Chapitre 7

~♦️~
Encore une fois, j'avais fuis le sommeil. Comment aurais-je pu passer une nuit normale après ce que j'avais ressenti dans la ruelle ?
Honnêtement, je pensais qu'en rentrant à l'appartement, j'allais me mettre en pyjama, me glisser dans mes draps et pleurer parce que j'étais encore effrayée de ce qu'il s'était passé ou quelque chose dans le genre.
Mais pas du tout.
Je me suis mise en pyjama, je me suis assise sur mon lit et j'ai attendu. Sincèrement, je ne sais pas ce que j'ai attendu. J'étais juste là, assise dans le noir de ma chambre à ne rien faire.
Au début, je pensais que je ne faisais rien à part essayer de me calmer mais je me suis vite rendue compte que j'étais déjà calme.
J'étais même totalement apaisée.
Au départ, je me suis demandée pourquoi je l'étais autant, et la réponse m'a paru évidente.
Dans cette ruelle pleine de vices et d'horreurs enlevées de manière bâclées, je m'étais sentie à ma place.
Alors oui sur le moment, je ne l'avais pas compris et c'est pourquoi je pense que je suis partie aussi vite, mais maintenant je comprends ce que j'ai ressenti.
J'avais senti la souffrance de la victime des Cavaliers me tirailler les tripes, l'odeur de sa peau carbonisée me chatouiller le nez, ses cris d'effrois résonner dans ma tête comme une berceuse et la puissance du groupe de meurtrier me retourner le sang.
- Salut, ça va ? Me demande Jongho en s'asseyant à côté de moi dans l'amphithéâtre.
-Parfaitement. Lui répondis-je. Et toi ?
Oui, Yves et Baekhyun ont raison, il y a définitivement quelque chose qui est détraqué dans ma tête. Et pour être honnête, ça me plais.
***
-Tu veux qu'on déjeune ensemble ce midi ? Me demande mon voisin.
Je le regarde en fronçant les sourcils. Jongho est un garçon cool comme il en existe des milliers, mais c'est un peu étrange qu'il veuille manger avec moi alors que j'ai fais sa connaissance il y a à peine un jours. D'ailleurs, il paraît soudain gêné de sa question.
-Pardon, je voudrais pas paraître intrusif, mais je viens d'arriver à Seoul parce que je n'ai pas pu me permettre de venir dans la capitale dès ma première année de fac, donc je ne connais personne.
Oh, je l'ai jugé trop vite. Super.
-C'est à moi de m'excuser, j'ai pas été très poli. Pour me faire pardonner, non seulement on mange ensemble ce midi mais si tu veux je t'offre un café à mon lieu de travail après les cours. T'en dis quoi ? Proposais-je en me levant.
J'ai toujours été du genre à en faire trop pour les gens, qui ne me rendent pas forcément ce que je leur donne. Mais ça me fait toujours plaisir d'aider le plus possible les personnes de mon entourage, que j'en sois proche ou pas.
Il accepte en souriant et nous quittons tous les deux la grande salle pour traverser les longs couloirs de l'université qui sont comme à leurs habitudes, bondés de monde.
L'université, c'est vraiment quelque chose à part. Ce n'est plus comme au lycée où tout le monde se connaît, où tout le monde sait ce que tu as fais, avec qui et où. Ce n'est plus une course à la rumeur la plus folle ou l'insulte la plus violente, et c'est pour ça que j'aime autant cet endroit. Parce qu'à part ton petit cercle d'amis, tout le monde s'en fiche de toi. C'est tellement grand que tu ne croiseras jamais deux fois la même personne et si jamais tu te retrouves seul au réfectoire ou en amphi, et bien tout le monde s'en fiche car chaque personne présente ici a autre chose à faire que de s'intéresser à tes moindres fais et gestes.
-Donc tu ne viens pas de Seoul ? Demandais-je à mon camarade en prenant divers aliments dans mon plateau.
-Non, je viens d'Andong.
-Ce n'est pas vôtre université qui est spécialisée dans l'éducation du folklore coréen ?
-Si, me répond-t-il dans un rire, mais je n'étais pas vraiment intéressé par ce genre d'étude.
