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Réapprentissage numéro 10 : "Ne soyons plus lâches."
"Éloigne ta merde de moi, râles-tu quelque part dans la pièce."
Je somnole depuis une heure sur le banc volé, dans le salon de Seokjin. Vos échanges me parviennent par moment, un peu hachés, et mon cerveau a parfois du mal à faire le point. Les yeux scotchés à mon téléphone, j'essaye de me réveiller.
"Ma merde ? Tu sais combien elle m'a coûté cette beuh ? C'est beaucoup de chose ça, Papillon, mais ce n'est pas de la merde, réplique Taehyung sur un ton outré."
Comme Seokjin l'a prédit, il n'est pas fâché. En le croisant au petit déjeuner, il s'est excusé pour hier sans rien ajouter. Je n'ai pas demandé à en savoir plus, le fait qu'il soit là, à me parler sans colère, me suffit.
"Ça reste de la drogue, observes-tu en baillant."
Taehyung ricane.
"Et qu'est-ce qu'il y connaît, le coléoptère, aux drogues ?
- Lépidoptère, intervient la voix plate de Seokjin.
- Quoi ?
- Un papillon c'est un Lépidoptère, les scarabées sont des coléoptères.
- Mais on s'en fout Adibou !
- Ne raconte pas n'importe quoi sous mon toit.
- Alors j'ai pas le droit de confondre les Lépi-trucs et les coléo-mes-couilles, mais tu le laisses dire que notre beuh c'est de la merde ?
- Il n'y connaît rien de toute façon."
Cette fois, c'est toi qui ricane.
"Croyez-vous. J'ai été à des soirées où il y avait autant de cocaïne que de petits fours sur un putain de buffet de mariage princier ! fanfaronnes-tu comme si tu vantais un exploit.
- Attends, pour de vrai ? Ça existe vraiment ? s'excite Taehyung en gesticulant."
J'entends Hoseok qui grogne comme chaque fois que son ami le cogne sans faire exprès.
"Oh pardon, frère."
Qu'est-ce que je disais ?
"Oui, ça m'est arrivé deux fois avec Yoongi, et trois ou quatre fois tout seul, déclares-tu alors."
Là, c'est moi qui réagis :
" Quoi ? Comment ça tout seul ? On avait décidé ensemble de se tenir éloignés de ce genre de soirée.
- Oui, sauf que c'est toi la star. Moi, je suis un employé. Il y a des événements professionnels que je ne peux pas éviter.
- Mais t'es mon manager, ton travail c'est moi à la base, fais-je remarquer au cas où tu aurais oublié."
- Oui, et pour que tu gardes le tien, il fallait bien que quelqu'un rencontre du monde Monsieur-je-déteste-faire-du-réseau. Comment penses-tu qu'on ait obtenu le feat avec Lee Haneul ? J'ai passé une nuit entière à lui parler de toi.
- Tu ne m'avais jamais dit ça...
- Crois-moi, tu ne veux pas tout savoir."
À cet instant, je n'aime pas ce que tu sous-entends. Je me redresse sur un coude pour t'interroger du regard. Tu es étalé sur Taehyung, lui-même affalé sur Hoseok dans le canapé. Vous avez l'air de trois paires de chaussettes esseulées sur un stand du marché.
"Comment ça ? demandé-je.
- Quoi comment ça ?
- Qu'est-ce que t'as fait d'autre ?
- Qu'est-ce que tu t'imagines au juste ? souris-tu, un sourcil levé, provocateur."
Je soupire en remarquant tes yeux embués.
Toi, tu as respiré de beaucoup trop prêt la fumée de Tae.
"T'as usé de ton corps Papillon ? demande nonchalamment ce dernier.
- Putain mais ferme ta gueule, ça n'a rien de drôle ! je m'indigne aussitôt.
- Wow, mais c'est qu'il mordrait..."
Il n'est pas fâché Taehyung, mais son attitude est étrange. Son ton n'est plus aussi assuré lorsqu'il s'adresse à moi. Et je le vois bien, que certaines fois, il ne me regarde pas.
Ce constat me serre le coeur, j'ai peur de partir sans savoir ce qu'il pense réellement.
Car oui, c'est notre dernière soirée. Et vu ton état, tu en as déjà bien profité.
