Chapitre 28 : Armand

Le Prince avait regagné ses appartements en faisant le trajet machinalement, tant il était perdu dans ses pensées. Son esprit le ramenant sans cesse à ce qui venait de se passer. Il s'était trouvé suffisamment proche de Séréna pour pouvoir détailler précisément chaque tache de rousseur qui rehaussait son visage délicat.

Il s'était vu repousser derrière son oreille une mèche échappée de sa tresse, il aurait laissé sa main s'attarder sur la peau douce de sa joue, puis...

Mais, la Tisseuse de Rêve avait subitement fait marche arrière, cependant, Armand était certain que ça n'était pas la peur qui avait fait reculer Séréna, il avait vu dans ses yeux un éclat qui ressemblait à une froide résolution.

En sa qualité de prince de Centralia, il n'avait pas l'habitude qu'on lui résiste. Toutefois, au lieu de l'agacer, l'insistance de Séréna pour ne pas céder à ses avances, sonnait plus pour lui comme un défi.

Il avait l'habitude des courtisanes aux yeux de biches, des guerrières déterminées, des magiciennes nonchalantes. Mais, Séréna, elle voyait en lui plus qu'une couronne. Du moins, le croyait-il.

La manière qu'elle avait d'interagir avec lui avait quelque chose de rafraîchissant. Tous les mystères qui entouraient la jeune femme la rendait fascinante, sans parler de sa beauté...

- Quand tu affiches ce sourire niais, c'est qu'il y a une fille dans l'équation...

Erik l'attendait dans ses quartiers, vautré sur le canapé, une bouteille de bière dans la main. Une autre était posée sur la table basse. Armand s'en saisit avant de se laisser tomber sur un fauteuil en face de son ami.

- Oh la ferme, répondit-il en levant les yeux au ciel.

- Ah, et si t'es soupe-au-lait comme ça, c'est qu'elle n'a pas voulu t'embrasser, ou bien, pas comme tu l'aurais voulu.

- On t'a déjà dit que tu pouvais être un vrai connard ?

- Ouais tout le temps. Par contre, on ne me donne pas souvent tort. Alors ? La belle Rêveuse n'a pas succombé à ton charme princier ?

- T'es pas censé monter la garde ? contra Armand, fermement décidé à changer de sujet.

– On s'est répartis sur les trois huit avec les gars. Je serai de garde cette nuit.

– Et donc tu te sens obligé de venir squatter sur mon canapé ?

– Je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de compagnie après t'être pris un râteau, dit le capitaine d'un ton moqueur. C'est qu'Armand le tombeur n'a pas l'habitude qu'une femme lui résiste.

- Je n'ai pas envie de parler de ça, coupa le prince d'un ton ferme.

– Alors, parlons de ta royale matriarche si tu préfères, continua Erik sans se démonter. Tu penses qu'elle acceptera de te laisser fréquenter une Terranéenne ?

– Elle est métisse, du sang Centralien coule dans ses veines. Et il n'y a rien entre Séréna et moi de toute manière.

– Pour l'instant, poursuivit le capitaine. J'ai vu comme tu la regardais après la bataille, tes soupirs lorsque tu quittais sa chambre. Mon pote, je veux juste te mettre en garde. Demi-Centralienne ou non, ta mère ne le permettra pas.

– Tu crois que je n'en ai pas conscience ? s'écria Armand avec colère. Par les Lunes Erik ! C'est la première fois qu'une femme ne marche pas sur des œufs avec moi. Elle me traite et me parle comme si j'étais une personne normale. Ma mère pourra désapprouver autant qu'elle le voudra, je ne laisserai pas tomber.

– Ok ok, répondit Erik en levant les bras. Je voulais juste être certain que tu étais bien conscient des enjeux...

Trois coups furent frappés à la porte et un jeune page entra sur l'invitation du Prince.

- Votre altesse, la Reine vous demande au plus vite dans ses appartements.

Armand et Erik échangèrent un regard inquiet. Non, se dit Armand. S'il était arrivé quelque-chose de grave à son père, ça n'est pas un Page qui serait venu le chercher. Cela ne l'empêcha pas de presque bondir de son fauteuil pour prestement rejoindre les appartements royaux.

Il se força à adopter un pas plus tranquille dans les couloirs. Dans le palais, bien que déserté par tous les combattants hommes où femmes il y demeurait un certain nombre de courtisans à l'affût.

