Bonjour ! Comment allez-vous ?
J'espère que vos vacances sont au top ! Si je suis absente et que je ne réponds pas forcément aux commentaires c'est parce que je travaille et ce, en horaires décalés avec très souvent des nuits à l'hôtel pour le boulot, mais cela ne veut pas dire que je ne lis pas vos réactions. Elles me font énormément plaisir ! :D
Beaucoup d'introspection dans ce chapitre avec j'espère une manière de vous montrer les personnages sous un nouveau jour ;)
Bonne lecture !
Chapitre 27 : Introspection et rétrospective
Pendant plusieurs jours, Minerva avait craint être convoquée par le directeur en compagnie de Grace, afin d'expliquer son geste au dernier match. Zimmerman, s'il pensait à un acte volontaire, n'était pas allé se plaindre aux professeurs, au grand soulagement de la capitaine. Celle-ci et Grace semblaient être les seules avec Etna, mise au courant, à savoir que la blessure était tout sauf une erreur. Minerva doutait que Mallony était foncièrement mauvaise, mais son impulsivité était dangereuse. Elle avait songé à l'exclure de l'équipe, mais elle craignait que les autres étudiants ne se posent des questions et découvrent ce qu'avait fait Grace. En outre, elle ne saurait pas par qui la remplacer. Et enfin, peut-être, tout au fond d'elle-même, elle se sentait coupable de ce que Grace vivait, ou du moins, de ne pas avoir réagi. Désormais, elle craignait de reporter le harcèlement à Dippet. Il n'était pas des plus futés, mais il saurait très bien faire le lien avec le Cognard. Et alors, qu'arriverait-il à Grace ? Le renvoi resterait une option et Minerva avait beau être en colère contre la jeune fille, elle ne l'était pas assez pour orchestrer son expulsion, il fallait être cruel pour cela.
Finalement, les jours étaient passés et personne ne semblait vouloir l'amener devant un quelconque bureau. En revanche, l'ambiance durant les entraînements étaient désormais plus que tendue entre la batteuse et sa capitaine. Minerva avait chargé Etna de s'occuper de Grace depuis leur dispute. Elle savait qu'elle avait été virulente mais la batteuse l'avait été tout autant. « Rien de ce qui sort chez toi n'est bon à prendre ». Alors Minerva avait décidé d'arrêter. Si c'était comme ça que la jeune fille la remerciait des entraînements personnels qu'elle lui avait donnés, alors ce n'était même plus la peine de faire d'efforts. Elle avait ignoré le regard désapprobateur d'Etna au moment de sa décision. Sa coéquipière avait parfaitement vu la colère sourde et froide qui avait brillé dans leurs yeux et elle savait qu'elles s'étaient blessées mutuellement. Jamais Minerva n'avait tenu une rancune aussi tenace envers quelqu'un.
- Arrête d'être toujours sur son dos, lui reprocha Etna à la fin d'un entraînement.
- Sur son dos ? Au contraire, je n'ai jamais été aussi loin d'elle, elle devrait être contente, répondit Minerva d'un ton acide.
Etna eut un claquement de langue agacé.
- Tu m'énerves. Tu crois que je ne remarque pas tes yeux tout le temps posés sur elle, à juger, à vouloir lui faire comprendre qu'elle a fait une erreur ?
- Parce que c'est le cas. Elle me parle de vengeance, pourquoi tout le monde cherche la vengeance à chaque fois ? fit Minerva en songeant à Lewis.
Etna leva un sourcil d'incompréhension mais ne releva pas.
- Il y a une mauvaise ambiance maintenant dans l'équipe. On est tous d'accord pour affirmer qu'on préférerait avoir Grace plutôt que Zimmerman, alors pourquoi t'acharner encore plus ? Je n'apprécie pas ce qu'elle a fait, mais je n'apprécie pas non plus le comportement de Zimmerman et sa bande. Elle a été impulsive et n'a pas assumé, je suis d'accord. Mais votre comportement nuit à notre cohésion de groupe.
- Elle devra faire des efforts aussi. J'en ai marre de toujours marcher sur des œufs avec elle sous prétexte que les étudiants de son année sont méchants avec elle.
Etna soupira.
- Comprends-la aussi... Je ne sais pas trop ce qu'elle vit, d'où elle vient, mais tout doit être suffisamment compliqué pour éviter de lui rajouter un poids en plus dans un sport qu'elle apprécie. Fais en sorte que le Quidditch soit un épanouissement comme cela l'a été pour moi. Je suis désolée, ajouta-t-elle, mais c'est ton rôle en tant que capitaine de faire cela. Et c'est mon rôle en tant que future capitaine de te le rappeler.
