✨ Chapitre 38 ✨

Nous courons de toutes nos forces. Le hurlement nous amène à nous arrêter devant une petite maison en pierre. La porte est entrouverte et nous entrons sans frapper.

Á l'intérieur, nous trouvons une famille en pleurs. Des parents avec trois enfants. Un des deux garçons doit avoir dix-huit ans, tandis que l'autre doit avoir autour de treize ans. Le troisième enfant est une jeune fille de mon âge, je dirais.

Mais la personne qui attire mon attention est la jeune fille par terre. Elle est allongée, les jambes écartées, et je remarque qu'elle a un ventre rond. Une gigantesque mare de sang coule à ses pieds. Je devine qu'elle est en train d'accoucher. Mais quand je regarde son visage, je m'arrête net dans mon élan. Je la connais.

C'est une petite brune qui doit avoir autour des vingt-deux ans. Elle a des yeux marrons très foncés. Mais ces derniers sont en larmes à l'heure qu'il est. Mais tout d'un coup ça me revient ! Je sais où je l'ai croisée !

Il y a quelques mois de ça, j'étais allée dans la forêt près de son village. J'aidais les villageois à ramasser du bois pour l'hiver quand j'ai entendu crier. Quand j'étais arrivée sur les lieux, cette jeune fille était face à un loup enragé. Il était à quelques mètres d'elle. Grâce à ma force magique, j'ai réussi à éloigner la bête sauvage et à la faire fuir. Je lui ai, en quelque sorte, sauvé la vie.

Après cette petite réflexion et ce rappel, je me dirige vers elle et parle à la famille :

- Depuis combien de temps est-elle comme ça ?

- Euh... je ne sais pas... dix minutes je dirais, répond en sanglotant sa mère.

Je reste bouche bée.

- Dix minutes et vous n'avez rien fait ? je m'exclame, plutôt en colère.

Arthur s'approche de moi et commence à m'expliquer pendant que je remplis une bassine d'eau tiède. Mais avant tout, il faut que je regarde les dégâts qu'a fait l'enfant dans le ventre de sa mère.

- Diana... Ici, ce n'est pas comme sur Terre.

- Comment ça ? je lui demande tout en continuant mon travail.

- Il n'y a pas d'hôpital ici. Toutes les femmes accouchent d'elles-mêmes, chez elle.

Je commence à réaliser que beaucoup de femmes ont dû mourir dans ces conditions. Je reste choquée. La famille est en train de la voir souffrir comme pas possible, mais elle ne peut rien faire.

- Dans l'état où elle se trouve, continua Arthur, il faut utiliser une magie puissante.

- Je vais essayer, je ne garantis rien, je préfère dire à la famille.

Toute celle-ci est en pleurs. C'est vraiment une ambiance très pesante qui règne dans la petite maison. J'ai l'impression de revivre mon accident de l'autre fois.

- Sauvez-les, me dit la mère.

Je m'accroupis à côté de la blessée et elle me reconnaît :

- Diana, ma sauveuse, murmure-t-elle.

- Je t'en prie, garde tes forces, je lui recommande.

Je passe ma main au-dessus de son corps et, malheureusement, je vois que l'enfant a fait énormément de dégâts dans le ventre de sa mère. Des larmes surgissent sans que je puisse les contrôler. Je lève les yeux vers Arthur et il a compris lui aussi. Je ne pourrai pas, même avec la plus grande volonté du monde, sauver la mère et son fils.

Arthur s'accroupit à côté de moi et commence à soigner les hémorragies internes et externes.

Pendant ce temps, je tiens la main de la jeune fille du nom de Elada. Je lève les yeux vers les parents et ils me regardent comme si j'étais une apparition. Je sais que ce que je m'apprête à leur dire à tous, va être très dur à avaler.

J'inspire profondément et Elada continue de serrer ma main et de hurler.

- Je ne pourrai pas les sauver tous les deux, je leur dis en essayant de cacher mon stress le plus possible.

- NON ! NON ! Ce n'est pas possible... Notre fille...

Sa mère tombe à genoux et pleure toutes les larmes de son corps. Le père essaie de se donner une contenance mais je sais très bien qu'au fond de lui, il est anéanti.

Je pleure en silence aussi et je continue :

- Lequel dois-je sauver ? je leur demande en essayant de rester calme.

