Pour la dernière fois. Ou la première... (Aynems)
Il était là, sur le pas de la porte de son nouvel appartements . Le regard dans le vide, sombre, cerné. Les yeux profondément enfoncés dans leurs orbites. Se détachant par leur noirceur sur ce blanc, maladif, de la peau de l'homme qui n'était plus sortie depuis des semaines. Les joues creusées. Tout son corps était amaigri. Il flottait dans ses vêtements désormais deux tailles trop grande.
Et moi j'étais là, les bras ballants, sa vision trop choquante et dure à supporter. Je murmurais dans un souffle :« Oh seigneur... »
Soudain la porte claqua, me faisant me ressaisir et j'entrais avant que mon ami ne la verrouille. Et immédiatement je fus plongé dans le noir total.
Lentement, mes yeux s'habituèrent à la très faible luminosité et je pus avancer dans l'appartement sans trop de difficultés. Presque tous les cartons étaient encore à leur place, prenant la poussière depuis un mois.
Le cadavre d'Antoine était à nouveau avachi dans son canapé, en pyjama, fixant sans le voir un point dans le vide.
Alors lentement je me dirigeais vers les rideaux que j'ouvris en grand, faisant s'envoler un nuage de poussière, puis je tournais la manivelle permettant de remonter les volets. Une fois que le séjour fut éclairé, j'eu le droit à un regard courroucé d'Antoine mais rapidement il retourna à la contemplation de sa télévision éteinte, comme si s'énerver lui demandait trop d'énergie.
Lentement je m'approchais de lui, accroupi, comme devant une bête sauvage. Doucement je pris sa main entre les miennes, grandes et calleuses, mais malgré tout elles lui rappelèrent celles de sa douce Marie. Il ressassa alors ses souvenirs, sans se soucier du présent, sans se soucier non plus des larmes qui coulent peut-être de ses yeux ou de son corps peut-être prit dans les bras chauds de son ami. Il s'en foutait. Il se foutait des paroles réconfortantes de son ami. Il n'en savait rien ! Comment pouvait il être si sûr qu'il irait mieux, qu'il retrouverait quelqu'un ?Comment le pouvait-il par Dieu ?
Antoine sanglotait de plus en plus bruyamment sur mon épaule et je sentais son corps trembler, ainsi que ses larmes tremper mon t-shirt. Doucement je caressais son dos, en attendant que sa crise cesse.
Puis tout bascula, brutalement. Un mauvais pressentiment me hérissa l'échine et on s'élança vers notre perte, chutant sans parachute dans un précipice d'interdit.
« Aym'ric, embrasse moi...
— Qu'est-ce que tu racontes comme connerie encore... T'as de la fièvre, t'es soûl ou une autre merde du même genre ?
— S'il te plaît mec... Juste une fois, pour me souvenir de comment ça fait d'être vivant, de compter pour quelqu'un... Au moins un peu.
— ...Okay. »
Même après, je ne saurais dire pourquoi j'ai accepté à ce moment là. Mais je l'ai fait, et il n'y avait plus de marche arrière possible.
Alors doucement, naïvement, pour la dernière fois, j'embrassais mon ami en manque d'attention.
Ensuite, tendrement, naïvement, pour la dernière fois, j'acceptais de le caresser sans rien de platonique.
Et, naïvement, amoureusement, pour la dernière fois, je nous déshabillais avec empressement.
Pour la première fois avant tant d'autres, ils couchèrent ensemble.
Naïvement, j'osa penser que ça ne changerait rien à ma vie.
Tout ce qu'il regrettera, ce sera de voir son fils moins souvent.
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Suite à la vidéo de Nems sur sa rupture et sa dépression.
A+ en commes
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