"Ah mais attends, j'ai passé cinq ans à ne faire que ça. J'peux plus voir une bite sans avoir mal au cul, déclares-tu sur un ton si exagéré que personne ne te croit. Réflexe de Pavlov, tu ajoutes, même la mienne me fait limite peur.
- Bof, j'suis sûr qu'il n'y a pas de quoi, réplique Taehyung qui empêche Hoseok de lui écrire sur le front en le maintenant éloigné de son bras tendu.
- Et bien détrompe-toi.
- J'suis curieux du coup.
- Tu veux voir ?"
Je soupire et j'abandonne. La conversation n'a plus aucun intérêt à ce stade de la soirée.
"Je vous préviens, le premier qui sort son pénis se mange un coup de tisonnier, lance Seokjin depuis le tapis, affairé à réorganiser les bûches dans la cheminée."
Merci Hyung.
"Ils sont pas drôles tes potes, Tae, te plains-tu.
- Hoseok n'a rien fait, je te signale. À une époque, il aurait probablement été le premier à poil d'ailleurs."
Et il rit grassement à cette idée.
"Non, c'est Seokjin, il est un peu coincé, poursuit-il comme si le concerné n'était pas à un pas de lui, un instrument en métal chauffé à blanc entre les mains, Et puis tu peux parler, t'as vu le tien ?"
Je grogne, nourrissant l'espoir fou que vous vous souveniez de ma présence.
"Yoongi ? C'est vrai qu'il a une sale gueule en ce moment. La dépression le rend tout gris et tout moche, admets-tu, l'air compatissant, Mais à une époque, il était très amusant."
Ok, je crois qu'on ne va pas tarder à rentrer.
Je me redresse pour réagir quand :
"La dépression ça te change un homme, conclut Taehyung désolé."
Puis il enchaîne :
"Hoseok et moi, on avait un pote, le dernier membre du trio, qui-
- OK Stop, s'écrie Seokjin en refermant l'insert un peu plus fort qu'il n'aurait dû, vous avez assez picolé tous les deux."
Il se met debout face à vous, les mains sur les hanches, l'air sévère. C'est bien la première fois que je le vois comme ça. Il n'est jamais aussi expressif d'ordinaire.
Il jette un coup d'oeil à la pendule de la cuisine, avant de déclarer :
"Il est bientôt minuit, tout le monde se lève tôt pour partir à l'aéroport demain. Je crois qu'il est temps d'aller au lit.
- Tu plaisantes ?
- Non, Taehyung. T'es complètement défoncé, j'ai l'intuition que tu vas adorer te coucher. Et Hoseok tombe de sommeil. Ça fait 15 jours qu'on l'oblige à aller à notre rythme. Ça suffit maintenant."
On reste tous les quatre à le regarder sans broncher, avec la bouche ouverte et des yeux de merlans frits. J'ai l'impression d'être face à ma mère, une veille de rentrée des classes.
"Allez vous deux, je vous raccompagne à l'hôtel, affirme-t-il d'un ton sans réplique, il faut rentrer."
Et comme deux enfants sages, un peu sonnés, nous nous redressons aussitôt, attrapant nos manteaux que nous enfilons sans un mot.
Dehors, la tempête est tombée, laissant s'installer un froid mordant dont on se serait bien passé. Les décorations de Noël clignotent comme elles peuvent, essoufflées. La météo de ces derniers jours semblent avoir eu raison de leur énergie.
Sur le perron de la maison, Taehyung frissonne. Il entoure Hoseok de ses bras et le serre contre son ventre, calant son menton sur l'épaule du goéland. Ce dernier se débat un peu, mais sans grande conviction. C'est dans ce genre d'instant, que la complicité entre eux se sent. Hoseok aussi à l'air de connaître Taehyung depuis mille ans. Ça se manifeste différemment, mais c'est bien là, comme une évidence très tendre sous nos yeux. Et je me rend compte que je ne rencontrerai jamais celui qu'il était avant. Comme lui ne me connaîtra pas complet. Je suis un Min Yoongi troué et lui, un esprit enrayé. Mais ça ne nous a pas gêné. Malgré ça, en le voyant tirer sur le fil qui dépasse de la manche de Taehyung, comme s'il allait découvrir les secrets de l'univers tout au bout, je me demande sincèrement ce qu'aurait pensé de moi le Hoseok d'autrefois. J'aurais aussi aimé voir de mes yeux, quel papillon il était. S'il te ressemblait, alors j'espère sincèrement qu'il m'aurait apprécié.
