Chapitre 72 : En blanc ou noir
Bonjour ! Me voilà enfin...!
J'ai l'impression de ne pas avoir posté pendant des mois ><
Comment allez-vous ?
Bon comme d'habitude quand je suis en retard, c'est une question de galère de chapitre ; je suis désolée d'avoir mis du temps ainsi, et pour la énième fois je vous remercie de votre attente <3
Merci également pour vos retours, comme toujours, ma source de plaisir !
J'espère que vous vous préparez bien à l'automne, moi je suis tombée malade et ma voix s'est quasiment éteinte, j'ai l'air trop maligne maintenant hahaha
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 72 : En blanc ou noir
Tout comme les tables des volontaires avaient été différenciées des autres, les dortoirs l'étaient également. S'ils disposaient d'une salle commune, chacun des volontaires avait droit à une chambre privée, certes petite et frugale, mais qui avait le mérite d'être présente. Minerva n'avait pas eu accès aux dortoirs, mais elle avait entendu que chacun était séparé en fonction de leur tranche d'âge. Tous les dortoirs étaient rassemblés au cinquième étage, ce qui était encore une nouveauté pour Minerva, qui s'était habituée aux quatre dortoirs dispatchés à travers les étages. S'il y avait bien un aspect négatif au rassemblement des élèves comme ainsi à Uagadou, c'était les bouchons. Heureusement que les étudiants paraissaient patients et bien disciplinés. Minerva parvenait juste à faire preuve de compréhension : il devait être difficile de construire une école dans une montagne. Les six alcôves suffisaient pour l'instant à contenir tout le monde mais elle ne voyait pas de place supplémentaire. Pour une fois peut-être, devront-ils utiliser la magie pour agrandir magiquement l'espace, au lieu de tout laisser à la Nature. Elle qui avait étudié dans un château sensiblement bien lumineux avec du moins de grands espaces verts, l'aspect montagneux et caverneux de Uagadou la laissait avec une impression d'étouffement par moments.
Sa chambre avait la forme circulaire d'une grotte : le mobilier était constitué d'un lit aux draps crème, d'une bureau et d'une penderie. Simple, mais efficace. Elle n'y ferait que dormir de toute façon. Et elle était d'ailleurs si épuisée qu'elle prit à peine le temps de prendre une douche avant de s'effondrer dans son lit. Le soleil, le monde, la chaleur, l'humidité, la pression et ce tourbillon de nouveauté avaient été durs sur son corps et esprit, et s'allonger lui fit le plus grand bien avant qu'elle ne disparaisse dans les limbes du sommeil.
Sentiment très étrange mais au réveil, même sans fenêtre, elle sentit que c'était le matin. Peut-être grâce aux remous des étudiants à l'extérieur qui se préparaient doucement pour leurs cours. L'espace à l'extérieur des chambres était vaste mais divisé en plusieurs sections, chacune séparée par des plantes, en pots, grimpantes, suspendues... Des tables de travail étaient disposées au fond, au calme et à l'abri des distractions extérieures, coupées du regard des autres par des lianes tombantes qui formaient un rideau de verdure. Le reste constituait en un espace repos, combiné par une zone de jeux bien plus bruyante que partout ailleurs. Les étudiants semblaient avoir le droit de grignoter dans la salle commune, mais Minerva ne trouva que de l'eau et quelques biscuits secs. Les chargés de ménage devaient avoir trop peur de retrouver du couscous sur les canapés.
Saleh apparut, semblant venir de l'extérieur. Minerva le salua.
- Tu as déjà déjeuné ?
Saleh secoua la tête.
- Pas encore. Je suis allé voir le lever de soleil. Je t'y emmènerai un jour, cela vaut le coup.
