1x22 : Je lui dirai qu'elle est née de l'amour

Musique/Vidéo : Céline Dion - Je lui dirai

Jamais un trajet en voiture ne m'a paru aussi interminable. Je suis allongée à l'arrière de la voiture de papa soutenue par Élise et par maman. Il ne m'est même pas possible de tenir assise sur le siège arrière tant les douleurs sont fortes. Il ne m'échappe pas non plus que les intervalles entre deux contractions sont de plus en plus courts.

- Courage, ma chérie, on arrive bientôt à l'hôpital, assure papa.

- Putain je vais crever ! m'exclamé-je. Oh désolé pour la vulgarité.

- Ce n'est rien ma belle, ce sont tes hormones qui sont au niveau maximum, dit Élise.

Quand enfin nous arrivons devant l'entrée de l'hôpital des Lilas, il me faut toute l'aide de mes parents pour réussir à me relever. Mon ventre me fait terriblement mal. On ne m'a pas menti en disant que j'allais éprouver bien des douleurs au moment d'accoucher.

Le docteur Mitose et quelques-uns de ses collègues nous attendent avec la civière. Lorsque l'on m'y allonge, je suis un peu soulagée. Le siège arrière de la voiture est bien trop inconfortable.

- Alors ça commence, Mathilde ? me dit le médecin d'un ton tout naturel.

Il peut tout aussi bien me demander si le moment est idéal pour danser un Madison.

- Tout ira bien, je te jure que tout va bien se passer, assure-t-il. Allez, on y va.

J'ai l'impression de me retrouver comme dans un épisode d'Urgences. Allongée sur la civière avec mon ventre énorme qui me fait souffrir, je vois défiler le plafond à toute vitesse. Et dire que j'en ai sans doute pour plusieurs heures. Mais pour m'encourager, je pense au fait qu'au bout de cette épreuve, Lucie sera là. J'aurai enfin ma fille dans mes bras.

- Mes parents ont appelé Arnaud et sa mère, ils vont arriver à l'hôpital le plus vite possible, me dit Élise.

Mon homme... j'ai grand, grand besoin de mon homme. Je veux qu'il soit là pour ce moment qui va changer notre vie à jamais...

Enfin, nous arrivons à la maternité.

- Nous restons dans la salle d'attente, chérie, me dit maman. J'ai souvent été sévère avec toi mais je sais que tu vas être très forte. J'ai confiance en toi.

- Courage, chérie, elle va bientôt sortir de là, me dit papa en m'embrassant sur le front.

- Nous sommes avec toi de tout cœur, ma bemme ! encourage ma meilleure amie en m'embrassant également mais sur la joue.

A tous, je leur souris avant que le docteur Mitose ne s'éloigne avec la civière. Je suis fin prête à affronter mon destin. Dans quelques heures tout au plus, je serai maman.

- Pour commencer, me dit le médecin une fois dans ma chambre de maternité, nous allons vérifier la fréquence des contractions et le rythme cardiaque de ton bébé via un monitoring.

Je fais oui de la tête. Je connais le procédé, Madame Épinard a expliqué tout cela durant les cours prénataux.

Le docteur Mitose me pose deux capteurs à ultrasons au bas-ventre. Aussitôt sur l'écran sont enregistrés les battements du cœur de Lucie. Quant à mes contractions, elles se font désormais dans un intervalle de cinq à dix minutes.

- Bon, tout va bien pour Lucie, dit le médecin, elle est impatiente de pouvoir sortir. Quant à ton col, il n'est ouvert qu'à quatre centimètres. Il va te falloir faire preuve de patience. Courage, Mathilde.

PDV : Élise

Le silence est total dans la salle d'attente. Personne n'ose dire un mot. Chacun attend patiemment avec une légère appréhension.

Cela fait maintenant sept heures que le travail a commencé. Sept heures depuis que Mathilde a perdu les eaux et que ses parents l'ont emmené à l'hôpital. Reçu par le docteur Mitose, elle est ensuite entrée en maternité et nous ne l'avons pas revu depuis.

Nous sommes nombreux présents dans cette salle. Les parents de Mathilde, mes parents, la mère d'Arnaud ainsi que Myriam. La grand-mère de Mathilde est restée chez eux pour garder Lili, malgré l'insistance de cette dernière qui veut rencontrer sa nièce. « Tu la verras le moment venu » l'a assuré son père.

