CHAPITRE 17 : La zone de recherche B


Le Nord du Duché de Nérébi fait partie des régions les moins habitées. Des parcelles de terrain achetées par des membres de la haute noblesse, la visite et la construction sur ces terres est réglementé et doit être autorisé par les propriétaires. Bien entendu, les barrières de barbelés ont attisé la curiosité de plusieurs. Légendes mystères et mythes grandissent encore sur ces terres dont on ne verrait pas la véritable nature.

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CW hôpital, mention d'expériences sur des êtres humains.

Cela faisait un peu plus de trois mois que j'étais sur le Bronze lorsque Stanislas décréta que mon état était stable. Je parlais moins qu'avant mais j'avais fait quelques progrès et je sentais que bientôt tout redeviendrait à la normale. Mais nous n'avions pas le temps d'attendre que ma voix revienne, le Bronze était en mission : la Šerik tenait encore debout et on était tout prêt à l'arrêter qu'importe le prix à payer. Déjà tôt le matin, on se réunissait pour mettre en place notre plan, c'étaient les dernières préparations.

Réuni dans la salle à manger ; on était tous fatigué sauf Mona ; la seule à être d'humeur matinale. Cecilie ne s'était pas encore démaquillée et de lourd traits noirs décorés le dessous de ses yeux. Stanislas dormait encore dans son siège ; se reposant après son tour de garde cette nuit. J'arrivais en troisième, la tête encore dans les vapes et Vìtek me poussa allègrement pour se poser dans un fauteuil et voler ma tasse de café. Je n'avais pas le temps de me plaindre quand Mona passa à son tour me percutant, s'excusant quand même de sa maladresse. La journée allait être longue, je le sentais, alors que la réunion commençait.

« Vous en tirez une tête ! Se moqua Mona.

— Le soleil n'est même pas levé, grommela Cecilie, c'est pas humain de nous faire nous lever si tôt...

— Tout de suite. Allez, prenez un café ça ira mieux ! Je déclare ouverte la réunion ! Tonna-t-elle avec humour, Cécilie, je te laisse commencer.

— Merci, j'en suis honoré, ricana-t-elle, quand on s'est séparé, j'ai été voir Dmitri. Enfin, il est venu me voir plutôt pour un échange de services qui ne vous regarde pas. Bref ; en échange de ce "service", il m'a donné plus d'information sur la Šerik, dont l'emplacement de la cellule à Lekarsy. Il m'a aussi parlé de deux grandes zones de recherche, le centre A et le centre B; mais il n'a pas pu me dire où c'était.

— Bien. Je travaillais dans la zone de recherche B avant ; c'est un peu l'endroit où ils mettent les scientifiques de "second rang"; ceux qui ont pas fait de grandes études, vous voyez ? C'est au Nord Est de Nérébi. Je ne sais pas pour la zone A par contre...

— Mais donc il y a encore des gens qui y travaillent ? C'est quoi l'objectif ? Ce n'est pas contre vous, mais je ne veux pas faire un massacre de scientifique même si je pense que certains le méritent. Avoua Stanislas, je peux voir pour nous trouver de meilleures armes quand même, sait-on jamais.

— Je ne pensais pas à les tuer non, s'offusqua la capitaine, prenons les preuves suffisantes pour les révéler au grand jour. Je me doute que certains risques de se mettre sur notre chemin, mais c'est la seule solution à peu près pacifiste que je vois.

— J'ai travaillé sur les cartes et sur les informations que tu m'as passées, Mona, donc voilà la zone de recherche B. J'ai fait un cercle rouge pour délimiter la zone de surveillance. C'est au cœur d'une forêt, assez étonnant pour un centre scientifique mais bon.

— Pour la discrétion, c'est mieux, affirma Vìtek tout en se penchant sur le plan, on aura assez de réserve pour y aller. Cependant, pour le dirigeable, on devrait se poser au nord ; à une heure de marche. Si on se met plus proche, on risque d'être plus rapide mais bien plus visible. Aucun risque si on se pose plus loin.

— Bien. On partira demain soir, ça nous laisse le temps de nous préparer et de faire le ravitaillement. Je dois vous avouer que ça me fait ... Bizarre d'y retourner. Je ne sais pas si ça a changé depuis mon départ. Mais je suis certaine qu'on y trouvera des informations et des plans ou des liens avec la zone A. »

Les préparations ne nous prirent pas beaucoup de temps ; pendant ma convalescence et mon rétablissement, chacun avait commencé à travailler de son côté. On était impatient d'arriver, mais tout aussi inquiet, nerveux de ce qu'on va trouver là-bas. Mona était la plus inquiète d'entre nous suivit par Vìtek ; il n'aimait pas les situations stressantes et se mettait d'autant plus à l'écart de nous. Je le laissais tranquille, ne préférant pas le déranger. Cecilie était déterminée et comme toujours Stanislas ne s'exprimait que peu, j'étais incapable de deviner ce qu'il pouvait en penser et je préférais ne pas savoir, je pense.

