15. Un

12 Décembre.



Bob m'a appelé le lendemain, à la première heure. Il était très inquiet, et je l'ai rassuré ; lui confiant mon idée, en lui faisant promettre de ne la répéter à personne.

J'ai vu Harry, toute la semaine, sauf hier. Pour son anniversaire, il est allé chez ses grands-parents, et est resté dormir chez eux.
Évidemment, j'aurais aimé passé sa soirée d'anniversaire avec lui, mais nous ne sommes que le lendemain ; je peux toujours le voir aujourd'hui, ainsi que tous les jours qui vont suivre.

Il n'y a rien qui presse ; son cadeau ne bouge pas, et moi non plus.



« Tu ne vois pas Harry aujourd'hui ? » s'étonne ma tante, en m'aidant à mettre la table.

« Si, » je réponds en posant les deux assiettes, « Je vais passer le voir chez lui tout à l'heure, rapidement. » Elle hoche la tête pour approuver, et retourne dans la cuisine.

En réalité, je ne pense pas passer juste rapidement. Je vais certainement rester dormir avec Harry, parce qu'il va me le demander et que je ne pourrais pas lui refuser.

Je n'aime pas être si dépendant de lui. Parce que j'ai conscience qu'il finira par se lasser de moi, que je suis le faible du couple. Je l'aime tellement que je pourrais mourir pour lui et - parfois, je me trouve égoïste de penser ça.

Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête d'Harry, alors peut-être m'aime-t-il autant, peut-être m'aime-t-il davantage, peut-être n'est-ce même pas comparable.

Quoi qu'il en soit, je ne veux pas le lâcher, au sens propre comme figuré. Alors, ce soir, je vais rester avec lui.

De toute manière, pour toutes les fois où nous l'avons fait, ce n'est pas ce soir que mes tuteurs découvriront que je ne suis pas seul dans mon lit, ou que je n'y suis simplement pas.


Je rejoins la cuisine, timide, puis m'adosse contre la bordure de la porte.
Ma tante se tourne vers moi, et m'interroge du regard.

« Je - hum, » je commence, doucement. Comment aborder le sujet ? Je ne veux pas lui faire de peine, mais je ne veux pas faire comme si je ne savais rien. Je sais des choses, et je dois lui montrer que malgré mes 17 ans - 18 dans une semaine -, je suis en mesure de comprendre et d'épauler mentalement. « J'ai su, pour - » Elle fronce doucement les sourcils, et je soupire. « Pour ton bébé. »

Son expression change. « Comment tu as su ? »

« Je - » je secoue la tête, « peu importe. Juste - je le sais. » Elle s'apprête à répondre, mais je la devance. « Je n'ai rien dis à personne, je te le jure ! » Elle hoche la tête, et me laisse poursuivre. « Je ne peux rien y changer et - j'en veux beaucoup à Raymond. »

Malgré tous mes efforts, je n'arrive pas à appeler ma tante 'tata', et mon oncle 'tonton'. Ces titres leur reviennent de juste droit, mais je n'arrive juste pas à les en honorer.

Elle baisse les yeux, et sa voix se fait très basse.

« J'ai toujours eu des problèmes à ce niveau-là, alors quand on m'a dit que j'étais enceinte... » Elle ferme les yeux. « C'était le plus beau jour de ma vie. J'ai pleuré de joie. Puis - ça s'est vite transformé en tristesse. Je savais que Raymond allait me forcer à avorter. »

« Je - » Elle ouvre de nouveau les yeux, et ils ne sont même pas mouillés. Comme si les larmes n'avaient même plus la force, elles non plus. « Je pensais que les croyants étaient contre l'avortement, » j'avoue.

« Ils le sont, » répond-elle. « Ray' est un peu un hybride à ce niveau-là. Il est catholique, mais supporte les homosexuels et l'avortement le dérange bien moins que le fait d'avoir un enfant avant le mariage. » Un petit rire ironique sort de sa bouche avant qu'elle ne pose ses mains à plat sur le plan de travail, le regard vide. « J'ai essayé de lui tenir tête, » reprend-elle. « De lui dire que c'était la chance de notre vie, que peut-être elle ne se représenterait jamais. »

Je baisse les yeux.

« Elle ne s'est jamais représentée. »

Cette femme est d'or.

