✨ Chapitre 39 ✨

Arthur et moi avons fini notre trajet dans le silence. Nous sortons de l'orée de la forêt, pas loin de notre point de rendez-vous avec Liya et Liam. D'ailleurs ceux-ci nous attendent déjà. En même temps, avec notre retard, ça doit bien faire une demi-heure qu'ils doivent se trouver là.

Je tiens toujours le poupon dans mes bras. La serviette qui le protège a séché. Il dort toujours paisiblement, mais je sais que ça ne va pas durer. Dans peu de temps, il va réclamer son premier repas.

Liam nous entend et se retourne pour nous faire face, imité par Liya. Quand ils nous voient arriver, Arthur et moi, ils restent sans voix. En même temps, combien y avait-il de chance pour que nous revenions avec un nouveau-né dans les bras.

- On dirait un couple avec leur enfant, se moqua Liya.

Elle ne perd jamais son sens de l'humour. Mais je n'ai pas vraiment envie de rigoler. Je suis encore tendue par ce qui vient de se passer à Loubria.

- Pourquoi as-tu un bébé dans les bras ? me demande étonné Liam.

- J'attendais que tu me poses la question.

Avec Arthur, nous nous sommes lancés dans le récit de notre aventure. Liam et Liya nous écoutaient sans faire de commentaire, pour une fois. Quand on a eu fini, ils ne disaient toujours rien.

- Tu ne vas plus pouvoir retourner dans ce village ? affirme Liam, aussi déçu que moi.

- Je pense que moi non plus, renchérie Arthur.

- Ouais, ben, en attendant on ferait mieux de se dépêcher de rentrer, le bébé va avoir faim.

Nous entamons notre marche. Nous en avons pour à peine dix minutes.

- Tu vas en faire quoi de ce petit enfant trop mignon ? dit Liya en lui caressant la joue, comme une mère aurait fait à son fils.

Ah oui, d'ailleurs, c'est un petit garçon.

- En fait, j'y ai réfléchi pendant le trajet, et je pense que je vais demander à Dame Luciana s'il peut rester dans l'école et être élevé par une gouvernante.

- Tu penses qu'elle va vouloir ? rétorque Liam. Parce que  ces derniers temps, elle est plutôt...

- ... Stricte ? essaie Arthur.

- Oui voilà, acquiesça Liam. Elle commence vraiment à s'inquiéter pour la guerre...

- Ça se comprend en même temps, lance-je.

Je défens ma mère, c'est normal. Mais je commence un peu à m'attacher à cet enfant et je sais que je vais pouvoir devenir noire de colère si elle n'accepte pas que le petit garçon reste à See&Luce.

Nous finissons notre route et nous séparons. Liya vient se joindre à moi.

- Il faut que j'aille aux cuisines de l'école, je lui dis. Il lui faut un biberon.

- Tu penses qu'ils en ont ? me demande-t-elle en caressant le ventre du bébé.

Mais ce dernier le ressent et il a dû se rendre compte qu'il avait faim. Nous sommes en plein milieu de la cour. Déjà qu'énormément de personnes nous dévisageaient, alors maintenant que le bébé pleure, c'est pire.

- Bon écoute, je commence, je vais dans ma chambre pour le calmer. Va aux cuisines et demandent-leur un biberon avec du lait tiède.

- S'il me demande la raison, je dis quoi ?

- Dis-leur la vérité, on n'a rien à cacher.

- Ok, je reviens.

Elle commence à sautiller. Liya me donne vraiment le tournis quand elle fait ça.

J'arrive près du bâtiment des chambres. Je commence à grimper dans l'escalier mais je m'arrête très vite. Je suis fatiguée. Ça fait maintenant plusieurs heures que le poupon est dans mes bras et je commence à fatiguer.

Je me remets en marche et je sursaute en voyant une main se poser sur mes épaules. Je me retourne en protégeant instinctivement l'enfant.

- Qu'est-ce que c'est ? me demande Jenny en montrant de l'index le bébé.

- Je ne suis pas bien. J'ai passé une journée éprouvante. J'ai faim et j'ai juste envie de me défouler contre un sac de boxe.

