Chapitre 17 -Chasseurs
Durant plusieurs minutes, Albane demeura face à l'endroit où Richa s'était écroulé lorsqu'elle l'avait repoussé et où elle lui avait hurlé ces paroles emplies de rage. Des paroles probablement justes, elle devait le reconnaître, mais qui ne suffisaient pas à transformer ses sentiments.
D'ailleurs, qu'y pouvait-elle si elle avait réagi de la sorte ?
Elle ne pouvait pas lutter contre ce qu'elle éprouvait.
De toute manière, à quoi Richa s'attendait-elle exactement en lui annonçant quelque chose de pareil ?
Étrangement, elle semblait beaucoup trop croire aux contes de fées pour penser que l'amour ferait qu'elle pourrait accepter unetelle révélation calmement. Évidemment qu'elle ne supportait plus le contact avec Richa après ça. En tant que jeune fille homosexuelle, elle avait forcément l'esprit ouvert, mais cela, elle ne pouvait l'accepter. C'était contre-nature, c'était littéralement inhumain.
Son premier réflexe avait donc été, en toute logique, un réflexe de protection en se repliant sur elle-même et en repoussant cet élément incompréhensible dont menaçant. C'était quelque chose de naturel, contrairement à la nature que Richa lui avait si soudainement révélé être la sienne.
Après tout,elle n'y pouvait rien. Sa réaction avait été logique et instinctive. Finalement, l'unique fautive était Richa, elle et seulement elle. Si elle avait gardé le silence sur ce secret, rien de tout cela ne serait survenu et elles pourraient toujours se fréquenter normalement.
De toute manière, elle aurait certainement été furieuse d'apprendre qu'elle lui avait mentit de la sorte et elle aurait également été toute aussi répugnée qu'actuellement. D'ailleurs, rien que l'idée de poursuivre leur relation alors que Richa savait ce qu'elle était et le lui dissimulait lui provoquait des frissons de répulsion le long de l'échine.
Les images des instants qu'elles avaient partagé toutes les deux causaient une réaction semblable. Si elle continuait à y penser, elle risquait probablement de vomir.
Pourtant, elle ne parvenait à songer à autre chose alors qu'elle prenait le chemin pour rentrer chez elle où elle pourrait se reposer pour se remettre de toutes ces violentes émotions, ou bien les extérioriser d'unemanière ou d'une autre, bien que se confier à Elio paraissait exclus d'office. En effet, elle ne pouvait certainement pas raconter cela sans passer pour une folle à son tour.
A cette pensée, Albane stoppa soudainement, une idée subite lui venant à l'esprit.
Si, comme elle l'avait supposé au début, Richa subissait un genre de délire hallucinatoire qui faisait qu'elle croyait sincèrement les propos qu'elle avait émit, donc Albane avait effectivement senti qu'elle lui livrait l'entière vérité, du moins, ce que Richa était persuadée d'être la vérité, sa vérité qu'elle avait construite à travers le prisme de ses divagations.Peut-être qu'elle l'avait repoussé si violemment alors qu'elleétait seulement en pleine instabilité mentale. Peut-être qu'elle avait abandonné sa petite-amie alors qu'elle était dans une profonde détresse, qu'elle avait besoin d'aide.
Finalement,peut-être que toute la culpabilité n'était pas à rejeter sur Richa et ses révélations.
Faisant volte-face, le jeune fille effectua le trajet qu'elle venait de parcourir en sens inverse encourant mais, évidemment, elle ne trouva pas Richa sur le chemin alors elle continua jusqu'au restaurant au premier étage duquel vivait Richa.
Cependant, elle freina soudainement en débouchant sur le parking sur lequel était stationné un véhicule de police,tous gyrophares allumés.
La respiration d'Albane se bloqua sans sa poitrine alors qu'une possibilité affreuse apparaissait.
Si Richa souffrait effectivement d'un déséquilibre – elle ignorait comment le qualifier autrement, bien qu'elle savait que ce n'était ni exacte ni réellement approprié – qui l'avait poussé à affirmer tous ces propos largement dérangeants, ce trouble l'avait probablement poussé à faire autre chose après qu'Albane l'ait repoussé si brutalement.
La peur lui tordant les entrailles,elle se précipita à l'intérieur sans prendre la peine de s'annoncer.
Dans le couloir, elle tomba immédiatement sur Jonah, visiblement paniqué car il s'exprimait avec de larges gestes, en pleine conversation avec un agent en uniforme.
L'avisant, il vint immédiatement vers elle, son regard affolé s'éclairant d'une lueur d'espoir, pour lui demander si elle avait vu Richa. Tout d'abord,Albane ressenti un certain soulagement – pas de Richa suicidée suite à leur violente querelle – avant d'être assaillie par de nombreuses questions.
Richa aurait donc disparu ?
Répondant à la question de Jonah, Albane secoua négativement la tête avant de préciser qu'elle l'avait quitté il y avait environ une heure et quart – elle ne s'était pas aperçu qu'elle avait marché si lentement, abîmée dans ses réflexions – et qu'elle n'avait pas de nouvelles d'elle depuis, n'en ayant pas voulu de toute manière.
