Vendredi 30 décembre
-Candiiiiiiiiiiiiiiiice !
J'ai à peine le temps de nouer une serviette de bain autour de mon corps que mon amie ouvre brusquement la vielle porte en bois de la salle de bain et me saute au cou.
-Comme tu m'as manqué ! s'exclame-t-elle, un grand sourire aux lèvres.
Je n'ai pas revu Cassiopée depuis seulement trois semaines, mais j'ai l'impression que c'était dans une autre vie. À ce moment-là, j'étais totalement chamboulée par mon baiser enflammé avec Ethan mais ma vie ressemblait encore à quelque chose. Aujourd'hui, je ne sais plus vraiment. L'incident de Noël a laissé des traces indélébiles sur mon cœur et même si grâce à Gabriel, je commence à me réconcilier avec moi-même, certaines blessures restent encore béantes. Cependant, me retrouver dans les bras de ma meilleure amie après avoir passé pratiquement une semaine en autarcie me donne l'impression de respirer de nouveau. J'enroule mes bras dans son dos et la serre fort tout en inspirant longuement.
-Toi aussi Cass, tu m'as vraiment manqué.
Ma voix tremblote légèrement et elle s'en rend tout de suite compte. Elle relève alors la tête afin de planter ses iris interrogateurs dans les miens et me scrute intensément. Plus les secondes passent, plus je vois les expressions de son visage évoluer. Elle fronce les sourcils en remarquant mes cernes puis ses yeux me détaillent longuement et je devine qu'elle perçoit un profond abattement ancré dans mes pupilles. Lorsqu'elle pose son regard sur mes joues légèrement creusées et mon teint pâle, mon ventre se tord. Cette expression qu'elle arbore, je ne l'avais plus vu depuis mes dix-huit ans. Plus précisément, depuis le jour où j'ai sonné en pleurs chez elle après que ma mère ait brulé sous mes yeux certaines photos que je gardais précieusement. Elle voulait me punir d'avoir raté un examen de mathématique quand j'avais 13 ans. Et tout est parti en fumée sous mes yeux, en quelques minutes à peine.
-Dépêche-toi de t'habiller et rejoins-moi, on a des choses à se dire, me répond-t-elle en me lançant un clin d'œil appuyé.
Cassiopée sait lire en moi comme dans un livre ouvert. Elle sait interpréter mes regards et mes attitudes mais si je ne peux rien lui cacher, je ne suis pas sûre qu'elle soit prête à tout entendre.
Je me hâte de me préparer et la rejoins dans ma chambre. Je ferme la porte derrière moi afin de nous octroyer un peu d'intimité et je me dirige vers le lit pour m'assoir. Mon amie est déjà installée dans le petit fauteuil à ma gauche et elle m'offre son sourire le plus éclatant.
-Alors... que s'est-il passé pour que je lise tant de peine dans ton regard ?
Malgré son apparente bonne humeur, je distingue très clairement toute l'affection et l'inquiétude qu'elle me porte. En réalisant que ma meilleure amie est toujours là pour moi, une bouffée de chaleur m'envahit. Plus les jours passent, plus je prends conscience que je ne suis peut-être pas si seule finalement.
-Noël s'est très mal passé...
-A cause de tes parents ? m'interroge-t-elle. Les sourcils de mon amie se froncent de plus belle tandis je la regarde taper nerveusement du pied. Elle plus que quiconque connait les ravages que mes géniteurs peuvent faire.
Je m'attèle à lui raconter en détail l'effroyable journée que j'ai passée aux côtés de mes parents et plus je m'enfonce dans mon récit, plus les mots se font pénibles. Ils réveillent la douleur sournoise cachée au plus profond de mon être qui me ronge silencieusement depuis tant d'années. Quand je lui retranscris les mots acerbes qui m'ont achevée, le gouffre qui m'habite depuis une semaine refait surface et je lui agrippe brusquement la main pour ne pas sombrer. J'ai l'affreuse sensation de manquer d'oxygène, mon cœur bat si vite que j'ai peur qu'il s'arrête et ma gorge nouée commence à me faire souffrir. Malgré la distance, les jours qui sont passés et l'espoir que Gabriel a fait renaitre en moi, il suffit de quelques souvenirs pour me détruire à nouveau.
Cassiopée s'est approchée de moi pour me tenir les deux mains et son visage fermé m'informe qu'elle a conscience de l'ampleur des dégâts qui me ravagent tumultueusement. Au moment où je lui explique que je me suis enfuit de cet enfer et que je me suis retrouvée plus seule que jamais, elle me coupe.
-Pourquoi ne m'as-tu pas appelée ?
-Tu étais chez ta mère et... déjà que tu ne la vois pas souvent, je ne pouvais pas écourter vos retrouvailles, je lui murmure tout en soupirant.
La mère de mon amie habite dans le sud de la France et elles ne se voient que quelques fois dans l'année. Je n'avais aucun droit de les priver de ce moment rare, d'autant plus que j'avais réellement besoin de quelqu'un prêt à m'aider à la seconde.
