Chapitre 8
Laura se sentait seule, l'air bête devant la grande fenêtre où défilait le paysage qu'elle connaissait depuis longtemps à une allure hallucinante, le cœur gros. Tout commençait et se terminait vite. Elle n'aurait jamais pensé devoir quitter un jour cet endroit tant apprécié. Mais peut-être qu'une autre vie, plus belle l'attend là-bas ? Elle ne pouvait rien y faire de toute manière, mieux valait se fier à l'avenir telle qu'elle est et profiter un maximum de sa vie. En y pensant, elle regrettait de ne pas avoir profité du temps passé avec sa famille et ses amis, ses camarades de classe. Jamais elle n'aurait eu un aussi grand regret dans toute sa vie. Sûrement.
Elle avait ouvert la cage de Tama, qui dormait sur les genoux de sa jeune maîtresse. Celui-ci paraissait insoucieux, le pelage noir soyeux. Combien de temps s'était écoulé ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Le train ralenti, et s'arrêta dans une petite gare. Laura somnolait, et ne remarqua pas la présente de quelqu'un sur le siège à côté d'elle. Lorsque le train reparti, une voix la réveilla.
— Eh ! Excuse-moi, mais voudrais-tu décaler la cage de ton chat s'il te plaît ?
Surprise, la malade se tourna vers la voix. C'était une jeune fille, un peu plus grande qu'elle, ayant les cheveux châtains ondulés, et des yeux marrons. Elle semblait attendre une réponse de la part de Laura.
— Oui ... ?
La jeune fille châtaine secoua la tête d'un air exaspéré.
— Ça, dit-elle en pointant le siège pris par la grande caisse de Tama. Je ne peux pas m'asseoir.
Laura comprit, et s'excusa aussitôt.
— Désolée.
— Ce n'est rien, du moment que tu en es consciente ! chantonna la fille d'une voix chaleureuse.
Elle est sacrément de bonne humeur cette fille, songea Laura.
— Toi tu t'appelles comment ? Moi c'est Valentine et j'ai 15 ans ! C'est trop cool de voyager seule tu ne trouves pas ? Moi c'est la première fois que je vais seule à Paris. Ce n'est pas pour une cause super joyeuse, mais... Oh, tu es déjà venue à Paris toi ? On est d'accord que c'est trop beau ! Moi j'adore la cathédrale Notre Dame de Paris, et toi ?
Laura dévisagea la nouvelle arrivée d'un regard méprisant. Qu'elle est lourde !
— Je m'appelle Laura et j'ai deux ans de moins que toi, répondit-elle simplement.
J'ai déjà oublié ton prénom salle folle...
— Deux ans ? Wow c'est beaucoup tu trouves pas ? Moi j'étais persuadée que tu avais un an de moins que moi ! Mais ça ne change pas beaucoup, tu ne crois pas ?
Et elle éclata de rire. Quelques personnes se retournèrent pour les fixer d'un regard noir, et Laura se tint la tête entre ses mains. Sérieusement, pourquoi j'ai dû acheter une place à côté de cette folle ? Je vais passer pour un crétin...
Elle prit son casque, et fit mine d'écouter une musique. En réalité, elle n'écoutait rien du tout, car elle n'aimait guère la musique de ces jours. Ni classique non plus. Ni le Jazz. Et surtout pas le rap ! Elle préférait le silence.
Alors que Tama s'étirait, la fille d'à côté poussa un cri de joie.
— Oh un chat !!! J'adooooore les chats !! Toi aussi je suppose ? Comment il s'appelle ton chat ? Oh mais il est trop adorable avec son pelage noir ! Huuum, tu te nommes Tama c'est ça ? C'est écrit sur ton collier ! Yess je suis trop intelligente pas vrai ?
Laura se retint de lancer la caisse de voyage de Tama sur sa figure. Tait-toi !
— Chuuuut ! la réprimanda une voyageuse travaillant sur un ordinateur d'un regard noir.
