Chapitre 11 : Une bonne et une mauvaise nouvelle ...
Bien le bonjour ! Ravie que le chapitre sur Molly vous ait plu pour certains - vous la retrouverez deux fois pour la suite ;)
Mais pour l'heure, repassons à Lucy ! Au programme ici : BEAUCOUP DE WEASLEY et un retour dans un lieu habituel de la saga, ahah - et un doux parfum de noël, un peu de fraîcheur dans cette prémisse d'été ! (comment ça il pleut chez moi?)
JE RAPPELLE AU BON SOUVENIR que ce chapitre a été écrit AVANT la publication de l'Enfant Maudit QUE JE N'AIME PAS MAIS PASSONS (non en vrai, vous trouvez pas que c'était du fanservice à mort? Je ne sais pas, je n'arrive pas à me dire que c'est ça, la suite) BREF. DONC dans ce chapitre, des gens n'iront pas à leur "place".
AU FAIT (ça doit faire trois fois que je modifie parce que j'oublie plein de truc) à un moment vous entendez parlé d'un journalisme que je nomme André Andros : C'est une référence à la très bonne fanfiction d'Annabethfan sur Booknode (si vous voulez aller lire ne vous en privez pas, elle écrit très bien et ces intrigues sont vraiment prenantes !) et à l'époque je voulait lui faire une petite dédicace - voilà pour l'histoire.
BREF BONNE LECTURE
Chapitre 11 : Une bonne et une mauvaise nouvelle ...
Ses lèvres exploraient lentement sa clavicule, en douceur et sans précipitation. Lucy se laissait faire, grisée par ces nouvelles émotions qui tourbillonnaient en elle. Quand il lui avait proposé de sortir après le couvre-feu pour passer un peu de temps ensemble, l'adrénaline avait empli ses veines. Maintenant, elle était coincée entre la tapisserie qui drapait la salle vide dans laquelle ils étaient retranchés, et son torse. Depuis une demi-heure, ils s'embrassaient lentement et posément, avec la maladresse et la douceur des premières amours. Ses lèvres remontèrent dans son cou et il s'écarta un instant pour planter son regard bleu dans le sien. Après quelques secondes de silence haletant, il fondit à nouveau sur Lucy en un nouveau baiser, plus ardent que les autres. Sa main prit délicatement sa nuque, et Lucy frissonna. Alors que le visage entier de la jeune fille était en feu, les mains et les lèvres de son compagnon lui semblèrent glaciales. Mais ce fut quand ses doigts tentèrent de passer sous sa chemise et frôlèrent la chair de ventre qu'elle s'en rendit compte. Elle sursauta et se colla contre le mur pour échapper à son étreinte, repoussant sa main de la sienne.
-Non, refusa-t-elle en un souffle. S'il te plait.
Il ne répondit pas, et elle leva timidement les yeux sur lui. Ce qu'elle vit la glaça et elle porta ses deux mains à sa bouche pour retenir un cri. Le regard qui la fixait maintenant était vide de toute émotion, vitreux, et glacial, comme mort. Les yeux d'une pâle couleur délavée qui ne semblait avoir plus aucune once de vie. Les mains contre ses hanches devinrent soudainement flasques, et un sourire sinistre s'étira sur des lèvres qui avaient virés au bleu glacial. Le souvenir des Inferi, ces cadavres animés par magie, racontés par ses oncles revinrent à l'esprit de Lucy, et son sang se figea dans ses veines. Quand il pencha la tête pour plonger vers elle, elle ne put se retenir, et un cri à glacer le sang raisonna dans la pièce.
Elle se redressa en sursaut, et mordit son poing pour étouffer le cri qu'elle s'apprêtait à laisser échapper. Son autre main agrippa ses draps pour se rassurer et s'ancrer à la réalité. Un rêve, se répéta-t-elle frénétiquement. Ce n'était qu'un rêve. Elle replia ses jambes contre sa poitrine, haletante et couverte de sueur. Son front appuyé contre ses genoux, les épaules agitées de tremblements compulsifs, elle tentait tant bien que mal de retrouver son souffle. Ça faisait trois jours que Lionel Boot avait été agressé. Et trois nuit qu'elle se réveillait en sursaut avec à l'esprit ce même cauchemar. Un des meilleurs moments qu'elle avait passé avec Lionel quand ils étaient ensemble, cachés dans une salle vide du troisième étage. Puis les yeux morts qui ne cessaient de la hanter depuis qu'ils avaient retrouvé le corps inerte de Lionel dans la Salle Commune de Gryffondor. Dans le même état qu'Alexandre Wallace. McGonagall avait imposé à tout le monde d'aller dormir dans la Grande Salle. Trop choquée, Lucy avait été incapable de faire son rôle coordinateur de Préfète et avait laissé Luke se débrouiller seul. Le trajet du Poudlard Express le lendemain avait été le plus morne et le plus sinistre qu'elle n'avait jamais fait. Coincée entre Roxanne et Luke, elle n'avait pas eu le courage d'articuler le moindre mot et ses deux compagnons n'avaient même pas eu le cœur à se disputer. Roxanne avait même fini par aller rejoindre Adam et Daniel dans un compartiment voisin, mais Luke était resté avec elle, la couvant d'un regard inquiet. Il savait que Lionel avait été important pour elle, et qu'il le demeurait. Sa première véritable relation amoureuse. Ils avaient même réussi à rester ami après leur séparation, surprenant tout le monde, mais Lionel ne résistait jamais à l'appeler « chérie » quand il la voyait. Un jeu taquin entre eux. Une nouvelle fois, les larmes montèrent aux yeux de Lucy.
-Oh par Merlin ... Leo ...
Elle ne comprenait pas la logique de l'agresseur. Imiter le style d'un anti-moldu sorti d'un épisode oublié de l'histoire de Poudlard pour s'en prendre à un anti-moldu de Serpentard ... et à un garçon innocent de Serdaigle.
Ça n'avait aucun sens.
Avec Luke, ils en avaient conclu que l'agresseur chercher à se venger : c'était bien l'idée que transmettait son message. « Les esprits du passé n'ont jamais rien oublié. Le temps de la justice vient de s'ouvrir. Ennemis des héritiers, prenez-garde. » Le plus logique aurait été de penser que quelqu'un pensait qu'on avait trop rapidement oublié les agressions des Né-moldus, alors il se faisait vengeance lui-même. En agressant Alexandre Wallace, lui qui persécutait encore un Né-moldu. Gethin Scampers. Dans le train, Luke lui avait fait part d'une théorie qu'il avait eu : à un moment, il en avait conclu qu'Adam pourrait bien être le coupable. Il voulait protéger son frère, et il avait demandé des nouvelles à Lucy (pour vérifier qu'elle ne le soupçonnait pas ?). Lucy n'avait rien dit. En vérité, elle n'y croyait pas. Et l'agression de Lionel la conforter : ça n'avait aucun sens. Lionel n'avait jamais rien fait contre les Né-moldus, au contraire. Son père, Terry Boot, avait été dans l'Armée de Dumbledore, l'association crée par oncle Harry, et avait toujours été fidèle à celui-ci. Ça n'avait aucun sens. Lucy enfonça ses doigts dans ses cheveux trempés de sueur. Elle sortit de la chaleur réconfortante de son lit et lut l'heure sur le réveil sur sa table de nuit. L'agitation derrière la porte lui confirmèrent ce qu'elle pensait : il était très tôt le matin, et ses parents s'apprêtaient à partir au ministère. Elle sortit de son lit, passa un pull que Mamy Weasley lui avait confectionné pour Noël dernier et jeta un rapide coup d'œil au miroir. Sa peau était si pâle que les taches de rousseur sur son nez semblaient être des tâches de sang, et ses yeux bleus brillaient d'un éclat spectral, mais à part cela, elle fut satisfaite de constater que rien ne trahissait son profond trouble intérieur. Elle passa une main rapide dans sa lourde chevelure rousse pour la dompter et se résolut à sortir de sa chambre. Dans le couloir, elle faillit se heurter à sa mère qui venait de sortir de la salle de bain. Elle eut un mouvement de recule, une main sur le cœur.
-Par Merlin ma chérie, tu m'as fait peur, soupira Audrey Weasley avant d'embrasser rapidement Lucy sur la tempe. Tu as bien dormi ?
Lucy eut un pâle sourire et hocha la tête. Elle avait toujours eu de meilleures relations avec sa mère qu'avec son père. Les cheveux blonds d'Audrey étaient tirés en une queue de cheval haute, elle avait un port altier et digne d'une parfaite Cheffe du Département de la Justice Magique, et de magnifique yeux bleus limpides en amande dont avait hérité Lucy. Mais c'était bien la seule chose que Lucy tenait de sa mère. Molly, en revanche, si on exceptait sa chevelure rousse typiquement Weasley, était le portrait craché de sa mère. Audrey dressa un sourcil, suspicieuse.
