II/ Renard

Perle d'Obsidienne essaya de calmer son souffle encore tremblant et se concentra sur le renard.
Son odeur était ténue, la faute aux rafales hurlantes qui faisaient grincer les troncs des pins et éparpillaient les senteurs aux quatre vents.

Tous les guerriers dormaient profondément, loin de s'imaginer qu'une menace rôdait peut-être.

« Peut-être que je me trompe, peut-être qu'il n'y a aucun renard... »

Plus elle essayait de se persuader plus le doute s'emparait d'elle.
Incapable de se rendormir sans avoir vérifié que les siens étaient bel et bien en sûreté, Perle d'Obsidienne s'évapora dans la nuit, discrète comme une ombre.

Le vent hurlait avec ardeur, pareil aux rugissements de mille lions furibonds. Jamais elle n'avait vu une tempête si véhémente.
Perle d'Obsidienne eut même une pensée pour le clan du Vent où les bourrasques devaient atteindre leur pleine puissance.

Ici au moins les bois ralentissaient les attaques hargneuses de la brise en folie.
Le croissant de la lune, tel une belle arabesque, était voilé par des nuages denses et fuligineux.

Un éclair déchira le ciel noir, et aussitôt une pluie torrentielle se déversa sur la terre.
Le tonnerre fracassa le monde et Perle d'Obsidienne se tapit au sol, sur le qui-vive.

La fourrure déjà détrempée et l'œil hagard, la guerrière ébène cherchait une preuve qu'un renard errait parmi les siens.

« Pourquoi un renard se risquerait-il dans un camp au plein cœur d'une tempête ? »

Mais parfois, même si la raison est contre vous il y a quelque chose qui vous pousse à continuer : l'instinct.

La foudre zébra les cieux d'une longue estafilade lumineuse qui inonda la pinède de clarté le temps d'un battement de cœur.
Une fraction de seconde où Perle d'Obsidienne la vit : flamboyante et princière, nimbée d'un halo d'argent... une renarde.
Elle avait dans les prunelles une lueur dansante qui inquiéta aussitôt la guerrière. 
Cet air qui semblait dire : « Je suis prête à tout ! »

Puis la foudre illumina à nouveau les ténèbres mouvantes et la lumière se fit dans son esprit : la renarde était à une longueur de souris de la pouponnière.

Perle d'Obsidienne eut à peine le temps de s'élancer sur l'intruse qu'un cri résonna dans l'orage.
C'était un cri qui s'éteignit très vite. Un dernier cri qui laissa place à un feulement furieux.

Les éclairs fustigeaient inlassablement le ciel noir, donnant un jeu de clairs obscurs à la scène : La renarde reculait, menacée par les griffes nacrées de Tourmente de Brume -une des deux reines de la pouponnière-.
Obligée de riposter, la renarde lâcha son butin qui tomba mollement sur la terre humide.
Ses longues dents claquèrent dans le vide et ses pattes puissantes envoyèrent la reine rouler violemment au sol.

Prête à s'en prendre à nouveau aux chatons, la chasseuse rousse fut rattrapée de justesse par Perle d'Obsidienne qui feula avec force pour se faire entendre par dessus les hurlements du vent.

La renarde lâcha de nouveau sa proie et fit face, les oreilles couchées et grondant furieusement.

La guerrière noire reconnut le corps sans vie de Petit Vison, l'un des chatons de Belle d'Érable.

Elle n'avait pas agi assez vite.

Perle d'Obsidienne esquivait souplement les attaques frénétiques de la renarde. Rendant coup pour coup, la rage au ventre, la combattante ne réalisa que tardivement qu'Étoile de Vipère, Croc de Cobra et Murmure de Lune se battaient à ses côtés.

Bientôt dépassée par le nombre, la renarde regagna l'obscurité impénétrable des pins, le corps lardé de plaies.

« Ordure... » songea amèrement Perle d'Obsidienne.

Les guerriers avaient le souffle court, la pluie tombait à verse et un chaton était mort.

C'était une triste nuit, une nuit de cauchemars.

« Belle d'Érable va revenir ! elle était simplement partie faire ses besoins ... c'était un accident ! Que vais-je lui dire ? Que vais-je lui dire !? »

Les paroles affolées de Tourmente de Brume, tirèrent les combattants de leur torpeur.
Autour d'eux le clan s'éveillait, l'âme en peine.