Et il l'a réduite à de la rouille.

Un silence s'ensuit, et je ne relève pas les yeux avant que ma tante ne s'arrête juste devant moi.

Elle pose sa douce main sur ma joue, qu'elle caresse de son pouce, un sourire rempli de tristesse aux lèvres.

« Tu es un merveilleux jeune homme, et tu vas me filer entre les doigts avant que je n'ai vraiment pu m'habituer à toi, » dit-elle, la voix tremblante, et je m'apprête à répondre, mais elle m'en empêche. » Tu vas en voir des choses dans la vie Louis, et je te souhaite d'en explorer chaque recoin. Mais - »

Elle pose ses lèvres sur mon front, et son acte presque maternel enveloppe mon coeur dans une chaleur qui ne me manque que chaque seconde.

« Ne laisse jamais l'amour t'écraser. »

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« Harry ! » je crie en lui sautant dans les bras, une fois entré dans sa chambre. Il rit et enveloppe ses bras autour de moi.

« Je ne suis parti que 24 heures, » répond-il en frottant son cou contre mon nez.

« C'est déjà trop, » je réponds, boudeur.

Il rit et se recule pour m'embrasser délicatement avant de s'asseoir sur le lit ; j'en fais de même.

« C'était bien ? » Je demande. Il hausse les épaules. « Je vois. »

« Et toi ? »

« Je me suis ennuyé. Puis, j'ai parlé à ma tante, de - tu sais. Le bébé. »

« Elle ne m'en veut pas de te l'avoir dit ? » il demande, inquiet. Je secoue la tête.

« Je ne lui ai pas dis que c'était toi. »

« Ne sois pas stupide, elle s'en doute. »

J'hausse les épaules avant de lui sauter dessus, le faisant tomber en arrière sur le matelas, m'accrochant à lui.

« Tu as eu quoi comme cadeauuuuuux ? » je demande, et il rit.

« Un peu d'argent, et un nouveau polaroïd. »

« Encore un ? » je demande en me redressant pour le regarder, cependant toujours plaqué contre lui. Il acquiesce.

« Le mien s'est cassé il y a pas longtemps. Ma grand-mère m'en a racheté un tout neuf, et il est encore mieux. »

Je souris de toutes mes dents et lui vole un baiser.

Ce n'est qu'un appareil photo spécial, mais j'ai conscience que c'est un merveilleux cadeau pour lui. Peut-être même le plus beau qu'on puisse lui faire.

« Tu m'as manqué, » je dis doucement.

« Toi aussi, » répond-il, et je sens ses grandes mains serrer mon postérieur, ce qui me fait couiner contre sa bouche. Il saisit ma lèvre inférieure entre ses dents, avant de redéposer un chaste baiser contre celles-ci, et d'ancrer ses yeux dans les miens, ne lâchant pas son emprise.

« Tu as envie ? » je demande.

« J'ai toujours envie de toi, » répond-il, très sérieusement, ce qui me décroche un petit sourire attendri.

Il est vrai que depuis que nous avons passés le cap, il y a deux semaines, nous n'avons pas arrêtés de faire l'amour.

Je suppose que c'est normal, que les jeunes couples font ça ; qu'ils ne sont jamais rassasiés de leur compagne ou compagnon.

Notre relation n'a rien de sexuel. Évidemment, il y a cette petite partie, mais nous parlons énormément, nous nous confions à l'autre, nous rigolons, nous sortons. Ce n'est pas juste une amitié avec bénéfice.

Je suis amoureux d'Harry, il est amoureux de moi. Et nos corps sont amoureux également l'un de l'autre.

« Tu veux bien qu'on fasse l'amour ? » il me chuchote à l'oreille, en déposant un baiser juste en dessous.

Il sait pertinemment que s'il a le malheur d'utiliser le terme coucher ensembles, je vais le frapper.

Pour toute réponse, je l'embrasse à pleine bouche.

Ses mains remontent jusqu'à mes omoplates, pour s'échouer dans mes cheveux, et il exerce une petite pression dessus pour me faire comprendre de me reculer.

Je m'exécute, et remarque alors son regard ; différent de d'habitude. Il prône l'inquiétude, et l'angoisse.