-Tu es sûre d'avoir bien dormi ? Tu sais qu'il est cinq heures et demi du matin, ma chérie ?
-Oui, maman. Je ... n'arrivais plus à dormir.
Elle lui lança un regard profondément dubitatif, mais l'autorisa à l'accompagner vers la cuisine où Percy Weasley prenait son petit-déjeuner en tête à tête avec La Gazette du Sorcier, les sourcils froncés derrière ses lunettes en écailles. Sa femme et sa fille prirent place sur la table, et il leur lança un bref regard par dessus le journal.
-André Andros pense que c'est Harry qui va prendre la tête du ministère, claironna-t-il avec un déplaisir évident en guise du bonjour. Il aurait été demandé à ses fils en sortant du train ...
-Ridicule. De toute façon, on sait tous que cet homme est un affabulateur, répliqua sa femme en servant du thé brulant à Lucy. Et tu manges, cette fois, jeune fille. Si ce n'est pas le cas, je t'emmène au Ministère avec moi.
-Oui maman, soupira Lucy en prenant une tartine. Et ne t'en fais pas, papa. Il n'y avait aucun journaliste sur le quai de gare. Sinon, tante Ginny aurait fait un scandale.
-Ça lui ressemblerait bien, concéda Percy en pliant son journal, avant de fixer sa fille les sourcils froncés. Que fais-tu debout à cette heure ?
-Je n'arrivais pas à dormir. Et j'avais envie de voir mes parents. C'est un crime ? Ça fait deux jours que je suis là, et on s'est à peine croisé.
Audrey et Percy échangèrent un bref regard chargé de désespoir et de gêne. Lucy ne s'en offusqua pas. Malgré ces piques, elle était résignée. Chaque vacance, c'était la même rengaine. Ses parents partaient avant le levé du soleil, et ne revenaient qu'après que Lucy ait dîné, le plus souvent seule devant un livre ou écoutant la radio. Ce fut pour ça qu'elle baissa le nez dans sa tasse de thé pour éviter d'avoir à entendre un nouveau discourt de son père sur l'importance de leur rôle au Ministère, mais de fait, elle ne perçut pas l'affrontement de regard qui opérait entre ses parents. Affrontement que sa mère dut gagner, car Percy baissa résolument les yeux sur son thé avec un soupir. Audrey posa une main sur l'épaule de sa fille.
-Tu as raison, on ne s'est pas beaucoup vu. Et comme demain tu vas au Terrier ...
-Depuis quand ? s'étonna Percy en relevant les yeux.
-Depuis hier, papa, rétorqua la jeune fille avec sècheresse. On en a parlé avec maman quand vous êtes rentrés, mais tu étais ...
-Toujours est-il, la coupa sa mère en posant sur sa fille un regard chargé d'avertissement. Que j'aimerais bien que nous passions un moment en famille avant Noël ...
Seuls les grognements dubitatifs du père et de la fille lui répondirent, et elle les fusilla tout les deux du regards.
-Par les bottes de Merlin que vous êtes usants ! Vous pourrez dire ce que vous voulez, mais vous avez bien les mêmes gênes !
Lucy sentit une main lui comprimer la poitrine, et elle leva prudemment les yeux sur son père. Celui-ci avait détaché son regard de sa tasse de thé pour venir le poser sur sa femme. Il la contempla un long instant, et dut voir dans les yeux d'Audrey qu'il ne la ferait pas plier. Il soupira profondément, et repoussa sa tasse de thé.
-Bien. Tu as raison, chérie. Une petite réunion de famille ... ne nous ferait pas de mal.
-Ah oui ? douta Lucy en haussa les sourcils.
Sa mère posa une main à la base de sa nuque, comme un avertissement, et la jeune fille baissa le nez sur ses tartines.
-Excellent ! Donc dîner ce soir ? A L'Hippogriffe Fringuant ? Je préviens Molly, je passe par son Département ce matin !
-Si tu veux, chérie, soupira Percy en se levant. C'est vrai que ce sera l'occasion ... de parler.
-De quoi ? bougonna Lucy. De la mondialisation du Réseau de Poudre de Cheminette ?
-Lucy, ça fait des années que je ne suis plus aux Transports Magiques, alors oublions les cheminées, veux-tu ?
-Arrêtez tous les deux, vous m'usez ! Bonne journée ma chérie !
Audrey embrassa rapidement Lucy sur le sommet du crâne, et s'avança vers la cheminée. La jeune fille l'entendit vaguement marmonner qu'il était temps d'acheter de la poudre de Cheminette, et elle leva les yeux au ciel. Son père se leva, et rajusta sa robe impeccable de sorcier ainsi que ses lunettes. Lucy touillait encore laconiquement son thé quand elle se rendit compte que son père la fixait. Elle dressa un sourcil.
-Oui ?
Son père la contempla encore un instant, puis sourit.
-Rien, Lucy. A ce soir.
Et il suivit sa femme vers la cheminée. Lucy les suivit du regard et les vit disparaître dans une gerbe de flamme verte, une étrange impression au creux du ventre. Vivement le Terrier. Elle débarrassa la table du petit déjeuner, et prit ses devoirs de vacances, puisque c'était la seule chose qu'elle avait à faire susceptible de lui vider la tête. Tout était bon, du moment qu'elle n'avait pas à revoir les yeux morts de Lionel. De ce qu'elle savait, il avait été, tout comme Alexandre Wallace, transféré à Saint-Mangouste. Et de ce qu'elle avait entendu, ils ne savaient toujours pas comment remédier à leurs états ... Son estomac se contracta quand elle repensa à la Potion expérimentale qu'ils avaient découverts avec Luke. Cette potion à base de venin d'Acromentule qui plongeait la victime dans un coma sans espoir de retour. Elle se donna une bonne gifle mentale et vrilla résolument son regard sur ses calculs d'Arithmancie. Quand elle eut fini de noircir son parchemin (notamment de rature. Où était Scampers quand elle avait besoin de lui ?), elle répondit aux lettres inquiètes de Scorpius et de Luke, et les confia à Iris, la chouette hulotte qui avait remplacé le vieil Hermès de leur père, mort durant sa première année. Elle la regarda s'envoler par la fenêtre de l'appartement, déployant ses longues et soyeuses ailes, et battant frénétiquement de ses puissants membres pour échapper à l'aura étouffante du labyrinthe Londonien. Lucy lui envia vaguement sa capacité à s'échapper de la sorte, alors qu'elle était coincée dans l'appartement familial, avec ses calculs d'Arithmancie pour seule compagnie. Lucy ne sut exactement combien de temps elle resta ainsi, penchée à sa fenêtre, l'air glacial de décembre lui mordant le visage, à regarder les moldus en contrebas faire leurs achats de Noël, se baladant insouciamment dans les rues Londonienne. Puis une main s'abattit sur son épaule, et elle sursauta brusquement, une main sur le cœur.
-Par le caleçon de Merlin, Molly !
-Désolée, je pensais que tu m'avais entendue sortir de la cheminée, s'étonna sa sœur en retirant sa main de son épaule. Tu peux fermer cette fenêtre, s'il te plait ? Il fait un froid polaire, dehors, j'ai l'impression d'être à Poudlard !
-Pas une mauvaise chose, maugréa Lucy en refermant malgré tout la fenêtre. Qu'est ce que tu fais ici ?
Molly haussa les sourcils. Ses cheveux roux étaient coiffés en une tresse impeccablement ramenée sur son épaule et de la cendre s'était accrochée à son manteau. Lucy essaya de ne pas trop la dévisager. La gêne lui tordait le ventre, comme à chaque fois qu'elle se trouvait face à sœur. Mais là plus particulièrement. Elle avait été plus que surprise de voir Molly sur le quai de la gare, debout aux cotés de Fred. Jamais sa sœur n'aurait eu dans l'idée de venir la chercher à King's Cross. Depuis qu'elle avait quitté Poudlard, Lucy avait toujours pris le métro pour rentrer. Mais si elle avait été surprise, la compagnie de sa sœur s'était révélée bienfaitrice : après tout ce qui s'était passé, Alexandre, Lionel, les cauchemars, la potion, Lucy s'était rendue compte qu'elle avait besoin de l'oreille neutre mais malgré tout bienveillante de sa sœur. Et Molly avait été si anormalement tendre une fois chez elle ... Lucy n'avait pas pu contenir les larmes qu'elle retenait depuis qu'ils avaient découverts le corps de Lionel dans la Salle Commune de Gryffondor. Et Molly avait été remarquablement parfaite. Elle n'avait pas cherché à tirer les vers du nez de Lucy, se contentant de la laisser pleurer sur son épaule.