On avait reçu de l'équipement de meilleure qualité, je supposais que Stanislas l'avait volé, mais cela ne me dérangeait pas, nous n'étions pas des enfants de chœur après tout. Il avait pris un fusil, de meilleurs revolvers et des boîtes de munition. On en avait tous pris, un sac par personne. Cecilie avait pris en plus des poings de combat et le maître d'armes gardait le fusil. Mona avait un sabre ; accroché à sa taille. On espérait tous ne pas avoir à utiliser ce matériel, je pense, peut-être se voilait-on la face pour oublier le pire.

Sur les terres au nord du duché, nous avions décidé de former des groupes pour l'exploration. Je partais avec Cecilie et Mona, Vìtek et Stanislas continuait à trois. On avait toujours les radios faites par notre canonnier au moindre problème pour communiquer -malgré la récurrence des défaillances de ces dernières-. Cecilie était une grande combattante et je savais que je ne risquais rien avec elle alors qu'on s'enfonçait dans la forêt. On allait vers l'Est alors que l'autre équipe avançait vers l'Ouest. On ralentissait de plus en plus alors que le bâtiment de la Šerik se dessinait sous nos yeux.

C'était un large complexe de plusieurs bâtiments. La première chose qui me marquait était l'absence de vie. Nous avions croisé des barbelés, des zones de sécurité, mais personne ne semblait les habiter. Au fur et à mesure qu'on se rapprochait de cette zone ; je remarquais les bâtiments défraîchis, la nature reprenant ses droits dessus. Ils étaient rongés par le lierre, les fenêtres brisées et certains murs commençaient à tomber. Il y avait des animaux, seule autre forme de vie après nous. Devant les grandes portes ; rien ne marquait le signe d'un incendie, d'un combat.

« On dirait qu'ils ont juste... abandonné la zone ? Souffla Cecilie complétant mes pensées.

— Je ne comprends pas, Mona nous a pourtant dit qu'ils étaient ici encore non ?

— Oui, mais... Cela fait plusieurs années qu'elle n'a pas eu de nouvelle ni de lien avec eux. Il a dû se passer quelque chose. »

Avant d'avancer, on préférait prévenir nos comparses de notre découverte. Les bâtiments à l'ouest étaient dans le même état : abandonné à la hâte. Mona se souvenait de cet endroit vivant et était choquée de le voir dans un tel état ; aucune raison ne lui venait à l'esprit pour expliquer ce désordre. La zone de recherche B était organisée en trois blocs : l'Ouest était destiné aux expériences, l'Est aux laboratoires et le bâtiment central à la vie commune. J'aurais préféré commencer par une zone plus conviviale que celle des expériences et Cecilie semblait toute aussi dégoûtée que moi à l'idée d'y entrer, mais nous n'avions pas le choix. S'il n'y avait pas de menace physique ici même, on devait malgré tout trouver les documents pouvant incriminer la Šerik.

On avait apporté des masques : cela me semblait bête, mais en voyant l'état à l'intérieur, je fus le premier à l'enfiler. Il y avait des produits au sol, sur les meubles et je me doutais que la plupart devait être toxiques ou dangereux. Je n'y connaissais rien, mais à leur couleur et aux tables érodées par le contact avec ces liquides, je n'osais pas les toucher et m'éloignais le plus possible des poudres volatiles. Il y avait trois étages à fouiller et Cecilie gardait en main son revolver passant devant pour s'assurer que personne ne nous prenne de face. Je restais en arrière pour surveiller l'entrée. Il y avait des rapports, des feuilles, mais le rez-de-chaussée n'avait rien à nous offrir d'intéressant. C'était des expériences tout à fait basique, des tests sur des animaux, des tentatives de prothèses étranges et rien ne portait le nom de la Šerik ; aucun scientifique n'était mentionné. Je me sentais comme dans une pièce de théâtre parfaitement écrite et mise en scène, tout était réaliste et j'en étais même un des acteurs ; pourtant, il n'y avait aucun nom, aucune accroche avec le réel et des personnes existantes. Ce n'était qu'une grande mascarade, un spectacle et dont je sentais que le mot final sera tragique. On montait les escaliers, faisant attention à éviter les trous et les marches bancales.

Je mis longtemps à comprendre ce que pouvait bien être cet étage. C'était une suite de pièces, toutes aussi petite les unes que les autres avec à l'intérieur des bureaux tout similaires. Dans certains, il y avait des machines étranges et dans d'autres des lits médicaux.

« On dirait juste un hôpital. Murmurais-je à Cecilie.

— Ouai, un hôpital pour fou. Ou une prison, à toi de choisir. »

Son ton était froid et sec alors qu'elle ouvrait une des pièces, la réalité me frappant avec violence. Ce n'était pas des bureaux, mais des chambres. Elles ne dépassaient pas les neuf mètres carrés et il n'y avait qu'un bureau, une armoire ainsi qu'un lit médical dessus. Dans certaines pièces, il y avait encore les sangles, dans d'autres des seringues étaient brisées au sol. Certains lits étaient plus petits, bien trop petits pour un adulte et mon estomac se tordait à l'idée qu'un enfant fut ici ; traité comme un rat de laboratoire. Je palissais à chaque pas et au bout du couloir, je fis une pause pour me pencher par la fenêtre et respirer un peu d'air vrai. Les odeurs de moisi et chimiques me faisaient tourner la tête alors qu'on recevait un signal radio de l'autre équipe.