-Donc tu as appelé... Gabriel ? me demande-t-elle avec des yeux ronds comme des billes et un sourire coquin en coin.
Je la vois venir. Elle n'attend qu'une chose, c'est que je me rapproche de lui mais en cet instant, je n'ai absolument pas la tête pour cette discussion. Cependant, Cassiopée ne semble pas être de cet avis.
-Gabriel m'a dit que vous avez passé quelques jours ici... je comprends mieux pourquoi tu n'as pas répondu à mes messages... continue-t-elle tout en agitant ses sourcils afin d'appuyer ses allusions grivoises.
Elle continue. Elle ne me demande pas ce qui m'a poussé à le suivre ici alors qu'on ne se connaît que très peu. Elle ne cherche pas à savoir comment je vais ou comment je me sens maintenant. Non, tout ce qui l'intéresse, c'est que je me mette en couple avec le cousin de son mec.
-Je t'arrête tout de suite, il ne s'est rien passé avec Gabriel.
Je lui ai répondu sur un ton légèrement sec qui ne l'interpelle pas du tout. Au contraire, mon amie est excitée comme une puce et elle ne tient pas en place une seule seconde.
-Alors raconte ! Vous êtes arrivés quand ? Vous avez fait quoi ? Il s'est passé quelque chose entre vous ? Je veux tout savoir !
-Il ne s'est absolument rien passé puisqu'il m'a retrouvée dans un état pitoyable. Maintenant, si tu le permets, j'aimerais que tu arrêtes de te focaliser sur une hypothétique relation entre nous !
Je lui ai déclamé ma tirade avec un agacement plus qu'évident. Cassiopée se fige un moment, le temps d'intégrer le sens de mes paroles ainsi que le ton que j'ai employé. Je m'en veux à la seconde où je distingue un éclair de peine traverser les beaux yeux de mon amie.
-Excuse-moi Cass mais je n'ai pas du tout la tête à ça en ce moment.
Pour la première fois depuis très longtemps, elle reste muette et se contente de hocher la tête. Puis elle me lâche les mains, se lève et fait quelques pas pour atteindre la porte. Au moment où elle pose la main sur la poignée, elle se retourne vers moi et son regard blessé se pose dans le mien quand ces mots passent la barrière de ses lèvres :
-Je voulais juste changer de sujet pour alléger l'atmosphère. Et je pensais que tu tenais à Gabriel. Mais apparemment, j'ai tout faux. Tu...tu as changé Can-can, je ne te reconnais plus ces dernières semaines. Elle marque une longue pause puis m'achève d'une seule phrase. Ma meilleure amie me manque.
Je sens des petites billes salées dévaler mes joues pour mourir sur mes lèvres et mon cœur se serre, encore et encore. Je l'observe refermer doucement la porte tandis qu'une immense vague de culpabilité me submerge. Tant de résignation et de froideur ne lui ressemble pas et je réalise alors que je l'ai vraiment peinée. Je voulais seulement qu'elle arrête de m'inciter à agir comme elle le souhaite elle. Mais j'ai été maladroite et je me sens maintenant minable d'avoir fait du mal à la seule personne qui a toujours été là pour moi.
Je reste un long moment immobile, assise sur mon lit à regarder fixement la peinture blanche écaillée qui orne le mur en face de moi. De silencieuses et douloureuses larmes coulent toujours le long de mon visage. Je ferme alors les yeux et inspire longuement. Quand je me sens légèrement mieux, je me dépêche de réajuster mon léger maquillage, histoire de faire illusion. Encore.
Les cousins de Gabriel sont tous arrivés aujourd'hui et je ne me sens pas très à l'aise, entourée de tant de monde. Toute cette semaine en tête-à-tête s'est passée dans la sérénité et la douceur, si bien que j'ai beaucoup de mal à m'adapter à l'arrivée d'une quinzaine de personnes. D'autant plus qu'ils sont tous des Cassiopée en puissance: grande-gueule et fêtards. Seuls Maxime et Gabriel font exception, je crois que je vais rester collée à leurs baskets tout le week-end !
Quand je sors de ma chambre, j'inspire un grand coup pour gonfler mon corps de courage puis je rejoins tout le monde en bas. Mes yeux se posent immédiatement sur Gabriel qui me regarde descendre les marches avec adoration. Il s'empresse de venir m'offrir un verre mais je refuse. Mon ventre vide me donne assez de maux de tête, pas besoin d'en rajouter. Je triture nerveusement mes doigts et me mordille instinctivement la lèvre inférieure tout en sentant une boule d'angoisse se nouer au plus profond de mes entrailles. Je cherche Cass du regard et remarque immédiatement, qu'elle détourne son regard du mien. Ma meilleure amie a peut-être un cœur en or mais elle est la personne la plus rancunière qui existe.
Alors que Gabriel entremêle délicatement ses doigts aux miens, je me tourne vers lui et lui explique que je dois parler avec mon amie. Toujours aussi compréhensif, il se contente de me sourire et de déposer un tendre baiser sur ma tempe. Je m'éloigne alors de lui pour rejoindre Cassiopée qui est en grande discussion avec un grand blond. Je m'arrête quelques instants pour saluer Maxime puis m'approche avec appréhension de Cass.