Il n'y avait que Molly pour faire autant ravaler sa fierté à Lucy.
L'aînée passa en revue les parchemins qui jonchaient la table, les nombreux calculs que Lucy avait tentés et un sourire passa sur ses lèvres.
-Je viens te chercher. Il paraît qu'on dîne avec les parents, ce soir – Merlin, ça faisait bien une éternité que ça n'était pas arrivé ...
-Une idée de maman, ça, grommela Lucy en consultant sa montre. Par les bottes de Merlin, il est déjà dix-huit heures trente ? Mais ... Argh, l'Arithmancie aura ma peau ! Et Iris aussi !
-Qu'est ce qu'Iris a à voir là dedans ? répliqua Molly alors que Lucy se précipitait vers sa chambre. C'est ça, dépêche-toi de t'habiller, papa va nous tuer si on arrive en retard ! Allez !
-Arriver en retard, c'est ma spécialité !
-Et faire enrager papa aussi, et je n'ai pas très envie, cette fois, alors dépêche-toi !
Lucy réprima son rire et passa une chemise et une jupe noire relativement sobre et assez distingué pour ses parents. Quand elle ressortit, Molly la traina de force dans la salle de bain pour dompter sa lourde chevelure rousse en une queue haute, manquant d'y casser le peigne, et elle exhorta sa sœur à se maquiller un minimum avant de la prendre derechef par la main pour la faire transplaner. Elles atterrirent au Chaudron Baveur, devant une table où Alice Londubat était assis en train de faire ses devoirs. La jeune Poufsouffle sursauta brusquement, et en fit renverser sa bouteille d'encre.
-Oups, désolée Alice, s'excusa Lucy alors que Molly arrangeait ça d'un mouvement de baguette.
-Aucuns soucis, grommela-t-elle en repoussant une de ses nattes blondes. Tiens, Lucy ... Tu ne fais pas Arithmancie, toi ?
-Oula, Alice, oublie-moi pour l'Arithmancie, la pria la Serpentard en levant les mains. Si je n'avais pas Scampers, je me jetterais dans le Lac Noir – et j'emmènerais Crivey avec moi. .
Molly eut un demi-sourire, et se pencha vers la jeune fille pour regarder rapidement son exercice. Lucy en profita pour saluer Hannah, qui avait retrouvé sa place derrière le bar. Malgré son poste à Poudlard, elle restait propriétaire du Chaudron Baveur, qu'elle laissait entre de bonnes mains pendant l'école. Le professeur Londubat descendit des escaliers, et sourit à Lucy. La jeune fille lui trouva l'air fatigué : les traits de son visage lunaire étaient tirés, et des cernes assombrissaient ses yeux. Son cœur se serra quand elle songea qu'il devait comme les autres chercher comment le venin d'Acromentule s'était retrouvé dans l'organisme d'Alexandre Wallace – et de Lionel Boot ... Lucy sentit la bile lui monter à la gorge, et elle détourna les yeux de son professeur de botanique. Mais celui-ci ne parut pas voir laisser sa conscience tranquille et s'approcha des filles de Percy et de sa fille, un sourire aux lèvres.
-Hey bien, que font ici des petites Weasley ?
-Réunion familiale restreinte, expliqua Lucy en s'efforçant de sourire et d'ignorer la gêne qui lui labourait le ventre. Maman a décidé que ça faisait trop longtemps que l'on ne s'était pas vu en famille.
-Je me doute que Percy ne doit pas avoir beaucoup de temps pour lui, compatit Neville en hochant la tête.
-Normal, avec tout le travail qu'il a à son Ministère, répliqua Molly en levant le nez du devoir d'Alice. On comprend tout-à-fait.
Lucy lança un regard torve à sa sœur, qui l'ignora pour donner une dernière explication à Alice avant de se relever. Elle fit un charmant sourire à Neville et dit rapidement :
-Bonjour professeur Londubat ! Je suis désolée, mais Lucy et moi on doit y aller, on est déjà en retard, Lucy n'était pas prête quand je suis venue la chercher ...
-Quoi ?! s'indigna la cadette. Qui traine sur de l'arithmancie depuis cinq minutes ?
-J'aidais une âme en perdition.
-Elle est tombée en perdition le jour où elle a choisi Arithmancie à la fin de sa deuxième année, grommela Lucy en lorgnant les parchemins qu'Alice rangeait.
Neville éclata de rire et salua les filles avant de remonter. Molly leva les yeux au ciel, et prit sa sœur par la main pour la mener derechef vers la sortie, comme une gamine, pestant contre sa « peur maladive de l'Arithmancie ». Aux yeux de Lucy, ça se voyait qu'elle n'était pas à Serpentard : tout ceux de sa Maison qui avait eu Arithmancie en avait été dégoutés par Crivey, même la très patiente Eléonore, qui avait arrêté dès qu'elle avait pu. De ce qu'elle savait, aucun de ses aînés ne faisait Arithmancie à Serpentard. Les rues du Chemin de Traverse commençaient à se dépeupler, et beaucoup de personnes remontaient vers le Chaudron Baveur. Ollivander venait de fermer boutique et Madame Gaichiffon rabattait ses volets à l'aide de sa baguette magique. Seuls la boutiques étincelante Farce Pour Sorcier Facétieux d'oncle George illuminaient encore la rue commerçante, ainsi que d'autre enseignes comme L'Hippogriffe Fringant, un restaurant huppé qui avait ouvert il y a quelques années sur le chemin de Traverse. Molly s'arrêta devant la porte et arrangea l'écharpe de Lucy et ses cheveux. La jeune fille tenta de se dégager, agacée, mais sa sœur darda un regard impitoyable sur elle, et elle se laissa faire en maugréant :
-A quoi ça sert de paraître présentable ? Ils ne seront même pas encore là !
-Qu'est ce que tu en sais ? répliqua Molly en dressant un sourcil. Allez, petite sœur : c'est parti !
Et elle poussa la porte de L'Hippogriffe. Le regard de Lucy parcourut la pièce du regard ; il y avait une éternité qu'elle n'était pas entrée ici. La tapisserie racontant diverses scène de l'histoire de la magie était finement brodée, de beau chandelier et lustres décoraient le plafond, et une majestueuse statue d'Hippogriffe faite de bois trônait à l'entrée. Molly s'arrêta devant elle, et pencha la tête avant de sourire à sa sœur. Lucy lui répondit timidement et s'adressa à la statue :
-Euh ... Bonjour Orlando ?
La tête de l'hippogriffe s'anima alors, faisant claquer son bec et ébouriffant ses plumes de bois verni avant de pencher la tête vers les filles de Percy.
-Bonjours, chères Miss, répondit la statue d'une voix profonde avant d'étendre l'aile en direction de la salle. Vos parents vous attendent à la table 7, si vous voulez bien. Sur votre gauche, dans l'alcôve.
-Merci Orlando, le remercia Molly avec un sourire.
Les filles saluèrent l'hippogriffe, qui s'était à nouveau figé dans l'attente de nouveau client, et se faufilèrent dans la salle. En effet, Percy et Audrey étaient tout deux installés dans une petite alcôve, et parlaient à voix basse, la tête penchée l'un vers l'autre.
-Tu vois qu'ils sont à l'heure, lui souffla Molly. Ne te cherche pas d'excuse, Lucy, il n'y a que toi qui es toujours en retard.
Lucy tira puérilement la langue à sa sœur et les yeux de Molly roulèrent dans leurs orbites avec désespoir. Audrey les aperçut s'avançant, et sourit à ses filles alors qu'elles s'installaient. Percy les regarda à travers ses lunettes d'écaille et réagit exactement comme Lucy s'y attendait :
-Vous êtes en retard.
-Lucy n'était pas prête.
-Molly a fait de l'Arithmancie en chemin.