« Ça va pas ? » je demande, les sourcils légèrement froncés. Il secoue vivement la tête, me rassurant aussitôt, mais je remarque quand même que tout ne va pas bien. « Harry, qu'est-ce qu'il y a ? »

Il évite mon regard une seconde, avant de souffler et de me regarder à nouveau.

« Tu veux bien me faire l'amour ? »

J'écarquille une seconde les yeux, étonné par sa demande.

Nous n'avons encore jamais inversé les rôles, et une sorte d'habitude et d'expérience ont commencées à s'installer au sein de notre récente vie sexuelle.

« Je ne sais pas comment faire, » je dis, désolé.

Il me caresse la joue. « Bien-sûr que si Louis, tu sais. Tu ne l'as juste jamais fais. »

« Mais je vais te faire mal, » je réponds dans la seconde, alarmé par cette idée.

« Tu crois que j'avais envie de te faire mal, moi ? » Sa voix est douce, rassurante, et il ne m'en faut pas plus.

Je ferme les yeux, souffle un bon coup, et hoche doucement la tête avant d'ouvrir les paupières.

Je pose délicatement mes lèvres contre les siennes. « Tout ce que tu voudras, mon soleil. »


De mes mains tremblantes - je comprends ce qu'Harry a ressenti, le 28, au repère -, je le délivre de ses vêtements, ne quittant pas sa bouche plus de vingt secondes.

Harry se retrouve rapidement nu, tout comme moi, et j'entame rapidement une descente de baisers sur son corps chaud. Ça, je maitrise pas mal.

Ma langue caresse son torse en même temps que mes doigts, et j'embrasse chaque parcelle de son papillon, à jamais sur sa peau.

Doucement, j'arrive à la moitié de son corps, et au lieu de commencer à lui procurer un plaisir certain, je dirige mes lèvres vers ses cuisses, où j'embrasse chaque endroit meurtri.

Ses cicatrices ne sont pas que mentales, et même si les dernières datent d'il y a plus de deux ans, elles sont là ; elles font partie de mon amour, à jamais, comme son merveilleux papillon ; et je dois apprendre à les aimer, elles aussi.

Malgré la nuit tombée, et le fait que nous ayons éteins les lumières, leur relief se sent, et je les vois avec mes doigts.

J'aime Harry,

j'aime son passé,

je suis son futur.


Je me dirige ensuite vers son entrejambe, et me donne à l'activité buccale que nous avons tant pratiqués ces derniers temps.

J'aime l'effet que je procure à Harry. J'aime la manière dont il soulève ses hanches, comment ses doigts tirent sur mes mèches, les sons qui sortent du plus profond de son être.

Je lui permet d'atteindre des horizons charnels qui lui sont tout autant inconnus que moi, et il n'y a que moi qui peut le voir ainsi. Si beau, si beau, et à moi.

Rapidement, je retourne à sa bouche, et Harry me rend la pareille, s'améliorant de jour en jour.

Je reprends vite le dessus, et enfile une protection avec son aide, étant donné que je tremble comme un fou, puis je l'aide à se rallonger pour amener mes doigts à leur placement.

« Promets-moi que tu vas me le dire si c'est vraiment trop douloureux, » je dis doucement, essayant d'apercevoir ses pupilles.

« Je te le promets, » il répond, en plaquant doucement ses lèvres contre les miennes. J'hoche la tête et pousse un doigt, enduit.

Un grognement sort de la bouche d'Harry, et je comprends ce qu'il ressent : ce n'est pas agréable, mais supportable. Je connais.

J'exerce de légers mouvements, puis j'en amène un deuxième, en aspirant le cou exposé d'Harry. Il soupire d'aise, et je me prends à croire qu'il n'aura peut-être pas mal.



J'ai tort.

Il pleurt bien plus que je n'ai pu le faire en deux semaines, et je me retire deux fois, alors qu'il me demande et répète sans cesse de recommencer.

La troisième fois, je me dis que je vais abandonner, et que je ne suis pas destiné à procurer ce plaisir à Harry. Mais, je pousse mes hanches, et même s'il ne gémit pas de plaisir, je vois que c'est déjà bien mieux.

« Harry tu es sûr que - »

« Bouge, » dit-il doucement, ses doigts crispés contre mon dos.

J'attends un instant, pas rassuré, puis je me mets ensuite à onduler mes hanches contre son corps.