De la façon dont il en parlait, il paraissait régulièrement sortir à l'aube avant tout le monde. Pour l'instant, il lui montrait une face de lui posée, solitaire et très apaisée. Il n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'amis proches, son statut de volontaire devant probablement mettre une distance avec les élèves, mais semblait s'entendre avec tout le monde. Avec ses années à l'école, il devait connaître tous les recoins, tous les endroits secrets, calmes, à l'écart des gens. Sa proximité avec les enseignants et la directrice, maintenant qu'il avait dépassé le statut de simple élève, devait faire de Uagadou sa deuxième maison, habitée par sa deuxième famille.
Le soleil s'était levé, et le petit déjeuner avait donc été installé dehors sur la terrasse en extérieur. Soulagée de ne pas à nouveau emprunter le boyau sombre qui menait à la salle circulaire de la veille, Minerva posa un pied joyeux sur les dalles de marbre entrecoupées d'herbes grasses qui tentaient de pousser entre les rainures. Les toiles blanches avaient été installées au-dessus des tables en bois, et voguaient dans le vent telles d'immenses voiles de bâteau. La bise était fraîche mais bienvenue sous le soleil et le ciel bleu. Les voix et rires des élèves s'envolaient dans l'air, pour cette fois libre de la caverne dans laquelle ils avaient été enfermés lors du dîner.
A nouveau au petit déjeuner, il y en avait pour tous les goûts, ou peut-être, pour tous les pays. Des beignets et pains sucrés aux purées de fève et pois cassés en passant par des biscuits aux effluves de miel et d'agrumes, Minerva ne savait que choisir. Elle était tentée de se diriger vers ce qu'elle connaissait plus ou moins dans leur forme, à savoir les beignets, mais d'autres mets l'intriguaient. Elle resta là les bras ballants, observant chaque étudiant choisir parmi l'immense choix qui leur était offert. Beaucoup d'élèves parmi les plus jeunes faisaient la queue devant une immense marmite remplie d'une bouillie de blé.
- Du kinche, lui apprit Saleh. Du blé, de l'eau et du beurre : facile, nutritif et peu cher. Avant d'arriver ici, beaucoup d'enfants mangeaient de cela le matin, c'était pratique pour les parents. Le kinche, cela leur rappelle leur maison.
Il lui désigna de la purée de fèves accompagnée de deux boules blanchâtres compactes.
- De la semoule de maïs. N'en prends pas trop, c'est très bourratif, mais délicieux. Cela vient d'Ouganda.
A vue d'œil, seuls les épinards sur le côté pouvaient lui indiquer que c'était un plat salé. Pour l'instant, le sucré dès le matin lui retournait l'estomac alors elle décida de suivre le conseil de son nouvel ami.
- Ta famille ne te manque pas ? s'enquit-elle alors qu'elle s'asseyait sur leur table de volontaires.
Saleh sembla réfléchir longuement.
- Un peu, parce que c'est ma famille j'imagine qu'elle doit me manquer.
Il surprit le regard troublé de Minerva et sourit.
- Pardon si cela te choque. J'ai juste passé très peu de temps avec mes parents. Mon père passait ses journées et soirées au travail, je ne le voyais jamais. Ma mère, elle, a préféré embaucher une nourrice, prétextant qu'elle ne parviendrait pas à s'occuper de son enfant seule.
- Ton père ne disait rien ?
Saleh haussa les épaules.
- Encore une fois, il n'était jamais là, que pouvait-il réellement voir ? Et je pense qu'il y avait certaines... connivences entre eux. Chacun menait sa vie sans embêter l'autre, et cela convenait à tout le monde.
Mais pas au seul enfant innocent de la famille, songea Minerva de manière désabusée. Saleh ne paraissait pas si affecté que cela.
- C'est courant, tu sais. Parfois, les parents n'ont juste pas le temps, ils travaillent dur... Pas ma mère, certes, mais ma nourrice a rempli un joli rôle dans ma vie.
Il prit quelques cuillerées de son porridge, songeur.