Étoile de Vipère prit les devants :

« Croc de Cobra, prends une patrouille et assure-toi que cette renarde est loin. Si tu trouves des petits, fais ce qu'il faut.

- C'est comme si c'était fait, gronda le vétéran après avoir gratifié sa compagne, Tourmente de Brume, d'un coup de langue entre les oreilles. Patte d'Argent et Nuage de Puma ainsi que Perle d'Obsidienne et Lumière Sombre vous m'accompagnez ! »

Perle d'Obsidienne s'élança derrière le chef de patrouille qui filait déjà vers la sortie du camp.
La guerrière se demandait bien pourquoi leur meneuse l'avait choisi lui, à la place de leur lieutenant Murmure de Lune, pour s'occuper des représailles.

La réponse lui vint pourtant vite : Croc de Cobra était plus expérimenté, plus adroit au combat et sacrément malin.
Plus futé qu'un renard et aussi fourbe qu'un reptile. Paradoxalement c'était peut-être l'un des combattants les plus fidèles du clan.

L'avoir comme ennemi ? Mauvaise idée.

Étoile de Vipère aurait dû le nommer lieutenant, non ?

Tandis que la patrouille quittait le camp, un hurlement de douleur pure retentit dans la tempête.
Belle d'Érable avait découvert son chaton.