Dis, est-ce que tu m'en veux si je n'ai pas envie de le quitter ?
Une vague d'émotion roule alors dans ma gorge, me donnant envie de fuir sans me retourner.
"Bon les gars..."
Ta voix n'est pas plus assurée que l'aurait été la mienne si j'avais parlé.
"Je ne veux rien entendre, t'interrompt Taehyung précipitamment, on se voit demain. Pas d'au-revoir maintenant."
Regarde-le tanguer, toujours sur le point de chavirer.
Est-ce qu'il trouvera un point d'ancrage un jour ?
L'a-t-il jamais été, enraciné ?
"Ouah ça caille, chuchote-il"
Et ça le rend fragile.
"Ouais, l'hiver est bien là, parviens-je à articuler, comme ces gens qui parlent de météo en faisant semblant de n'avoir rien à raconter.
- Vous avez été cons aussi, c'est plus sympa l'été, plaisante Taehyung. Qui part en vacances l'hiver, franchement ?
- Oihohigaheur, dit Hoseok, toujours concentré à défaire la manche de son ami.
- Oui, c'est vrai, acquiesce ce dernier, l'air rêveur.
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il a dit : les oiseaux migrateurs."
Ça nous fait sourire tous les quatre.
Enfin, nous laissons nos deux compères devant la maison quand Seokjin nous entraîne à sa suite. Nous faisons le chemin jusqu'à l'hôtel silencieusement, reclus en nous-mêmes.
Les yeux rivés sur son dos, je réfléchis à tout ce que nous avons appris depuis que nous sommes ici :
Je suis un musicien sans musique, tu es mon papillon, Hoseok est un garçon devenu goéland, Taehyung est un ciel en suspend.
Mais qu'en est-il de lui ?
"Hyung, et ton histoire à toi ? je demande avant d'entrer dans le hall de l'hôtel.
- Quoi, mon histoire ?
- On ne la connaît pas."
Il s'arrête et se retourne, me faisant face.
Je sens ta main qui attrape ma manche, comme un avertissement. Je me demande bien ce qui peut t'inquiéter autant.
"Qu'est-ce que tu veux savoir ?"
Hyung est toujours aussi effrayant quand il me regarde.
"Je sais pas..."
Puis il te demande :
"Ça t'ennuie si je le garde un peu ?"
Tu sembles hésiter un instant, étrangement mal à l'aise avec l'idée de me laisser seul avec lui. Puis tu hausses les épaules avant de nous souhaiter bonne nuit, et de filer vers l'escalier qui mène aux chambres.
Je ne sais pas trop comment me comporter. Je n'ai aucune idée de ce que me veut Seokjin, il est généralement du genre silencieux, de ceux qui écoutent plus qu'ils ne participent. Mais là, quelque chose est déterminé dans ses yeux.
L'alien semble tout à coup parler l'humain.
"Viens, je vais te montrer un truc, dit-il."
Je le suis à travers le manoir. Dans le salon, quelques clients jouent aux cartes en partageant une bouteille de champagne. Ils nous saluent lorsqu'on les dépasse pour sortir sur la terrasse. De ce côté-là de la bâtisse, il y a un jardin vide de plantation où s'essement quelques transats, une balançoire dans un coin et un petit muret que l'on peut facilement enjamber. Au bout, un portail blanc à la peinture usée, un chemin de terre, et puis la mer.
Seokjin descend les quelques marches qui séparent la terrasse de la pelouse et s'enfonce dans la nuit en direction de l'océan. Il avance si vite, que je suis à deux doigts de trottiner pour ne pas me laisser distancer. Arrivé devant le portail, il ne prend même pas la peine de l'ouvrir et saute tout simplement par-dessus. Je soupire, l'alcool dans mon sang ne me rend pas confiant. Mais je tente quand même de l'imiter, manquant de m'étaler dans la poussière. Seokjin ne dit rien, il est déjà quelques mètres plus loin, en train d'escalader les rochers.
"Euh, je peux savoir ce que tu fais ? lui demandé-je, effrayé à l'idée de le suivre.
- Flippe pas, c'est facile. C'est presque un escalier et la pierre n'est pas humide, répond-il, désormais sur la plage."