Minerva faillit maugréer et jurer tant elle savait que son amie avait raison. Elle ne répondit pas et une fois changée, prit son sac et sortit les mains enfoncées dans les poches. Hors des vestiaires, elle croisa Grace qui venait dans l'autre sens. Elles se regardèrent en silence avant que Minerva ne reprenne son chemin sans un mot.
Sur la route gravillonnée qui menait au château, elle aperçut Cora faire les cent pas, à proximité du lac. Minerva s'approcha et lança avec un sourire moqueur:
- Il est où le pot de colle qui te sert de copain ?
Cora se retourna et une fois qu'elle l'eut reconnue, haussa les épaules et se détourna. Minerva leva un sourcil et se posta à ses côtés.
- Il s'est passé quelque chose ?
Elle avait posé la question par simple politesse et curiosité, mais elle espérait que ce ne fut pas trop grave car elle rechignait à jouer les psychologues conjugaux.
- Rien de grave, ou en tout cas, rien de nouveau, répondit Cora. Toujours la même histoire.
- Sur ta maladie ? demanda prudemment la capitaine.
Cora acquiesça. Ses cheveux noirs avaient poussé durant l'été et tombaient sur ses joues que l'on pourrait qualifier de presque creuses, et accentuaient son teint pâle.
- J'ai eu les résultats, et ils ne sont pas tels que l'espéraient Alan. Selon lui, je ne fais pas assez attention.
Minerva se mordit la lèvre mais ne répliqua pas. Elle était plutôt d'accord avec son meilleur ami, mais elle se voyait mal faire la leçon à Cora, qu'elle ne connaissait pas assez.
- Essaie de voir les choses de son côté, tenta-t-elle tout de même. Ce n'est pas facile de te voir te faire du mal.
- Wow, c'est de mon corps qu'on parle, pas du sien. J'en fais ce que je veux. T'as qu'à prendre ma place quelques jours et voir ce que ça fait qu'on te dise inlassablement « assieds-toi », « repose-toi », « laisse-moi faire ça ».
Cora renifla de son petit nez retroussé et Minerva plissa les yeux. Elle ne doutait pas qu'il lui serait impossible qu'on la traite ainsi et encore moins d'avoir le sentiment d'être une assistée. Mais encore une fois, le comportement égoïste de la Serpentard la dérangeait.
- Tu n'es plus seule à subir ta maladie désormais, fit-elle d'un ton sévère. Autant je peux te comprendre ou du moins j'essaie, autant je ne parviens pas à saisir pourquoi tu fais subir ça à Alan. Mieux vaut ne pas être en couple si tu n'es pas capable de partager cette maladie.
Cora eut une exclamation outrée. Elle eut un rire et se tourna vers Minerva.
- Et c'est toi qui me parles de partage dans un couple alors que tu te comportes comme la gentille amie de Rollin.
- Ma relation ne te concerne pas, riposta Minerva avec un malaise.
- La mienne non plus dans ce cas-là. Toute ma vie je n'ai jamais eu personne avec qui m'ouvrir sur cette maladie. Si tu penses que c'est facile avec Alan, ce n'est pas le cas.
- Fais un effort au moins, plaida Minerva, cela le heurte de te voir ainsi.
Cora baissa les yeux.
- J'aimerais, sincèrement. Je l'aime et vraiment, j'aimerais l'aimer assez pour faire ce que tu me dis de faire.
Elle eut une pause en se mordillant la lèvre.
- Cela va te paraître gonflé et égoïste mais j'ai beau aimer Alan, je m'aime aussi. Je ne parviens pas à me faire à l'idée de ralentir la vie que je mène et que j'apprécie mener en dépit de ma maladie. Je ne parviens pas à m'imaginer tirer un trait sur mes activités. Je veux vivre ma propre vie, aussi fichue soit-elle, et je ne veux pas la passer assise à attendre sagement de mourir.
Minerva resta une nouvelle fois silencieuse. Quelqu'un qui ne connaissait pas la Serpentard aurait pu penser qu'elle craignait de faire face à sa maladie. Mais personne n'avait une vision aussi claire que Cora. Peut-être l'aveugle était Alan, qui croyait en un traitement. Son voile d'espoir était si épais qu'à chaque respiration que prenait Cora, c'était là pour lui la promesse d'un rétablissement. Cora, qui avait vécu toute sa vie avec la maladie, avait été rejetée à cause d'elle par sa propre famille mais était tout de même parvenue à s'ouvrir à l'amour, n'était finalement pas si pessimiste. Juste réaliste. Au lieu de descendre sagement sur terre, de détendre ses ailes pour se poser et attendre la faucheuse, elle allait les étendre et atteindre le ciel en montant fièrement pour finalement exploser en plein vol.
