Chapitre 24 : Armand

Le Prince avait quitté la lumière et la vie de la chambre de Séréna pour un mausolée. Les appartements de sa sœur étaient plongés dans la pénombre. Éloïse gisait dans un immense lit, pâle comme la mort. Elle respirait très lentement et les tatouages démoniaques qui couvraient son corps contrastaient avec sa peau diaphane.

Armand avait pris le relais de sa mère au chevet de sa sœur une heure plus tôt. La souveraine avait dû se contraindre à quitter le chevet de sa fille depuis le départ du Roi vers le front et la guerre. Le royaume avait besoin d'être gouverné et Estrella se devait à son peuple et à sa nation. Le jeune Prince savait que cela faisait partie des devoirs royaux, mais au fond de lui, il ne pouvait pas s'empêcher de trouver cela injuste.

Estrella se trouvait écartelée entre son désir d'être auprès de sa famille et la nécessité d'exercer son rôle de chef d'État. Il se remémora l'unique fois où il avait exprimé ce sentiment d'injustice à voix haute, alors que leurs parents s'étaient vus dans l'obligation d'annuler des vacances prévues de longues dates. Il devait avoir une dizaine d'années environ. Son père lui avait alors expliqué que le devoir d'un monarque allait toujours au-delà de sa volonté d'agir :

« Nous vivons une vie dorée dans un palais où nous ne connaissons ni le froid, ni la faim, mais en échange, nos vies ne nous appartiennent pas réellement. Nous devons toujours faire passer notre peuple avant tout. N'oublie jamais cela mon garçon. »

Sur le coup, Armand n'avait pas compris, il lui avait fallu des années pour saisir le sens profond des paroles de son père. Mais, encore aujourd'hui, même s'il avait désormais parfaitement intégré les responsabilités qui incombaient aux membres de la famille royale, le sentiment d'injustice perdurait.

Il se leva du fauteuil où il avait pris place près du lit de la Princesse. Il s'avança vers les fenêtres et en tira les rideaux pour laisser largement entrer la lumière du matin. Éloïse ne supportait pas les pièces sombres. Car, plus que tout, elle aimait lire et détestait le faire dans les endroits mal éclairés. Les murs de sa chambre étaient d'ailleurs couverts par d'immenses bibliothèques remplies d'ouvrages divers.

Du grimoire poussiéreux en passant par les traités de géopolitique jusqu'aux romans d'aventures teintés de romance qu'elle affectionnait tant. Le reste de la pièce, en plus du lit et des livres, était composé d'une coiffeuse, d'un bureau, ainsi que d'un confortable canapé et de fauteuils moelleux invitant au repos, à la lecture ou à la rêverie.

Ne supportant plus l'air étouffant de la pièce, il ouvrit une des croisées pour laisser la brise entrer. Les guérisseurs pouvaient bien dire ce qu'ils voulaient, un peu d'air et de lumière ne pourraient pas faire de mal. Il croisa son reflet dans le miroir de la coiffeuse : son teint était pâle et ses yeux plus creusés que d'habitude. Une barbe naissante couvrait son menton et ses joues. Il était vrai qu'il avait connu des jours meilleurs.

Armand retourna s'asseoir auprès d'Éloïse et effleura sa main froide. Le sort qu'avait déployé leur mère pour arrêter l'avancée de la Malédiction, maintenait la Princesse dans une sorte de coma. En l'absence de remède à la Corruption, c'était tout ce qu'elle avait pu faire. L'espoir était revenu depuis que Séréna avait repris conscience, mais il n'était pas certain qu'elle parvienne à secourir à sa sœur. La Corruption s'était présentée de manière différente chez les Centraliens, peut-être que le pouvoir de la Tisseuse de Rêve serait inefficace... Il s'interdit de continuer sur ce chemin. D'ici à quelques jours, Séréna se rétablirait et il serait temps de se poser ce genre de questions. En attendant...

Il lui faudrait lui aussi bientôt quitter le chevet de la Princesse. Le Prince était convoqué l'après-midi même à une entrevue confidentielle. Elle réunirait la Reine, Eldric de la Maison Luminar, le Guide Suprême de l'Ordre des Guetteurs, Isolde de la Maison Sylbaria, la Rectrice de l'Académie de magie et Argentius Maldrex, l'Archimage de la Tour, ainsi que quelques conseillers proches de la couronne.

Armand savait que sa mère ne le lui pardonnerait pas s'il se présentait vêtu négligemment et mal rasé à ce conseil restreint aux enjeux vitaux pour le Royaume. À regret, il abandonna Éloïse, aux soins de ses guérisseurs et rejoignit ses appartements.