En effet, ce n'est pas la partie la plus compliquée. Je le rejoins rapidement, sans provoquer d'accident.
Une fois en bas, il me fait signe de m'asseoir à côté de lui dans le sable. Nous sommes tournés vers les vagues.
Je m'exécute, et lui lance aussitôt un regard curieux.
Il inspire un grand coup avant de désigner le paysage d'un geste du bras.
"Il y a 5 ans, j'ai tenté de me flinguer ici même, dit-il alors."
Cette révélation m'assomme et je ne suis pas sûr de savoir quoi en faire. Mais Seokjin ne semble pas attendre de réaction particulière de ma part, il poursuit :
"J'avais déjà essayé, deux ans avant. Mais c'était à Paris. Mon père, mon frère, ma belle-mère et moi, on vivait là-bas à l'époque. Ça ne fait pas longtemps qu'on est ici, comme tu le sais. L'hôtel appartenait à une grande tante de la femme de mon père. On y venait en vacances parfois, mon petit frère et moi."
Il parle très vite, et je dois bien me concentrer pour ne pas buter sur son accent français. Seokjin parle coréen bien mieux que Taehyung, mais comme lui, il a grandi en France et a très peu pratiqué sa langue natale. Alors parfois, même s'il s'exprime couramment, sa prononciation et ses expressions ne sonnent pas naturelles.
"J'ai jamais été très heureux. La vie n'a toujours été à mes yeux qu'un mauvais moment à passer. Je ne saurais pas te dire pourquoi, mais je fais partie de ces personnes qui ne trouvent aucun plaisir à exister. Si on m'avait demandé mon avis avant de me balancer sur terre, je pense que j'aurais dit non."
Il rigole, visiblement amer.
"J'étais ce mec avant, qui voyait toujours le verre à moitié vide. Je détestais la vie, alors le monde devait forcément me détester aussi. Tout était une épreuve, rien n'allait comme il faut. Même quand j'ai essayé de mourir, ça n'a pas fonctionné."
Cette fois, il rit pour de vrai, comme pour se moquer de lui-même. Mais moi, je ne souris pas, quelque chose dans ce discours est si terrible, que je me sens saisi d'effroi.
"Et quand t'es comme ça, les gens comprennent pas. Ça fait peur quelqu'un qui n'aime pas la vie. C'est censé être instinctif, ce truc, plus fort que toi. Alors on te dit que t'as forcément un problème, qu'il y a quelque chose à soigner, comme si t'avais un cancer de l'esprit.
- Et c'est pas ça ?"
Hyung se tait un instant, le regard perdu en lui-même. Puis lentement, il reprend :
"L'histoire ne le dit pas. Je me soigne en ce moment. Si vraiment j'ai un cancer, il n'est pas encore guéri. Et dans le fond, j'espère que c'est ça. Mais le vrai problème dans cette situation, c'est qu'à force qu'on me le dise, j'ai fini par intégrer que c'est moi qui déraillait.
- Hyung, pardon, mais je ne vois pas où tu veux en venir.
- Ce que je veux dire, c'est qu'à cause de mon état d'esprit, moi aussi j'ai cru que c'était de ma faute quand mon petit frère est décédé. C'est parce que j'ai averti mon père des conneries qu'il faisait qu'il l'a éloigné de nous. Si je n'avais pas fait ça, il serait resté et rien ne serait arrivé. Enfin ça, c'est ce que je croyais. Mais dans le fond, on en sait rien, peut-être qu'il serait mort plus tôt."
Puis il braque son regard dans le mien avant d'ajouter :
"C'est pareil pour le garçon dont tu nous parlais hier."
Je vais pour répondre, mais il ne me laisse pas parler :
"C'est la faute de personne Yoongi. Même pas celle de ton ami. C'est... Le hasard, la malchance ? Je ne sais pas. J'ai été en colère aussi au début, et puis ça m'a fatigué. Pourquoi moi ? Pourquoi lui ? C'est toujours sur nous que ça tombe... Tous ces trucs qu'il est facile de penser et qui dans le fond ne veulent rien dire. Personne là-haut ne décide que tu mérites d'en chier plus que les autres. J'crois qu'en vérité, il n'y a que toi qui décides d'en chier quand tu te mets à jouer les victimes. C'est toi qui penses qu'une force supérieure te déteste, parce que dans le fond, c'est toi qui te détestes. Il n'y a que toi qui penses que tu le mérites, sous tes airs indignés. Et ça, je me suis réveillé un matin et je n'en avais plus la force."