Les sœurs échangèrent un même regard acerbe. Percy ouvrit la bouche, sans doute pour les réprimander sur leur manque de ponctualité, mais Audrey lui lança un regard d'avertissement qui le fit taire sur place. Lucy prit une carte devant elle et pouffa discrètement derrière. Ses oncles adoraient Audrey, car elle était l'unique personne qui pouvait forcer Percy Weasley à se taire. Le début du repas se fit dans la cordialité : ils commandèrent rapidement à un serveur en robe bleu, Audrey et Percy discutèrent avec Molly de sa situation au Ministère, et Lucy fut pour la première fois de sa vie admirative de sa sœur qui avait décidé d'innover en tenant tête à leur père. Etait-ce le fait de sortir avec Erik Kane qui rendait la si docile Molly rebelle ? Puis Audrey s'enquit de son premier match de Quidditch et Molly et Percy se rembrunirent, provoquant l'amusement pervers de Lucy. Elle savait qu'ils n'aimaient pas trop parler Quidditch. Le repas se passa étonnement bien, mais Lucy soupçonnait sa mère de donner un coup de pied à leur père à chaque fois qu'il essayait d'attirer la conversation sur l'avenir de Lucy ou la place de Molly au Ministère, évitant ainsi les sujets de discorde. Quand ils finirent leurs tartes à la citrouille, Percy n'avait pas fait une seule remarque désagréable et Lucy n'avait pas eu à sortir de ses gongs, ce qui, compte tenu de l'était de tension extrême dans lequel elle était plongé depuis le début des vacances, tenait un miracle. Molly et Audrey prirent un café, et Lucy croisa alors le regard de son père alors que les deux femmes dégustaient le liquide sombre et odorant. La commissure de ses lèvres se releva très légèrement, mais il détourna les yeux pour éviter d'avoir à sourire franchement. Lucy tordit ses lèvres pour réprimer le sien. La seule chose qu'elle avait en commun avec son père, c'était bien l'aversion qu'ils avaient tous deux pour le café. Molly commençait à dire qu'il faudrait sans doute songer à y aller parce qu'elle travaillait le lendemain, mais Audrey la cloua à sa chaise d'un regard avant de tourner les yeux vers son mari avec une sorte d'insistance. Lucy fronça les sourcils avec perplexité quand Percy soupira profondément, avant de se redresser et de déclarer :
-Les filles, j'ai quelque chose à vous annoncer ...
-Attend, le coupa Audrey en sortant sa baguette.
Elle scruta les tables alentours et lança un discret « Assurdiato » avant de ranger sa baguette et de sourire à son mari, sous les yeux éberlués de ses filles.
-C'est bon, chéri, tu peux y aller.
-Merci chérie, fit Percy avec un petit sourire pour sa femme. J'en ai tellement dans la tête, j'ai oublié les précautions élémentaires ... Si Jones n'arrêtait pas de me harceler pour la prochaine Coupe du Monde ...
-Chéri, tu t'éloignes du sujet, fit discrètement remarquer sa femme en prenant une gorgée de café.
-Pardon ? Ah oui. Donc je disais ... Les filles, j'ai quelque chose à vous annoncer.
Le regard de Lucy passa du sourire crispé de sa mère au regard profondément solennel de son père. Molly les dévisageait elle aussi, suspicieuse, les yeux plissés. La lueur typique de la Serdaigle réfléchissait intensément brillait dans ses yeux. La Serpentard savait qu'elles pensaient la même chose : la dernière fois que ces parents s'étaient comportés ainsi, c'était pour leur annoncer que leur père changeait de département, changeant des Transports Magiques à la Coopération Magique Internationale. Mais au vue du visage profondément concentré de sa sœur, Molly devait en avoir déduit plus de choses qu'elle. Percy échangea un nouveau regard avec sa femme.
-Nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle.
-Oh par Merlin, lâcha alors Molly en se couvrant la bouche d'une main. Tu te présentes pour les élections du Ministre.
Un silence stupéfait tomba sur la table. Lucy fronça encore plus les sourcils et son regard fit des allés-retours entre sa sœur et ses parents en face d'elle, perplexe. Puis leurs trois voix fusèrent en même temps :
-Euh ... pardon ?
-Merci de tuer le suspens, ma puce.
-Comment as-tu deviné ?
Molly n'avait pas bougé d'un poil, la main toujours plaquée sur sa bouche, les yeux écarquillés ... par quoi ? L'extase ? L'émerveillement ? La surprise ? L'horreur ? L'angoisse la plus irrationnelle et la plus profonde ? Car c'était ce que ressentait Lucy quant à l'idée qui venait de germer dans son esprit. Molly reprit alors contenance, et, d'une manière très digne, quoique teintée de prudence, elle explicita :
-La dernière fois que tu nous as réunis, c'était quand tu as changé de Departement. Or, le seul poste vacant au Ministère est celui de Ministre lui-même puisqu'Ereba Millaners a démissionné. Et puis, maman a bouché les oreilles de tout le monde, donc ce n'est ni officiel, ni annoncé.
-Dis-moi que c'est une blague.
-Lucy ! siffla sa mère sur le ton de l'avertissement.
Lucy l'ignora, et fixa ostensiblement son père. Percy la fixa calmement en retour, avec une sérénité qui la surprit beaucoup venant de lui. Puis il souffla d'une voix curieusement emplie de douceur :
-Non, Lucy, ce n'est pas une blague. Non seulement je me présente à l'élection, mais en plus je suis pressenti pour gagner la gagner et devenir Ministre de la Magie.
La déclaration cloua Lucy sur place, comme si elle s'était trouvée confrontée au regard d'un Basilic. Elle sentit son sang battre à ses tempes, et une vague de panique s'empara d'elle. Elle retrouva un semblant de force musculaire pour passer une main nerveuse dans ses cheveux avant de se rappeler que sa sœur les lui avait attaché.
-Tu ... tu vas ... Oh par les bottes Merlin, papa, dis-moi que c'était la mauvaise nouvelle.
-Elle est si mauvaise que ça ? se hérissa Percy, perdant momentanément son visage avenant.
-Oh par le caleçon de Merlin, c'était la bonne, gémit Lucy en enfouissant le visage dans ses mains. Par les chaussettes, les bottes, et le caleçon de Merlin ... Je suis pas sûre de vouloir entendre la mauvaise, je peux partir ? Par les dessous de Merlin ...
-Lucy, tu comptes nous faire la garde-robe complète de Merlin ? s'agaça Molly en lui lançant un regard torve. Reprend-toi, petite sœur.
-Elle a raison, Luce, reprend toi.
Lucy jeta un regard amer à sa mère et rejeta sa tête en arrière, ses doigts massant ses tempes avec lenteur, au rythme de sa respiration. Quelques secondes plus tard, elle se redressa, le cœur toujours battant, mais le regard résolu sur son père.
-Très bien. Je t'écoute.
Ses parents échangèrent un nouveau regard, et Audrey prit la main de Percy. Celui-ci entonna : il y avait trois ans de ça, quand elle avait été élue, la Ministre Ereba Millaners l'avait muté à un Département plus important pour qu'il prenne des responsabilités, puisqu'elle considérait qu'il était le plus apte à la remplacer un jour. Le Coopération Magique Internationale était l'un des postes clefs, car la magie tendait, comme le monde moldu, à se mondialiser de différentes manières, et l'Angleterre devait s'inscrire dans une dynamique où les échanges entre les Ministères des pays respectifs allaient croissant ; c'était pour cela qu'il leur fallait quelqu'un à la tête qui comprenait ces mécanismes, un sorcier polyglotte et diplomate qui savait comment fonctionnait le monde politique sorcier d'aujourd'hui. Et Lucy fut forcée de donner raison à Ereba Millaners : son père serait parfait dans ce rôle. Des années au Ministère avaient affiné son sens de la politique et avait à la fois affermi et assagi son caractère. Et sa rencontre avec sa mère, cette juge pleine de noblesse, avait développé son sens de la diplomatie et dégonflé considérablement son égo (autre raison qui avait propulsé Audrey au panthéon des Weasley). Enfin, Percy finit en concluant que les autres candidats qu'il pourrait y avoir à ce poste était justement Audrey en temps que cheffe du Département de la Justice Magique, et Oncle Harry au Bureau des Aurors. Les deux avaient déclinés. Deux personnes s'étaient annoncées mais ils avaient très peu de chance d'aller au bout, faisant de lui le seul candidat crédible. Après dix minutes d'explication, Lucy fut forcée de s'avouer vaincue.
Sauf miracle insensé, son père allait devenir Ministre de la Magie.
Elle n'arrivait pas à y croire.
-Et la mauvaise, alors ? s'enquit-t-elle après les quelques secondes de silence pesant. Tu as dit qu'il y avait une bonne et une mauvaise. Ça c'est la bonne. La mauvaise ... ?
-Oh. Euh. La mauvaise, c'est un tas de petites contrariétés qui accompagnent le poste. Une plus grande couverture médiatique, par exemple ...