- Tant que l'on travaille dur, nos parents ne nous embêtent pas trop. Travailler dur, c'est s'assurer un emploi par la suite. Mon père aurait préféré que je sois un volontaire dans l'enseignement, comme ce que tu fais en ce moment. Être professeur, c'est plus prestigieux qu'être un "chien de garde" comme il dit. Littéralement d'ailleurs, puisque je suis Animagus hyène, ajouta-t-il les yeux pétillant d'un humour sarcastique.
Minerva ne sut sur le moment si elle devait en pouffer ou en être catastrophée. Elle opta pour un plongeon de sa cuillère dans sa semoule de riz afin de s'éviter le tracas de répondre.
Lorsqu'ils eurent fini leur petit déjeuner, Saleh insista pour l'accompagner jusqu'au bureau du professeur Sékou. Minerva aurait fini par trouver toute seule car les salles de classe et bureaux d'enseignants se trouvaient toutes au même étage, mais elle appréciait l'aide constante apportée par Saleh. Il la salua, se rendant apparemment à une session de méditation avant de prendre son tour de garde à l'entrée de l'école.
Le professeur Sékou avait laissé sa porte entrouverte. C'est lui qui vint l'accueillir lorsqu'elle frappa au battant.
- Ah, Minerva, bienvenue. Entre, je t'attendais.
Il s'effaça pour la laisser passer et Minerva entra d'un petit pas. Sékou en imposait un peu : il était grand, bien bâti, et ses yeux noir profond semblaient sonder son esprit entier. Avec ses cheveux tressés noués en une courte queue de cheval qui faisait ressortir ses pommettes hautes, elle l'aurait trouvé séduisant si elle avait eu une bonne dizaine d'années de plus. Ses lèvres charnues ne semblant sourire que très rarement, elle le trouvait intimidant.
Le bureau de Sékou était aussi de forme circulaire, comme beaucoup de salles dans cette école. Il avait la chance d'avoir une grande ouverture sur l'extérieur mais contrairement à la directrice qui avait fait le choix de la végétation, Sékou avait opté pour une grande vitre encerclée d'un fin métal argenté et à la poignée délicatement ouvragée. Il avait également préféré décorer à l'aide de fleurs séchées, parsemées un peu partout à des endroits parfois improbables, comme en équilibre sur une pile de copies, ou s'en servant comme d'un cale livres, ou de marque-page. Ce qui l'étonnait le plus, était la bibliothèque, elle aussi circulaire, qui trônait au centre de la pièce, comme un rond-point de pages griffonnées. La salle toute entière convergeait autour de ce centre de connaissances, tandis que le bureau et divers autres rangements avaient été relégués sur les côtés, le bureau profitant tout de même de la luminosité de la baie vitrée.
Sékou la conduit à son bureau et lui offrit un thé vert fumant sans un mot. Il resta silencieux pendant quelques secondes avant de demander :
- Comment t'adaptes-tu à Uagadou pour le moment ?
- C'est bien différent, mais je m'y ferai. Saleh m'aide beaucoup.
Sékou hocha la tête.
- Saleh est un de nos étudiants les plus prometteurs et les plus fiables. Deux qualités que nous tenons en haute estime dans cette école.
- Il sera resté longtemps à Uagadou, observa Minerva. C'est courant, des étudiants qui prolongent autant leurs études dans le volontariat ?
Sékou secoua la tête.
- Il arrive de temps en temps d'avoir des volontaires, selon les années il y en a beaucoup, parfois pas du tout. Mais rarement nous gardons nos volontaires pour trois ans. Souvent, les anciens étudiants font une année de volontariat pour se donner des compétences pratiques dans un domaine avant de postuler dans un emploi du secteur privé, ou alors ils prennent cette année en plus pour réfléchir à leur projet. Saleh... est un cas particulier qui te demandera d'être plus proche de lui pour connaître son histoire.
Minerva se demanda si cela avait un lien avec l'absentéisme de sa famille. Elle doutait de parvenir à imaginer à quel point leur enfance avait dû être bien différente.
- Et toi, que fais-tu ici ? La directrice a déjà dû te le dire, mais il n'est pas courant que l'Empire vienne aux colonies.