- Un bébé, ça ne se voit pas ? je lâche plus froidement que je l'aurais quand même voulu.

- J'ai remarqué, merci, mais ce que je veux dire c'est, pourquoi est-ce que t'as un bébé dans les bras ?

Je soupire d'agacement. Le bébé commence à repleurer. J'ai juste envie de m'allonger sur mon lit moelleux, nourrir l'enfant, aller voir ma mère et rentrer sur Terre.

- Écoute. Je n'ai pas le temps de t'en parler. Je suis fatiguée de ma journée. Mais promis quand je reviens, je te raconte tout. Ou alors va demander à Liya quand tu la verras.

Elle ne dit rien et tourne les talons direction la cour. « Bon débarras ! », je pense sincèrement même si moi et Jenny avons enterré la hache de guerre.

Je me précipite dans ma chambre. Le poupon est en train de pleurer de plus belle et j'ai un petit pincement au cœur de le voir dans cet état-là. Je le cajole comme je peux, le temps d'attendre que Liya arrive. Il est encore dans sa serviette. Je crois que c'est une mauvaise idée de le laisser sans vêtements.

« Pourquoi n'ai-je pas eu la présence d'esprit de demander à Liya des vêtements en même temps ? ».

Et comme si elle avait entendu ma prière muette, Liya entre en trombe dans ma petite chambre avec une pile de fringues pour enfant en bas âge et deux biberons pleins.

- Mais comment tu as réussi à obtenir tout ça ? je demande avec mon plus grand sourire.

- La chef de cuisine m'a donné les biberons en étant compréhensive face à la situation, ensuite, elle m'a emmené dans la salle des objets oubliés ou perdus et j'ai trouvé ces fringues.

- Cool ! Donne-moi le biberon.

Elle me le tend et commence à déplier les fringues. Je prends l'enfant dans mes bras et il commence de suite à avaler goulûment le lait. Mais un biberon ne lui suffit pas et Liya me tend le deuxième.

Après ça, nous l'habillons d'un pyjama blanc avec un petit ours bleu dessus. Le problème c'est qu'on n'a pas de couches. Mais je ne sais pas ici comment ils se débrouillent.

- Ils mettent des couches les bébés ici ? je demande en essayant de cacher du mieux que je peux ma gêne.

- Oui, ils en mettent, mais je ne crois pas qu'il y en ait ici.

- Le temps d'en trouver, il faut prendre un linge et le lui mettre, parce que son pyjama est trop beau pour être sali de la sorte, je dis en rigolant.

Elle me rejoint dans mon délire et trouve dans ma chambre un drap blanc. Elle le déchire et nous nous empressons de retirer le pyjama de l'enfant pour lui mettre le drap plié et de lui remettre sa grenouillère.

- Ça y est ! Le bébé est calme. Il dort et nous nous extasions devant sa petite bouille.

- Il faut lui trouver un nom ! lance Liya en brisant le silence qui s'était installé.

- Mmmmh... je n'ai pas encore d'idée. On y réfléchira plus tard ok ? Il faut que j'aille voir Dame Luciana.

- Tu le prends avec toi ?

- Ouais, comme ça elle le verra et ne pourra pas dire non !

- Et si elle le disait ?

- Alors je m'énerverai et trouverai une solution adéquate.

Elle me regarde en haussant les sourcils ce qui me fait plutôt rire.

- Je te fais confiance, me dit-elle doucement.

- T'inquiète. Je tiens trop à cet enfant, en fait.

Elle ne rajoute rien et je prends le poupon endormi dans mes bras. J'ai demandé à Liya d'aller chercher d'autres biberons et de me les poser sur ma commode quand je reviendrai. De toute façon, elle a le double de mes clefs.

Je m'en vais direction les appartements de ma mère. Je tape à la porte deux fois avant qu'elle ne se décide à ouvrir. Elle a l'air surprise de me voir. Je ne sais pas si elle a remarqué le petit garçon dans mes bras parce qu'elle me demande :

- Tu vas mieux depuis ton accident, ma chérie ?

- Oui, mais ce n'est pas pour parler de ma guérison que je suis venue.