Elle qui voulait vivre pour elle-même, pour personne d'autres malgré tout son amour, elle allumait en Minerva une bulle nostalgique de liberté. Le malaise qui était apparu lorsqu'elle avait mentionné sa relation avec Lewis n'était toujours pas apaisé. Elle donnait des leçons sur son prétendu égoïsme, mais elle-même aurait-elle été capable de suivre les conseils de Lewis si jamais elle avait été malade ? Aurait-elle arrêté le Quidditch, aurait-elle décidé de ne pas être Animagus ? Sûrement pas. Alors qui était-elle pour blâmer Cora ?
Celle-ci sembla suivre le courant de ses pensées car son visage s'adoucit.
- Comment ça se passe avec Lewis ?
Minerva faillit répondre automatiquement que tout allait bien, car c'était ce qu'elle disait à tous ceux qui lui demandaient. Cependant cette fois, face aux yeux noirs de la Serpentard, elle fut fatiguée de mentir et de se mentir. Elle ne trouvait pas que sa relation était mal en point, après tout, il n'y avait pas tant de problèmes que cela. Mais c'était peut-être parce qu'elle s'empêchait tout rapprochement véritable avec Lewis. « La gentille amie », avait dit Cora. Et c'était bel et bien ainsi qu'elle se comportait, et plusieurs fois elle avait remarqué le regard incertain de Lewis posé sur elle. Conscient qu'elle n'était pas à l'aise avec les effusions publiques comme privées, il se retenait de l'embrasser, de lui tenir la main. Minerva de son côté, le remarquait et secrètement, en était soulagée.
- Je crois..., commença Minerva d'un air songeur. Je crois que je n'arrive pas à m'investir entièrement. Tout me gêne. Le pauvre, ce n'est pas de sa faute...
- Tu crois que tu es prête à être en couple ? demanda Cora en la regardant dans les yeux.
Minerva ne répondit pas. Cela la rendait triste de l'admettre et elle avait de la peine pour Lewis, mais elle ne parvenait pas à ressentir une joie débordante à l'idée de le voir. Elle était ravie car elle s'entendait bien avec lui, qu'ils avaient une bonne conversation, mais dans le cadre de l'amitié. Elle ne pouvait certainement pas dire qu'elle était amoureuse. Elle ne demandait pas à déjà prévoir une vie avec lui comme le faisait Alan avec Cora, mais elle avait attendu en vain une étincelle qui lui donnerait envie d'être plus tactile, de lui montrer son affection. Malheureusement, elle gardait toujours sa carapace en sa présence. Pire, elle lui mentait et ce, continuellement. Jedusor les avait autant rapprochés que séparés.
- Je t'ai observée avec Lewis et je suis persuadée que tu l'aimes beaucoup. Peut-être pas d'amour, peut-être pas de suite, peut-être jamais d'ailleurs, mais ce que je remarque c'est que tu refuses de montrer ton affection. Pas seulement avec lui mais avec à peu près tout le monde qui t'approche.
Cora ramassa son sac et lui dit avant de s'éloigner :
- Je ne sais pas pourquoi tu as peur de le faire, mais je te conseille de trouver la raison avant de t'engager plus sérieusement dans une relation.
En l'observant partir, Minerva maugréa tout bas. Elle détestait que d'autres étudiants tentent d'analyser sa personnalité, voire jouent les psychologues. C'était gênant.
Elle qui avait espéré rentrer dans sa salle commune pour se reposer et ensuite dîner, elle tomba sur Grace qui semblait attendre quelqu'un, assise sur les marches de l'escalier du hall. Bien évidemment, c'était Minerva qu'elle cherchait car à son approche, elle se leva, la mine sombre. Elle ne semblait pas colérique, aussi Minerva accepta silencieusement de l'écouter.
- J'ai quelque chose à te dire, fit Grace du bout des lèvres et Minerva acquiesça. Tu ne seras pas d'accord avec moi sur ce que j'ai fait à Zimmerman, mais je ne veux pas de cette ambiance au sein de l'équipe. Je ne regrette pas nécessairement mon geste, mais j'avoue regretter mon impulsivité. Je t'avais promis que ma relation avec Zimmerman n'impacterait pas nos performances mais cela a fait tout le contraire.
