts ni mes appuis.

Je me sentais plus vivante que jamais.

– Purée Cheffe tu vas vite.

– Te perds pas Connor, le taquinai-je.

– Gngngn, rétorqua-t-il.

La voiture ralentit brusquement, et se gara sur le parking d'une pharmacie. Un seul étage, une fenêtre ouverte, parfaite.

Ne me dites pas que leur base est au-dessus d'une pharmacie.

J'échangeais un regard de frustration avec Connor.

– Oreillettes, dis-je, en m'emparant de ma paire.

Nous nous assîmes sur le toit de la pharmacie, et commençâmes à écouter la conversation avec concentration. On entendait clairement les bruits de pas montant dans l'escalier, la base se situait bien au-dessus de la pharmacie, culotté.

Je jeta un coup d'œil aux alentours, m'assurant que ce chef de gang n'avait pas mis un de ses hommes quelque part pour surveiller.

{– Alors, Zach, cette voiture ? S'éleva une voix rauque.

– Elle est garée dehors, comme prévu.

– Tu saignes ?

– Oh-oh, ce n'est rien, je suis tombé, dit Zach, moins sûr de lui.

Mais c'est qu'il panique beaucoup notre cher Zach, ce chef de gang faisait-il si peur que cela ?

J'étais d'un coup piqué d'une énorme curiosité.

D'ailleurs, j'éprouvais souvent une forme de curiosité à connaître la tête d'un autre chef de gang, et comment il se débrouillait pour tout gérer. Je n'ai encore jamais croisé de gang aussi jeune que nous, mais je suis quasiment certaine que je m'en sortais pas mal.

Tu es tombé ? Tu te fous de ma gueule j'espère ? Dis-moi la vérité ou tu n'auras même pas les 10% de prévus sur les drogues.

Des drogues ? 10%, oh, le radin.

Connor surjoua en mettant sa main sur son front, ce qui me fit lever les yeux au ciel en souriant.

En tout cas, cet homme si effrayant m'avait juste l'air d'être un homme qui se la pétait. Comme un Léo quoi.

J'avais hâte de savoir lequel de nous deux était le plus effrayant.

Les femmes ne sont pas faciles à cerner, vous savez, et généralement, ce sont elles qui gagnent à toutes les disputes. Méfiez-vous, les hommes.

Je, bon, d'accord putain, j'ai rencontré un autre gang.

Un autre tu dis ? Et pourquoi ne pas me l'avoir dit dès le départ ?

Ils m'ont fait passer un marché. Comme quoi je ne devais pas parler d'eux si je voulais récupérer la voiture qu'ils m'avaient prise et le reste de mon groupe.

Ils t'avaient pris la voiture, soupira l'homme, faut vraiment te sortir les doigts du cul. Dis-moi ce que tu as vu.

Afin d'éviter qu'il ne divulgue tout, je donnai à Connor une grenade. Il se concentra, puis se laissa pendre le long du mur extérieur afin d'atteindre la fenêtre ouverte.

La fille, il y a une fille, c'est elle qui a mis K.O. tous les autres en quelques secondes, elle...}

La grenade était lancée et activée, je hissais Connor sur le toit, et nous retirâmes précipitamment nos oreillettes avant que l'explosion ne nous casse les tympans.

La grenade n'était pas assez forte pour nous atteindre, Jake en avait conçues de différents niveaux.

Nous échangeâmes de toit avant que d'autres personnes ne rappliquent et nous voient, avant de remettre nos oreillettes pour confirmer leur mort.

Ce qu'on venait de faire était assurément une déclaration de guerre. Mais qu'est une guerre si l'ennemi ne sait pas à qui s'en prendre ? Pour la sécurité de Phoenix, la grenade était nécessaire.

J'aurais dû sortir le grand jeu et donner la peur de sa vie à cet homme à la trentaine d'année, tellement qu'il se serait pissé dessus. Je soupirai. Je croyais qu'il avait compris pourtant.

Reste à savoir si l'homme qui lui faisait si peur était toujours vivant.

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