Elle a bien remarquée que je me tiens à ses côtés, mal à l'aise, mais elle continue sa conversation sans m'adresser un seul regard. Quand le grand blond se retourne vers moi pour me parler, je le coupe instantanément et demande à parler avec la tornade à mes côtés. Je n'attends pas son approbation et attrape fermement sa main gauche avant de la tirer pour qu'elle me suive. Tout en soupirant théâtralement, elle accepte tout de même de marcher dans mes pas. Nous nous isolons vers la petite cuisinière. Alors que je cherche mes mots, Cassiopée se plante face à moi, les bras croisés contre sa poitrine et le regard me lançant des éclairs.
-Excuse-moi Cass, je n'aurais pas dû m'emporter tout à l'heure mais... j'ai du mal à gérer tout ce qui me tombe dessus en ce moment.
Elle ne bronche pas. Elle reste complètement impassible et je rassemble mes faibles forces pour continuer mon laïus.
-Ce qui s'est passé avec mes parents a été très violent. Quand Gabriel m'a retrouvé, j'étais... je n'ai jamais été aussi mal de toute ma vie. Je... je ne sais pas... ce qui se serait passé s'il n'avait pas répondu à mon appel et je préfère ne pas le savoir mais il faut que tu saches que... mes parents m'ont détruite. Comme jamais il ne l'ont fait auparavant. Et... cette semaine, Gabriel m'a aidée à me relever, petit à petit.
Le regard de ma meilleure amie se fait plus doux au fur et à mesure que mes paroles lui parviennent. Je crois qu'elle prend pleinement conscience du désastre qu'est actuellement ma vie.
-J'ai perdu des plumes dans cette bataille, je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable et seule que ces derniers jours. Mais j'ai également réalisé une chose importante: je ne sais plus ce que je veux.
J'observe mon amie écarquiller légèrement les yeux et agripper à nouveau ma main mais je continue. Je veux tout lui dire. Mes peurs, mes doutes, mes peines et mes espoirs. Tout.
-J'ai toujours construit ma vie en fonction des autres, mes parents en première ligne. Mais en réalité, je crois que je n'ai jamais rien fait pour moi, uniquement pour moi. Et cette semaine, j'ai longuement réfléchi. J'ai compris que je dois dompter mes propres volontés et ne plus considérer celles des autres comme miennes. Alors...
Je souris faiblement tout en continuant.
-Ne m'en veux pas si je suis maladroite. Je ne sais juste pas comment il faut faire pour s'affirmer. Cassiopée lâche un petit rire mais je ne m'arrête toujours pas. Gabriel m'a sauvé des ténèbres et il m'a montré à quel point la vie peut être douce et non un perpétuel combat contre soi-même... mais je ne suis pas prête à m'engager dans quoi que ce soit tant que je ne me suis pas réconciliée avec moi-même. Et il le sait. Alors s'il te plaît Cass, arrête de vouloir à tout prix nous caser.
Je n'aurais jamais pensé me sentir si légère et soulagée mais c'est bel et bien le cas. J'ai dit tout haut ce que je souhaite réellement, même si cela ne va pas dans le sens de mon amie et elle est toujours là, à me sourire affectueusement.
-Je n'aurais jamais pensé que tu aies vécu tant de peine cette semaine et honnêtement, je m'en veux de ne pas avoir été là. Mais si Gab a pu t'apporter tout le réconfort dont tu avais besoin, alors je suis soulagée.
Mon cœur serré si fort depuis nos retrouvailles retrouve petit à petit sa place douillette dans ma poitrine. J'ai besoin de ma meilleure amie et surtout j'ai besoin qu'elle me comprenne. J'ai l'impression de pouvoir enfin respirer à plein poumon, sans sentir ma poitrine constamment comprimée par la peine et l'angoisse.
-Tu sais, je suis persuadée que Gab est l'homme parfait pour toi mais vous avez raison de prendre votre temps. Je dois t'avouer un truc... après notre discussion lors de ton anniversaire, j'ai vraiment eu peur que tu t'embarques dans une histoire dangereuse avec ton patron mais te voir aux côtés de Gabriel aujourd'hui me...
Je n'entends plus la fin de sa phrase ni le brouhaha environnant bourdonner dans mes oreilles. Je ne vois plus que le visage abattu d'Ethan et mon cœur sursaute douloureusement chaque fois que j'entends le claquement de la porte de mon appartement résonner en boucle dans ma tête. Cette semaine j'ai tout fait pour occulter ce moment de mon esprit mais il a suffi d'une phrase, d'une toute petite phrase pour que tout me revienne tel un cyclone engloutissant tout sur son passage.
Le doux visage de mon supérieur hante toujours mes pensées et même si je sais clairement qu'il faut que je dépose les armes sous peine de m'infliger encore plus de mal, je ne parviens assurément pas à faire abstraction de ses tourments. J'aimerais tellement être le genre de fille froide qui avance dans la tempête sans se retourner mais... la vérité est tout autre. Je suis incapable d'ignorer la douleur d'autrui, malgré tous mes efforts pour barricader mon cœur et le transformer en pierre, il est et restera ma plus grande vulnérabilité. Et puis, comment ignorer la souffrance d'une personne à qui on s'est attaché plus que de raison ?