Je veux en venir directement aux faits. Elle m'invite à entrer, ce que je fais rapidement. Je m'assois sur son lit, toujours le bébé dans mes bras.

- Qui est cet enfant ? me demande-t-elle en s'adossant à son armoire et en croisant les bras.

Je lui raconte tout en essayant de détailler le plus possible. Elle m'écoute en hochant la tête de temps à autre.

- Et pourquoi es-tu venue me voir ? me demande-t-elle assez froidement ce qui est mauvais signe.

- Je me demandais s'il pouvait rester à See&Luce, en fait, je commence en baissant mes yeux vers le sol. Je voudrais qu'une gouvernante s'occupe de lui et...

Mais je suis coupée par le ton sec de ma mère :

- Ce n'est pas une garderie ici, Diana !

- Je sais, mais tu pourrais au moins faire un effort... Tu as eu trois enfants. Je pense que tu sais ce que représente un enfant non ?

- J'ai eu trois enfants, et je n'ai pu en élever aucun.

Je dois jouer ma dernière carte.

- Tu n'as aucun amour pour les enfants en fait ? Tu as juste bâti cette école pour préparer les enfants magiques, doués à la guerre. C'est ton seul but dans la vie maintenant, gagner cette guerre contre papa ! je hurle.

« Papa ?! Mais qu'est-ce qui m'a pris de parler de lui comme ça ? Je suis dingue ou quoi ? ».

Je pose ma main sur mon front, l'air de dire que mes paroles ont dépassé ma pensée.

J'essaie de m'adoucir et lui tend l'enfant pour qu'elle sache l'énorme bien que ça procure d'avoir un poupon dans les bras. Mais à ma grande surprise, elle refuse.

- Je ne veux pas d'enfant de cet âge ici, point final.

Elle a l'air vexé. Pas parce que j'ai lâché tout ce que j'avais sur le cœur mais parce qu'en appelant Arittan « Papa », je l'ai, en quelque sorte, mis au même niveau qu'elle.

- Sors..., me dit-elle tout d'abord doucement.

Je croise son regard et je vois que ses traits sont en train de se transformer. Elle est en train de se mettre en colère.

- Sors d'ici tout de suite ! hurle-t-elle en me désignant la porte.

Je reste outrée qu'elle me parle comme ça. C'est à un chien qu'on dit de sortir en montrant la sortie, pas à un humain et encore moins à sa fille.

- Au moins, je le confierai à une personne qui saura l'élever mieux que personne, je lui lance en claquant la porte d'entrer.

Je commence à peine à marche dans le couloir qu'elle me lance toujours en colère :

- Si tu penses à Cattia, ce ne sera pas possible...

Je la coupe sec et je ne me retourne même pas pour lui adresser la parole :

- Je sais très bien qu'il est trop jeune pour passer le portail. C'est pour ça que je ne l'emmène pas sur Terre.

Finalement je tourne la tête pour voir sa réaction mais elle ne réplique pas. Elle a l'air perdu. J'en profite pour faire demi-tour et regagner ma chambre pour emmener cet enfant dans un endroit sûr avant de retourner sur Terre.

J'entre dans ma chambre et je prépare un sac dans lequel je mets tous les vêtements que Liya m'a donné et les trois biberons pleins qu'elle a posé sur ma commode.

Je lance un regard au bébé en installant le sac sur mon dos. Il a l'air heureux. Ça me fait sourire de le voir comme ça.

Je le prends dans mes bras, prête à partir. Je suis dos à la porte et quand je me retourne je vois une belle jeune fille au cheveux rouge :

- Dame Luciana n'a pas voulu ? m'interroge Liya.

- Non. Je l'emmène dans un endroit sûr le temps qu'il grandisse un peu.

- Qu'il grandisse un peu ? Mais après, tu veux en faire quoi ?

- L'emmener sur Terre. Je rêve d'avoir un petit frère et ma mère va être heureuse de pouvoir s'occuper d'un nouvel enfant.

Vu sa tête, je pense qu'elle va me faire un sermon comme quoi je suis dingue. Mais sa réponse n'a rien à voir avec son expression faciale :

- C'est pas une si mauvaise idée, en fin de compte. Et tu l'emmène où là ?