« Je te vengerai, Petit Vison. Je te vengerai ! » se jura Perle d'Obsidienne.

~~~O~~~

« Nuage de Gui ! »

L'apprenti guérisseur cligna des yeux, forcé d'affronter le cauchemar.

La pluie avait cessé mais le vent régnait toujours.

Fleur de Lierre le regardait avec sévérité.
Son mentor était occupée à consoler Belle d'Érable, la reine tremblait de tous ses membres.

« Trouve... commença-t-elle avec empressement.

- Du thym et deux graines de pavot. Oui je sais », la coupa Nuage de Gui en se donnant une contenance qu'il n'avait guère.

Le corps tout disloqué, tout brisé et tout sanguinolent de Petit Vison lui retournait le cœur.
Il avait simplement envie de se rouler en boule et de hurler.
L'odeur du sang lui donnait des sueurs froides, à tel point qu'il voyait trouble.

Pire, il allait vomir.

« Non, ça je m'en occupe. J'allais te demander d'aller voir les autres chatons, assure-toi qu'ils vont bien et fais-moi ton rapport. C'est clair ?

- Comme de l'eau de roche, lui répondit-il avec une pointe d'arrogance.

- Alors qu'est-ce que tu attends ? La fin de la tempête peut-être ? »

Fleur de Lierre parlait peu certes, mais elle avait toujours une ou deux remarques cinglantes à servir à son élève aussi prétentieux qu'il était doué.

Nuage de Gui s'élança vers la pouponnière en se forçant à respirer profondément.
Les vertiges l'assaillaient, sa gueule était sèche et son sang battait follement dans ses tempes.

Il n'allait pas tenir.

« Nuage de Gui ? » piaula une petite voix inquiète.

Il devait tenir.

Deux silhouettes floues grelottaient de froid et d'angoisse juste en face de lui.
À l'odeur il reconnût Petite Fouine et Petit Tigre, le reste de la portée de Belle d'Érable.

Le parfum aigre du sang le suivait partout, comme un esprit malveillant.
La litière était trempée d'écarlate et les chatons eux-mêmes étaient éclaboussés du sang de leur frère.

Il allait défaillir, ce n'était plus qu'une question de temps.

« Il est où Petit Vison !? » cria Petite Fouine avec affolement.

Nuage de Gui ne savait pas quoi répondre à la petite de quatre lunes.
Au fond, il le sentait, la chatonne avait déjà compris où était son frère.

Il essaya de son concentrer sur la fragrance lactée de son enfance qui embaumait délicieusement la pouponnière.

Sa vision redevenait claire, la crise passait.

L'apprenti guérisseur balaya la tanière du regard : les jeunes chatons de Tourmente de Brume étaient tapis dans l'ombre.
Petit Brouillard et Petite Grisaille, pareils à deux minuscules pierres grises, demeuraient parfaitement immobiles.
Ils n'avaient pas l'air de comprendre ce qu'il s'était passé.

Des mots doux de leur mère et du temps leur feraient oublier cette terrible mésaventure.
On oublie beaucoup de choses à une lune.

Nuage de Gui s'inquiétait plus pour Petit Tigre.
Le chaton regardait fixement devant lui, l'effroi le plus total dans les yeux.

« Il est où !? hurla Petite Fouine avec toute l'énergie du monde.

- Il est... il est... »

Nuage de Gui ne savait pas quoi répondre. Enfin si, bien sûr qu'il savait.
Seulement il ne savait pas comment le dire.

« Il est mort. »

Voilà. C'était facile en fait.

Il se détourna aussitôt et partit rejoindre Fleur de Lierre à l'extérieur.

Les hochets désespérés de Petite Fouine, la stupeur de Petit Brouillard et Petite Grisaille, l'égarement de Petit Tigre le hanteraient longtemps.

Dehors, la guérisseuse l'attendait patiemment.

« Alors ? »

La question de Fleur de Lierre était calme, presque douce, presque maternante.
Ce n'était pas une réelle question, elle savait déjà.
C'était un test. Elle savait parfaitement ce qu'il venait de vivre pour la première fois.
Elle savait tout.

« Alors c'est fait, répondit-il d'une voix blanche, ils savent. Ils savent que Petit Vison est mort.

- Bravo.

- Mais moi je n'ai pas su... je ne sais pas... comment les consoler... bafouilla-t-il, l'air perdu.

- Cela viendra, Nuage de Gui. Cela viendra... »

Le timbre de Fleur de Lierre était si bienveillant qu'il faillit s'écrouler contre elle. À ce moment précis il voulait son étreinte, sa chaleur et son amour.

La guérisseuse l'attira contre elle avec douceur et posa délicatement sa tête sur la sienne.
Il était bien là. Il ne voulait plus bouger.

C'était ce genre d'instant qui vous faisait presque oublier les malheurs.
Comme si, si l'on restait caché assez longtemps, les horreurs allaient disparaître d'elles-mêmes !

Qui sait ?
Tout cela n'était peut-être qu'un cauchemar.
Allait-il se réveiller ?
Bien sûr que non.

Les paroles fermes d'Étoile de Vipère le maintenaient prisonnier dans cette cruelle réalité :

« Murmure de Lune, je veux que l'entraînement des novices soit renforcé et que ce tas de gibier double de taille avant demain soir. Flocon de Jais je te charge de consolider la pouponnière dès que l'aube se lèvera. Quant à vous Sang d'Encre et Fourmi de Minuit, je veux que vous répareriez la barrière de ronce. On ne peut pas se permettre d'avoir un trou dans nos défenses... Je m'occupe de la patrouille du matin sur la frontière du Tonnerre avec Rayon de Sève, Nuage de Balbuzard et Sombre Énigme. En attendant, ceux qui le peuvent, reposez-vous. »

Fleur de Lierre le délaissa pour s'approcher de sa meneuse, il entendit malgré lui :

« Belle d'Érable dort dans ma tanière. Tourmente de Brume et moi allons nous occuper des chatons. Le choc est violent mais ça aurait pu être pire. »

Étoile de Vipère demeura silencieuse un instant avant de déclarer simplement :

« Tout cela aurait été bien pire si Perle d'Obsidienne n'était pas intervenue à temps.

- Oui, il est évident que cette guerrière est la providence même ! »

Le remarque acide de Fleur de Lierre fit feuler leur chef avec colère.
Nuage de Gui ne comprenait pas trop l'échange qui se jouait devant lui, d'ailleurs il n'en eut pas le temps car aussitôt les deux femelles changèrent de sujet :

« Assure-toi d'être présente quand la patrouille qui s'occupe du renard rentrera. Je veux qu'une guérisseuse les examine dès leur retour.

- Je serai là, ne t'inquiète pas.

- Parfait. Je vais m'occuper de préparer Petit Vison pour sa veillée, murmura Étoile de Vipère.

- Bien. Griffe d'Ours veillera sur lui dans les cieux de nos ancêtres. »

Nuage de Gui regarda la nuit brumeuse avec anxiété : Petit Vison était-il vraiment aux côtés de son père ?

Il n'y croyait pas trop.

Le vent se laissa mourir et le calme écrasant reprit ses droits.

Au loin une renarde hurla à la mort.