Alors qu'il y a seulement quelques minutes, un immense soulagement accaparait mon corps, je ne ressens plus en cet instant qu'un étau étouffant autour de mon cœur. J'aurais tellement voulu que les choses se passent différemment !
-Tu m'écoutes Candice ?
Mon regard perdu se pose sur le visage de mon amie et je réalise tout de suite qu'elle sait. Ses yeux me foudroient et ses traits se crispent.
-Putain, ne me dis pas que tu as couché avec lui ?! crache-t-elle sur un ton dédaigneux.
En cet instant précis, je n'ai qu'une envie : celle de lui dire qu'elle ne comprendra jamais ce qui me lie avec Ethan. Parce que malgré ses mensonges et sa trahison, il n'en reste pas moins le seul homme qui n'a jamais été capable de me transporter dans un autre monde. Et plus précisément, dans un monde où la vraie Candice se libère de ses chaines et assume ses envies. J'ai envie de lui dire qu'elle me juge malgré sa promesse de m'aimer sans concession. Je voudrais qu'elle sache qu'elle m'enferme à son tour dans son carcan, qu'elle me façonne et que ses désirs m'emprisonnent. Mais je n'y arrive pas. Tout simplement parce que je n'ai plus la force de me battre contre le monde entier, et surtout contre elle.
-Je n'ai pas couché avec lui, je lui lance le regard baissé.
-Y'a plutôt intérêt ouais ! Moi je dis tout cela pour toi tu sais, parce que ce n'est pas un homme qui te correspond. Il te faut quelqu'un de gentil, pas un homme capable de te dire les pires méchancetés. Alors même si j'ai bien compris que physiquement, c'est carrément ta came, je ne pense pas que tu aies besoin de plus de complications dans ta vie en ce moment.
Je bouillonne intérieurement. Au fond de moi, je sais pertinemment qu'elle dit tout cela parce qu'elle n'a pas envie de me voir souffrir et si elle avait découvert dans quel état j'ai passé les dix derniers jours, je sais qu'elle aurait eu envie d'arracher la tête d'Ethan autant qu'elle a envie d'arracher celle de mes parents. Mais aujourd'hui, je n'avais tout simplement pas envie d'entendre ce genre de paroles.
-Nous nous sommes rapprochés mais j'ai compris qu'il n'est pas un homme libre. Il est marié. Point barre. Maintenant, s'il te plait, arrêtons d'en parler, je lui murmure les dents serrées.
Satisfaite que je capitule et que j'aille dans son sens, Cassiopée se détend enfin totalement et se penche pour me prendre dans ses bras. Je rumine ses paroles désobligeantes pendant que je feins de l'étreindre et je prends conscience avec écœurement que pour la première fois depuis plus de dix ans, je ne suis pas réellement heureuse de retrouver mon amie. Cette constatation brise quelque chose de fragile à l'intérieur de mon âme, comme si j'étais en train de dire au revoir à une décennie d'amitié. Et je ne suis pas du tout prête à affronter la vie sans un compagnon de route. Je préfère alors ignorer mon amertume et faire semblant. Comme toujours. Finalement, peut-être que rien ne changera jamais.
Les heures passent et je n'ai jamais aussi bien feint d'être heureuse. Je souris, je ris, je discute et je prétends m'intéresser à tout ce qui m'entoure. J'ai bu quelques verres pour me détendre et même si ma migraine s'est instantanément accentuée, je ne regrette absolument pas cette légèreté que l'alcool m'offre. Gabriel n'est jamais très loin de moi, il s'est assis à mes côtés pendant le repas, il se tient près de moi lorsque je papote avec ses cousins et il garde un œil sur moi dès que je m'éloigne un tant soit peu. Dès qu'il s'approche, il pose sa main dans mon dos ou il effleure mon bras. J'ai l'impression qu'il a fait exploser toutes les barrières qu'il s'est imposé cette semaine afin de me laisser reprendre goût à la vie et qu'il rattrape maintenant le temps perdu.
Après le repas, certains cousins décident de se lancer dans une course de luge nocturne. Bien sûr, Cassiopée est la première à chausser ses bottes de neige et alors que je m'apprête à suivre le mouvement, Gabriel entremêle ses doigts aux miens et me tire délicatement le bras en arrière. La pièce est maintenant vide et je ne peux m'empêcher de remarquer le regard légèrement brillant de l'homme posté face à moi qui me dévore des yeux. Au travers de ses pupilles attendries, j'ai l'impression d'avoir bien plus de valeur que je n'en ai réellement.
-Ma jolie Candice, j'ai un petit quelque chose pour toi. Je ne voulais pas te l'offrir trop tôt, j'avais peur que tu aies le cœur trop lourd pour te réjouir.
