CHAPITRE XXX
Publié le : 06/05/2018 | Mis à jour le : 03/01/2023
Chapitre 30.
Caradhras le Cruel portait bien son nom. La rumeur que la région fut un jour sous le joug de Sauron était peut-être finalement vraie. Caradhras n'aimait guère les visiteurs et n'hésitait pas à user de toute sa malveillance pour s'en débarrasser. La nuit dernière fut sans nul doute la pire. Le vent avait sifflé entre ses dents pour les mordre sous leurs vêtements. Des bruits étranges et lugubres s'étaient suppliés à la tempête pour les couper de toute progression à l'aube. Et à cela s'ajoutât les pierres jetées sur leur tête et dont certaines manquèrent de leur briser le crâne.
Si le miruvor réchauffa un peu les cœurs, la gourde sur Magicien fut vite à sec de la précieuse liqueur. Les esprits somnolaient et les corps se traînaient.
Frodon ne fléchissait pas. L'espoir d'atteindre la corniche lui prodiguait une force respectable. Les os pourtant gelés, il ne sentait plus ses pieds ni ce qu'il y avait au-dessus d'ailleurs. Puis comme tout être vivant, il ne put outrepasser plus ses limites. Les points noirs commencèrent à moucheter sa vue. Il avait mal et faim, était loin des vertes collines, très loin de chez lui.
Le semi-Homme ne tint pas plus longtemps sur ses jambes et perdit l'équilibre. Il tomba dans la neige et dévala tel d'un tonneau avant d'être arrêté par les bras puissants d'Aragorn.
— Frodon !
Tous s'étaient retournés vers le Hobbit à l'appel et Mirmel accourue aussitôt, suivie de Sam. Soutenu par ses compagnons, il se releva avec peine, les sens engourdis par le froid.
— Vous allez bien, Monsieur Frodon ?! s'exclama Sam en l'aidant à enlever toute la poudreuse de ses vêtements avant qu'elle ne fonde et ne les pénètre à l'en rendre malade.
D'un coup d'œil, la semi-Elfe vérifia s'il n'avait pas de plaies apparentes, et fut rassurée que non. À l'appui, Frodon acquiesça également. Le souffle toujours court, il tapota son cou, mais ses yeux écarquillés signifiaient à l'évidence qu'il venait de perdre une chose d'importante. Ils se levèrent par instinct en aval. Elle brillait comme une petite étoile enveloppée d'un blanc immaculé. Glissée à l'intérieur de l'Anneau unique, la chaîne qui faisait office de collier avait dû passer par-dessus sa tête lors de sa chute.
L'objet fut ramassé sous les regards de tous par Boromir. Le bien soulevée à la hauteur des yeux, il s'arrêta pour considérer avec attention le bijou.
— Boromir, l'appela Aragorn.
Mais le fils de l'Intendant du Gondor ne l'entendit pas. Dans sa contemplation de l'Anneau qu'il semblait admirer autant que craindre, son comportement commençait à devenir... inquiétant.
— C'est une étrange fatalité que nous devons éprouver tant de peur et de doute... pour une si petite chose..., murmura-t-il.
Obnubilé par la source de pouvoir, il approcha son autre main dans l'intention de la toucher, juste une fois.
— Une si petite chose...
— Cette si petite chose, haussa une voix encline à la moquerie et au sarcasme. La convoiterais-tu encore ?
Comme sorti d'un rêve, Boromir leva enfin ses yeux de l'objet avant de les poser sur la jeune femme qui le jugeait avec dédain.
— Qu'insinuez-vous, charmante demoiselle ? demanda l'homme avec autant de mépris.
Son geste fut si rapide qu'il ne résista pas. Face à lui, Mirmel lui arracha d'un coup la chaîne des mains avant de reculer. Là, elle remonta le menton en balançant l'Anneau Unique devant son visage à la façon d'une pendule.
— Que tu es tel un chien convoitant un os qu'il ne peut avoir, cingla-t-elle.
— De quel droit m'insultez-vous de la sorte ?! s'exclama Boromir en se laissant emporter. Me traiteriez-vous bientôt de voleur ?!