Arnaud quant à lui, en tant que père de l'enfant, est le seul à être allé accompagner Mathilde à la maternité.

- Gisèle ? dit soudainement papa.

C'est le premier mot que l'on entend depuis près d'une heure aussi tout le monde lève les yeux.

- Oui ?

- Combien de temps a duré ton accouchement pour Mathilde ?

Ce n'est pas vraiment la question à laquelle on aurait pu s'attendre. De toute évidence, papa cherche un moyen de rompre la monotonie du silence. Néanmoins, Gisèle Clémentine ne parait pas vexée par la question. Elle répond :

- J'ai mis quatorze heures pour accoucher de Mathilde. Il a fallu une césarienne, j'en garde encore une cicatrice au niveau du nombril. Et pour Lili, j'ai mis encore plus longtemps, dix-neuf heures. La coquine ne voulait pas sortir.

- Je me rappelle de la naissance de Lili, dit maman. C'était à l'époque où nous projetions Patrick et moi d'avoir un deuxième enfant. Hélas il n'est jamais arrivé.

Je me souviens moi aussi de la naissance de Lili. A l'époque, Mathilde, qui avait dix ans, attendait avec impatience l'arrivée de sa sœur et n'imaginait aucunement qu'elle se retrouverait dans cette même situation six années plus tard.

- Et vous, Carole ? demande François.

Surprise de se retrouver mêlée la conversation, la mère d'Arnaud dit :

- Treize heures avec péridurale, dit-elle d'un air absent. Ça s'est fait tout naturellement.

De toute évidence, Madame Leroc n'a pas envie d'aborder ce sujet de son côté et personne n'insiste.

- Ça vous fait quoi d'être grand-mère ? lui demande à la place papa.

- Forcément bizarre, je n'ai que trente-huit ans, répond-t-elle avec bien plus d'enthousiasme. Mais j'ai confiance en mon fils. Il a suffisamment prouvé qu'il savait faire face à ses responsabilités et qu'il aime Mathilde.

- Je reconnais avoir longtemps douté de lui, dit Gisèle. J'ai été furieuse lorsqu'ils ont fait ce que vous savez.

Personne n'a oublié le dîner pas vraiment réussi pour présenter Arnaud à la famille Clémentine.

- Je ne suis pas toujours tendre et je peux être fatiguante, continue-t-elle. Mais vous avez raison, Carole, votre fils a fait ses preuves. Il a sauvé la vie de Mathilde alors que ce malade voulait les écraser, mon mari et moi lui en serons éternellement reconnaissant. Un garçon de son âge capable d'un tel acte est digne d'être mon gendre.

- C'est vrai qu'au début, on a été choqué d'apprendre que Mathilde va avoir un enfant, son époux. Grands-parents à seulement quarante-deux ans ! J'ai l'impression que c'était hier que je changeais la couche de Mathilde et plus proche encore celle de Lili.

- Mathilde est la fille la plus courageuse que je connaisse, dis-je. Elle saura parfaitement s'en sortir j'en suis certaine.

- Tu as raison, chérie, dit maman. Et elle et Arnaud ne sont pas seuls. C'est toute une famille qui est avec eux.

- Trois familles très exactement, dit François d'un ton jovial. Oh attendez faut que je regarde mon téléphone.

- Regarder quoi ? demande son épouse avec méfiance.

- Voir le résultat du match entre la Rozanie et la France. C'est l'Euro 2024 après tout.

- Sérieusement ? gronde Gisèle comme si elle considérait que le moment était mal venu de parler de foot. Ta fille va accoucher et toi tout ce qui te tracasse, c'est le résultat de ton match ?

- Ben quoi ? J'ai renoncé à regarder le match pour être auprès de Mathilde, je peux au moins voir le score sur le téléphone !

Tout le monde éclate de rire y compris Gisèle.