Un immense sourire illumine son charmant visage lorsqu'il sort une enveloppe de la poche arrière de son jean's. Je ne comprends pas du tout pourquoi il me porte tant d'attention mais il ne me laisse pas le temps de tergiverser. Il attrape ma main droite et tourne la paume vers le haut. Sans jamais me lâcher, il dépose de son autre main l'enveloppe entre mes doigts et caresse innocemment ma peau.
-Joyeux Noël ma belle !
Totalement gênée, je me tortille sur place et ne sait que répondre. J'étais tellement mal cette semaine que je n'ai pas une seule seconde pensé à lui offrir quoique ce soit. Il l'aurait pourtant mérité, vu le réconfort qu'il m'a apporté.
-Gabriel... c'est adorable mais je ne peux pas accepter. Je n'ai rien à t'offrir, moi...
Bizarrement, ces dernières paroles résonnent différemment en moi. Je décide de faire abstraction de mes sentiments les plus profonds et plaque un sourire sur mon visage lorsqu'il m'ordonne gentiment de déballer mon cadeau.
Au moment où je prends conscience de ce que je tiens entre mes doigts, mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Mon sourire fade devient éclatant et je saute au cou de mon généreux Père Noël. Une sincère et profonde joie se déploie dans chaque parcelle de mon corps et je savoure cette divine sensation que je n'ai pas ressentie depuis trop longtemps.
-Tu es dingue Gabriel ! Merci ! Merci, merci, merci !
Il prend mon visage en coupe et pose son front contre le mien. Son regard plein d'envie transperce le mien et un frisson me parcourt des pieds à la tête. L'ambiance a complètement changé entre nous en l'espace d'une seconde. Gabriel me dévore littéralement de ses yeux brûlants et ses lèvres n'ont jamais été aussi proches des miennes. Mon cœur bat la chamade mais je ne sais pas si j'ai réellement envie qu'il m'embrasse. Une partie de moi se dit que ce serait si simple que je me laisse aller dans les bras sécurisants de cet homme, que j'aimerais découvrir si mon cœur est capable de s'emballer au contact de sa peau, de ses lèvres, de sa chaleur. Mais une autre part de moi m'empêche de lâcher totalement prise, comme si elle m'intimait l'ordre de ne pas me mentir.
J'observe ses iris enjôleurs se balader sur mes lèvres et je reste stoïque. Ma respiration s'accélère tandis que j'appréhende la suite des évènements. Au moment où il penche légèrement la tête à droite et qu'il brise la faible distance nous séparant, je ferme les yeux et me crispe. Sa douce bouche se pose alors à la commissure de mes lèvres. Son baiser est appuyé et possessif, je sens qu'il lutte pour ne pas dépasser mes limites et je le remercie intérieurement. Une intense vague de soulagement s'empare de mon être tout entier et je ne sais pas comment l'interpréter.
Gabriel décolle lentement son corps du mien et ce n'est qu'à cet instant que je réalise que son bassin était appuyé contre le mien. Nous ne formions plus qu'un et pourtant, j'avais la désagréable sensation d'être totalement étrangère à cette étreinte. Cependant, sentir le regard plein de désir d'un homme libre et dévoué se poser sur mon visage a réchauffé mon égo. Je ne pas une fille sans intérêt, je ne suis pas un passe-temps, moi aussi je peux être aimée pour ce que je suis.
Tout en serrant mes places de concert fort contre ma poitrine, je remercie chaleureusement Gabriel.
-J'imagine que tu as du faire des pieds et des mains et surtout dépenser une fortune pour obtenir ces places et je ne pourrais jamais suffisamment te remercier. Tu es un amour, ton geste me touche beaucoup, vraiment.
-J'ai juste réparé mon erreur, rien de plus, ajoute-t-il tout en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille.
Alors que je m'apprête à lui répondre, Maxime entre en trombe dans le chalet et je m'éloigne machinalement de Gabriel. Je ne réalise que maintenant que nous nous tenions vraiment très près. Il nous dévisage quelques instants puis nous lance, un sourire en coin :
-Venez les amoureux, vous allez rater la course de luge !
C'est ainsi que je me retrouve à grelotter dans le froid polaire de cette nuit noire d'hiver et à rire aux éclats devant mon amie qui tente de battre le grand blond sur une petite piste de luge seulement éclairée par quelques rare lampes à pétrole. Je passe l'une des soirées les plus drôles de ma vie et lorsque je regagne ma chambre, un sentiment de plénitude ravive mon corps tout entier. J'ai réussi à passer un moment agréable et amusant entourée d'une quinzaine de personnes. J'ai accepté la proximité de Gabriel et son baiser ne m'a pas dérangée. Je me surprends même à me dire que je réussirai à tomber amoureuse de lui au fil du temps. La seule ombre au tableau étonnement gai de ce soir reste l'attitude de mon amie. Réaliser que je n'ai plus envie de lui ouvrir mon cœur alors qu'elle a été la seule personne à qui je souhaitais me confier ces dernières années me déchire. J'espère du plus profond de mon âme que ce n'est qu'une passade et que je retrouverai vite la Cassiopée qui me manque tant.