Fronçant les sourcils, elle jugea qu'une absence de moins de deux heures n'aurait pas dû suffire à affoler autant les proches ou pour faire déplacer la police mais, comme Richa avait été enlevée il y avait tout juste deux jours, les autorités se montraient probablement vigilantes.
Cependant, après leur violent échange,Albane pensait que la jeune fille s'était certainement réfugié quelque part pour se libérer de toutes ces émotions qu'elle avait manifesté dans ce hurlement désespéré, elle ne croyait pas qu'il lui soit arrivé quelque chose, et elle le fit savoir à Jonah et à cet agent.
Pourtant, au regard de Jonah, elle devina que le problème ne concernait pas uniquement l'absence de Richa. En effet,Jonah lui apprit que la chambre de la jeune fille avait été dérangée et qu'il manquait plusieurs de ses affaires, ce qui semblait effectivement inquiétant.
Albane répéta qu'elle ne possédait aucune information susceptibles de les aider, préférant garder pour elle leur dispute et en particulier son sujet.
Alors que Jonah la priait de le prévenir si Richa la contactait, le policier reçu un appel sur la radio qu'il avait fixée à sa ceinture et la voix légèrement grésillante qui en sortit l'informa qu'on avait localisé la moto de la jeune fille dans les bois sur les hauteurs de la ville. Cependant, Albane ne se laissa pas aller à la panique, se souvenant qu'il s'agissait d'un lieu que Richa fréquentait régulièrement.
Après avoir partagé cette information avec l'agent de police, Albane quitta le restaurant,estimant que toute cette affaire ne la concernait pas, plus maintenant.
Sauf qu'elle n'avait pas obtenu les réponses qu'elle souhaitait, elle n'avait pas pu vérifier si Richa souffrait ou non d'un quelconque désordre mental et, comme la jeune fille avait disparu, impossible de le confirmer ou de l'infirmer avec elle. Le problème était qu'elle avait besoin de certitude pour pleinement assumer sa réaction ou ses sentiments, elle ne le pouvait pas avec pas avec ses doutes.
Du moins, si elle comptait uniquement sur Richa pour réaliser cette vérification mais elle avait quelqu'un d'autre à interroger. En effet, Richa lui avait bien dit que c'était Mikhail qui lui avait livré toutes ces informations.
Il lui semblait que le jeune homme se trouvait actuellement encore en garde à vue avant d'être conduit en détention provisoire en attente de son procès. Elle ne voyait pas avec quels arguments elle pourrait obtenir un entretiens mais c'était l'unique moyen de vérifier l'état de Richa.
Elle espérait sincèrement que Mikhail pourrait lui affirmer que la jeune fille avait seulement besoin d'aide psychiatrique et qu'elles pourraient reprendre comme précédemment, après qu'elle ait présenté ses excuses à Richa car, si il s'avérait que tout ce qu'elle lui avait dit était bien la vérité, elle ne supporterait pas de seulement la croiser.
Ignorant les messages que lui adressait sa mère pour savoir où elle était et exiger qu'elle regagne immédiatement le domicile familiale, elle se dirigea vers le poste de police où elle découvrit cette inspectrice, l'inspecteur Aciari, en pleine conversation avec des officiers subalternes, mais également et plus important, Mikhail assis sur une chaise, menottes aux poings, tapotant le sol du bout du pied avec impatience.
Visiblement, son transfert avait été prévu pour la soirée mais la soudaine disparition de Richa l'avait retardé.
S'assurant que personne ne se préoccupait d'elle, elle s'installa sur le siège à côté de Mikhail.
Ce dernier releva un regard surpris sur elle puis il demanda :
« Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'ai des questions à te poser. Déclara Albane.
- Quoi ? Tu veux me demander des comptes pour ce que j'ai fait à Richa ?
- Non. Pas pour le moment en tous cas. Richa m'a raconté des trucs assez dingues et, d'après ce qu'elle m'a dit, tu n'y es pas pour rien.
- De quoi elle t'a parlé ? D'Humcréas peut-être, de sang-mêlé, elfe et vampire, ou éventuellement de l'Enclave ?
- Alors...ce...c'est vrai ?
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu voulais peut-être que je te détrompe ? Désolé, mais ta petite-amie est un monstre.
- Ex petite-amie. Précisa Albane.
- Oh, t'as pas supporté la vérité et t'as préféré la larguer ?
- Comment j'aurais pu supporter de rester en couple avec cette...cette chose ? Elle est même pas humaine ! Ça me donne envie de vomir, je te jure !
- Oh, alors dans ce cas, va à l'ancien couvent dans les bois. Des gens pourront t'expliquer toutes ces choses plus en détails. Dis leur que c'est moi qui t'envoie. »
Albane aurait souhaité interroger Mikhail plus longuement à ce sujet mais elle dû se résoudre à les poser plus tard à quelqu'un d'autre, à ces personnes auprès de qui Mikhail l'envoyait car les policiers présents dans le poste semblaient se souvenir de la présence du jeune homme dont il fallait se charger et Albane préférait ne pas avoir à se justifier de sa visite.
Alors elle quitta le poste de police pour gagner les hauteurs de la ville. Durant le trajet, sa mère passa des messages aux appels téléphoniques pour tenter de la contacter mais elle continua à les ignorer pour plutôt frapper contre la lourde porte en bois de l'ancien couvent.
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