- Pour en revenir au sujet, reprend la mère de Mathilde, je sais que j'ai été par moment très dure avec elle, même très sévère et que par moments, il n'a pas manqué grand-chose pour que l'on en vienne aux mains. Mais comprenez une chose : ma fille je l'aime de tout mon cœur, la seule chose qui compte est son bien. Il y a un an, quand elle allait très mal à cause de son chagrin d'amour, je me suis jurée qu'elle ne souffrira plus. C'est pour cela qu'au début j'étais un peu froide envers vous et votre fils, Carole, je me méfiais juste de l'inconnu.

- Je comprends tout à fait.

- Et le jour où Mathilde a annoncé être enceinte, je vais vous le dire clairement j'ai été bouleversée. Je me suis sentie coupable, je me suis demandé ce que j'avais fait de mal, ce que j'avais raté pour que cela se produise. Aurais-je dû être plus vigilante ? Aurais-je dû mieux la conseiller sur la contraception et la première fois ? Mais j'ai été très surprise de voir comment elle a fait preuve d'une maturité exceptionnelle. Elle a parfaitement compris ce que cela implique d'avoir un bébé à son âge et elle a su se montrer responsable. Et je dois dire, ajoute-t-elle avec un sourire que je ne crois pas l'avoir jamais vu afficher, que je suis aujourd'hui très fière de ma fille.

- Et il y a un an, je la haïssais, dit Myriam qui parle pour la première fois depuis notre arrivée. J'étais jalouse car elle avait une vie stable et heureuse pendant que moi je souffrais. Mais aujourd'hui, elle est la personne que j'admire le plus au monde.

- Et tu es devenue comme notre deuxième fille, Myriam, dit papa, officiellement même.

- C'est fait donc pour l'adoption ? demande François.

- Pas une adoption à proprement parler mais officiellement, nous serons sa famille d'accueil, répond maman. Je crois savoir que dans notre pays, il faut être un an dans une famille d'accueil avant une éventuelle adoption.

- Cela pour dire, dit papa, que je suis certain que Mathilde fera une excellente maman.

- Et mon fils aussi un excellent papa, dit Carole. Je serai toujours là pour lui. La vie lui a fait le plus beau cadeau en lui offrant Mathilde.

- Par contre je te préviens, Élise, dit soudainement papa à mon adresse, je ne te permettrai pas de suivre la même voix. Attends d'avoir le bon âge pour être mère.

- Ne t'en fais papa, il n'y a aucun risque. Je te rappelle que je sors avec la fille qui est assise à côté de moi.

De nouveau, tout le monde éclate de rire et Myriam m'embrasse sur la joue.

- Bon, j'aimerais savoir où c'en est, dit François avec impatience. Où est le docteur Mitose ?

Quand on parle du loup, le médecin arrive justement dans la salle d'attente. Tout les regards se posent sur lui et le père de Mathilde se lève.

- Alors, docteur ? demande-t-il avec espoir.

- Nous avons fait tout les contrôles et examens, tout va bien jusqu'ici. Le col est ouvert à sept centimètres.

- Ce n'est donc pas encore fait, dit François, un peu déçu.

- Je vous préviens dès que nous sommes prêts à commencer l'accouchement.

- Comment va Arnaud, docteur ? demande Carole.

- Votre fils s'accroche, Madame Leroc. J'ai rarement vu un garçon de son âge aussi soucieux de sa copine sur le point d'accoucher. C'est qu'il est très amoureux d'elle.

Le médecin retourne à la Maternité et le silence retombe à nouveau. Il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre. J'avoue ne pas aimer l'idée de rester là assise pendant que ma meilleure amie subit une souffrance atroce mais c'est comme ça, après tout c'est naturel. Et puis, j'ai confiance en elle. Elle va réussir. Lucie va bientôt arriver, ce n'est plus qu'une question d'heure.

PDV : Mathilde

Arnaud m'a rejoint environ une heure après mon entrée dans la chambre. Il parait tout aussi tendu que moi et c'est normal. Lui aussi sa vie est sur le point de changer.

- Alors on y est enfin ? chuchote-t-il.

- Et oui, dis-je d'une petite voix avec un sourire à mon amoureux. J'ai attendu et surtout redouté ce jour depuis que j'ai fait mon test de grossesse.

- Je suis avec toi, mon cœur. Aide notre fille à sortir.

On se prend la main. Nous avons besoin de notre amour pour me donner la force suffisante pour accoucher. Encore une fois, je réalise que je n'aurais jamais pu arriver jusque-là sans lui. Tant de chemin a été parcouru depuis dix mois, tout est allé si vite. Et aujourd'hui arrive l'ultime aboutissement de notre amour.