Minerva s'abstint de toute remarque. Elle était prête à faire des efforts, et cela s'illustrait dans un premier temps par éviter des paroles acides. Elle avait également conscience que Grace avait du mal à admettre ses faiblesses et ses erreurs. Dans un certain sens, elle ressemblait beaucoup à Minerva : deux filles qui avaient du mal à s'ouvrir à l'autre et qui s'enfermaient dans une cage de fierté au moindre faux-pas. Si Minerva préférait cacher ses émotions, Grace les protégeait par de la colère. Grace apparaissait comme instable aussi, Minerva décida de montrer des efforts ; leur fierté n'avait pas d'égal, mais Grace avait plus besoin d'être réparée que Minerva.
- J'espère que mes actes n'entacheront pas l'équipe ni la compétition, continua Grace d'une voix raide. J'aime le Quidditch et je ne veux pas que mon premier match scelle mon destin pour cette année.
Minerva soupira. Parfois, elle avait l'impression de se voir en Grace. C'était peut-être pour cela qu'elle était si exigeante.
- J'ai moi aussi eu un premier match catastrophique, répondit-elle. Etna me dit d'être compatissante avec toi, alors...
- Je ne veux pas forcément de la compassion, coupa Grace néanmoins gentiment (du moins pour elle). Traite-moi comme tu traites les autres. Je veux juste faire partie de quelque chose, d'un groupe.
Minerva hocha la tête, légèrement attristée. Grace n'en parlait que très rarement aussi elle avait tendance à oublier ce qu'elle avait vécu, mais sa solitude à Poudlard avait dû être pesante à vivre. Sans compter son retour chez elle, avec un père absent et perdu.
- Fais en sorte à ce que ton boulot se limite au terrain et tu auras toute ta place dans l'équipe.
Grace parut soulagée mais les remerciements ne purent franchir la barrière des lèvres. Ce n'était pas grave : ne pas réussir à exprimer ses ressentis, c'était aussi ne pas savoir comment exprimer des remerciements par les mots. Si elle voulait vraiment lui exprimer sa reconnaissance, alors elle agirait du mieux que possible durant les matchs.
***
Elle était à nouveau avec Lewis. Cette fois, les paroles de Cora dansaient dans les oreilles de Minerva et celle-ci ne pouvait s'empêcher d'observer son copain du coin de l'œil, espérant trouver son étincelle, celle qu'elle avait expérimenté l'été dernier lors du mariage de Fleamont. Elle craignait de s'être lancée dans cette relation seulement parce qu'il lui avait présenté de l'intérêt, elle qui était si peu habituée. Elle s'était sentie appréciée, valorisée et Merlin ce que cela lui avait fait du bien. Alors pourquoi ne parvenait-elle pas à aller plus loin ? Ils devaient être le couple le plus étrange de tout Poudlard.
Face à elle, elle retrouvait Lewis le psychologue, celui qui l'impressionnait par ses analyses fines et justes et celui qui lui faisait peur parce que justement il lui arrivait rarement de se tromper. Et elle détestait être sa cible. Aujourd'hui, il semblait focalisé sur Grace, ce qui n'était pas plus mal si Minerva voulait comprendre comment la jeune fille fonctionnait.
- Vous êtes si similaires par moment, fit Lewis en s'allongeant dans l'herbe, pas étonnant que vous vous preniez la tête.
- Super, manquerait plus que ça. Je fais des efforts je te rappelle, il faudra qu'elle en fasse aussi.
Lewis roula des yeux.
- Soit plus compréhensive, tu veux ?
- Elle n'est pas facile à vivre, maugréa Minerva en arrachant des brins d'herbe. A chaque fois qu'on lui adresse la parole on se demande toujours si on n'a pas dit une bêtise qui la vexerait et qui la ferait monter dans les tours. Elle est si agressive.
Lewis se redressa et la regarda en haussant les sourcils.
- Réfléchis un peu, mets-toi à sa place. Tu l'aimes ton père, non ?
Minerva lui jeta un coup d'œil perplexe.
- Bien sûr.
- Ok alors maintenant, oublie-le. Il est décédé.
- Mais qu'est-ce que tu...