- La force de te détester ?
- La force de me sentir coupable de tout. Ça faisait trop sur mon dos. Un jour, je me suis dit que ça ne pouvait pas être vrai, ce fardeau.
- Et comment tu as fait pour t'en débarrasser ?
- Je crois qu'on commence par le décider. On rend les armes, on arrête tout. On enterre la hache de guerre. Okay, ça, c'est moi. Enchanté. Certains trucs m'agacent ? C'est pas grave, je vais en trouver d'autres que j'aime bien. Comme on fait avec les autres finalement. Pourquoi on le fait avec les autres et pas avec nous-même ? On est des gros blaireaux parfois.
- Et tu ne détestes plus?
- Bien sûr que si. Ça va prendre des années pour changer. Mais je commence à perdre le réflexe.
- Le réflexe ?
- Ce truc stupide qui fait qu'à tes yeux, c'est toujours toi le problème. Pas les autres, non, c'est forcément toi. Parce que t'es pas assez beau, pas assez bon, pas assez ci ou trop ça. Et dans mon cas : trop triste, pas assez joyeux. Ça a fini par me casser les couilles. Et tu sais quoi ? Depuis que je suis en colère, je crois que j'aime un peu mieux la vie. Finalement, c'est pas exister que je déteste, c'est le monde dans lequel on est. C'est ce que les humains ont construit. Mais ça, ça peut se déconstruire aussi."
Je me tais un instant, et lui aussi. Je l'entends, la colère dans son discours, l'indignation face à cette situation. Hyung a la voix qui tremble par moment, comme s'il n'avait jamais dit tout ça à voix haute, et qu'il ne parvenait pas à maîtriser son ton. Malgré ça, il demeure très calme en apparence. En dehors de ses yeux qui brillent un peu, son visage est impassible.
C'est à se demander à quel point ce qu'il ressent est enterré profond.
Je commence à comprendre pourquoi il me raconte tout ça. Je pense à ce trou dans ma poitrine, qui me donne parfois l'impression de ne plus être "assez". Et je songe à toi, à toute ces fois où je ne sais pas faire autrement que de te mordre au sang.
Suis-je fâché contre toi car tu fais me sentir estropié ?
Et puis il y a lui, ce garçon dans mes cauchemars, pour lequel je ne parviens pas à me pardonner.
"Et comment t'as compris tout ça ? demandé-je à voix basse.
- C'est quelqu'un qui me l'a dit. Et cette personne, d'une certaine manière, elle l'a appris de toi."
Je lui jette un regard interloqué.
"Yoongi, j'ai quelque chose à te montrer. Ça fait des jours que j'hésite, mais après ce que tu nous as dit hier, je crois que c'est important."
Mon cœur se met soudainement à accélérer et j'ai du mal à déglutir. Quelque chose me donne envie de déguerpir. Et ce qu'il dit ensuite n'arrange rien :
"Il faut que tu me fasses confiance, d'accord ? Je ne te veux vraiment aucun mal.
- Hyung... Tu me fais peur, et ma voix s'étrangle sur ces mots.
- Je m'en doute, mais je veux que tu sois prêt. Tu es parfaitement en sécurité ici. Je ne sais pas comment vous avez fait, mais ton papillon et toi, vous êtes entré dans notre étrange famille. Personne ne vous en veut."
Je suis un peu au bord de l'explosion, écartelé entre l'affection, l'appréhension et l'incompréhension.
Seokjin sort son téléphone portable de la poche avant de son sweat-shirt et ouvre cette application d'hébergement vidéo que je connais bien.
J'ignore ce qu'il tape dans la barre de recherche, mais il me présente ensuite une image où apparaît un mur blanc, le poster d'un de mes albums dans un coin, un petit bureau au premier plan et une chaise vide. La vidéo est en pause pour le moment.
"On y va ? me demande Hyung."
Et comme en réponse, l'église du village sonne la fin de la journée au loin.
Dong, dong, dong... Il est minuit, dit le clocher.
À partir de maintenant, un nouveau jour commence.
C'est la fin des vacances.
Mais j'acquiesce et je lance la vidéo.
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