~~~O~~~

   L'Aube morose s'élevait doucement et avec elle rentra la patrouille chargée de s'occuper de la renarde.
Nuage de Gui frissonna, l'odeur du sang frais imprégnait chacun d'eux.

Le novice sortit de sa tanière après s'être assuré que Belle d'Érable dormait toujours.
Non loin, près de l'Arbre Creux, Croc de Cobra faisait son rapport à Étoile de Vipère :

« La renarde s'est enfuie sur le territoire du Tonnerre mais ça m'étonnerais qu'elle survive longtemps. Ses blessures étaient aussi nombreuses que profondes !

- Bien, bon travail, les félicita la meneuse qui s'apprêtait à partir pour la patrouille matinale.

- Ce n'est pas tout, rajouta Perle d'Obsidienne, il y avait deux petits. On s'est débarrassé d'eux, Petit Vison est vengé.

- Perle d'Obsidienne s'est brillamment battue ! clama Croc de Cobra, Tu l'as bien formée, Étoile de Vipère. »

Nuage de Gui étudia l'intéressée du regard : La guerrière noire se tenait bien droite, sa fourrure noire encore humide de pluie et d'un sang qui n'était pas le sien.
Son maintien altier, sa silhouette haute et élégante ainsi que ses prunelles crépusculaires faisaient d'elle une féline profondément charismatique.
Il la trouvait impressionnante, rares étaient les chats qui l'impressionnait...

Nuage de Gui la savait jeune mais pourtant il y avait déjà quelque chose de brisé dans ses yeux, quelque chose de fou.

« Viens m'aider à voir si ils sont tous indemnes, le surprit Fleur de Lierre qui venait de le rejoindre.

- Ils vont bien, lui assura-t-il sans quitter Perle d'Obsidienne du regard.

- Tu as vérifié ?

- Non, ce n'est pas la peine.

- Tu ne peux pas dire qu'ils n'ont rien si tu ne t'en es pas assuré ! le tança son mentor avec une exaspération contenue.

- Le sang qui émane d'eux n'est pas le leur mais celui de la renarde et de ses petits. Leur démarche est souple ce qui exclu une blessure ou un choc violent. Une bonne toilette et du repos, voilà ce qui leur faut », répliqua-t-il avec un petit air supérieur.

La réplique glaciale de Fleur de Lierre le transperça aussitôt :

« L'odeur du sang de la renarde camoufle peut-être une plaie et l'adrénaline masque sûrement la douleur. Tu ne peux pas te baser sur une première vision des choses. Apprends à creuser derrière les apparences, Nuage de Gui. »

Sans lui laisser le temps de répondre Fleur de Lierre se dirigea vers les combattants. Il ne voulait pas y aller, l'odeur du sang n'y était que trop présente.

« Comment puis-je devenir guérisseur si la moindre goutte de sang me tétanise ?»

Il s'avança d'un pas raide vers Perle d'Obsidienne.
La guerrière était déjà en train de nettoyer sa fourrure avec énergie.
À son approche, elle le salua brièvement d'un signe de tête avant de lui dire :

« Je n'ai rien.

- Je le sais parfaitement, mais cette vieille acariâtre de Fleur de Lierre insiste pour que je vérifie. Elle offense mon intelligence ! »

Perle d'Obsidienne ne répondit rien mais ses moustaches tressaillirent d'amusement.
Nuage de Gui, lui, faisait tout pour ne pas défaillir en voyant les griffes écarlates de la combattante luire sous le soleil automnal.

Le novice luttait pour ne pas vomir, les effluves insidieuses du sang lui envahirent les sens sans qu'il puisse trouver la moindre échappatoire.
Il était pris au piège.

« Que se passe-t-il ? »

Nuage de Gui frissonna de détresse en entendant des paroles retentirent dans son monde flou.
Avec tous les efforts du monde il redressa la tête et braqua ses yeux verts dans les prunelles de Perle d'Obsidienne pour répondre avec une assurance feinte :

« Tout va bien.