Il fit un brin de toilette, et demanda à Rose, sa servante, de lui porter un bon repas. Non, qu'il ait eu grand appétit, toutefois il savait qu'il allait avoir besoin de toutes ses forces dans les heures qui allaient suivre. Tous les combats ne se gagnent pas l'épée à la main, songea-t-il avec une pointe de déception.

Armand quitta sa chambre un peu avant l'heure dite et ne put s'empêcher d'effectuer un crochet par la chambre de Séréna. Il croisa un Lénaïc maussade, qui lui expliqua du bout des lèvres que la Tisseuse de Rêves dormait et que Zélie l'avait envoyée voir ailleurs si elle y était. Armand compatit et lui conseilla au Guetteur d'aller lui aussi prendre du repos. À sa moue renfrognée, le jeune guerrier comprit qu'il n'en ferait rien.

Tout en se dirigeant vers le lieu de la réunion, il essaya d'achever de se convaincre, comme il s'y était déjà employé une partie de la journée, que son cœur n'avait pas bondi de joie à l'instant où Séréna avait ouvert les yeux parce qu'il la trouvait séduisante, intrigante et singulière, mais bel et bien parce que cette jeune femme aux étranges pouvoirs représentait un espoir certain pour le royaume.

Sans compter qu'elle pouvait faire preuve d'une vulgarité extrême et de manières parfois étranges. Armand chassa ces pensées, car il se tenait à présent devant le bureau de la Reine. Compte tenu du caractère confidentiel des informations qui allaient être débattues, l'endroit convenait bien mieux que la salle du trône et ses oreilles indiscrètes.

Il frappa et entra sans attendre d'y être invité. En dépit de sa ponctualité, il était le dernier arrivé. La pièce était vaste, avec de grandes fenêtres. Du lambris et des panneaux de bois sculptés recouvraient les murs. La Reine était assise derrière un immense bureau ouvragé en bois sombre. Des chaises étaient disposées face à elle. Toutes les personnes qui y étaient assises se levèrent à son entrée.

Isolde Sylbaria, qui s'occupait des Magiciens en herbe, était une femme d'une cinquantaine d'années à l'allure sévère. Ses cheveux noirs striés d'argent étaient tirés dans un chignon dont aucune mèche ne dépassait. Ses yeux marron avaient toujours donné l'impression à Armand qu'elle pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert. Il détourna rapidement son regard d'elle.

L'Archimage Argentius Maldrex, enfin, avait accédé à la Chaire de la Tour des magiciens une trentaine d'années auparavant. Le Prince avait toujours peiné à lui donner un âge. Ses cheveux et sa barbe blanche tombaient en cascade dans son dos et sur sa robe de thaumaturge. Ses yeux bleus rusés étaient encadrés par un visage ridé à l'expression indéchiffrable.

Eldric Luminar, chargé de l'Ordre des Guetteurs, était déjà vieux quand Armand était venu au monde. Il avait travaillé pour son grand-père le Roi Hugo, mort depuis bien longtemps. Il portait le peu de cheveux blancs qu'il lui restait coupés court. Ses yeux verts brillaient d'intelligence et de sagesse et contrairement à beaucoup d'autres membres de la caste des mages, Luminar n'avait jamais fait preuve de mépris à son égard.

Armand espérait bien qu'une fois Éloïse sur le trône, elle donnerait un bon coup de pied dans cette fourmilière vieillissante... Si tant est que sa sœur succède à leur mère un jour... Car si elle venait à mourir, cela serait... Ah non, ça jamais... J'irai la chercher moi-même dans l'au-delà s'il le faut ! pensa-t-il, le cœur battant.

Les trois Hauts-Mages s'inclinèrent devant lui. Sa mère le salua d'un hochement de tête appréciateur, visiblement satisfaite de ses efforts sur son apparence. Puis, elle invita tout le monde à prendre place. Armand s'installa sur la seule chaise vide qui, à son grand désespoir, se trouvait entre Sylbaria et Maldrex.

La Reine déclara l'ouverture de la réunion et le Prince fut sommé une nouvelle fois de raconter sa version de l'histoire. Devant chaque participant se trouvait une copie des rapports rédigés par lui-même, le capitaine Syfen, Lénaïc Stronghold, ainsi que Charlie et Enzo Lamoril. Lorsqu'il eut terminé, c'est l'Archimage qui brisa le silence le premier.

- À la lumière de tous ces témoignages, il ne fait absolument aucun doute que cette jeune femme a du sang Centralien dans les veines. Il pinça les lèvres comme si cette constatation était particulièrement répugnante. J'ai parlé avec la Guérisseuse Zélie Fraiser, elle est formelle, il ne peut pas en être autrement. La question que nous devons nous poser maintenant est : comment cela est-il possible ?

