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mathieu pruski

en même temps que ma partie d'assassin's creed odyssey se sauvegarde, j'écrase ma clope dans le cendrier puis j'éteins la play.

il était presque 3h du mat' et j'arrivais pas à trouver le sommeil. ça faisait une dizaine de jours qu'on était rentré de maurice et j'avais juste pas envie de parler à aubane.

vraiment, comment on est censé faire quelque chose elle et moi, quand elle me baratine régulièrement ?

- ah mais c'est bien ça

je pars dans ma chambre chercher mon petit carnet de brouillon avant de m'asseoir sur le bord du lit puis de commencer à griffonner dessus.

que fait-on d'un amour immortel mais censuré par des mensonges réguliers ?
t'es tellement belle quand t'es fâchée...

je jette de nouveau un coup d'œil sur mon réveil avant de continuer.

trois heures du mat', j'repense à toi et j'sais plus comment on fait,
les doutes deviennent de la haine... c'est dangereux tellement on s'aime
j'pourrais exploser d'l'intérieur quand tu mens tellement ça m'énerve

il fallait que je me vide la tête. je comprends pas pourquoi je lui en veux autant. je devrais être content de savoir que ses doutes étaient partis ? mais je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'elle m'a mytho pendant des semaines à me dire hassoul ça va, alors que ça allait pas.

par contre il va falloir que j'écrive aussi autre chose que des chansons de mec piqué, la honte, je m'appelle pas ken samaras moi. mais ça aussi c'est bien.

j'crois qu'c'est la honte d'être piqué, 'fin, c'est compliqué

je peux pas chier une mixtape uniquement sur des sons de keumé en manque d'amour, faudra aussi des choses un peu plus vener.

j'avais parlé à antoine et j'aimerais bien sortir la mixtape à la rentrée 2019, pour continuer le rythme. faut dire que sortir platinium et polak la même année, j'ai bossé à mort. mais j'ai l'impression que c'est le seul moyen de percer. monopoliser l'attention.

je soupire avant de poser mon carnet sur ma table de chevet. j'ai plus rien à dire dessus. l'esprit un peu moins tourmenté, j'espère trouver sommeil.

...

- ouais allô ? je décroche, la bouche complètement pâteuse et la tête dans quarante culs

- mathieu ? c'est mélissa, je dérange pas ?

j'ouvre les yeux pour regarder l'heure. il est 13h donc non elle devrait pas déranger.

- tu viens de me réveiller quoi, ma voix est encore rauque alors je me racle la gorge

- oh, désolée, s'excuse-t-elle, c'est juste que je me fais du soucis pour bane, je sais que vous êtes pas dans les meilleurs termes possibles mais je vais chez mes parents ce week-end et j'aimerais qu'elle ne soit pas seule, explique-t-elle

- elle va pas se jeter du haut du pont neuf t'inquiète, dis-je ironiquement

elle ne répond pas tout de suite et je l'entends claquer sa langue puis soupirer.

- ça fait plusieurs jours qu'elle est pas sortie du lit, elle mange pas, boit à peine, et fait que dormir, elle va même pas à la salle... je m'en veux de la laisser mais c'est l'anniversaire de mon père dimanche...

à l'entente de ses paroles, j'étais bien plus réveillé.

- j'arrive, et je raccroche

...

- elle est malade ? je lance à mel en même temps qu'elle ouvre la porte

- pas vraiment, juste on a réalisé un truc et depuis c'est la cata quoi, elle répond tout bas

elle lance un dernier regard vers la chambre et me remercie d'être venue avant de sortir avec son sac de voyage.

une fois que mélissa avait refermé la porte, je savais pas trop comment me comporter. je maintiens qu'elle a merdé, même si j'ai eu une réaction disproportionnée.

j'enlève mes pompes avant de me diriger vers sa chambre. volets fermés, aubane sous la couette. ça puait le renfermé de malade.

sans dire quoi que ça soit, je me déshabille avant de me glisser dans le lit à mon tour.

- mais mel faut que tu partes

elle était en boule, dos à moi, alors je me suis collée à elle avant de l'enlacer. je lui embrasse l'épaule.

- mathieu ? elle tourne légèrement sa tête, si j'avais su que le grand duc venait me rendre visite j'aurais lavé mes dents

- y'a pas que tes chicots à laver, je réponds en souriant, l'odeur de son crâne dans le nez

elle se tourne complètement puis m'enlace à son tour. on reste comme ça un long moment, dans le silence. je l'avais jamais vu dans un état comme ça. c'est surtout pas le genre de nana non plus à se mettre dans des états comme ça non plus.

- je devrais aller me laver

et elle se décolle de moi, sort du lit et commence à s'avancer dans la salle de bain. elle enlève son t-shirt, me laissant apercevoir son dos amaigrit. mélissa n'exagèrerait pas en disant qu'elle mangeait à peine. on dirait une crevette.

je pris mon téléphone pour scroller pendant qu'elle était sous la douche. j'en profitais par ailleurs pour ouvrir le volet de sa chambre ainsi que la fenêtre. elle revient une demi-heure plus tard, sans avoir meilleure mine.

- tu veux parler ? je pose mon téléphone, elle hausse les épaules

-merci d'être là alors que j'ai merdé

- j'ai aussi abusé tu sais, j'ouvre mes bras et elle vient se nicher dedans. elle me donne froid avec ses cheveux humides

- j'aimerais bien faire comme toi des fois, enjoliver ma réalité, surtout mes erreurs. mais là je peux juste pas romancer un viol. mais ce qui est sur c'est que je sais que tu peux apaiser mes doutes et moi les tiens. on repart sur de bonnes bases ? on recommence ? elle me regarde, les yeux humides, et je l'embrasse pour seule réponse malgré le choc de ses paroles

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