Je cherche une table qui contient au moins deux places libres et je ne tarde pas à en trouver car la plupart des étudiants préfère manger à l'extérieur et que d'autres son encore en classe. Jongho et moi nous installons l'un en face de l'autre et je prends ma cuillère pour commencer à manger mon riz qui sent drôlement bon.
-Comment t'as atterri ici alors ?
-C'est la capitale. Tous les étudiants qui n'y vivent pas veulent faire leurs études ici. Il y avait un petit cursus de psychologie dans ma fac, mais pas assez sur les débouchés que j'aimerais avoir plus tard. J'ai quand même passé une année là-bas, histoire de me gagner de l'argent et de pouvoir venir ici.
-Je vois.
Nous commençons à manger et je dois avouer qu'il est plutôt de bonne compagnie. Nous ne nous parlons pas vraiment durant le repas, mais c'est agréable de passer du temps avec une personne nouvelle. Si j'avais été avec Yves et Baekhyun, je pense que je me serais sentie mal à l'aise face à la relation sérieuse qui commence à naître en eux.
Avec Lisa j'aurais sûrement eu le droit aux nombreux exploits de sa dernière conquêtes et pour mon propre bien, je ne me risquerais pas de manger avec Jimin et Yoongi.
Jongho a ce petit regard calme et innocent qui amène un peu de légèreté dans ma vie après les derniers évènements.
C'est vrai que durant ces derniers jours je me suis pas mal remise en question. Est-ce que ce que je ressentais vis-à-vis des Cavaliers était juste un passe temps ou une obsession ? Est-ce que je souhaite arrêter ou continuer de m'intéresser à eux? Est-ce que je suis détraquée parce que j'ai aimé les frissons que j'ai ressenti sur la dernière scène de crime des Cavaliers ?
-Dis Jongho, commençais-je.
Il relève la tête de son plat et me gratifie d'un sourire montrant qu'il m'écoute et ses petites joues me font penser à celle d'un bébé.
Je repasse en tête ce que je compte lui demander parce que même si je n'ai pas vraiment de choses à perdre, je ne voudrais pas que mes mots éveillent des soupçons sur moi.
-Est-ce que tu trouves que les Cavaliers sont aussi mauvais qu'on le montre aux infos ?
Il me regarde en fronçant les sourcils.
-Je veux dire, bien-sûr qu'ils sont mauvais, mais tu ne les trouve pas disons... charismatiques ? Fascinants ?
-C'est un version intéressante de les voir.
Je reste inerte face à sa réponse. Jamais personne ne m'avait répondu quelque chose dans ce qu'il vient de me dire. La réaction des gens quand je parle des Cavaliers d'une autre manière que l'opinion publique, est de plutôt me critiquer et de penser que je suis folle à les admirer comme ça.
- Tu vas peut-être me trouver étrange, mais voilà comment je vois les choses : d'accord ce sont des meurtriers et ils devraient être mit en prison, mais tant que la police ne les arrête pas, ça ne sert à rien de passer nôtre temps à les juger non ? Ils font leurs activités sans s'attaquer à des innocents non ? Me dit-il.
Je suis estomaquée. Je n'arrive pas à croire que je rencontre enfin quelqu'un qui pense presque la même chose que moi des Cavaliers. Bien-sûr, si je me mets à lui parler des nuit à la ruelle, il va vraiment me prendre pour une folle, mais nôtre vision du groupe est la même.
-J'ai dis quelque chose qu'il fallait pas ? Me demande Jongho en voyant que je ne lui répond rien.
-Non non, c'est juste que je pense la même chose que toi.
-C'est vrai ?
Il paraît étonné de ma réponse. C'est vrai que je suis aussi un peu déconcertée par nôtre discussion mais je suis heureuse d'avoir rencontré quelqu'un avec qui je pourrais parler des Cavaliers sans avoir peur des remarques acerbes de Yves.
-Oui. Sinon, tu finis à quel heure, je te dois toujours un café. Dis-je en souriant.
Jongho sort son téléphone et me le tend pour que je vois la version numérique de son emploi du temps. Je remarque avec stupeur que nos emplois du temps sont presque identiques au niveaux des horaires et des cours.