La mère se relève d'un coup et elle faillit tomber. Heureusement Arthur la retient fermement.

- Notre fille ! elle s'exclame.

Toute la famille hoche la tête. Il tienne à leur fille et c'est normal.

Je suis en train de me pencher sur elle pour la sauver, entre plusieurs hurlements de douleur.

- NON ! crie Elada. Je veux que ce soit mon enfant qui vive. Je ne pourrais plus jamais vivre en sachant que l'enfant que je portais est mort par ma faute !

Je suis complètement paumée. Lequel je sauve ? Cette atmosphère est tout simplement triste et pesante. La famille doit faire un choix et vite.

- Nous ne pourrons pas supporter que tu meurs, Elada, crie à son tour la mère en larmes dans les bras de son mari.

- Nous t'aimons, lança un des frères.

Voyant qu'aucun membre de sa famille ne la comprenait, Elada se tourna vers moi. Je sais que si une décision n'est pas prise dans les minutes qui suivent, ce sont les deux qui mourront.

- Diana... C'est moi la mère de cet enfant. C'est à moi que revient le choix final.

Elle est coupée par les hurlements de sa mère. Je vois bien qu'Elada est en train de souffrir et j'ai mal au cœur pour elle.

- Je veux que mon enfant vive, me dit-elle en appuyant sur chaque mot.

- Vous n'allez pas l'écouter quand même ? me demande la mère ahurie.

Je me pince la lèvre inférieure. Je sais quelle est ma décision.

- Le choix appartient à la mère de l'enfant, soit Elada.

Elle me prend la main.

- Avant de perdre la vie, sache que je t'en serai éternellement reconnaissante...

Elle me lance un grand sourire malgré l'agonie à laquelle elle fait face. Je vois qu'elle n'a pas peur de mourir dans ces conditions et je ferai tout pour qu'elle ne décède pas en souffrant le martyre.

- Non ! hurlent les parents en chœur.

La scène se passe trop vite pour moi. Je tourne le dos aux parents pour pouvoir extraire l'enfant du ventre d'Elada par la magie.

Je sens qu'Arthur est en train de les retenir grâce à sa magie. Je pleure. Cette scène est trop dure à supporter.

- Puise dans tes dernières volontés, Elada. Pousse le plus fort possible.

Elle s'exécute en hurlant. Je prends le nouveau-né dans mes bras et le montre à Elada juste avant qu'elle ne ferme les yeux pour toujours.

Je donne une tape sur les fesses du bébé et je l'enroule dans une serviette tiède. Il pleure, lui aussi.

Je me relève et me tourne vers les parents qui sont assommés par ce qu'il vient de se passer. Arthur enlève la barrière invisible qu'il a créée. La mère se rue vers moi en tendant les mains et en hurlant.

- Je veux tuer cet enfant qui a tué ma fille !!

Je suis paralysée. Je n'arrive pas à bouger. Mais la mère n'arrive jamais à moi. Arthur la retient fermement en la faisant tomber par terre. Je serre l'enfant encore plus contre ma poitrine.

Je regarde les trois enfants assis sur des chaises en bois, eux aussi en train de pleurer.

- Tu devrais avoir honte ! braille la mère de famille. Tu as tué notre fille !

- Je ne l'ai pas tué et je ne l'ai jamais voulu, je réplique aussitôt, me sentant offensée. Ce choix lui appartenait et vous le savez très bien. Elle souhaitait que ce soit son enfant qui vive.

Elle se relève de la chute qu'elle a faite à cause d'Arthur. Ses yeux sont rouges de colère et s'exclame hors d'elle :

- Sortez immédiatement de chez moi ! Nous ne voudrons jamais du bébé ! Sortez et ne remettez jamais les pieds dans ce village ! Je vous déteste !

Elle hurle à pleins poumons.

- Après ce que vous avez voulu lui faire, je ne l'aurai jamais laissé sous votre responsabilité ! Mais avant de quitter cette maison pour toujours, je veux savoir où est le père de cet enfant ?

La jeune fille qui a, à peu près, mon âge, se lève. Je vois dans ses yeux de la tristesse, mais je sais qu'elle ne m'en veut pas. Elle suit juste ses parents.

- Le père est parti, sans jamais revenir...

- Merci, infiniment, je dis à son attention.

Je m'avance vers Elada pour pouvoir tout nettoyer mais sa mère me devance :

- SORTEZ !!

