Prologue : cinquante ans plus tôt... (non corrigé)
-Je ne peux rester ici, murmura-t-il.
L'amour de sa vie fit tomber un regard épris d'une douleur infinie sur ses épaules, alourdissant davantage le poids de la culpabilité qu'elles supportaient déjà. Ses joues creusées étaient marquées par de grosses traces de larmes, qui perlaient au coin de ses yeux d'argent.
-Mais pourquoi as-tu fait ça !? gémit-elle, la voix brisée de tant de rage et de souffrance.
Il abaissa le regard, coupable, les dents serrées. Il était incapable de supporter le regard qu'elle portait sur lui. Jamais il n'aurait pu deviner que les sentiments s'en mêleraient, bien qu'il puisse prédire l'avenir. Mais désormais, qu'en résultait-il ? De la souffrance, une infime chance que cet amour impossible ne les tue pas tous les deux. Or, elle devait vivre. Oh, comme il aimerait penser une telle chose parce qu'il l'aimait ! Comme il souhaiterait que les enjeux ne soient pas aussi importants, qu'il puisse jouir d'un instant supplémentaire en sa présence ! En quoi pourrait-elle comprendre les devoirs auxquels il faisait face ? Il devait en être ainsi, et il n'existait aucune autre solution.
Il releva le menton et la princesse Changer se détourna de lui, le teint livide. Cette simple distance qu'elle venait d'installer lui brisa le cœur, bien plus encore que toutes les horreurs qu'il avait dû commettre par le passé.
-Comment peux-tu oser abandonner tes enfants ?! rugit-elle à voix basse, les dents serrées. Et moi qui croyais te connaître...
-Je dois mener mon armée, risqua-t-il, déchiré par la douleur et les devoirs qui l'oppressaient.
-Bien sûr... Pour envahir mon Royaume, n'est ce pas ?
Une fois encore, il ne trouva rien à répondre. Elle sembla un instant comme figée, épargnée par les secondes qui s'écoulaient. Puis, lentement, elle revint vers lui et se stoppa à quelques centimètres, laissant ses lèvres effleurer celles de l'homme qu'elle aimait plus que tout au monde.
Il resta parfaitement immobile, dégageant légèrement son menton tout en fermant les yeux, se refusant à s'infliger une telle douleur.
-Je t'en supplie, l'implora-t-elle, et les jambes de son bien-aimé flanchèrent lorsque ses paroles brisèrent son cœur déjà meurtri. Ne fais pas ça, je sais que ce n'est pas toi. Tu n'es pas cet homme, tu ne l'as jamais été... S'il te plaît...
Il garda le silence, incapable de prononcer le moindre mot. Elle attrapa son visage de mains tremblantes, et les sanglots montèrent jusqu'à sa gorge pour la secouer violemment.
-Mon amour, mon amour...
Sa poigne se fit soudainement ferme et elle hurla à ses oreilles :
-POURQUOI EST-CE QUE TU FAIS CA ?!
Elle le secoua, accablée par son silence, tremblante de sanglots amers.
-Je n'ai pas le choix, siffla-t-il entre ses dents, et il ne put empêcher les larmes de rouler sur ses joues.
Il releva les yeux dans sa direction et passa une main délicate sur la joue de la princesse pour essuyer ses larmes.
-Je t'aime, murmura-t-il d'une voix à peine audible.
Il se pencha sur elle et leurs lèvres se joignirent. Ils s'enlacèrent étroitement, comme deux pièces d'un puzzle enfin réunies ; cependant, une fois certain que l'odeur de la jeune femme resterait à jamais sur lui et le goût de ses lèvres sur les siennes, il se retira délicatement. Il recula de quelques pas, la laissant ainsi recroquevillée au milieu de la chambre royale. Puis, il prit la porte sans un bruit et la referma silencieusement. Tel qu'il le faisait à chaque fois qu'il se devait de repartir. Or cette fois-ci, jamais il ne reviendrait.
Il fit quelques pas dans le couloir marbré, titubant, avant de lourdement s'écrouler sur une commode d'ivoire. Les babioles qui s'y trouvaient dégringolèrent au sol, mais il n'y prêta aucune attention. Seule la douleur insoutenable qui le prenait l'empêchait de respirer, empêchait ses battements de cœurs de poursuivre leur rythme effréné. Il ne voulait plus vivre, il n'avait plus à exister, car les raisons qui tissaient le fil de sa vie n'étaient plus. Ne résidait que la douleur, la souffrance éternelle, de laquelle il ne se débarrasserai jamais.
Il lâcha alors un hurlement pitoyable, défiguré par les larmes :
-MAIS POURQUOI MOI ???!!!
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