Elle ne perçut pas d'animosité dans sa voix mais elle ne put s'empêcher de signaler :
- Je suis écossaise, l'Ecosse, c'est une certaine forme de colonie un peu, non ?
Sékou ne réagit pas pendant un moment avant de former un sourire amusé.
- Les points de vue divergent sur le sujet, je crois ? L'Histoire est une chose bien délicate à manipuler.
Minerva rougit alors qu'il attendait toujours la réponse à sa question. Pourquoi était-elle là ? Tumusiime en avait déjà été curieuse, et elle trouvait intriguant que l'école l'ait accueilli par simple curiosité, sans avoir cherché à connaître ses motivations.
- J'imagine que je rentre dans votre deuxième case de volontaires. J'ai travaillé un an et demi au Ministère de la Magie britannique, et ça ne s'est pas très bien passé.
Pas du tout, même.
- Je pensais avoir trouvé ma voie après mes études dans un lieu et département prestigieux, mais...
- Quel département du Ministère ?
- La Justice, répondit-elle et Sékou fit un léger "ah" qui sembla tout expliquer. C'est un département reconnu et estimé, fit-elle sans trop savoir si elle défendait ses choix du passé, son ancien lieu de travail ou encore les personnes qui y travaillaient encore et qu'elle appréciait. Mais ce n'était pas fait pour moi, alors je suis retournée à ce que j'aimais, la métamorphose. Une amie est venue ici dans le cadre de son travail dans le secteur du Quidditch, et elle m'a parlé de vos méthodes d'enseignement, des étudiants Animagus ici... J'ai été très curieuse et je me suis dit que j'avais besoin de changement, de renouveau et peut-être de lâcher prise et de respirer loin des évènements qui m'avaient étouffée pendant longtemps. Reprendre le contrôle de ma vie, un peu ?
Un nouveau "ah" de la part de Sékou, plus long, plus songeur.
- Reprendre le contrôle de sa vie ? Ce n'est pas quelque chose que nous connaissons ici.
- Comment ça ?
Sékou s'adossa à sa chaise, croisa ses jambes.
- Tu l'entendras souvent de la part de la directrice qui aime bien dire cela : la vie est une soupe, et tu es une fourchette.
Minerva ouvrit la bouche, la referma.
- Pardon ?
Venant de la part de Dumbledore, elle aurait probablement hoché la tête, soupiré intérieurement attendant l'explication de génie qui viendrait derrière. D'un mentor à un autre, elle imagina qu'elle devait se résigner à accepter des mottos de ce genre.
- La vie est une soupe et tu es une fourchette, répéta Sékou et il sembla rire de ses yeux devant l'incompréhension de sa volontaire. En court, ta vie ne peut pas être contrôlée. Il faut apprendre à s'adapter à ce qu'elle nous offre, à en récupérer le meilleur, mais en aucun cas tu ne pourras la façonner. Ton but, c'est réussir à t'adapter et à rebondir sur les opportunités et aléas que la vie t'offre.
- En résumé, être passif ? fit Minerva d'un ton qu'elle trouva une pointe ironique.
Son esprit cartésien avait du mal à saisir les aspects positifs de cette manière de penser. Sékou pencha la tête sur le côté.
- C'est drôle, pour une Animagus passionnée de métamorphose, je sens que tu as encore du mal à t'adapter, à rendre tes pensées malléables. Non, pas passif. Les choix et décisions que tu fais face aux évènements construisent ta vie, ce n'est pas ce que j'appelle passif. Mais nous nous éloignons du sujet, s'exclama-t-il en décroisant ses jambes.
Il était vrai qu'elle venait initialement pour prendre connaissance de ses prochaines missions. Elle apprendrait les leçons de vie au fur et à mesure de son volontariat.