Les bruits qui sortent de ses lèvres ne sont, dans un premier temps, absolument pas positif.
Il a mal, même s'il le supporte, et je n'aime pas ça - mais, avant que je n'arrête tout, je le sens se détendre, et son ton change radicalement.

Harry est bien plus bruyant que moi - qui le suit déjà beaucoup. Je me mets à penser que, ouais ; heureusement qu'Anne est encore chez ma tante.


« Louis, » souffle-t-il, tandis que j'accélère le rythme, « Je t'aime. »

Je pose mes lèvres contre les siennes, et fais disparaitre ma main entre nos deux corps pour davantage stimuler son plaisir.

« Moi aussi Harry, » je chuchote contre ses lèvres, tandis qu'il gémit, « Je t'aime, je t'aime tellement. »

Je pose ma tête contre son épaule, que je saisis doucement entre mes dents, et mon rythme se fait régulier, pendant que les retours d'Harry se font de plus en plus élevés.

« Louis - Putain ! Louis - » Il plaque ses mains sur sa bouche, étonné par son propre volume, et je comprends où il veut en venir.

« Là ? » je demande. Harry hoche vivement la tête. Je souris en coin, et continue à bouger sous cet angle.

« Lou.. Je vais - »

« Moi aussi, » je réponds.

J'échoue mes lèvres contre les siennes, tandis que la chaleur dans mon bas ventre se rapproche dangereusement.

Les ongles d'Harry se plantent dans mon dos, et j'atteins mon maximum ; je brûle, je brûle avec Harry.


Que l'amour m'écrase,

tant que je reste avec lui.

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Allongé contre moi, Harry demeure silencieux, et même si je ne peux pas apercevoir ses yeux, je sais qu'il ne dort pas, malgré la fatigue présente pour nous deux.

Tendrement, je caresse ses longs cheveux, jusqu'à parfois atteindre sa nuque.

« C'est un beau cadeau d'anniversaire, et gratuit en plus, » dit Harry en se redressant pour me regarder, et je ris.

« Arrête. C'était catastrophique. » Il secoue la tête.

« Pas du tout. »

J'hausse les épaules, et il me vole un baiser, avant que je ne me redresse.

Du bout du bras, j'atteins la poche de ma veste, d'où je sors une enveloppe.

Je la tends à Harry.

« C'est ça, mon vrai cadeau. »

Il fronce les sourcils, et l'ouvre, presque méfiant.
Pendant quelques secondes, il ne bouge pas, il fixe juste l'intérieur, sans un mot, ni un acte. Puis, finalement, lentement, il en prend le contenu dans ses mains, tremblantes.

Mon coeur bat la chamade. C'est un risque, et j'en cours beaucoup trop avec lui ; mais c'est son bonheur qui compte. Ni plus, ni moins.

« Tu - t'es sérieux ? » il demande, la voix tremblante, et l'émotion me ravage aussitôt. J'hoche doucement la tête, pour acquiescer. « C'est - » Son regard se pose sur ses mains, « - putain Louis, » il chuchote, puis il fond en larmes.

Le plus naturellement possible, j'enroule mes bras autour de lui, ne sachant absolument pas si sa réaction est positive ou négative.

« J'ai démissionné la semaine dernière, » je chuchote en embrassant son crâne. « Et à la seconde où tu es entré dans ma chambre, en pleurs, ce soir-là - j'ai su ce que j'allais faire de mon argent, Harry. »

Il serre l'étreinte, et je sens de chaudes larmes salées couler sur mon torse encore nu, tandis qu'il renifle silencieusement.

Délicatement, je saisis son visage entre mes mains, pour le reculer, et le regarder dans les yeux ; inondés, émus.

« Je n'ai rien pris d'autre, alors ça sera au jour le jour, avec le peu d'argent qu'il me reste, mais - »

Je remarque qu'il ne pleure pas de tristesse,

« On s'en va mon amour. On quitte cette prison. À minuit, le jour de mon anniversaire, on s'en va. Et - » je marque une petite pause,« - On ne revient jamais. »

Mais de joie.

Harry se colle de nouveau contre moi, et je le serre si fort que j'espère recoller tous ses morceaux.

Je viens de briser les chaînes invisibles attachées à ses pieds.

De ses mains tremblantes, il sert de toutes ses forces mon cadeau, son échappatoire ;

Deux billets de train.

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