Chapitre 17 • Seul à seule

- Éliminez cette option tout de suite, dit Simon en décodant l'insistance de nos regards.

Il croise ses bras musclés sur sa poitrine pour appuyer ses dires. Je vais le faire changer d'avis, par n'importe quel moyen. Il est ma dernière chance, aucun autre choix que celui-ci ne s'offre à moi.

- Tu exagères, lui dit Izzie. Tu peux quand même faire ça, non ?

- J'exagère ? s'énerve-t-il. Tu connais mon avis sur cette fille, alors il n'en est pas question.

Ouch. Je sais qu'il ne m'apprécie pas, et c'est réciproque d'ailleurs. Par contre, il ne peut pas parler de moi comme si je n'étais pas là. J'ouvre la bouche mais la ferme rapidement pour ne pas anéantir les chances qu'il me reste.

- Tant pis. Si tu ne veux pas le faire, tu n'as qu'à me passer les clés de ton pick up.

La première technique tentée par Izzie ne fonctionne pas, donc elle en essaie une seconde. Le seul résultat obtenu est que les yeux de Simon sortent de leurs orbites.

- Ouais, dans tes rêves, crache-t-il. Tu n'as pas ton permis et personne d'autre que moi ne monte au volant de ma bagnole.

Consternée par sa résistance et par le temps que l'on perd à négocier, je décide de jouer le tout pour le tout.

- Accepte et je te rends un service en échange. N'importe lequel, n'importe quand.

Simon se redresse et lève un de ses sourcils, intéressé. Ensuite, il plisse les paupières pour m'observer des pieds à la tête. Je m'agite sous son regard qui, je le constate au moment où il plonge dans le mien, est devenu intense.

- N'importe lequel ? répète-t-il. Tu en es sûre ?

Les possibilités farfelues qui me traversent l'esprit sont nombreuses. Tandis que je commence à regretter ma proposition, je les chasse d'un revers de la main pour répondre avec assurance.

- J'en suis sûre, confirmé-je.

À l'instant où mes propos sortent de ma bouche, il ramasse son cartable gisant sur le sol et il part en direction de sa voiture.

- Bouge-toi avant que je ne change d'avis ! hurle-t-il.

Le poids qui pèse sur mes épaules s'envole. Je m'apprête à le suivre, mais je prends le temps de dire au revoir à ses deux amis, contrairement à lui. Je claque la bise à chacun d'eux, avant de faire volte-face pour m'en aller.

- Attends, intervient Izzie en attrapant mon poignet. Prouve lui qu'il se trompe à ton sujet.

Je suis ébahie qu'elle veuille que nous entamions une discussion quand nous serons seul à seule. Je comptais me taire pendant la totalité du trajet pour ne pas qu'il m'abandonne sur le bord de la route.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, soufflé-je.

- Tu as tort, insiste-t-elle en resserrant ses doigts. C'est maintenant ou jamais.

Elle prononce une dernière réplique, ses yeux bleus ancrés dans les miens. J'acquiesce pour ne pas faire attendre mon conducteur, et elle me lâche.

Confuse, je me retourne pour partir à la recherche de ce dernier. Le ciel s'est déjà assombrit car la nuit tombe tôt en cette période de l'année. Un bruit de verrouillage centralisé attire mon attention, alors je vais dans sa direction. Lorsque je distingue la silhouette de Simon, je cours pour le rejoindre. J'arrive à sa hauteur et, bien-sûr, il me remonte les bretelles.

- Et tu me fais attendre en plus ! Je ne sais pas d'où tu sors pour oser me faire tout ce que tu me fais mais tu es... (Il marque une pause et je me prépare au pire.) Tu es déconcertante.

Je suis contente que le premier mot qui lui vienne en tête pour me décrire soit celui-ci. Je sens mon coeur se soulever dans ma poitrine et un sourire se glisser sur mes lèvres. Le moins que l'on puisse dire est que lui aussi, il me déconcerte.

Simon met un terme à mes pensées enfantines en entrant dans son véhicule. La main sur la poignée, je prends une inspiration avant de faire la même chose. Je n'arrive pas à croire que moi, je suis sur le point de m'assoir dans la voiture sur laquelle tous les élèves de mon lycée se retournent.

- Putain mais qu'est-ce que tu fabriques ?