Le regard de Percy se planta dans de celui de Lucy. La jeune fille réprima la bouffée d'agacement qui montait en elle. Ça faisait des années que son père lui répétait qu'elle devait avoir une conduite irréprochable parce que chacun de ses actes pouvaient remettre en cause la place de ses parents au Ministère. Evidemment, la promotion paternelle accentuait ce fait.
-Hum. Evidemment. Quoi d'autre ?
-Si je suis élu ? Un déménagement. A la résidence officielle du Ministre. Et une masse encore plus considérable de travail, mais ça ne vous affecte pas tant que ça ... Je serais très peu à la maison. Enfin, encore moins que je ne l'étais ...
-Mais tu l'as annoncé ? demanda Lucy avec lenteur. Ta candidature ?
-Non, pas encore. Nous attendons la fin des fêtes et la reprise du travail. De toute manière, je vous tiendrais au courant du jour où je l'annoncerais officiellement, pour que vous vous teniez prête.
Ses deux filles ne lui répondirent pas, se contentant de le fixer avec incertitude. Puis Molly sourit, et, en vraie diplomate, se leva pour plaquer un baiser sur la joue de son père.
-Je suis tellement heureuse pour toi. C'est l'aboutissement de ta carrière, une chance inouïe ... Je suis sûre que tu vas parfaitement t'en sortir. Pas vrai, Lucy ?
-Tant qu'il ne fait pas de la réglementation de l'épaisseur des fonds de chaudrons une priorité, tout devrait bien ce passer.
Audrey et Molly qui lancèrent un regard outré, mais Percy surprit tout le monde en éclatant de rire. Cette hilarité parut considérablement le détendre, et Lucy prit alors conscience d'à quel point il avait été crispé et nerveux pendant le repas. Un bref instant, elle tenta de se mettre à sa place. Il allait devenir sans doute Ministre. Leader du Monde Magique Britannique. Il devait être intérieurement terrifié, bien plus que sa simple nervosité ne semblait le faire transparaitre. Leurs regards se croisèrent alors, et Lucy lut dans les yeux bleus de son père une sorte de question, d'incertitude. Une demande silencieuse de soutien face à la tâche colossale qui l'attendait. Lucy l'observa quelque instant, impassible. Puis elle sourit.
***
-C'est Noël ! Réveillez-vous, allez, c'est Noël, debout !
Des coups bruyants furent toqués à la porte. Lucy grogna et plongea le nez sous ses draps en ignorant les coups insistants qui continuaient de retentir.
-DEBOUT !
-La ferme, Lily ! cria James depuis sa couchette, d'une voix pâteuse.
Au dessus de Lucy, Roxanne émergea brièvement de son sommeil pour lancer son oreiller sur la porte, avant de retomber dans ses couvertures pour se rendormir. Les pas s'éloignèrent de la chambre pour aller toquer à celle d'à coté et Lucy entendit vaguement la voix criarde de la cadette Weasley ordonner à Fred, Molly et Dominique de se lever, et la réponse de Fred se fit clairement entendre par un très aimable : « va te faire bouffer les orteils de la main gauche par un Snargalouf ! ». Ce fut sans doute l'absurdité de la réponse de son cousin qui fit ouvrir les yeux à Lucy, alors qu'elle était secouée par l'hilarité. Elle se redressa difficilement en frottant ses yeux brulants. Quelle que soit l'heure, il était sans doute beaucoup trop tôt. Elle promena son regard sur la petite chambre, son esprit émergeait au fur et à mesure. A coté d'elle, Louis n'avait même pas bronché en entendant le réveil de Lily, et James, dans la couchette du dessus, s'était rendormi, la bouche ouverte sur l'oreiller, les cheveux plus en bataille que jamais et une jambe dans le vide. Au dessus d'elle, un bras à la couleur café pendait misérablement, et Lucy effleura ses doigts avec un sourire. Le bras disparut aussitôt avec un grognement.
-Roxanne Nymphadora Weasley, chantonna doucement Lucy.
Seul un grognement étouffé par l'oreiller lui répondit, et elle pouffa silencieusement. Elle se leva et ouvrit les rideaux sans vergogne. Un concert de grognement salua son initiative. Cette fois, Louis sursauta et lança un regard mauvais à la lumière qui entrait en abondance dans la pièce.
-Tiens, je pensais qu'il serait plus tôt que ça, commenta Lucy en remarquant que le soleil s'était timidement levé sur les collines enneigées. Joyeux Noël, les cousins.
-Noyeux Joël, Lu, marmonna Louis en se redressant, encore à moitié endormi.
Lucy lui sourit. Le Terrier n'était pas extensible à souhait, et ils étaient nombreux ; dès leur plus jeune âge, l'espace avait été rationalisé. Cette chambre avait été autrefois celle de Charlie, et son ancien lit avait été remplacé par deux lits superposés occupés par James, Louis, Roxanne et elle. Même disposition dans l'ancienne chambre de Percy pour Albus, Rose, Hugo et Lily et dans l'ancienne chambre de George qui abritait Molly, Dominique et Fred. Une partie du Terrier était en travaux pour l'agrandir d'avantage et accueillir les moitiés des petits-enfants qui commençaient à grandir. Louis finit par émerger et se leva en ébouriffant ses cheveux pour se réveiller pour de bon. Lucy eut un sourire narquois en pensant au nombre de fille qui aurait rêvé d'être dans sa position : Louis avait tendance à dormir torse nu et même au réveil, il restait incroyablement « beau gosse ». Il observa Roxanne, qui s'était repliée en position fœtale face au mur, et James, toujours ridiculement étendu. Il croisa les bras sur sa poitrine et s'appuya nonchalamment sur l'ossature du lit des filles avec un sourire espiègle.
-J'hésite profondément. Est-ce que j'appelle Lily et son appareil photo ?
Lucy réprima le gloussement qui lui venait spontanément à la gorge, et observa James à son tour. Mais la menace eut pour effet de réveiller définitivement Roxanne, qui asséna une tape sèche sur la tête de Louis en se redressant.
-Fais-ça, et je te jure que tu le regretteras, foi de Weasley, grogna-t-elle en enfilant un pull façon Weasley, avant de le regarder avec incrédulité. Mais pourquoi je mets ça, moi ? Je vais en avoir un nouveau dans cinq minutes !
-De toute façon, pour ce que ça change, ricana Louis en passant une main dans ses cheveux. Le mien est toujours rouge avec un grand « L » dessus. Tu crois qu'elle a peur que j'oublie mon nom ?
-Elle a sans doute peur que tu le confondes avec celui de James, commenta narquoisement Roxanne. Mais c'est n'importe quoi, précaution inutile : on sait tous que vous vous appelez Jouis et Lames.
-Je mets la faiblesse de la vanne pour le compte de l'heure matinale, mais tu as intérêt à t'améliorer dans les heures qui suivent, sinon, je te licencie ! Bon, qu'est ce qu'on fait de lui ? ajouta-t-il en désignant James du menton. J'appelle Lily ?
-Tu es un Mousquetaire, oui ou non ? se moqua Roxanne du haut de son lit.
-Justement, j'ai une certaine loyauté envers mes compagnons d'armes.
-Loyauté de mes bottes, ricana Lucy en levant les yeux au ciel.
-Ceci dit ... Pas besoin de Lily pour rigoler un peu.
Il approcha doucement ses doigts de la plante des pieds de James, qui dépassait de la couverture avec le reste de sa jambe, et se mit à le chatouiller. La réaction de James ne se fit pas attendre : il replia sa jambe pour se soustraire au supplice de Louis, mais se faisant, s'emmêla les pinceaux dans sa couverture et tomba de sa couchette avec un cri de panique exempt de toute virilité. Lucy et Roxanne s'écroulèrent sur le lit du bas, hilare, en voyant se redresser la tête ahurie, blessée et rouge de confusion de James. Une lueur meurtrière s'alluma dans ses yeux quand ceux-ci se posèrent sur Louis.
-Louis William Alastor Weasley, tu as intérêt à courir vite !
Ni une, ni deux, le fils de Bill et Fleur se précipita hors de la chambre, toujours uniquement vêtu de son bas de pyjama, et dévala les escaliers, James à sa suite, qui, inversement couvert d'un vieux T-shirt et d'un caleçon, éructant contre son cousin. Lily apparut alors dans l'embrassure de la porte, son éternel appareil entre les mains, une moue déçue aux lèvres.
-Vous auriez pu attendre, je les ai à peine eus en descendant l'escalier ...
-Si tu cours, tu auras peut-être la tête de Mamy Weasley ou de tante Ginny quand elles les verront arriver, fit remarquer Lucy avec un grand sourire.