- Je suis contente que tu sois là, dis-je.

- Je t'ai promis de te rester fidèle jusqu'au bout et je tiens ma promesse.

- Je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime tellement. Et j'ai hâte qu'elle arrive cette petite.

- Elle s'impatiente tout autant tu peux me croire, dis-je lui en posant une main sur mon ventre.

A ce moment-là, je suis prise d'une nouvelle contraction.

- Ouch ! Putain mais c'est de pire en pire !

- Tu es maintenant à neuf centimètres, me dit le docteur Mitose quelques minutes plus tard après examen. Encore un et on pourra commencer, c'est pour très bientôt.

Je jette un coup d'œil à la pendule accrochée au mur face à moi. Il est vingt heures, cela fait déjà donc neuf heures que je suis ici. Peut-être est-ce dû au stress et à l'attente mais je n'ai pas vu défiler ces même neuf heures, comme si la journée était passée à la vitesse d'un TGV.

Arnaud sort et revient régulièrement notamment pour aller se prendre à manger et à boire au distributeur dans la salle d'attente. Je n'ai pas faim de mon côté, comme si mon estomac laissait le reste du corps travailler à pousser mon bébé dehors. Et de toute façon, je ne me vois pas avaler quoi que ce soit en ce moment. Toute concentration du cerveau est posée sur l'accouchement.

Enfin, vers vingt-trois heures quinze, le docteur Mitose déclare que mon col est ouvert à dix centimètres.

- Il y a désormais assez de place pour que le bébé puisse passer. Nous allons pouvoir commencer l'accouchement. Courage, Mathilde, c'est le moment.

J'y suis enfin. Après neuf mois à la porter, Lucie s'apprête à quitter mon corps. Je reprends la main de mon copain. J'ai besoin plus que jamais de son amour. J'arrive à cet instant fatidique.

- Es-tu prête, Mathilde ? me demande le docteur Mitose avec un sourire bienveillant.

Je fais oui de la tête.

- Ne t'en fais pas, tout va bien se passer. Tu as bien suivi les cours prénataux, tu sais comment ça va se dérouler. On y va ?

De nouveau je hoche la tête.

- Très bien. Alors à trois tu commences à pousser, Mathilde. Je suis là pour t'aider et te soutenir.

Je fais oui pour la troisième fois de la tête. Je n'en peux plus, ce n'est plus supportable. Il est temps que Lucie sorte, allez !

- Un... deux... trois... Allez, Mathilde, pousse ! pousse !

Je m'exécute. Si jusque-là, la douleur est terrible, ce n'est rien comparé à ce que je ressens à ce moment. J'ai l'impression que l'on m'arrache les boyaux de force. Je me suis attendue à souffrir mais je n'imaginais pas à ce point-là. Et pourtant, je dois faire l'effort, je dois me détendre comme j'ai appris à le faire durant les cours prénataux. Je dois aider Lucie. Courage ! Courage !

- C'est bien, Mathilde, tu es formidable. Allez courage continue ! Pousse ! Pousse !

Les yeux d'Arnaud se posent alors sur mon bas ventre et tout à coup il s'évanouit.

- Ah ! Ça arrive parfois avec les futurs papas, dit le docteur Mitose avec un rire. Il va vite se remettre ne t'inquiète pas. Allez, on continue. Pousse ! Pousse !

Je pousse de toutes mes forces. Je suis aussi épuisée que si je venais de courir un marathon entier à toute vitesse et sans pause. Et cette souffrance, cette souffrance, juste épouvantable...

- Tu y es presque on commence à voir sa tête ! s'exclame le docteur Mitose alors que Arnaud reprend lentement conscience. Allez, Mathilde ! Pousse ! Pousse !

Affrontant la souffrance avec un grand courage, je continue de pousser. Je fais usage de mes dernières forces.

- Elle est presque sortie, un dernier effort, Mathilde, courage !

Et finalement, après une ultime poussée qui a dû finir de me vider entièrement de l'intérieur, j'entends raisonner un cri dans mes oreilles. Complètement épuisée et en nage, j'aperçois à peine un petit être humain plein de sang tenu délicatement par le Dr. Mitose et accroché à moi par le cordon ombilical.