- Nous verrons comment tu te débrouilles et je t'assignerai des tâches plus diverses et à plus de responsabilités plus tard. Pour l'instant, j'aimerais que tu observes mes classes. Nos enseignements sont très différents de ceux de Poudlard, nos étudiants aussi, certaines classes requièrent plus de travail.
- Les dernières années ? s'enquit Minerva en se doutant que le niveau y était bien plus complexe.
A sa grande surprise, Sékou secoua la tête, l'air navré.
- Oh non, les deux premières années sont les pires. C'est durant ces deux années que nous enseignons aux élèves à devenir Animagus. Leur magie est encore incontrôlable, être Animagus demande une grande concentration que des enfants de 10 ans n'ont pas pour longtemps dans une salle de classe. On leur demande en même temps une grande maturité afin qu'il sache gérer leur processus de transformation, surveiller leurs potions... une simple erreur peut leur donner presque une année de retard sur leurs camarades, à cause des échéances à respecter. Et cela, ce n'est que pour la partie académique, on doit aussi maîtriser leur comportement. Quand certains réussissent la transformation avant d'autres, ils n'hésitent pas à s'amuser en classe et à prendre leur forme animale. Je ne te raconte pas le bazar.
Minerva papillonna des yeux. Allait-elle avoir de la patience pour cela ? Rien qu'à l'écouter, elle se sentait épuisée.
- C'est pour cela que dans un premier temps, tu observeras mes méthodes. Ensuite un jour, je te confierai un groupe de classe, probablement des troisième ou quatrième années. Ils sont plus contrôlables.
Minerva acquiesça vivement. Oui par Morgane, plus tard. Rien qu'à l'idée d'avoir ces élèves l'observer de derrière son bureau la terrifiait. Sékou sembla le remarquer car il offrit un sourire indulgent.
- Ne t'en fais pas, je ne t'y enverrai pas tant que je ne te sentirai pas prête. C'est normal d'avoir peur au début.
Il fit une pause puis se pencha un peu en avant :
- À dire vrai, les enfants sont parfois terrifiants.
Cela fit rire Minerva, qui se détendit en un instant. Elle voyait désormais pourquoi Saleh lui avait assurée de ne pas s'inquiéter sur Sékou. Son air impassible en extérieur cachait finalement un enseignant compréhensif et attentif.
Il jeta un coup d'œil à sa montre et se leva.
- Il va être temps d'y aller, suis-moi. Notre école n'étant pas bien grande, le nombre de salles de classe est limité et se sont les élèves qui se rendent dans la salle du professeur.
La logique se tenait, étant donné que les cours se déroulaient qu'à un seul étage. Et Minerva avait déjà remarqué qu'il n'y avait pas tant d'étudiants que cela, ce qui était très étonnant pour une école qui accueillait les enfants de tout un continent. Elle avait imaginé une usine éducative alors que de ce qu'elle voyait, elle découvrait plutôt une grande famille. C'était apaisant de ne pas les voir se déchirer entre Maisons.
La salle de classe était juste quelques mètres plus loin et déjà une file d'étudiants attendait devant la porte. Minerva nota, pour la seconde fois, un groupe d'étudiants blancs comme elle se tenant un peu à l'écart, en pleine discussion. Elle se demanda s'ils faisaient partie de sa classe ou pas.
Sékou salua ses élèves et leur indiqua de rentrer dans la pièce circulaire et surtout, très haute et dégagée de toute décoration. Les étudiants blancs suivirent et partirent s'installer sur un côté de la salle sans que personne ne bronche. Mais quand Minerva prit place aux côtés de Sékou derrière le bureau, la séparation était bien nette. Sékou sembla l'avoir remarqué car ses yeux avaient pris une pointe d'agacement et de déception mêlée avant qu'il ne croise ses mains dans le dos et s'adresser à toute la classe.
- Bonjour à tous. Aujourd'hui représente le premier jour de Minerva McGonagall en tant que volontaire dans cette école. Nous avons tous à apprendre l'un de l'autre alors j'espère que vous lui réserverez le meilleur des accueil et faire honneur à Uagadou.