- Oui, c'est ce qu'on ce dit tous quand rien ne va », répliqua-t-elle avec un flegme teinté d'amertume.

Nuage de Gui s'accrocha au son de sa voix pour se calmer.
Deux crises en une journée... il était épuisé.

Perle d'Obsidienne ne paraissait pas vraiment s'intéresser à lui. Au contraire, son regard semblait se perdre dans un horizon inaccessible.
Sa propre histoire lui pesait sûrement trop pour qu'elle se soucie de la sienne.

« Et puis quelle est mon histoire ? Je ne suis qu'un môme qui a peur du sang. Quel grand guérisseur vais-je devenir ! »

Perle d'Obsidienne était bien plus mûre, bien plus réfléchie, bien plus forte.
Une persévérance acharnée animait chacun de ses gestes.
Nuage de Gui voulait sa force.
Il voulait vaincre ses peurs idiotes, il voulait triompher des défis qui se dresseraient sur son chemin, il voulait être capable de faire face tout simplement.

« Apprends-moi. »

Perle d'Obsidienne parut réintégrer la réalité et le dévisagea sans comprendre :

« T'apprendre quoi ?

- Apprends-moi à me battre.

- Fleur de Lierre s'en chargera, lui dit-elle avec fermeté.

- Fleur de Lierre ne m'apprend pas à me battre, elle m'apprend à me défendre, à survivre ! siffla-t-il, un air sauvage et désespéré naissant sur ses traits crispés.

- C'est sûrement suffisant pour un guérisseur.

- Parce que les guérisseurs soignent ils ne méritent pas de connaître autre chose ? Je ne veux...

- Chacun sa place Nuage de Gui, les clans fonctionnent ainsi », le coupa-t-elle durement avant de lui tourner de le dos.

Le jeune chat la regarda s'en aller comme on regarde partir sa dernière chance.
Un regain de colère le poussa à lui bloquer le passage vers la tanière des guerriers.
Son échine hérissée et ses yeux réduits en deux fentes menaçantes, il gronda :

« Je ne veux pas être une proie qu'on écrase à sa guise, je veux être le chasseur que l'on craint ! J'ai le droit au savoir et j'ai le droit de vouloir autre chose que ce qu'on a prévu pour moi ! Je suis maître de ma destinée ! »

Une lueur fugace brilla dans l'œil de Perle d'Obsidienne.
Nuage de Gui affronta son regard, espérant lui prouver sa détermination.

« Crois-moi, on n'est maître de trois fois rien dans cette longue engeance qu'est l'existence ... le railla-t-elle après un long silence de réflexion, Mais si tu veux vraiment apprendre à combattre j'ai un peu de temps à t'accorder avant l'aube. »

Nuage de Gui était ahuri; elle avait changé d'avis.

Perle d'Obsidienne, les yeux plein de regrets hargneux, dévisageait le corps de Petit Vison qui trônait au centre du camp.
Le défunt était entouré de sa fratrie et de Belle d'Érable, tous lui rendaient un dernier hommage.

« Si seulement le dernier hommage était aussi la dernière pensée qu'on puisse avoir pour quelqu'un... » murmura Nuage de Gui, l'âme en peine.

La guerrière ébène secoua la tête et lui répondit avec un mélange de fatigue et de mélancolie :

« Non, ce serait du gâchis. Ces chats ont vécu, ils ne méritent pas de sombrer dans l'oubli tout de suite. Nous devons apprendre à vivre avec nos souvenirs. Nous devons apprendre à vivre avec nos morts. »

L'apprenti guérisseur avait du mal à comprendre, il préféra donc la railler :

« C'est déjà difficile de vous supporter tous, alors si je dois en plus vivre avec des fantômes je ne suis pas sûr de tenir ! »

Perle d'Obsidienne répondit sans agacement mais avec une pointe de lassitude :

« Je n'ai jamais dit que ce serait facile. »

Tous deux restèrent sur cette phrase, préférant regarder le corps du chaton disparaître à l'horizon.
La veillée était finie, la vie pouvait reprendre.

~~~O~~~

Hello !
Voilà pour le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous a plu.
N'hésitez pas à me donner votre avis !
Portez-vous bien.
Bises

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