- C'est fait elle est née ! Félicitations, Mathilde !

J'en ai vécu des émotions ces derniers mois mais celle-là est de loin la plus forte. Je l'ai fait, je viens d'accoucher. Je réalise à peine. A côté de moi, Arnaud parait dans un état second.

Après l'avoir lavé et coupé le cordon ombilical, le docteur Mitose enveloppe ma fille dans un petit tas de couverture et la dépose doucement dans mes bras. Aussitôt niché, Lucie ne crie plus et me regarde.

Jamais de toute ma vie je n'ai ressenti un tel bonheur. J'ai lu sur internet des témoignages de jeunes mères racontant ce qu'elles ont ressentis au moment d'avoir leur enfant dans les bras. C'est encore plus beau que ce que j'ai imaginé. Je me demande même sur le moment si je ne rêve pas. Est-ce que ce petit être innocent qui me regarde enveloppé dans une couverture est vraiment mon enfant ? Je me souviens avoir pleuré à la naissance de Lili. Oui, ce bébé est bel et bien mon bébé. C'est ma fille qui vient de naître.

- Bonjour toi, dis-je avec un grand sourire maternel en lui donnant un baiser sur son petit front.

Lucie émet un petit couinement comme pour me dire qu'elle aussi est heureuse de me rencontrer. C'est merveilleux. Je suis émue de voir comment elle est si mignonne.

Je tourne la tête vers Arnaud et comprend à son expression qu'il souhaite la tenir mais n'ose pas.

- Prends-là, mon chéri, dis-je en lui tendant le tas de couverture. Elle veut faire connaissance avec son papa.

Tout doucement, Arnaud la prend dans ses bras et sourit à Lucie, la voyant comme le plus beau trésor du monde. Il la regarde avec des yeux émerveillés.

- Elle est... magnifique, dit-il d'une petite voix toute émue.

- Tu as vu, mon cœur, elle a tes yeux, dis-je.

- C'est vrai, me dit-il avec un brillant sourire. Elle a mes yeux et elle a ton visage.

Arnaud me repasse ensuite Lucie. Je réalise que notre fille a fermé les yeux. Plus les minutes passent, plus elle me parait si belle. Je suis tellement heureuse.

Je sais à l'instant que j'ai pris la bonne décision. Je ne pourrais décemment pas me séparer d'elle. C'est ma fille, c'est mon enfant. Je la garde.

- Tu vas prévenir la famille, Arnaud ? suggère le docteur Mitose.

- C'est ce que je vais faire oui, répond celui-ci avec enthousiasme.

Tout doucement, mon homme sort de la chambre d'hôpital. De mon lit, je ne vois rien de ce qui se passe dehors mais j'entends clairement Arnaud qui dit à une assistance en pleine attente :

- Elle est arrivée.

Et tout à coup, explosion de joie dans la salle d'attente. Et un drôle de bruit comme si tout le monde se bousculait pour être le premier à entrer dans la chambre. C'est le docteur Mitose qui ramène tout le monde au calme.

- Seulement deux personnes à la fois et pas plus de dix minutes. Mathilde est épuisée.

Finalement, le médecin consent à laisser entrer en premier la marraine et la grand-mère paternelle.

Élise entre donc pour voir sa filleule et Carole sa petite-fille. Dès l'instant où leurs yeux se posent sur ma fille nichée dans mes bras, elles ont les mêmes regards émerveillés qu'Arnaud.

- Oh ! Ma belle, elle est sublime ! dit Élise qui pleure de joie.

- Tu veux prendre ta petite-fille, Carole ? demandé-je.

- Et comment !

Je confie mon enfant à sa grand-mère qui lui fait de grands sourires et chantonne « bonjour toi ! je suis ta mamie ! ». Lucie couine comme pour exprimer sa joie de la rencontrer elle aussi.

- Ce que t'es si belle toi, tu as les yeux de ton papa tu sais !

Tour à tour, tout le monde vient rencontrer Lucie. Lorsque mes parents entrent et prennent leur petite-fille, je suis surprise de voir comment ma mère est aussi heureuse. A croire que le fait d'être grand-mère a brisé un mur de glace dans son caractère si strict. Et dire qu'au début, elle a été proche de me mettre à la porte. Mais l'amour change tellement de choses, la preuve.