Les élèves émirent des approbations sans conviction, déjà fatigués de leur début de semaine. Bizarrement, Minerva avait un aperçu ironique de ce que ses anciens professeurs ressentaient lorsqu'elle et ses propres camarades soupiraient à l'idée de se rendre en cours.
La classe devant elle étaient des sixièmes années. Ils n'étaient pas bien nombreux, une vingtaine tout au plus. Peut-être y avait-il une deuxième classe ? Elle avait intériorisé que l'école privilégiait la pratique plus que la théorie, il ne serait donc pas étonnant qu'ils aient séparé les élèves en plusieurs groupes. Ils ne pouvaient décemment pas être si peu à ce niveau...
Sékou se tourna vers Minerva.
- À ce stade, les élèves maîtrisent leur forme d'Animagus, qui fait désormais partie intégrante de leur vie. Le processus de transformation en Animagus est un pré-requis chez nous. c'est un des rares fait magiques dont on demande une maîtrise complète pour passer en cinquième année, donc il est étudié massivement les deux premières années. Les deux années suivantes, on y ajoute de la Métamorphose dite classique, en parallèle de l'Animagus pour les retardataires. Mais il est conseillé de savoir se transformer avant la troisième année, sinon les élèves se retrouvent submergés par le travail.
Il reprit la parole face aux élèves. Aujourd'hui, ils poursuivraient leur cours de la fois précédente qui consistait à changer un aspect physique de son voisin de classe. Minerva déglutit avec difficulté. À Poudlard, c'était du niveau de dernière année et une magie plus que délicate. Elle se souvenait lorsqu'elle en était arrivée à ce stade d'apprentissage d'avoir ressenti à la fois de l'excitation et une peur certaine. L'erreur était facile et rapide et les résultats parfois terrifiants. Parmi les élèves devant elle, elle en voyait qui ne devaient pas avoir plus de quinze ans. À l'inverse, certains semblaient plus âgés qu'elle.
Les étudiants sortirent leur baguette tandis que Sékou commençait ses rondes autour de chacun, rectifiant des postures, des gestes, observant attentivement les résultats. Pendant un instant, Minerva crut que tout le monde allait réussir leur transformation, mais elle fut rassurée -pour son ego- de voir la majorité échouer.
- C'est normal, rassura Sékou en voyant certains râler de frustration. Accrochez-vous, persévérez. Faites des erreurs sans détruire le visage de votre camarade bien entendu, mais pratiquez. Rappelez-vous, vous ne vous entraînerez sur ce genre de sortilège qu'en classe. Le premier que je surprends en train de l'utiliser dans les couloirs ou n'importe où ailleurs dans cette école sera puni et devra aller nettoyer les eaux du Nil.
Il fit une pause, songeur et reprit à moitié-taquin.
- Quoique, le fleuve aurait bien besoin d'un petit nettoyage, s'il y a des volontaires...
Minerva fit un sourire crispé, sans trop savoir s'il plaisantait ou pas. Elle se contenta de l'observer enseigner, et de regarder les élèves. Elle avait envie de s'approcher et de les aider mais elle ne s'en sentait pas encore la légitimité. Aucun élève non plus ne se tournait vers elle en quête d'assistance et tous se reposaient sur le professeur Sékou, aussi Minerva avait la sensation de lentement disparaître du décor.
Beaucoup avaient décidé de se concentrer sur les cheveux, une partie du corps qui semblait moins craindre que le nez ou les yeux par exemple. Le plus classique était de teindre les cheveux en couleurs extravagantes, ce qui semblait les faire bien rire.
- Volontaire Minerva ?
Minerva mit un moment avant que c'était elle qu'on appelait. Elle se retourna, les mains soudainement moites et avisa la main levée en l'air d'une jeune fille qu'elle reconnut avec malaise : Hoda. Minerva s'empêcha de jeter un coup d'œil angoissé à Sékou. C'était elle la volontaire, et si elle était là, c'était pour une bonne raison. Même si, pour une quelconque raison, Hoda la déstabilisait. Minerva se fraya un chemin entre les tables et rendit un regard interrogateur à la jeune fille.