Le lendemain matin, je me réveille avant tout le monde et je me prépare en silence. Je file en catimini avec mon Ipod en poche et part profiter du sublime ciel bleu qui nous accompagne ce matin. Je marche tranquillement dans la neige fraiche et profite de l'air frais qui envahit mes poumons et éclaircit mon esprit. J'ai pris l'habitude de venir m'aérer les pensées chaque matin sur ce petit chemin enneigé, seulement entourés d'immenses sapins verdoyants.
Soudain, je sens une poigne attraper mon bras gauche et je hurle de surprise. Je tourne vivement la tête pour découvrir l'identité de l'intrus et me détends instantanément lorsque je réalise qu'il s'agit de Maxime. Je m'arrête net et tente de reprendre mes esprits. Croyant être à nouveau agressée, mon cœur s'est lancé dans une course affolé.
-Maxime, bon sang, tu m'as fait peur !
-J'ai bien vu ça, oui, me répond-t-il tout en ricanant. Je peux t'accompagner un moment ?
Sa question me laisse coite une minute. Non pas que je refuse sa compagnie, mais le ton soucieux et sérieux qu'il a utilisé dénote avec son attitude habituellement détachée.
-Euh... oui, bien sûr.
J'éteins mon Ipod et nous reprenons notre marche silencieusement. L'ambiance entre nous est particulièrement bizarre. Je connais Maxime depuis plus de quatre ans et nous avons passé un nombre incalculable de journées ou de soirées ensemble mais nous ne nous sommes jamais retrouvés isolés pour discuter en tête à tête. Il se contente pour l'instant d'avancer sereinement dans la neige et je n'ose pas briser le silence. L'expression réfléchie qu'arbore son visage m'indique qu'il est tout simplement en train de peser ses mots. Une vague de stress m'envahit et je ne peux m'empêcher de triturer mes doigts tout en mordillant machinalement ma lèvre inférieure.
-On se connait depuis des années maintenant et... j'ai envie de te parler seul à seul aujourd'hui Candice. Je te demande simplement de m'écouter, tu ne seras même pas obligée de répondre.
Ces mots prononcés doucement ne calment pas mon appréhension, bien au contraire. Je me contente donc de hocher la tête. Je ne peux plus empêcher mes sourcils de se froncer et mon estomac vide de se contracter avec anxiété.
-Cassiopée m'a rapidement raconté les jours difficiles que tu viens de passer et sincèrement, cela me fait beaucoup de peine pour toi parce que tu ne mérites absolument pas autant de méchanceté. Cependant, je ne vais pas prendre pitié de toi, parce que tu ne le mérite pas.
Il stoppe sa marche et se tourne vers moi. Ses derniers mots résonnent durement dans mon esprit mais j'essaie de garder la tête haute, même si je ne comprends pas vraiment pourquoi j'ai droit à ces paroles implacables.
-Tu ne mérites pas que je prenne pitié de toi car tu es une personne forte qui s'est toujours relevée, malgré les coups bas dont tu as été victime. La pitié, c'est pour les faibles, les lâches ou les mauviettes. Tu n'es rien de tout cela. Même si on n'a pas souvent l'occasion de passer beaucoup de temps ensemble, tu comptes beaucoup à mes yeux. Tu es la meilleure amie de la femme de ma vie et à ce titre, tu as une place particulière dans mon cœur.
Son regard déterminé est étonnement doux. Avec tout ce que Cass m'a raconté, je sais que Maxime est un homme calme et tendre au grand cœur mais je n'aurais jamais pensé qu'il le soit avec moi. Petit à petit, je me détends et j'écoute religieusement ses paroles.
-J'ai bien remarqué depuis que nous sommes arrivés que tu ne vas pas bien. Tu as le cœur lourd et ton sourire sonne faux, à mes yeux tout du moins. Cassiopée m'a expliqué que tu te sens perdue et que tu n'as plus envie d'agir en fonction des autres. Et j'ai juste envie de te dire « enfin ! ». Depuis toutes ces années, je te regarde faire semblant de vivre une vie qui n'est pas la tienne. Alors, je reconnais que c'est triste que tu sois obligée de vivre une telle situation pour prendre conscience de tout cela mais finalement, ce n'est pas une mauvaise chose. Tout ce qui nous arrive dans la vie est justifié. On ne se rend pas forcément compte des conséquences à l'instant T mais il y a toujours un moment où on comprend pourquoi on a tant souffert. Après l'orage vient toujours le beau temps, ne l'oublie jamais Candice.
Je sens mes yeux s'humidifier et ma gorge se nouer mais je ne peux détacher mon regard de celui de mon ami. Ses paroles me font tellement de bien, j'ai enfin l'impression que quelqu'un me comprend et ne me juge pas.
-Et je sais que Cassiopée peut se montrer indélicate, elle est comme une tornade qui dévaste tout son passage et elle ne réalise qu'après coup les dégâts qu'elle peut causer mais il ne faut pas que tu lui en veuilles. Elle te considère comme sa sœur... elle t'aime énormément... mais cela ne signifie pas que tu dois toujours l'écouter. Tu as le droit de ne pas être d'accord avec elle. Tu as le droit d'avoir d'autres envies que les siennes. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans ta vie ces dernières semaines mais je te trouve changée. Tu es moins effacée, tu exprimes plus tes opinions et j'en suis très heureux pour toi...