- Je le reconnais, c'est du bon travail, dit maman avec fierté. Elle est tellement mignonne.

- Je pourrai lui apprendre à jouer au foot, dit papa.

- Ah non ça suffit avec ton foot, François ! réplique maman, exaspérée.

Je ris. Mes parents sont fidèles à eux-mêmes.

- Vraiment félicitations, Mathilde, me dit papa, elle est magnifique. Mais promet-moi une chose.

- Quoi donc ?

- Qu'elle n'aura pas de frère et sœur avant longtemps.

J'ai un rictus. Après avoir constatée ce que ça fait quand un bébé sort du vagin, je n'ai aucune hâte de retenter l'expérience.

Papa se tourne ensuite vers Arnaud, resté en retrait pendant que maman berce Lucie. Il lui met les bras sur les épaules et lui dit :

- Tu sais quoi, fiston ? Je ne te l'ai jamais dit mais lorsque j'ai appris que tu as mis ma fille enceinte, j'ai eu très envie de te coller mon poing dans les burnes.

Arnaud avale sa salive et papa se met à rire.

- Rassure-toi c'est pour plaisanter, je n'ai aucune intention de te frapper à cet endroit. Mais tu as intérêt à tenir tes promesses et à bien t'occuper de ma fille et de ma petite-fille ou je pourrais bien changer d'avis. Est-ce clair ?

- Évidemment, monsieur, dit Arnaud qui semble penser que mon père ne plaisante pas.

- Appelle-moi François. Tu es un Clémentine à présent.

Une demi-heure plus tard, c'est au tour de grand-mère et Lili de venir me rendre visite. Lili est si impatiente de rencontrer ma nièce que grand-mère doit faire de gros efforts pour la retenir.

- Vous êtes les derniers visiteurs, prévient le docteur Mitose. Ensuite, Mathilde doit se reposer et nous allons déposer Lucie en pouponnière.

- De toute façon il est temps rentrer, dit Patrick. On reviendra demain voir cette petite merveille. Encore toutes nos félicitations, Mathilde.

- Merci, Patrick, dis-je chaleureusement.

- Moi aussi j'y vais, me dit Arnaud en m'embrassant. Je reviens demain matin, chérie.

- Merci, mon chéri. Et merci... pour tout ce que tu m'apportes.

- C'est moi qui te remercie, pour avoir changé ma vie et nous avoir offert une si belle étoile.

Et après un dernier baiser ainsi à moi ainsi qu'à sa fille, il rejoint sa mère qui l'attend à l'entrée de la chambre. Quelle chance j'ai d'avoir un tel garçon dans ma vie. Et quelle chance a Lucie de l'avoir comme papa.

Quand grand-mère et Lili entrent dans la chambre, grand-mère commence bien sûr par me féliciter et par donner un baiser à Lucie qui s'est profondément endormie dans son petit lit pour nouveau-né. Lili par contre hésite à s'approcher comme si elle avait peur que Lucie ne se jette soudainement sur elle pour l'attaquer.

- Et bien, Lili, tu ne viens pas lui dire bonjour ? la taquiné-je.

- Elle est bizarre, elle est toute rose !

Je me mets à rire.

- C'est parce qu'elle vient de naître.

- Elle a vraiment été dans ton ventre ?

J'échange un sourire avec grand-mère. A mon avis, mes parents ne vont pas tarder à devoir répondre à des questions gênantes.

- En tout cas elle est sublime, Mathilde, dit grand-mère. A l'image de sa maman.

- C'est vrai. Je suis tellement heureuse.

Oh que oui, je suis heureuse, je ne réalise pas encore. J'ai peine à croire que ce petit bout de chou qui dort dans mes bras est de mon sang, que je l'ai porté dans mon ventre pendant neuf mois. Jamais je n'ai connu un tel bonheur en seize années. Je suis tellement émue que j'en pleure.

Finalement, c'est bien vrai ce que l'on dit. La vie peut être belle et comme l'a dit mon amoureux apporter de si belles étoiles. Et une étoile vient d'arriver dans ma vie : elle se prénomme Lucie.

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