-Je savais pas que c'était possible d'avoir presque le même emploi du temps qu'une autre personne alors que la fac est aussi grande.
-C'est vrai que c'est étonnant. Me répond-t-il.
***
Jongho sirote la boisson que je lui ai offert pendant que je prends la place de Baekhyun qui vient de quitter la boutique.
Cet après-midi, il n'y a pas grand monde dans le café, il fait plutôt bon alors les clients préfèrent tout naturellement prendre leur café en marchand pour profiter du bon temps. Je soupire un coup après avoir enfilé mon tablier et je saisit la télécommande et allume la télévision du café, qui nous montre des images des informations. Sans surprise, on parle de la Corée du Nord qui semble multiplier les essais militaire dans les eaux qui la sépare des Etats-Unis. Décidant que je n'ai pas trop envie d'entendre parler de nôtre pays voisin fou, je reporte mon attention sur mon camarade qui semble apprécier sa boisson.
-Sinon, ce n'est pas trop dur de vivre loin de tes parents, de chez toi ?
-Tu sais, j'ai toujours été un peu indépendant. Mais parle moi de toi.
-J'ai toujours vécu à Séoul avec ma mère, mais durant mes deux dernière années de lycées je me suis mise à faire pleins de petits boulot pour pouvoir me payer un appartement en colocation avec ma meilleure amie. Je passe voir ma mère quand j'ai le temps pour pas qu'elle se sente trop seule depuis mon départ et la mort de mon père, mais je sais qu'au file de l'année ça va être plus difficile.
-J'espère que tu pourras aller la voir.
Je lui souris en le remerciant, puis la porte de mon lieu de travail s'ouvre sur lui.
L'homme dont le regard m'avait coupé le souffle quand il m'avait adressé la parole la dernière fois. Je déglutit nerveusement et le regarde s'avancer vers le comptoir et je décide que je ne resterais pas quasi-muette comme la dernière fois.
-Bonjour, un c-
-Café noir ? Tentais-je en souriant.
Les sourcils de l'homme se lèvent alors que ses fines lèvres s'étirent dans un léger rictus.
-Oui.
Il laisse ses yeux qui détiennent une lueur malicieuse, se balader sur les différentes parties de mon visage. J'essaye de ne pas paraître déstabilisée par son regard que je sens insistant sur mon dos tandis que je m'emploi à faire son café.
-Ce sera sur place ou à emporter ? Demandais-je, toujours de dos.
-A emporter.
Le fait que je ne puisse pas regarder son visage parfait quand il parle et que je n'ai que sa voix qui parviennent à mes sens, la rend encore plus sensuelle qu'elle ne l'est déjà et je ne suis pas étonnée de sentir des frissons me parcourir tout le long du corps. Quand le café est enfin devenu un liquide, je saisit un gobelet et me retourne vers mon client.
-A quel nom ? Demandais-je, le feutre prêt à être utilisé.
-Seonghwa.
Je laisse ma main droite écrire les huit lettres qui forment son prénom et vient ensuite verser le liquide dans le gobelet. Je ferme mon feutre et pose un couvercle sur la boisson. Alors que mes mains allaient saisir sa commande, Seongwha m'interrompt.
-Attention, ça à l'air chaud.
Je dois bégayer un petit "oui", me perdant dans l'obscurité et la profondeurs de ses yeux. Je me râcle la gorge et timidement, je prends le gobelet qui peut à peine contenir la chaleur brûlante de son liquide et le tend à Seongwha qui le prend d'un main. Comme s'il était immunisé contre la chaleur, il me tend l'argent qu'il me doit tout en buvant une gorgé de son café en continuant de laisser ses yeux scanner les miens. Je m'incline pour le remercier et il fait de même.
-A la prochaine, me lance-t-il en partant.
Je ne peux empêcher mes yeux de continuer de fixer sa silhouette qui s'éloigne un peu plus chaque seconde, sentant tristement que l'électricité qui habitait auparavant mon corps me quitte au même moment que je le perds de vue.
Alors il s'appelle Seonghwa.
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