Des larmes de soulagement et de reconnaissance coulent le long de mes joues pour mourir sur mon doux sourire. Il dit tout haut ce que j'avais besoin d'entendre. Sans forcément s'en rendre compte, il m'ôte un poids considérable de la poitrine.
-Je veux que tu saches que je suis là pour toi. Je ne suis pas Cass, je suis simplement son mec et j'espère que tu feras la différence entre elle et moi. Je l'aime mais je ne suis pas forcément toujours d'accord avec elle. Alors, si je peux juste te donner un conseil, je te dirais de vivre enfin pour toi et de ne plus te forcer pour faire plaisir aux autres. Et si cela déplait à certains, ils s'en accommoderont. Si tu as envie de rester seule, isole-toi et ne reste pas avec nous juste pour faire semblant. Et si tu ne ressens rien pour Gabriel, ne te force pas. Il n'y a rien de pire. Ce n'est pas parce que c'est mon cousin que c'est l'homme de ta vie. D'accord ?
Les mains dans les poches de son blouson, Maxime reste immobile, toujours face à moi. Mes larmes n'ont jamais cessé de couler et je me contente de hocher la tête. Je me sens si légère en cet instant, c'est comme s'il venait de me donner l'autorisation de ressentir ce que je voulais. Comme s'il accordait enfin du crédit à ma personne.
Maxime tourne les talons et s'apprête à partir comme il est arrivé. Je sors alors de ma transe et me dépêche de lui attraper le bras. Il se retourne alors et plante son regard interrogateur dans le mien. Je réduis la distance entre nous et le prends dans mes bras. Tout en le serrant quelques secondes, je le remercie à voix basse.
Cette discussion imprévue m'a particulièrement chamboulée. J'ai passé la journée à ressasser ses paroles et même si je sais que le chemin sera long, je suis heureuse d'avoir trouvé un allié. Dans l'après-midi, tout le monde s'attèle à la préparation du réveillon. Gabriel me demande de l'aider en cuisine et je découvre qu'il est très doué de ses mains. Je m'improvise commis et prends en charge la préparation des toasts. Je suis attablée à la grande table en bois qui trône dans la petite pièce centrale pendant qu'il s'occupe de faire mijoter le repas. Au détour d'une conversation, j'apprends que Gabriel a été adopté.
-Pardon ??! je lui demande, tout en relavant la tête, ébahie.
-Quoi ? Tu ne le savais pas ? J'ai été adopté à l'âge de neuf mois et je n'ai jamais connu mes géniteurs.
Je ne sais pas pourquoi mais cette information me touche. Je n'ai jamais côtoyé de personnes adoptées et je m'imaginais tout un tas de traumatismes ou de blessures internes qui les poursuivraient. L'homme qui se tient debout en face de moi me prouve que j'avais tort.
-Mais... mais... tu...comment dire ? Tu le vis bien ?
Ma question est totalement maladroite. Je m'adresse à lui comme s'il venait de m'avouer qu'il était victime d'une grave maladie ou d'une terrible malédiction. J'ai envie de me gifler lorsqu'il se retourne brusquement tout en écarquillant les yeux.
-Si je le vis bien ? Evidement que oui ! Avoir été adopté ne signifie pas que j'ai moins de valeur qu'un autre enfant, tu sais. Je m'estime chanceux que mes parents m'aient donné autant d'amour. Ma génitrice a accouché sous X, je pense qu'elle était trop jeune pour assumer un nourrisson et finalement, je la remercie de m'avoir offert une vie meilleure.
Je suis admirative de la force de cet homme. Il a commencé la vie en étant abandonné mais il considère cela comme une chance. En y réfléchissant bien, il n'a peut-être pas tort. Mes parents biologiques m'ont élevé dans la froideur et le mépris, est-ce mieux ?
-Tu as raison. Tu es très bien entouré. Peu importe d'où tu viens, l'important c'est où tu vas.
La journée se poursuit paisiblement. Nous terminons de préparer le repas ensemble tout en discutant de sujets plus légers. A plusieurs reprises, je me surprends à rire de bon cœur face aux taquineries grivoises de Gabriel. Cassiopée passe également nous voir régulièrement, prétextant vouloir gouter nos préparations. Je le soupçonne en réalité de nous espionner pour connaître l'évolution de notre relation. J'ignore donc son comportement agaçant et continue de me concentrer sur l'homme assis à mes côtés.
Il est maintenant minuit moins cinq. J'ai mangé quelques toasts et grignoté quelques petits feuilletés mais j'ai beaucoup de mal à avaler quoique ce soit de plus. Si Gabriel ne m'en tient pas rigueur, ses cousins ont décidé de compenser mon faible appétit par une soif plus importante. Ils se relaient donc pour remplir constamment mon verre mais je connais mes limites. Je jette donc discrètement son contenu dans l'évier lorsque personne ne me regarde. Je m'amuse énormément ce soir et je n'ai pas besoin d'alcool pour me mettre dans l'ambiance, je le suis déjà. Je me suis déchaînée au rythme de la musique puis j'ai battu tout le monde à plate couture au cours d'un blind-test. Je crois n'avoir pas autant ri depuis des années !