- Oui ?
- J'ai réussi le sortilège sur ma camarade, annonça-t-elle et Minerva remarqua avec surprise le joli dégradé bleuté que Hoda avait réussi à faire sur l'afro de sa voisine qui paraissait ravie. Est-ce que je peux m'entraîner sur toi ?
Minerva s'apprêtait à lui demander de la vouvoyer et ensuite de refuser dignement, mais elle s'arrêta à temps. Hoda était loin d'être stupide et s'amusait juste. Elle savait très bien qu'elle n'aurait pas le droit d'utiliser sa magie contre elle, elle souhaitait simplement s'amuser. Et Minerva savait que son sérieux et son côté sévère étaient un terrain de jeu idéal pour les personnes comme Hoda.
- Ça marche, seulement si je peux le faire sur toi alors.
Au pire du cas, Minerva parviendrait aisément à rectifier le sortilège de Hoda si jamais celle-ci décidait de lui faire pousser des oreilles d'ânes sur la tête.
Elle avait vu juste, car les yeux de l'élève pétillèrent d'intérêt alors qu'elle se redressait de sa position avachie. Elle s'apprêtait à lever sa baguette lorsqu'un cri retentit du côté des élèves de peau blanche. Minerva n'avait pas remarqué, mais il y avait bel et bien un étudiant noir parmi eux finalement C'était lui qui semblait furieux.
- Ça va pas la tête ? s'écria-t-il envers sa camarade qui riait à gorge déployée. Enlève-moi ça !
Minerva chercha sur lui une quelconque mauvaise blague, des antennes d'insectes, des nageoires de poisson ou encore des dents de lapin, mais rien.
- Allons, allons, que se passe-t-il ? intervint Sékou alors que les élèves s'arrêtaient de travailler pour observer la scène.
Plusieurs élèves semblèrent comprendre une situation qui passait bien au-dessus de la tête de Minerva, toujours aussi perdue.
- Cela te va bien, Johannes. Allez, tout le monde se reconcentre, s'il vous plaît.
Mais Johannes ne parut pas satisfait du tout. Hoda avait le menton dans la main et regardait attentivement le garçon. Son air n'avait jamais été aussi sérieux ce qui fit étrange à Minerva qui pensait qu'elle aurait été du genre à se mêler de la joute verbale qui se jouait devant elle. Johannes lui, semblait rougir de fureur ou de honte.
- Tu te crois drôle ? lança-t-il à sa camarade responsable de sa transformation. Retransforme-moi tout de suite ! Ça me dégoûte.
Cela provoqua des remous de colère parmi les élèves que Sékou fit taire immédiatement.
- Gloria, retransforme ton camarade, ordonna-t-il d'une voix soudainement devenue froide. Johannes, tu as gagné un ticket pour le Nil et tu viendras me voir dans mon bureau. Les autres, retournez à vos exercices, tout de suite.
Tous obéirent, même Hoda, bien qu'elle ait un sourcil dressé et qu'elle marmonna dans sa barbe quelque chose que Minerva ne perçut pas. Minerva attendit discrètement, curieuse, que la Gloria, désormais un peu embarrassée, n'opère le sortilège inverse.
Et à ce moment-là, Minerva réalisa qu'elle ne s'était finalement pas trompée : il n'y avait jamais eu d'étudiant noir dans le cercle des élèves à peau blanche. Johannes était d'un teint aussi clair que celui de Minerva.
Alors elle réalisa une chose : Uagadou était peut-être une sorte de grande famille, mais toute famille avait ses propres haines, jalousies, mépris. Toute famille avait un membre préféré et un rejeté, le renégat dont personne ne voulait. Sauf que cette fois-ci, Minerva n'arrivait pas à savoir qui haïssait et qui était haï : le blanc ou le noir ?
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