— Peut-être bien, approuva-t-elle. Je n'ai pas confiance en toi. Dès le début, tu as proposé à ce que l'Anneau revienne à ton peuple. Pour quoi déjà ? L'utiliser ? Et quand il a été décrété qu'il serait confié à un groupe formé dans le but de le détruire, comme par hasard, tu es soudain pris par un élan d'héroïsme et te décides à la rejoindre. Après ce que nous venons tous de voir, comprends bien que je ne serais guère surprise à ce que tu nous trahisses un jour ou même une nuit d'ailleurs. Ce serait plus sûr, pour filer a-
La gifle partit. Mirmel toucha sa joue stupéfaite et abasourdie. Boromir serra son poing en proie par un tremblement incessant.
— Vos paroles sont du venin..., articula-t-il la mâchoire déformée par l'émotion. Je n'ai JAMAIS frappé une femme... Mais même VOUS... qui parlez sans savoir, avez des limites à ne pas franchir...
Il reprit alors l'Anneau Unique d'un geste brusque et sans prononcer un mot de plus, le rendit à Frodon, son Porteur. Il repassa silencieux devant une Mirmel restée pantoise. Le cœur de la rousse s'était mis à battre follement à en être douloureux. Sa respiration, bien que hachée, était devenue inaudible, oubliable. La marche put se poursuivre et le Gondorien l'ignora, totalement si cela n'était déjà pas le cas.
Plusieurs heures s'écoulèrent avant qu'une pause soit finalement annoncée. Mirmel s'isola pour se pencher sur ce mal qui la rongeait depuis l'altercation sans en comprendre l'origine. Pourquoi cela la touchait-il tant ?
Au bout d'un moment, Legolas vint s'asseoir à côté d'elle. Silencieux, il attendit qu'elle prenne l'initiative de lui parler. Un léger rire se coinça dans sa gorge.
— La vérité est maintenant considérée comme une absurdité..., souffla-t-elle d'une voix cassée.
Le prince tendit la main. Il écarta doucement ses cheveux de son visage pour les replacer derrière son oreille. Ainsi, il vit le sombre éclat des yeux de la jeune femme remplis de larmes. Elle les tourna vers le sol.
— Certaines vérités ne sont pas bonnes à être dites, murmura-t-il.
— Alors je suis en tort... ? demanda-t-elle en reniflant et en frottant son nez qui coulait. Je ne voulais pas le blesser. Ce n'était pas une accusation, pas vraiment...
— Boromir le sait. C'est pour cela qu'il est distant. Parce qu'il ne souhaite pas déverser sa colère sur toi, il attend qu'elle se calme. Ensuite, si tu t'excuses, il te pardonnera.
— Comment pouvez-vous en être si sûr ? railla la demoiselle.
— Peu importe les raisons, il n'est jamais bon d'être trop longtemps fâché, Mirmel. Ni pour soi ni pour les autres.
La semi-Elfe lui accorda un sourire crispé en relevant la tête.
— ... C'est la leçon du jour ?
Les coins des lèvres du Sinda s'étirèrent imperceptiblement.
— Seulement si tu en retiens quelque chose.
Il se redressa et après avoir scruté le ciel éclairci, il s'enquit à rejoindre le reste de la Communauté.
— Legolas !
Il s'arrêta pour l'interroger du regard.
— Vous ne me tournerez pas le dos, n'est-ce pas... ? Parce que moi... je ne pourrais pas...
— ... Jamais.
La demoiselle essuya ses larmes, un peu honteuse, et retrouva son énergie habituelle en lui adressant cette fois un sourire radieux. Grandement soulagée, elle ne remarqua les yeux troublés de l'Elfe.
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N/A
Un deuxième moment particulièrement fort avec Boromir qui, se laissant un court instant dirigé par sa colère, gifle tout bonnement Mirmel. Alors oui, je sais, « on ne frappe pas les femmes », mais bon. Pourquoi quand ce sont deux femmes qui se battent, on ne dit rien ? Ici il n'est pas question de genre, seulement de deux personnes qui essayent d'affronter leurs différends et se perdent. L'un comme l'autre regrette et c'est à mon sens le plus important. ( ̄▽ ̄*)
La réaction de Mirmel en réponse au geste de Boromir s'explique aussi par le fait que personne n'a jamais levé la main sur elle, un choc donc mêlé à l'incompréhension. Comme les enfants (et même les adultes), elle apprend de ses erreurs.
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