A ce même moment, une voix forte s'éleva du salon, quelques étages en dessous :
-En pyjama, à moitié nu, à cette heure, et par ce temps ! Vous êtes vraiment des inconscients ! Quand je le dirais à vos mères ... Vous voulez être cloués au lit le jour de Noël ? Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? Vous auriez pu tomber dans les escaliers, et dans cette tenue, ça aurait fait mal ... !
-Je crois que c'est trop tard, sourit Roxanne. Ah les douces réprimandes de Mamy Weasley le matin de Noël ...
-Ça m'avait manqué, enchérit Lucy.
-Oui, bah moi, je me retrouve sans photo, maugréa Lily avec un regard noirs pour les escaliers. Mais je n'ai pas encore réussi à réveiller Fred, peut-être que cette mâtinée ne sera pas perdue !
-Un jour, je brulerais ce maudit appareil photo, gronda Lucy alors que la cadette s'échappait pour trouver une nouvelle proie. Euh, Roxanne, qu'est-ce que tu fais ?
La jeune fille se penchait sur quelque chose au pied du lit des garçons ; en suivant son regard, Lucy se rendit compte qu'il s'agissait de leurs cadeaux. Les cousines échangèrent un regard complice.
-Tu ne songes pas ...
-Et comment que j'y songe, exulta Roxanne en commençant à mettre les paquets dans les bras de Lucy. Une chasse aux trésors pour Noël, qu'est-ce que t'en dis ?
-Que je devrais cacher mes cadeaux avant qu'ils nous rendent la pareille.
Roxanne s'en chargea et dissimulant ses paquets sous une cape d'invisibilité que son père vendait dans sa boutique, et prit les derniers cadeaux des garçons avant de sortir de la chambre avec Lucy sur la pointe des pieds. Elles montèrent jusque la chambre d'oncle Ron, qui dormait comme un loir dans son lit, cachèrent les cadeaux dans le grenier en prenant soin de ne pas réveiller la très vieille goule, qui passait à présent plus de temps à dormir qu'à manifester sa présence, et descendirent dans leurs chambre ouvrir leurs cadeaux. Il était à peine huit heures du matin, et la moitié des adultes dormaient encore. En bas, Mamy Weasley préparait sans doute le petit déjeuner avec tante Hermione et Ginny le temps que les petits-enfants ouvrent les cadeaux.
-Qu'est ce que je disais, soupira Roxanne en enfilant un nouveau pull écarlate frappé de la lettre « R ». Un nouveau pull Weasley. Oh, et des moufles. Oh non, Tante Fleur m'a encore acheté une robe ... A quel moment elle a cru que je mettrais une robe ? J'ai déjà du mal avec les jupes de l'uniforme ... C'est carrément sexiste, quand tu y penses !
-Evidemment que c'est sexiste, confirma Lucy en fronçant le nez. Tu te souviens en deuxième année quand Dominique a écrit une lettre enflammée à McGonagall pour que les filles puissent choisir entre le pantalon et la jupe ?
-Je me souviens surtout que deux jours après, tous les garçons de Serpentard étaient eux-mêmes en jupe ...
-Rien à voir, c'était les Mousquetaires !
Roxanne ricana et se replongea dans ses cadeaux. Lucy avait reçu son habituel calendrier des Harpies de Holyhead par Luke, un livre sur les métamorphoses humaines offert par Scorpius, des pétards Weasley et une boite de dragées Surprise par Louis et James (mais Lucy les soupçonnait de les avoir trié pour ne lui laisser que les mauvais), un livre sur les dragons des îles britanniques signé Lysander et Lorcan Scamander, et évidemment l'habituel pull Weasley. Après la répartition, leur grand-mère avait tendance à accorder leur pull à leur Maison, mais malgré tout, Lucy n'avait jamais reçu de pull émeraude ; comme elle était la seule de Serpentard, Mamy Weasley prétendait qu'elle préférait ne pas acheter une bobine verte que pour elle ; et puis, le bleu lui allait si bien selon elle. De ce fait, elle recevait le même pull que Molly, Dominique et Hugo, frappé d'un grand « L » d'un bleu plus clair. Elle caressa la laine douce du pull avant de l'enfiler. Ce pull prouvait l'amour que sa Grand-mère lui portait. Mais sa couleur trahissait l'aversion qu'elle avait toujours pour sa Maison.
-Merci pour le Nécessaire à balai, fit-elle à Roxanne en enfilant son nouveau pull. Comment tu as deviné que j'en avais plus ?
-J'ai mes sources, répondit Roxanne avec un clin d'œil. Et merci pour le bonnet, il est sympa. Oh, t'as oublié un paquet.
Elle poussa du bout du pied un petit paquet. Lucy lut la carte, et plissa les yeux, méfiante. Elle était presque sûre que l'écriture qui avait noté son nom était la même que celle qui raturait des parchemins en Arithmancie à coté d'elle. Pour en être sûre, elle déchira prudemment le papier et en sortit une boite bleu et or familière. Oh par Merlin, songea-t-elle, amusée, en prenant la carte qui était accrochée à la boite de Chocogrenouille.
« Une petite pensée pour toi, préfète-parfaite ! Je pense bien que je t'en devais un dernier. Et au moins, je suis sûr que tu n'as pas la carte. Nadolig Llawen, Lucy.
– Adam. ».
Un sourire effleura les lèvres de Lucy. Elle ouvrit la boite du Chocogrenouille, touchée par l'attention d'Adam Scampers. Nadolig Llawen. Elle était à peu près sûre que c'était du gallois – voilà donc d'où venait le vague accent celtique du Gryffondor. Elle tira la carte de la boite et fut alors prise d'un fou rire qu'elle ne parvint pas à réprimer.
-Qu'est ce qu'il y a ? s'enquit Roxanne en levant la tête.
-Rien, pouffa Lucy en remballant ses affaires.
Ce n'était pas la carte de Chocogrenouille traditionnelle, mais celle de la petite souris jaune qu'elle avait failli lui piquer en sortant de la Tour de Gryffondor. Les filles rangèrent leurs affaires et descendirent au petit-déjeuner. Tout se passa alors très vite. James et Louis remontèrent dans leur chambre sans trouver leurs cadeaux, et menacèrent les filles de mille tortures si elles ne leur rendaient pas immédiatement. S'en suivit une course poursuite dans toute la maison, ponctuée par les cris de Mamy Weasley, les encouragements d'Albus et Rose, les grognements de Molly et les déclics de l'appareil photo de Lily. Finalement, les quatre Weasley se retrouvèrent dans le lit d'oncle Ron, les réveillant, lui et la goule au passage. Ils se dépêchèrent donc de sortir les cadeaux des garçons du grenier avant que la goule ne les transforme en charpie, aidés d'un Ron à moitié habillé et endormi qui tint sa baguette par la pointe au lieu du manche, et marmonna « Ligardium Weviosa » pour faire léviter les paquets. Quand James et Louis ouvrirent leurs cadeaux, Percy et Audrey venaient de passer la porte du Terrier pour le déjeuner.
-Oncle Perce, emmène Lucy, on n'en peut plus ! le supplia James en lançant un regard noir à sa cousine.
-Qu'est ce qu'elle a encore fait ?
-Comment ça encore ? s'indigna Lucy en se planta devant son père, mains sur les hanches et regard flamboyant.
Percy surprit une fois de plus sa fille en souriant doucement devant l'air outré de Lucy et caressa ses cheveux pour lui dire :
-Joyeux Noël, Lucy.
-Joyeux Noël, répondit-t-elle, les yeux plissés, avant de sourire de manière sarcastique. Maman t'a promis quoi pour que tu sois si gentil ?
-Tu me brises le cœur, ma fille.
Lucy sourit encore et appela sa sœur pour offrir leur cadeaux de Noël à leurs parents, un parfum pour leur père (« spécial futur-Ministre », lui glissa malicieusement Lucy, récoltant son regard noir) et une nouvelle robe pour leur mère. Oncle George et tante Angélina étaient déjà attablés et échangeaient eux aussi leurs cadeaux avec Fred, qui semblait s'être remis de son réveil, et Roxanne. Oncle Harry et tante Hermione aidaient Mamy Weasley à la cuisine alors que Ginny réprimandait Lily dans un coin. Molly reçut de ses parents une chaine avec un pendentif aigle d'or, et Audrey se tourna vers Lucy avec un petit paquet. La jeune fille la prit et l'ouvrit avec appréhension. Son souffle se bloqua dans sa gorge. C'était une petite bague en argent sertie d'une simple petite pierre d'émeraude au centre. Lucy leva un regard incrédule sur ses parents, un sourire incertain aux lèvres.