Sa mère l'attendait dans son salon. Un orbe de communication flottait au milieu de la pièce, il aperçut le visage légèrement déformé de son père à cause de l'incurvation de la sphère. La Reine se tenait debout face à l'objet magique et il sembla au prince qu'elle était assez agitée.

- Ah, Armand, s'exclama le Roi Léonce en l'apercevant. Est-ce que ta mère mange suffisamment et dort assez ? Je t'avais demandé d'y veiller. Elle me tient un discours tout à fait invraisemblable.

– Je ne suis pas folle, merci, répondit Estrella avec humeur. Je n'ai pas besoin qu'on me surveille Léonce.

Armand fut surpris par la vivacité de la réponse de sa mère. Il était fort rare qu'elle perde son sang-froid, encore moins par deux fois espacée de si peu de temps.

- Je vous ai juste posé une question simple, continua la Reine. Qui était notre plus proche Conseiller avant Georges Orion ?

– Ma chère, je vous le répète, Orion a toujours été auprès de vous, il a succédé à Sigrid, lorsque nous avons découvert sa trahison.

– Mais alors pourquoi ai-je l'impression qu'il y avait quelqu'un d'autre ? s'entêta-t-elle. Avec Sigrid, ou peut-être après ? Et, cette jeune Terranéenne ? Son visage ne vous rappelle-t-il personne ?

– Estrella, répondit Léonce de plus en plus perplexe. Je n'ai vu la demoiselle qu'inconsciente, mais non, je puis vous assurer que ses traits ne me sont pas familiers. Vous devriez vraiment prendre du repos. Laissez les guérisseurs veiller sur Éloïse cette nuit.

– Certainement pas, le coupa la Reine d'un ton tranchant.

Elle se tourna vers son fils qui instinctivement recula d'un pas.

- Armand, je veux que tu surveilles cette jeune femme. Tiens-toi informé de ses progrès à l'Académie et je souhaite que tu l'accompagnes dans les Monts Creux.

– Assurément mère, si c'est ce que vous désirez, répondit-il. Mais, la Rectrice serait sûrement mieux placée que moi pour vous faire part des progrès de Séréna.

– Non, trancha-t-elle encore. Je veux que tu t'en charges. Si, comme l'affirme Maldrex, une puissante malédiction entoure cette jeune femme, j'ignore à qui nous pouvons encore nous fier.

– Estrella, questionna le Roi, vous ne pensez tout de même pas qu'un traître se dissimule parmi nos plus proches conseillers ou les Hauts Mages du Royaume ?

– Je ne sais pas ce que je crois, dit la Reine. Mais si nos souvenirs ont été modifiés, la plus grande prudence est de mise.

Armand n'avait jamais vu sa mère ainsi. Mais, il comprenait désormais son inquiétude. Lorsque Maldrex avait révélé la malédiction qui pesait sur Séréna, le prince n'avait pas compris la gravité derrière une telle magie. Sigrid pouvait parfaitement en être à l'origine, cependant, si des souvenirs avaient été modifiés, comment être sûr qu'elle n'avait pas bénéficié de l'aide de complices ? Quelqu'un à Centralia qui n'aurait aucun intérêt à ce que la Rêveuse brise sa malédiction.

- Mère, dit Armand en se redressant. Je continuerai de veiller sur Séréna. Discrètement. Je ne pense pas qu'elle soit en danger à l'Académie, il y aurait bien trop de témoins et les Guetteurs Stronghold et Lamoril seront auprès d'elle. Ils ont prouvé qu'ils étaient fiables. Par ailleurs, je vais également demander à faire ouvrir "Sous le Roc". Là-bas, elle sera en sécurité jusqu'au moment de passer l'épreuve.

Il se tourna vers l'orbe et le visage inquiet du Roi.

- Père, continua-t-il. Erik et ma garde rapprochée veilleront sur Éloïse et la Reine pendant mon absence.

– Il est heureux que tu sois au Palais pour prendre les choses en mains mon fils, déclara Léonce. Je dois vous laisser, les généraux m'attendent pour un briefing. En l'absence de Sigrid et du Rêveur Noir sur le front, nous avons repris plusieurs Lunes stratégiques, mais j'ai peur que cela ne dure pas.

– Prenez soin de vous, mon ami, dit la Reine. Nous ferons de notre mieux ici pour vous permettre de conserver l'avantage.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top