Je sursaute en entendant le klaxon. Le son qu'il émet me sort de ma transe. Aussitôt, j'ouvre la portière et je me dépêche de grimper à l'intérieur.

- Euh, excuse moi, bredouillé-je. J'ai eu un moment d'égarement.

Il lève les yeux au ciel, avant de mettre le contact sans dire quoi que ce soit. On passe la barrière du parking quand il me demande où il est censé me déposer.

- Tu vois où sont les cabinets médicaux qui se trouvent aux alentours de la cave coopérative et du cimetière ?

- Ouais, je connais. (Il répond avec fermeté, puis il reprend sur le ton de la rigolade.) Tu as un ongle cassé, c'est pour ça que tu vas voir un médecin ? Il est préférable que tu consultes un psy, si tu veux mon avis. Une telle expérience est traumatisante.

Je pense qu'il me manque une case, parce que je me marre. Ses allusions incessantes m'insupportent, mais son sarcasme est capable de rivaliser avec le mien.

- Bon, commencé-je, laisse-moi éclaircir certains points importants. Premièrement, je ne m'appelle pas Pénélope. Deuxièmement, ton avis ne m'intéresse pas. Troisièmement, ce n'est pas à moi de prévoir une séance chez le psychologue mais à toi.

Il détourne son attention de la route pour me lancer un regard en coin. Je ne sais pas quel en est le motif mais je ne crains plus les représailles. Je n'ai rien à perdre, je m'en prends plein la tête que je cherche le conflit ou non.

- Qu'est-ce qu'il te prend ? (Il fronce les sourcils, étonné.) Tu as tes règles ou quoi ?

- Non mais même si c'était le cas, je ne te le dirais pas. (Je le remets à sa place et, sans que je ne puisse retenir ces mots, ils passent la barrière de mes lèvres.) Le problème c'est que je ne comprends pas pourquoi tu me détestes à ce point.

Je suis agacée par son attitude à mon égard, alors je pose la question qui est devenue une obsession. Je ne me sens pas prête à entendre sa réponse qui, à mon grand malheur, ne se fait pas attendre.

- Tes fesses ne seraient pas assises sur un des sièges de ma caisse si je te détestais, assure-t-il, sur la défensive. Et puis même, qu'est-ce que ça peut te faire que je t'aime ou pas ?

Il me laisse sans voix parce que je suis la première à ne pas connaître la raison pour laquelle je donne de l'importance à ce qu'il pense de moi.

- Ça m'est égal, lâché-je. Je ne te demande pas de devenir mon ami, on sait tous les deux que ce n'est pas possible. La seule chose que je te demande, c'est de ne plus me traiter comme une moins que rien.

- Tu es dans l'abus, là. (Il passe une vitesse avant de continuer.) Je ne suis pas pire avec toi que je ne le suis avec les autres.

- Je n'insinue pas l'inverse, lui dis-je. Je sais que les bases de ta popularité sont le sang et les larmes qui coulent par ta faute chaque semaine.

Il a l'air furax et la partie sadique de ma personnalité en est satisfaite. Je n'aime pas être méchante mais il ne mérite pas ma gentillesse.

- Je ne vais pas laisser une fille comme toi me faire la morale, d'accord ?

Ses dires mettent quelques temps à atteindre mes oreilles, tant les dents de Simon sont serrées.

- Une fille comme moi ? (Je radote pour en être certaine.) Et qu'est-ce que ça veut dire ?

- Sans aller dans les détails, ça veut dire que je ne reçois pas de leçons des gosses de riches qui sont pourries par leurs parents, explique-t-il.

Soudain, je réalise que c'est pour cela qu'il ne m'aime pas. Il me prend pour une de ces adolescentes prétentieuses qui obtiennent constamment ce qu'elles veulent.

- Tu es en train de dire n'importe quoi. Je ne suis pas...

- Étrange, n'est-ce pas ? Tu ne l'apprécies pas alors que tu es semblable à Pénélope. (Il reprend la parole comme si je n'étais pas là, les yeux rivés sur la route.) La seule nuance est que toi je ne te baise pas, mais on peut encore y remédier.

*****

Alors, qu'est-ce que vous pensez de la partie tant attendue ?

Oui, le paragraphe de la fin est sadique à ce point et ça ne se fait pas. Je suis d'accord, mais qu'est-ce que vous voulez...

Je mets du suspens pour que vous continuez à me lire 😇

Charleen,
XO
💋

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