-Les couleurs de Serpentard ?
Ses parents échangèrent un regard ravi en remarquant la lueur émue dans les yeux de leur fille. Lucy sentit un sourire extatique se dessiner sur ses lèvres et mit immédiatement la bague avant d'embrasser ses parents sur ses deux joues. Paradoxalement, ses parents étaient les seuls des Weasley à complétement assumer le coté Serpentard de leur fille.
-On savait que ça te ferait plaisir, commenta Audrey avec un sourire.
-Hey, Percy !
George venait de se lever, et Ron était juste derrière lui, un sourire amusé aux lèvres. Il tenait quelque chose derrière son dos. Les yeux de Percy furent immédiatement plissés par la suspicion.
-Maman a un cadeau pour toi, frangin! se réjouit George et Ron sortit un pull rouge frappé d'un « P » de derrière son dos.
-Oh non, ne recommencez pas ... Non, Ron, George ...
Mais ses frères le forcèrent à enfiler le pull à la Weasley, et Percy se retrouva rouge de confusion, les lunettes de travers, et les cheveux ébouriffés, mais un sourire résigné aux lèvres. Vêtu ainsi d'un pull à la Weasley, et riant aux blagues de son frère, il paraissait moins guindé, plus détendu. Lucy le préférait cent fois ainsi.
-Hey, Lulu ! l'appela Louis, devant la fenêtre qui menait devant. Viens voir par là !
James et lui avaient décidé de continuer d'énerver Mamy Weasley en échangeant leurs pulls, et Louis se retrouvait de ce fait avec un grand « J » sur la poitrine. Lucy sourit franchement. Peut-être qu'on finirait vraiment par les appeler Lames et Jouis. Elle rejoint son cousin et se pencha pour voir à travers de la fenêtre. Cinq silhouettes remontaient le chemin sous le soleil froid de Noël. Lucy poussa un petit cri, et, faisant fi du fait qu'elle n'était que vêtue de son pull bleu et qu'elle était pied-nu, elle se précipita vers la porte d'entrée et sortie dans le froid polaire du Devon pour courir dans la neige. Elle ne sentit même pas la morsure du froid sur ses pieds. Tout ce qui comptait, c'était ce vers quoi elle courrait.
-Charlie !
Elle se jeta à son cou, et Charlie referma ses bras sur elle pour la faire tournoyer dans les airs en éclatant de rire.
-Mais ne serait-ce pas ma petite filleule, pied-nu et sans écharpe ? Tu veux que ta grand-mère t'écorche vif ?
-Même pas peur, rit Lucy quand il la reposa. Tu me protègeras, parrain !
Charlie sourit. Il était plus petit que son père, plus râblé, mais il avait au coin de l'œil les petites rides caractéristiques de ceux qui souriaient souvent. Elle remarqua également une nouvelle brulure qui semblait partir de son cou et mangeait une partie de sa mâchoire, mais cela mis à part, il semblait toujours le même homme que celui qu'elle avait vu il y a deux ans, avec cette tignasse rousse ébouriffé et cette odeur chaleureuse qui lui rappelait le feu de bois.
-Bien entendu, mais je m'en voudrais que tu attrapes froid ! Allez grimpe, mon petit strangulot !
-Rôh je t'en pris, ne me compare pas à ces bêtes immondes, marmonna Lucy en grimpant sur le dos de son parrain, pour éviter d'avoir à marcher pied-nu dans la neige. Salut Bill, salut Fleur !
-Moi qui pensais que tu nous avais oublié, plaisanta l'aîné des Weasley, qui tenait sa femme, Fleur, par l'épaule. Oh tiens ...
-Teeeeeeeeddyyyyyyyyyyyyy !!
Une petite tornade rousse, elle chaussée, se jeta vers un jeune homme aux cheveux bleus qui accompagnaient Bill, tenant par la main l'aînée des petits-enfants Weasley, Victoire. Teddy Lupin sourit, et s'accroupit pour réceptionner Lily dans ses bras et la faire tournoyer, comme Charlie avec Lucy un instant plus tôt. Puis il la jeta sans ménagement sur son épaule, provoquant les éclats de rire de la benjamine. Les sept presque-Weasley reprirent leur chemin vers la maison. Mamy Weasley les attendait dans l'encadrement de la porte, les mains sur les hanches, un rouleau menaçant de pâtisserie à sa ceinture.
-Je crois que je vais me faire disputer, commenta Lucy à l'oreille de Charlie.
Elle entendit son parrain ricaner avec approbation. Malgré ses cheveux blanchis et les rides qui commençaient à creuser son visage, un éclat toujours vif et intimidant brillait dans les yeux de Molly Weasley, première du nom. Elle restait le dragon de la famille.
-Lucy Eugenia Weasley et Lily Luna Potter ! gronda-t-elle en fusillant ses petites filles du regard. Vous voulez avoir la crève pour Noël ?
-Elles savent qu'elles auront une guérisseuse hors paire, l'adoucit immédiatement Victoire, très diplomate.
-Et tu sais bien qu'on faisait exprès de tomber malade juste pour nous faire dorloter par toi, maman, enchérit Charlie pour l'attendrir.
La vue de son fils adoucit immédiatement et elle se pendit à son cou, heureuse de le retrouver.
-Charlie ! roucoula-t-elle en lui tapotant ses joues comme à un enfant. Oh par Merlin ce que je suis heureuse de te revoir. Ça faisait au moins dix ans que tu n'étais pas revenu ...
-Deux ans, maman, tu exagères.
-Comment toujours, glissa Fleur à voix basse, mais Mamy Weasley ne l'entendit pas.
Bill parut lui presser le bras en signe d'avertissement, et ils entrèrent derechef dans le Terrier. Charlie lâcha Lucy pour faire face à la horde de Weasley qui se précipitait vers lui, aussi bien enfants que petits-enfants, et se retrouva bientôt avec tante Ginny, Roxanne, Dominique et Rose pendues au cou.
-Oula ! Moi aussi je suis ravi de vous revoir ! rit Charlie en tentant de toutes les serrer contre lui tant bien que mal.
-Il y a trop longtemps que tu n'étais pas rentré, gronda sourdement Ginny en plissant les yeux. Un jour ces dragons auront ta peau !
-Comment va bébé Nobert ? demanda moqueusement Ron en étreignant son frère.
-Noberta, corrigea joyeusement Harry avec un sourire.
-Elle a eu des petits il n'y pas longtemps, leur apprit Charlie. Deux magnifiques dragonneaux. L'ainé s'appelle Rubeus.
Les Weasley éclatèrent joyeusement de rire, et Mamy Weasley éleva la voix pour amener tout le monde à table. Lucy était toujours surprise de constater que tout le Clan Weasley arrivait à tenir dans la petite cuisine le midi de Noël. Elle-même était coincée entre Roxanne et tante Hermione, en face de Charlie et tante Ginny. En bout de table, Mamy Weasley couvait sa famille du regard, émue, mais ses yeux se durcissait à chaque fois que James essayait d'envoyer un morceau de dinde sur Albus ou qu'oncle George sortait une de ses nouvelles invention pour montrer à Charlie. Elle tenta aussi de convaincre Fred de se couper les cheveux, mais celui-ci se boucha immédiatement les oreille, et Molly lui souffla quelque chose du genre « tu étais prévenu » d'un air amusé. Papy Weasley avait réussi à dénicher des grilandes lumineuses de noël dans un entrepôt moldu, mais, faute d'électricité, elle servait simplement de décoration passive au dessus de leur tête. Il ne cessait de demander à Hermione pourquoi les moldus mettaient une « crèche » au pied du sapin pour Noël. Audrey et Angelina riaient ensemble dans un coin de table, et Harry et Percy semblaient parler d'affaire plus ministérielles. Il était seize heure passé quand ils sortirent de table, et Fred jeta Roxanne sur ton épaule pour faire d'elle un bonhomme de neige, Mamy Weasley lui hurlant de mettre un manteau et une écharpe sur ses talons. James et Louis coururent aidé leur cousin, faisait fi des directives de leurs grand-mère, et celle-ci abandonna, si bien que Lily et Dominique sortirent à leurs suites, ainsi qu'oncle Gorge et Ron pour « superviser l'action ». Comme Charlie parlait avec Bill au coin du feu, Lucy se rapprocha de Teddy, qui lisait un livre sur les relations entre politique et média dans le monde sorcier – une lecture ordinaire pour un tout jeune journaliste. Il sentit la jeune fille arriver et leva ostensiblement la tête pour lui sourire.
-Pull bleu ? remarqua-t-il avec amusement.
-Et toi pull rouge.
