Chapitre 43 :
Warning : Level 1 - Des propos qui peuvent heurter la sensibilité de certains
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Mon coeur ne cessait de battre dans ma poitrine. J'étais tétanisé devant la porte. J'avais été alité pendant une journée entière pour me remettre de mes blessures. Après ça j'avait cherché toutes les excuses possibles pour fuir ce moment. Inévitablement il était arrivé. Je savais que je devais le faire pourtant j'avais dû attendre jusqu'à jeudi pour réussir à arriver devant la porte. Trop de fois auparavant j'avais essayé de me rendre jusqu'à la chambre et pris de panique, je m'étais arrêté à l'accueil de l'hôpital, obligé de rebrousser chemin. Ce serait la première fois depuis quatre jours que nous nous parlerions.
Mes paumes de mains étaient moites et l'angoisse me rongeait. C'était la plus grande bataille interne que je ne m'étais jamais livré. Non je ne pouvais pas, j'abandonnais encore une fois si près du but, décidant que c'était une trop mauvaise idée.
Je partais le long du couloir d'hôpital, un endroit éclairé par de grandes vitres qui donnaient vu sur le parc, coeur du complexe de bâtiments médicaux. Cette après-midi était particulièrement belle et chaude, nous aurions été sur le terrain de basket en extérieur dès la sortie des cours. Aujourd'hui pourtant, Edward était à l'hôpital, Léo dans le flou le plus total était au lycée, et moi indécis comme une Balance je tournais en rond dans les couloirs d'un centre hospitalier.
La sirène d'une ambulance retentit. Comme je haïssais ce son. Depuis toujours, j'en avais horreur. Le véhicule déboula devant les urgences, le personnel médical se démenait pour sauver cette pauvre âme de la Mort. L'idée que mon meilleur ami s'était trouvé à cette place seulement quelques jours plus tôt eu l'effet d'une gifle violente. Edward aurait pu mourir. Il était encore là. Dans sa compassion la Faucheuse avait décidé de l'épargner, et moi pauvre idiot je gaspillais de précieuses minutes que j'aurais pu passer avec lui. J'étais irrattrapable !
Encore une fois je me dirigeais jusqu'à la porte 311 et sans réfléchir je toquais. Si je ne me jetais pas à l'eau, j'aurais encore une fois l'occasion de me convaincre de fuir comme le froussard que j'étais.
-Entrez ! s'exclama une voix derrière la porte.
Mon coeur se serra. Ce ton joyeux serait-il maintenant quand il se rendrait compte que c'était moi ? Nos regards se croisèrent, pendant quelques secondes il se referma sur lui-même. La gêne était palpable. Un sourire regagna si vite son visage que le malaise s'accentua de mon côté. Je demeurais sérieux face à sa joie.
-Je suis content que tu viennes me voir. Je m'ennuie comme un rat mort ici sans personne. Entre deux visites du médecins et des infirmiers, j'ai pour seul passe temps de compter les tâches sur le plafond, dit-il d'un ton malicieux.
Je m'avançais dans sa direction m'arrêtant à bonne distance de son lit.
-Salut, lançai-je la gorge sèche.
-Je t'en prie installe toi, déclara-t-il en désignant la chaise inconfortable qu'on trouve dans toutes les chambres d'hôpital, la chaise de la personne qui vient veiller un proche ou un ami.
Je prenais place à son chevet, silencieux. Ce n'était pas lui qui rendait la situation compliquée mais bien moi, pour me punir. C'était de ma faute.
La chambre d'Edward était lumineuse, comme le couloir elle possédait une grande vitre qui donnait sur la ville. Son lit était au milieu de la pièce pour souligner qu'il en était l'élément principal. Sur sa table de chevet trônaient une multitude de cartes et de bouquets de fleurs aux couleurs pastels. Le silence fut interrompu par mon ami qui se redressait, arrangeant ses cousins pour le soutenir en position assise.
-Avant que tu ne le tentes, pas d'excuses, me coupa-t-il m'empêchant de demander pardon.
Il n'y avait donc plus rien à faire ? Je ne pouvais même pas espérer qu'il me pardonne un jour.
-Je ne t'en veux pas. Pas pour ça en tout cas, reprit-il en désignant le bandage à sa cuisse. Certes je vais rater ma chance de me faire remarquer par les entraineurs nationaux de basketball, mais c'est le rêve de Léo de finir là-bas.
L'adolescent intégrait un soupçon d'humour à ses répliques, tout n'était peut-être pas perdu.
-Léo ne va pas être content qu'on entrave ses chances de gagner le tournois ..., soupirai-je grandement responsable des ennuies des derniers jours.
Je baissais les yeux vers le lino gris du sol. Un gris tacheté comme s'il était sale en permanence.
-Edward, je m'excuse de t'avoir mêlé à ça. Á cause de moi tu risques la mort. Tu dois à présent mentir à tous ceux qui t'entourent au risque que l'on te fasse du mal.
C'était plus fort que moi, je me sentais terriblement coupable. Edward soupira. Il savait tout ça. Il l'acceptait, un peu comme moi j'avais accepté de porter mon fardeau si longtemps. Á l'exception que moi j'avais eu le choix.
-Ce n'est rien que tu n'as pas dû supporter. Je peux en faire de même. Et grâce à toi j'ai à présent des contacts hauts placés dans un organisme classé secret d'état.
Son sourire malicieux devint plus neutre.