J'ai pas vraiment envie de lui dire. Ça peut paraître étrange mais j'ai peur qu'il lui arrive quelque chose à ce bébé que j'ai sauvé. Et puis, c'est en même temps un promesse que je dois bien à Elada. Mais bon, d'un autre côté, c'est Liya. Ma meilleure amie. Je sais qu'elle ne me trahira jamais.

- Je vais le déposer chez Carila, je lui dis doucement.

Pour vous rappeler, Carila est une vieille dame que j'ai rencontrée lors de mes visites dans les villages. Elle est très gentille avec moi et se comporte comme une grand-mère avec sa petite-fille. Elle est attentionnée et je peux parler de tout avec elle. Ça fait quelques années que je la connais maintenant. Je sais que je peux lui faire confiance pour garder l'enfant le temps qu'il atteigne les quelques mois.

- Je trouve que c'est une excellente idée.

Ça me réchauffe le cœur qu'elle soit de mon côté. Je lui fais une petit accolade et elle me souhaite bonne chance.

J'espère que je pourrai encore sortir par la porte de devant. Le dîner approche et, des fois, il bloque les sorties. Je me dirige d'un pas assuré dans la cour. Je la traverse en ignorant les regards des élèves qui me voient avec le poupon dans les bras.

De loin, je vois Liam, Arthur et Miles. Ce dernier a l'air soupçonneux. Je vois que Liam est en train de lui parler. Il lui explique sûrement la situation.

Je continue mon chemin jusqu'au grand portail rouge mais les gardiens refusent de me faire sortir.

J'aurais pu jouer la carte de la fille de la directrice mais il ne m'aurait jamais cru de toute façon. J'aurais aussi très bien pu les assommer avec ma magie mais c'est hors la loi. Je cache ma rage avec un grand et bien faux sourire. Ils me rendent mon sourire mais je sais que le leur est sincère.

Vous vous dites sûrement que c'est bizarre qu'ils ne m'aient rien dit à propos de l'enfant. Et bien, en fait, à See&Luce, les gardes et les servantes n'ont aucun droit de poser des questions aux élèves. Je crois que c'est pour des raisons de sécurité ou quelque chose comme ça.

Je fais donc demi-tour et me cache des professeurs qui rodent dans la cour jusqu'à atteindre la deuxième porte de sortie. C'est une issue de secours. Aucun garde ne se trouve devant car dans le règlement de l'école, il est interdit de la franchir si ce n'est à cause d'un accident.

Mais personnellement, je m'en fiche royalement du règlement. Je ne l'ai jamais suivi et je ne me suis jamais fait prendre. Je m'approche de la porte et regarde les alentours. Comme je le croyais il n'y a personne.

- Sortius Angora..., je dis en passant ma main devant la serrure.

La porte s'ouvre, je sors aussitôt et la referme de la même façon que je l'ai ouverte.

See&Luce interdit l'utilisation de cette formule. Les professeurs appellent ça de la Magie Noire. Je l'ai appris dans un livre que j'ai trouvé à la bibliothèque il y a de ça un an et demi. Je m'étais dit qu'elle me servirait un jour.

Tu es trop forte ! En seulement cinq minutes, tu as enfreint plusieurs règles fondamentales de l'école ! me dit ma conscience. Ahhh mais tu peux pas la fermer un peu ?

Je commence à marcher et le froid à se lever. Je sers plus fort l'enfant contre ma poitrine et c'est parti pour une demi-heure de marche.

***

- Maxime ! je m'écrie.

Voilà c'est comme ça que je vais l'appeler. Ce nom lui va à ravir. Je caresse sa joue et je le regarde dormir. C'est ça qui est beau, en fait. L'innocence des enfants.

Mon regard est attiré vers le sol. Je vois une ombre noire devant moi. Et une deuxième apparaît. Instinctivement, je sers Maxime plus fort contre moi. Je lève les yeux en commençant à m'affoler.

Je hurle de tous mes poumons quand je vois que deux Démons se tiennent en face de moi...

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