Teddy haussa les épaules. Ils étaient tout deux les exceptions de la famille (car à bien des égard, Teddy faisait parti de la famille, et Lucy avait même entendu que, par sa mère, il avait un lointain lien de parenté avec les Weasley). Il était le seul du Clan à avoir fait ses études à Poufsouffle, comme sa mère avant lui, mais Mamy Weasley lui avait toujours fait un pull rouge, frappé d'un grand « T », comme celui qu'il portait. La couleur jurait avec ses cheveux bleus électriques que Mamy Weasley tentait vainement de lui faire changer.
-Comment va La Gazette ? s'enquit-t-elle en s'asseyant en tailleur au pied du fauteuil de Teddy.
-Pas trop mal, répondit-t-il avec un charmant sourire en coin. Comment va Serpentard ?
-Pas trop mal.
Teddy plissa ses yeux noisette. Il ferma son livre et appuya ses coudes sur ses genoux pour fixer Lucy.
-James m'a un petit peu expliqué ce qui se passait à Poudlard en ce moment. Ce gars – Lionel – tu le connaissais ?
Lucy se rembrunit immédiatement, et une douleur sourde frappa son cœur. Depuis qu'elle était arrivée chez les Weasley, elle s'efforçait de ne plus penser à Lionel, même si ses cauchemars l'empêchaient de complétement l'effacer de sa mémoire.
-Pourquoi tu veux savoir ? Faire un nouvel article ? railla-t-elle, sur la défensive.
-Mais non, Lucy. Je demande juste. Mais si tu veux que je fasse un article ...
-Je pensais que ce que tu aimais, c'est de dénoncer les injustices. D'ailleurs, arrête de harceler ma mère.
-Il ne me harcèle pas, intervint Audrey, dans le dos de Lucy. C'est un charmant garçon, je préfère cent fois avoir affaire à lui qu'à ... disons ...
-André Andros ? hasarda Harry avec un ricanement.
-Rita Skeeter ? proposa Percy en un grognement.
-Daphnéa McColley ? enchérit Molly.
-Oh ! protesta Lucy en fusillant sa sœur du regard. Pas de mal sur mon ancienne Capitaine !
-Bref, la coupa Audrey avant de sourire à Teddy. Ted ne me dérange pas. Tu peux venir chercher des informations au Département de la Justice quand tu veux – dans la mesure du possible.
Teddy eut un sourire prudent à l'adresse de la mère de Lucy. Pour avoir parler plusieurs fois avec lui, Lucy savait que ce qui intéressait Teddy était souvent hors de la mesure du possible. Il se voulait être la voix de ceux qui n'ont pas d'ordinaire la parole (il devait sa place à La Gazette à l'interview d'un gobelin sur sa condition et les raisons de son sentiment d'inimitié envers les sorciers). Harry tapota l'épaule de son filleul avec fierté.
-Digne fils de son père.
-Digne filleul de son parrain, rétorqua Ginny avant d'embrasser Harry sur la joue. Tout ça, c'est parce que tu l'as envoyé faire un stage avec Hermione ...
-Je suis innocente, chantonna celle-ci avec un sourire. Il m'a juste aidé pour la S.A.L.E.
-C'est bien ce que je dis !
Lucy les laissa se disputer pour savoir ce qui avait inspiré à Teddy cette fibre justicière. Elle voulut rejoindre ses cousins pour les aider à transformer Roxanne en bonhomme de neige, mais Charlie attira discrètement son regard, et lui fit signe de le rejoindre dans la cuisine maintenant déserte. La jeune fille rejoignit son parrain avec un sourire, ravie d'avoir un tête à tête avec lui. Charlie tapota sa bouilloire de sa baguette.
-Du thé ?
-Je veux bien.
Ils échangèrent un sourire, et Charlie amena à sa filleule une tasse fumante avant de s'asseoir en face d'elle.
-Alors Lucette ? Comment ça se passe chez toi ?
Lucy sourit dans sa tasse de thé. Charlie avait adopté le surnom dont l'avait affublé les Scamander.
-Pas trop mal.
-Moui. Perce veut toujours que tu ailles au Ministère ?
-Euh ... Oui. Mais c'est sans doute ce qui se passera, tu sais.
Charlie la contempla longuement, secouant lentement la tête avec un sourire désabusé aux lèvres. Comme Hagrid et Lysander, il soutenait que l'avenir de Lucy s'inscrivait loin des bureaux Ministériels, mais étaient moins insistant que son lointain cousin. La jeune fille détourna les yeux, avant de changer de sujet :
-Parle-moi de la Roumanie. Comment vont tes dragons ?
Son parrain haussa les sourcils, et eut un petit sourire entendu. La jeune fille ne pouvait s'empêcher de t'intéresser à ce que faisait Charlie en Roumanie, malgré ce qu'elle disait - qu'elle finirait au Ministère. Malgré les années qui passaient, les dragons la fascinait toujours autant que lors qu'elle avait cinq ans.
-Et bien ... j'ai une bonne, et une mauvaise nouvelle.
-Encore ? grommela Lucy en fronçant les sourcils.
Charlie la gratifia d'un regard surpris, et elle lui fit un sourire rassurant. Depuis l'annonce de son père, elle se méfiait des « bonnes et mauvaises nouvelles ». Il fouilla dans sa poche et en sortit un cliché qu'il lui tendit. C'était une photo de deux petits dragons, au dos hérissé d'épine, et aux écailles noires et luisantes. Lucy sourit.
-C'est Rubeus ?
-Oui. Des bébés Norvégiens à Crête. L'espèce se raréfie, on est très heureux d'avoir eu ces deux là ...
-Je suppose que c'est ça la bonne nouvelle ?
Charlie eut un sourire énigmatique et se pencha pour prendre la main de sa filleule.
-Non. Enfin ... Pas exactement. Je commence par la quelle ?
-Euh ... La mauvaise ?
-Ton père doit venir en Roumanie cet été. Pour des raisons politiques, sans doute, il doit rencontrer le Ministre de la Magie Roumain.
Lucy se rembrunit, et sentit un soupçon d'amertume qui montait à la bouche. Effectivement, ce n'était pas la meilleure des nouvelles, car ça signifiait qu'il serait absent cet été, donc elle pouvait faire une croix sur les vacances en famille que son père lui promettait depuis le début de l'année. Ils n'étaient plus partis ensemble depuis des lustres. Elle appuya sa joue contre son poing en soupirant.
-Ô joie ... Merci de me l'apprendre.
-Mais de rien, ma petite Lucette. Tu veux la bonne, maintenant ?
-Je t'écoute avec la plus grande des attentions.
Charlie fit lentement tourner son thé pour la refroidir, entretenant le suspens. Puis il eut un grand sourire à l'adresse de Lucy.
-Mes années de harcèlement ont finalement payé. Il a consenti à te prendre dans ses bagages pour que tu m'aides à m'occuper de Rubeus.
Lucy fixa son parrain pendant quelques secondes, certaine d'avoir mal entendu. Elle décolla sa joue de son poing pour se redresser, et dévisager Charlie les yeux écarquillés.
-Dans ses bagages ? C'est-à-dire ?
-C'est-à-dire que tu viens avec lui en Roumanie, explicita-t-il, l'air amusé par la mine stupéfaite de Lucy. Et pas pour faire un stage au Ministère. Vous logerez tout les deux chez moi, et pendant qu'il sera au Ministère ...
-J'irais à la réserve avec toi ? Pour de vrai ?
Charlie eut un sourire entendu pour confirmer.
-Joyeux Noël, Lucette.
Lucy ne réagit pas pendant un instant, continuer de le fixer, incrédule. Puis elle poussa un cri de joie, et contourna la table pour se jeter dans les bras de son parrain, extatique, un grand sourire aux lèvres. Son cœur battait à tout rompre, et elle se retenait de courir partout dans la maison en criant de joie.
-Merci merci merci merci ! Je t'adore !
Charlie éclata de rire, et referma ses bras sur elle en une étreinte d'ours, avant de déposer un baiser dans ses cheveux.
-Moi aussi ma petite Lucette. Et après cet été, je te jure que si tu veux encore aller au Ministère après tes études, c'est que tu n'es pas ma digne filleule.
Lucy ne songea même pas à protester. Tout d'abord, parce que la boule d'émotion qui s'était formée dans sa gorge menacerait d'exploser si elle se mettait à parler. Et ensuite, parce qu'une toute petite voix en elle lui soufflait « il a raison ». Faute de mieux, elle enfuit son visage dans le poitrail de son parrain, un grand sourire aux lèvres. Ça devenait un très beau Noël.
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