-Mais ne t'inquiètes pas, l'Organisation m'a tout expliquée, cela fait trois jours qu'ils me rendent visite pour me briefer au sujet de ma position. Je comprends.
Il y eu un silence. Edward me regarda avec tristesse. Ce n'était pas le dégoût auquel je m'attendais.
-Pourquoi tu ne m'a rien dit ?
-De quoi tu parles ? Du déviant social que je suis ou le monstre qui m'habite ? répondis-je avec une once de sarcasme mêlé au désespoir.
Nous y arrivions enfin. L'adolescent secoua la tête, incertain.
-Je ne sais pas . Les deux.
-Ce n'est pas comme si c'était facile à aborder. Tu m'aurais pris pour un cinglé si je t'avais dit que je pouvais me métamorphoser.
J'étais en pleine détresse. Que dire ? Avouer une telle chose n'était pas évidente.
-D'accord, mais pour l'autre secret. Pourquoi n'avoir rien dit ? On est tes amis tu n'a pas confiance en nous ? demanda-t-il toujours triste.
-Ce n'est pas de ma faute si tout le monde a automatiquement cru que j'étais hétéro. J'ai essayé, vraiment ! Je voulais être la personne que les gens attendaient, mais ce n'était pas pour moi. Et si je l'avais dit, comment tu crois que ce serait passé ? « Arrête de nous mater sous la douche Sam. T'as pas intérêt à penser à moi quand tu te touches ou je te casse la gueule. Tapette. Sale pédé ! » Tu crois que c'est facile de vivre ces insultes quotidiennes ? Peut-être que j'aurais dû assumer et garder la tête haute. J'avais peur, ok ?! Peur que vous me rejetiez. Peur que vous me regardiez avec mépris. J'ai jamais voulu tomber amoureux d'un homme ... de toi ! Si j'avais pu l'éviter, je l'aurais fait crois moi. Mais tu étais toujours là pour moi. Le premier à me tendre la main, puis mon meilleur ami. J'essayais de me distancer en vain. Et c'est arrivé, le jour où j'ai compris que je ne te voyais plus comme un simple ami.
J'avais haussé le ton contre mon gré, excédé par la situation. C'était si facile pour les hétérosexuels de vivre dans un monde à leur image. Certes, ils étaient plus nombreux que nous, mais est-ce que cela justifiait qu'ils soient les seuls que l'on représente, la seule option que l'on puisse envisager ? Je comprenais pourquoi personne ne pensaient à cela, mais ça m'embêtait. Je n'étais ni une bête de foire, ni un pêcheur comme des gens pouvaient le raconter. J'étais un être humain comme n'importe quel autre !
Edward me fixait les yeux ouverts grand comme pas possible. Surpris. Il se rendait compte de la vie que je vivais. Mon invisibilité aux yeux du monde. Je n'existais pas, ou si c'était le cas seulement pour représenter la déviance des fantasmes malsains. Théoriquement on devait m'accepter, c'était ce que stipulaient les textes de lois, en revanche cela ne changeait pas les regards dégoutés, les délires déplacés de certaines personnes. Je ne me plaignais pas, je ne risquais pas ma vie chaque jour comme certains homosexuels qui vivaient dans l'illégalité, cependant par moment le manque de respect m'inssuportait.
-Pardon. Je ne sais pas quoi te dire. Je n'avais jamais imaginé que ce serait si difficile.
Un silence gêné s'installa de nouveau.
-Sam, je suis désolé, mais je ne crois pas pouvoir retourner ton affection. Tu es un très bon ami, et je pense être attiré par les femmes.
C'était une choc à entendre, même si je ne m'étais jamais imaginé qu'il partagerait mes sentiments. Il y avait Clara. Parfaite pour lui. Et puis il y avait moi, parfait à l'exception de mon chromosome Y. Et puis d'un autre côté il avait eu la décence de me traiter comme n'importe qui. Je m'étais fait jeter sans injures, sans moqueries, et quelque part ça me faisait plaisir. J'en rigolais presque.
-Fais pas cette tête d'enterrement, on va bien ou presque tous les deux, on a encore des expériences à vivre.
Je lui donnais un coup à l'épaule pour reprendre les bonnes vieilles habitudes.
-J'ai de quoi te remonter le moral ! m'exclamai-je en me penchant vers mon sac à dos que j'avais posé au pied du lit pour en sortir un tuperware.
Je posais le container en plastique sur les draps avant de l'ouvrir.
-Tes cookies préférés ou presque. Ce ne sont pas ceux de ma mère, c'est moi qui les ai fait, ils sont peut-être un peu brûlés fait attention.
Il secoua la tête amusé.
-Je suis un aventurier, je n'ai peur de rien ! déclara-t-il en saisissant un biscuit.
Le bon vieux temps ou presque ! Enfin un espoir de retour à la normale après tant de drames. C'état agréable. Nous discutions une bonne heure avant que je ne doive le quitter.
Je sortais de l'hôpital le sourire aux lèvres. C'était une belle journée. J'avais le coeur léger après ces retrouvailles. Ce serait mentir de dire que tout allait parfaitement bien, je m'étais fait rejeter et ce n'était pas agréable. Mais le soulagement de pouvoir demeurer ami avec Edward ça surpassait de loin la petite tristesse que je ressentais.
Ma montre indiquait quinze heure quarante-sept, il fallait que je me dépêche d'aller à mon rendez-vous. J'avais une réponse à donner.
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