« Stanislas à l'appareil. On a trouvé quelques papiers intéressants. On voit rejoint.

— On cherche encore ici ; on a fouillé deux étages sur trois. »

Cecilie réussissait à rester calme malgré l'endroit. Du peu, qu'on en parlait, elle le trouvait horrible et était assez contente de le voir inhabité : elle aurait eu du mal à laisser en vie les gens qui oseraient travailler ici et faire ces abominations. On était d'accord sur le fait de tout faire exploser après notre départ bien que nous soyons certains que les autres ne seront sûrement pas d'accord. Certaines traces de l'histoire devaient rester cacher pour encore quelques années, même si cela allait en contradiction avec nos revendications actuelles.

On montait au dernier étage et à chaque pièce mon étonnement et ma curiosité était mise à rude épreuve. Il y avait quatre grandes salles ; avec dans chacune différentes machines. Cecilie était restée dans le couloir pour indiquer aux autres notre position lorsqu'ils arriveraient. La première salle avait une machine au centre qui prenait l'entièreté de la place. C'était comme un cylindre creux avec en son cœur un lit qui semblait pouvoir y entrer. Je n'osais pas toucher à sa surface cuivrée ni même à passer ma tête à l'intérieur. Il n'y avait pas de fenêtre et la tapisserie des murs était en lambeaux à mes pieds. Déglutissant, je quittais cette salle pour me précipiter dans la suivante.

J'avançais dans le noir, lentement et me cognant contre plusieurs meubles avant de trouver une fenêtre. J'entendais dans le couloir les voix de Mona et de Stanislas s'élever dans le couloir alors que j'apportais à cette pièce les rayons du soleil pour la première fois depuis des années. Là encore se trouvait une large machine au centre ; plus petite mais bien plus inquiétante. C'était un lit, avec des sangles comme à l'étage en dessous, mais autour, se trouvait des bras mécaniques. Les outils que ses membres devaient tenir auparavant étaient éparpillés à mes pieds. Des aiguilles, des scies, des scalpels et d'autres que je ne pouvais reconnaître.

Il y avait aussi un bureau derrière une grande baie de protection et là une pile de document. J'y trouvais aussi des débris de verre, une arme à feu rouillée et une table maculée de sang. Il était sec, depuis des années déjà et n'était qu'une croûte écailleuse aux teintes ternes. Je ne m'attardais pas plus dessus et je me jetais avidement sur les dossiers. Des patients, voilà comment ils les appelaient, mais les horreurs de ces lignes ne les traitait même pas comme des humains. Ils n'étaient pas là pour se faire soigner, ils n'avaient même pour la plupart rien à guérir. Cet endroit les avait tous détruits, s'il restait à la fin quelque chose à détruire. Où étaient-ils maintenant, ces suites de numéros ?

« Tu as trouvé quelque chose ? Cecilie pénétra dans la pièce. Les autres sont arrivés d'ailleurs, ils ont trouvé quelques dossiers.

— J'en ai trouvé aussi, des dossiers des "patients" comme ils disent.

— Vraiment ? Ils disent quoi ? »

Avant leur identité, ils n'étaient que des numéros, des caractéristiques, des statistiques. Ensuite, une suite de mots évasifs pour les décrire : des gros, des grands, des blonds et des brunes. Il y avait aucune photographie, ou alors elles étaient usées par le temps. Je m'arrêtais sur le troisième dossier ; en plus des informations sur cette adolescente, il y avait les annotations du scientifique. Je lisais à voix haute pour que Cecilie suive mes découvertes. Elle était malade, comme tous, malade dans son esprit et ses parents l'avaient envoyé ici. Le médecin en charge avait noté la liste des soins, des "expériences" faites. Des chocs électriques, des implantations, des médicaments, la liste continuait derrière et se terminait par une suite de soins qui ne s'arrêtait jamais. Je continuais à lire l'horreur sur les lèvres et j'arrivais enfin aux informations plus personnelles de cette adolescente. Elle avait mon âge à son entrée ici ; il n'y avait aucune information quant à son départ. C'était un enfant au ventre rond et de petite taille. Une fille selon le document, aux cheveux bruns avec de grosses lunettes, un enfant tout à fait normal. J'avais sous les yeux le nom du cobaye, incapable de le prononcer, la gorge nouée. Dans le cadre de la porte, Vìtek s'était arrêté et me fixait le teint livide. Je regardais mon ami, ses cheveux sombres, ses problèmes de vues, sa petite taille et son corps replet.

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Un chapitre bien difficile à écrire et aux sujets un peu plus dur, je préviens que les prochains seront plus ou moins dans la même thématique (à différents degrés).

J'espère quand même que ça vous a plu !


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