Sous ses hurlements, je sors de la maison avec Arthur et l'enfant contre ma poitrine. Je pleure toujours. Tout s'est passé trop vite pour moi. Même Arthur est encore sous le choc. Il ne parle pas.

- Je les déteste ! il crie, hors de lui.

Je sais que ça lui fait du bien et je le laisse. Pour la première fois, je baisse la tête pour admirer le poupon. Il est vraiment beau (comme la plupart des bébés, en fait). Quelques débuts de cheveux bruns se font voir sur sa petit tête toute fragile.

Je m'arrête d'un coup de marcher. Arthur se retourne et me demande inquiet :

- Ça va Diana ? T'es toute pâle !

- J-Je crois que j'ai perdu de l'énergie en sauvant l'enfant, je dis en caressant la joue de ce dernier.

- Si tu veux, on peut rentrer par portail magique ?

- Non. Il ne survivra pas, je dis en montrant du doigt l'enfant endormi.

- Tu as raison, nous sommes obligés de rentrer à pied. Heureusement on a le temps. Il nous reste une heure et demi avant le dîner.

Nous reprenons notre marche mais en ralentissant l'allure. Nous restons dans le silence un moment mais Arthur le brise en me demandant :

- Tu comptes en faire quoi de l'enfant ?

- Tu ferais quoi toi ? je lui dis en fixant ses yeux noisettes.

- C'est toi qui l'as sauvé, c'est toi qui décides, répond-il. Alors ?

- Je vais le laisser à l'école.

- Tu penses ? Je ne sais pas si Dame Luciana voudra bien de lui.

- Si elle n'en veut pas, c'est qu'elle n'a pas de cœur. Comment peut-on laisser un poupon comme celui-ci seul et sans parents ?

Je m'en veux de parler de ma mère comme ça, mais je pense qu'elle comprendra qu'il faut le garder à l'école. Elle a un cœur et trois enfants. Même si les relations sont très compliquées et qu'elle a vécu beaucoup de déchirement.

Nous sommes à mi-chemin entre Loubria et See&Luce. Arthur me regarde avec un sourire en coin.

- Tu es contente d'avoir retrouvé Liam ?

- Oui, pourquoi cette question ? je lui demande en couvrant un peu plus le petit.

- Vous êtes vraiment proches tous les deux.

- Peut-être, je ne sais pas... Ça se fait tout seul en fait.

- Il t'apprécie vraiment lui !

Je le regarde étonnée. Je croyais que Liam était plutôt le genre de mec à garder tout pour lui. Ça me paraît étrange qu'il se soit confié à Arthur, même s'ils sont amis depuis une dizaine d'années.

- Il t'a parlé de moi ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Il semble surpris par la question. Non mais tu croyais qu'elle allait pas te la poser cette question, tonne ma conscience.

- Ben, en fait, il m'a dit qu'il t'appréciait énormément. Que lorsqu'il est avec toi, il a des millions de papillons dans le ventre...

Je n'en reviens pas. Liam lui a dit tout ça sur moi ?! Je trouve ça vraiment mignon, mais c'est vrai que j'aurais voulu qu'il me le dise, même si on n'a pas eu trop l'occasion de parler dernièrement.

T'aurais pas dû insister pour qu'il te révèle ça, tiens ça t'apprendra ! Rrrah, ferme-là conscience.

- C'est vrai qu'il pense tout ça de moi ?

En même temps, il ne t'aurait pas dit « Je t'aime... » sinon. Arrête !

- Ouaip ! Tu l'aimes bien toi ?

- Ouais il est sympa !

Il s'arrête net de marcher.

- SYMPA ? T'es sérieuse ? Je viens de te dire que le mec, il est amoureux de toi, qu'il te regarde tout le temps. Il me parle tout le temps de toi. T'es son sujet de conversation favori. Ça crève les yeux tellement c'est évident et toi, tu ne trouves rien de mieux à dire que « Il est sympa » !

Je reste sans voix face à ce qu'il vient de me dire. D'accord il m'a dit Je t'aime. Mais ça ne veut pas non plus dire tout ce qu'Arthur vient de me révéler. Celui-ci rajoute :

- Liam pourrait donner sa vie pour toi...

Cette phrase reste en suspens dans ma tête pendant que ses mots résonnent dans mon esprit comme un écho...

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