Laura voulut s'enfoncer dans le sol. Ce n'était pourtant pas elle ! Pourquoi devait-elle recevoir autant de regards noirs que cette folle ? Voilà sa première rencontre. La folle.
Bon surnom, n'est-ce pas ? Elle entendait même à travers son casque le rire de la fille. Elle en avait marre.
— Pardon.
Laura se leva avec Tama et son téléphone ainsi que son repas et son portefeuille. Elle voulait aller loin d'elle, vers le bar. Et puis si elle venait, elle irait aux toilettes jusqu'à ce qu'elle parte. Elle ferait tout pour s'échapper d'elle.
En marchant le long du couloir étroit du TGV, la malade remarqua que le train était extrêmement silencieux en dehors de la folle. Elle se demanda pour quelle raison cette fille était aussi de bonne humeur. Était-ce seulement Laura qui était si maussade comme à l'habitude ?
Lorsqu'elle arriva au bar du train à grande vitesse, la jeune voyageuse commanda un petit soda. Elle n'avait pas faim, et de toute manière, elle avait un sandwich à portée de la main. C'était sa mère qui l'avait faite pour elle en prenant son temps. Il se constituait d'un grand bout de baguette traditionnelle de la boulangerie du coin (qui était d'ailleurs une des meilleures dans la ville et aux alentours), et sans aucun doute, des rosettes ou quelque chose du genre. Car Laura adorait cela plus que tout, et sa mère voulait lui faire plaisir pour une dernière fois. Elle ne goûterait plus ce goût pendant un certain temps, malheureusement.
Tama monta sur la petite table du bar, et réclama de la nourriture à sa jeune maîtresse perdue dans ses pensées. Elle fût donc contrainte de sortir une boite de nourriture pour chat qu'avait préparé sa mère pour son chat. C'était au goût de thon, ce qu'adorait Tama depuis toujours. Les deux voyageurs mangeaient tranquillement, en silence. Laura observait chaque détail du paysage défilant à toute vitesse. Un troupeau de vaches broutait l'herbe non loin de là, sur un terrain plat vert. Puis le paysage passa à un champ de tournesols.
— Oh regarde-moi ça Tama ! C'est tellement magnifique... murmura-t-elle comme pour elle-même.
Son chat noir de compagnie leva sa tête de son repas, et miaula à l'intention de sa maîtresse comme pour lui dire qu'il restait toujours à l'écoute de Laura. Cette dernière sourit à cette évocation, et caressa gentiment la tête de Tama. Son pelage était si doux et soyeux (le contraire total des cheveux de Laura qui étaient emmêlés toute l'année), et la vibration de son ronronnement calmait petit à petit la malade. C'était aussi pour cela qu'elle appréciait tant son animal de compagnie. Il la soutenait et aidait n'importe quand, n'importe où, dans n'importe quelles conditions. Elle se demandait ce qu'elle ferait sans lui, un jour. Car elle le savait, un jour il la quitterait pour toujours.
Laura secoua vivement sa tête. Mais à quoi penses-tu ! C'est dans longtemps. Et puis, pense au présent, pas à l'avenir...
Le ciel commençait à s'assombrir, et les deux compagnons de routes purent observer pour la première fois, un aussi beau coucher de soleil depuis le train. Mais Laura le savait. Ce n'était et ne serait jamais aussi merveilleux et magique qu'à sa ville natale, où tout était calme et paisible, perdu dans la nature sauvage.
Le ciel était rouge, et la spectatrice vit le soleil (ressemblant à un jaune d'œuf pour elle et son frère) disparaitre en un clin d'œil. Cet instant passait si vite ! Et hop, plus de soleil ! On ne voit plus qu'un ciel et des nuages colorés de milles couleurs différentes de rouge et d'orange. La palette de couleur était incroyablement immense.
Laura resta là debout devant le spectacle, la tête déjà ailleurs dans ses rêves les plus beaux.
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