- Tu as toujours ta mère, tu l'aimes et elle t'aime. Mais elle est bouleversée, elle t'oublie, ne s'occupe plus de toi. Tu as à peine quinze ans et tu as déjà perdu tes deux repères principaux, à savoir tes parents. Soudainement, ta mère se sent mal en Ecosse qui lui rappelle trop son défunt mari. Vous partez à l'autre bout du monde : nouveau pays, nouvelle école. Tu n'as pas de frères ou de sœurs avec qui partager ces changements. Enfin, pour rajouter à ton malheur, les élèves de ta nouvelle école te méprisent et te harcèlent. Par chance, tu découvres le sport fétiche de l'école, une capitaine d'équipe t'aide, parvient à te faire remonter la pente... Tu te dis « ça y est, j'ai trouvé ma voie, je vais m'intégrer » et puis arrive le premier match, tu fais une erreur et cette capitaine qui t'a tant montrée et aidée finit par te tourner le dos. Imagine.
Oh, Minerva pouvait parfaitement bien imaginer dans quel état elle serait.
- Tu serais si en colère, continua Lewis en observant ses réactions. Grace a le sentiment que sa mère l'a abandonnée, puis son père. Elle perd ses repères, ne peut plus vivre dans son pays, ne peut plus pratiquer le baseball qui porte une place si importante dans sa famille. La magie débarque et l'empêche de reprendre le flambeau de sa mère, personne ne l'accepte à Poudlard. La seule qui semblait l'apprécier vient tout juste de la dénigrer. Sa fragilité mentale est d'autant plus piétinée et détruite. Pourquoi crois-tu qu'elle soit si agressive ? Elle se défend, tout simplement. Elle a été si souvent rejetée, éloignée, trahie et abandonnée en l'espace de si peu d'années qu'elle ne voit plus l'intérêt de s'ouvrir et de risquer un nouvel échec.
Minerva avait la boule ventre. Dire qu'elle se sentait coupable était un euphémisme. Grace avait pris le risque de s'ouvrir à sa capitaine durant l'été et il n'avait fallu que quelques petits mois à Minerva pour la trahir. Elle n'osait imaginer tout le courage que cela avait dû lui demander pour venir la voir et s'excuser.
- Pourquoi tu dis que nous sommes identiques ? murmura Minerva au bout de longues secondes silencieuses.
Lewis se mordit la lèvre, l'air mal à l'aise.
- Vous n'exprimez jamais rien. Rien envers moi, ni même envers Alan. Grace a peur d'être à nouveau rejetée donc elle bloque ses émotions. Mais ce n'est jamais la bonne solution car il arrive un moment où le cerveau ne parvient plus à maîtriser tout ce tourbillon. Cela explique aussi pourquoi elle n'a pas pu se retenir d'envoyer le cognard sur Zimmerman.
Minerva sursauta et Lewis eut un fin sourire navré.
- Je m'en doutais. Tu avais l'air si en colère, cela ne pouvait pas être à cause d'une simple erreur. Quoiqu'il en soit, Grace n'a sûrement pas pu tenir plus longtemps dans sa spirale de colère continuelle. Quant à toi... ton manque d'estime pour ta personne fait que tu préfères enfouir tes émotions pour éviter de te dévoiler. Ne pas se dévoiler c'est aussi ne pas être rejeté et donc ne pas souffrir.
Minerva eut du mal à déglutir. Et voilà qu'elle faisait encore les frais de l'œil acéré de Lewis. Le pire, c'était qu'elle se reconnaissait dans ce qu'il disait. Montrer trop d'émotions voulait aussi dire se dévoiler et montrer ses faiblesses et surtout, surtout ses limites. Elle se souvenait du moment lorsqu'elle pleurait son grand-père. Il lui avait été impossible de montrer ses larmes à sa propre mère, de lui montrer sa faiblesse, sa vulnérabilité.
Et Lewis, le pauvre Lewis, qui connaissait ses difficultés et faisait en sorte de ne pas la brusquer, se retrouvait à subir sa froideur. Minerva baissa la tête. Au fond, sûrement avait-elle toujours su que son comportement n'était pas forcément normal. Mais c'était acceptable, tant que personne d'autres n'en faisait les frais. Pourtant, elle avait rejeté sa mère, avait trahi Grace et faisait du mal à Lewis.
- Pardon, parvint-elle à murmurer et les mots furent compliqués à articuler.
Elle sentit ses yeux picoter lorsque Lewis posa une simple main apaisante sur son épaule. « Cela ira » semblait-elle dire.
Lorsqu'elle sentit une larme poindre au coin de son œil, s'apprêtant à tomber, elle se leva brusquement, détournant la tête. Qu'il lui était difficile de pleurer en compagnie de quelqu'un. Elle tourna les talons sous le regard attristé de Lewis. Oh Morgane, comme cela lui était tant difficile.
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