Alors que je suis dans le petit couloir menant au cellier, mes amis d'un soir entament le décompte de la nouvelle année. Je m'apprête à les rejoindre quand je percute de plein fouet Gabriel qui venait à ma rencontre.
9.... 8....
-Bah alors, tu te caches ?
7.... 6....
-Pas du tout, je suis allée chercher une bouteille d'eau.
5... 4...
-Allez, viens par-là !
Gabriel entremêle délicatement des doigts aux miens et me rapproche encore un peu plus de son torse. Il dégage une mèche de cheveux qui me barrait le visage et ses doigts s'attardent sur ma peau, descendant sensuellement le long de mon cou. Je frissonne sous son regard plein de désir couplé à ses caresses équivoques.
3... 2...
Voyant que je ne le repousse pas, Gabriel penche la tête afin d'approcher ses lèvres des miennes et je frémis tandis que sa caresse se fait plus marquée. Je remarque pour la première fois de petites taches de rousseur sur son nez fin qui lui confèrent un air encore plus espiègle qu'il ne l'est déjà. Sa paume est maintenant positionnée sous mon oreille et je sens son souffle se poser sur ma bouche. Mon rythme cardiaque s'accélère et une insidieuse appréhension s'empare de moi. Et si je ne ressentais ri...
-1... Bonne année ma jolie Candice...
Gabriel a susurré ces mots juste avant de sceller nos bouches. Ses lèvres humides ont le goût de la vodka et elles caressent les miennes avec la plus grande délicatesse. Je ferme doucement les yeux et me laisse emporter par la poésie de ce moment. Quand il raffermit sa prise sur ma peau en positionnant sa seconde paume contre ma nuque, je pose machinalement ma main droite sur sa hanche. Le corps de Gabriel se colle alors automatiquement au mien et son parfum emplit tous mes sens. J'hume son obsédant after-shave et tente de m'envoler avec lui. La sensation que m'offrent ses lèvres est douce, chaude et sécurisante. J'ai l'impression qu'il prend soin de moi comme si j'étais une fleur fragile qu'il fallait protéger. Au loin, je distingue le brouhaha de nos amis s'étreignant mais je fais abstraction pour me consacrer sur le sentiment de plénitude qui ne demande qu'à m'envahir. Les mouvements de sa bouche bercent mon cœur et je me sens bien.
Au moment où nos corps se séparent, je ne peux m'empêcher de repenser aux torrents de sensation qu'Ethan faisait naître en moi. Mon corps se recouvre alors instantanément de frissons mais je réfrène mes désirs. Cet homme est hors de ma portée. Même si je ne me suis jamais sentie aussi vivante que dans ses bras, autant de passion ne pouvait mener qu'à une profonde souffrance, et j'en ai fait les frais.
Je me reconnecte avec la réalité au moment où je vois Gabriel me sourire sincèrement. A travers son sourire, je lis toute la douceur et la gentillesse de cet homme. Il me regarde avec adoration et même si je ne me suis pas enflammée dans ses bras, j'ai envie de lui laisser une chance. Il m'a apporté tellement de réconfort cette semaine que je suis persuadée qu'il fera tout pour que je me sente bien à ses côtés.
-On va rejoindre les autres ? me demande-t-il d'une voix légèrement éraillée par le désir.
-Avec plaisir.
Gabriel attrape ma main et la serre fort dans la sienne lorsque nous regagnons la pièce principale. Ses cousins lui sautent immédiatement dessus tandis que Cass agrippe fermement mon bras droit afin de me tirer vers elle. Nos mains se séparent et mon amie se jette alors à mon cou tout en hurlant:
-Booooooooooooooonne aaaaaaaaaaaannéééééééée !!
À sa voix traînante, je comprends tout de suite qu'elle se situe à huit sur dix sur l'échelle de l'ivresse. Je ris dans son cou et nous nous enlaçons un long moment, le temps de se souhaiter tout ce que nous aimerions avoir pour cette nouvelle année.
La fête se poursuit jusqu'à l'aube et je me délecte de cette sensation de légèreté que j'ai ressentie toute la soirée. Je ne m'étais pas sentie le cœur si léger depuis très longtemps et je sais que ce n'est pas seulement l'ambiance explosive qui en est à l'origine. Gabriel reste près de moi et il cherche constamment à avoir un contact physique avec moi. Quand nos doigts ne sont pas entrelacés, sa paume caresse lentement mon dos ou mon bras. Dès qu'il le peut, il ne peut s'empêcher de me prendre dans ses bras ou de coller mon dos à son torse.
Je n'aurais jamais pensé me sentir bien à ses côtés. Sa douceur est sécurisante et enveloppante. Je me sens chérie et je crois que je n'en ai jamais eu autant besoin qu'en ce moment. J'espère maintenant que je réussirai à complètement vibrer auprès de Gabriel.
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