- J'ai fait des recherches dans nos archives, ajouta Luminar d'une voix posée. Aucun Guetteur n'a rompu ses serments, ni ne s'est retiré de l'Ordre, car, sur le point de les rompre dans les deux années qui précèdent la naissance de Dame Kellerwick. S'il y a eu faute, elle ne vient pas des Guetteurs.

Armand se remémora ces fameux serments. Lorsqu'un mage désirait rejoindre l'Ordre, il devait s'engager à respecter trois règles fondamentales : ne jamais être vu ou découvert par son Tisseur de Rêve, ni faire en sorte qu'il puisse déceler l'horizon par-delà sa Lune et l'existence de Centralia. Ensuite, même s'ils avaient le droit d'user de diverses illusions pour respecter le premier serment, les Guetteurs n'étaient pas autorisés à modifier ou influencer les Rêves des Terranéens. Enfin, et cette règle s'appliquait d'ailleurs à tous les habitants du Monde Central, tout contact ou relation avec les habitants de Terra étaient strictement prohibés.

Les Guetteurs se trouvaient liés à leurs serments par la magie, ainsi, si l'un d'eux enfreignait les règles, ses pairs en étaient immédiatement informés. La seule exception, en deux-mille ans d'existence de l'Ordre des Guetteurs, avait été concédée pour Lénaïc, afin de lui permettre de mettre Séréna et ses pouvoirs inédits à l'abri.

- Toutefois, ce sont vos Guetteurs, Eldric, qui sont les plus proches des Tisseurs de Rêves, répondit Sylbaria l'air grave. Ils sont les plus à même de se rapprocher des Terranéens pour développer une relation, quelle qu'elle soit... Aurait-il été possible que l'un d'entre eux, ait pu « contourner » ses engagements ?

- Duper la magie est chose difficile Isolde, répliqua l'Archimage avec calme. Et, pourquoi par la suite abandonner cette enfant à peine quelques heures après sa naissance dans un orphelinat Terranéen ? Il y a beaucoup trop d'éléments qui nous échappent dans cette histoire.

– Assurément, acquiesça la Reine. Trop de questions sans réponse planent autour du passé et de l'avenir de cette jeune femme. Pensez-vous qu'elle pourrait être l'enfant de la prophétie ?

Nous y voilà, songea Armand... Vingt-cinq ans plus tôt, la nuit de sa propre naissance, sa sœur Éloïse, alors seulement âgée de quatre ans, échappa à la surveillance de sa nourrice. Le Roi avait laissé la Reine, folle d'inquiétude et sur le point d'accoucher, pour fouiller le Palais de fond en comble à la recherche de sa fille.

Il l'avait retrouvé au sommet de la Vigie, la plus vieille tour du château. L'enfant, à l'époque, faisait déjà montre de capacités magiques non négligeables. Immergée dans le pouvoir des vieilles pierres, elle avait alors énoncé ce que l'on considérerait plus tard comme une vision prophétique :

Un jour viendra l'enfant du Rêveur et de la Guetteuse, son alliance avec l'Héritier de l'Âme et de l'épée, sauvera les deux Mondes. Mais si le pacte échoue, les univers sombreront dans l'Oubli.

Pour le Prince, cette prédiction avait scellé son destin avant même qu'il se soit frayé un chemin hors du ventre de sa mère. Il détestait cela. La prophétie n'avait commencé à prendre sens que récemment. Cependant, le jeune homme avait grandi avec ce poids sur les épaules : un jour, il accomplirait de grandes choses, une destinée exceptionnelle lui était promise... Combien de fois avait-il entendu ces paroles ?

Et lui, pendant ce temps-là, n'avait jamais réussi ne serait-ce qu'à allumer la mèche d'une bougie par la force de la magie... Quant à la première partie de la Prophétie, elle demeurait sibylline compte tenu de l'interdiction faite aux Centraliens d'entrer en contact avec l'autre monde, hormis pour veiller sur les Songes des Tisseurs de Rêves.

- Votre Altesse, reprit Luminar, toujours de sa voix posée, nous pourrions débattre pendant des heures de toutes les interrogations que pose le développement des pouvoirs magiques de cette jeune femme. Il se pourrait que Dame Kellerwick soit l'enfant du Rêveur et de la Guetteuse. Comme il se pourrait aussi que le Prince Armand représente notre Héritier de l'Âme et l'épée. Ou non.

Il regarda, ses confrères, la Reine et finalement le Prince.

- Le problème avec les prophéties, ajouta-t-il, c'est qu'elles évoquent souvent une possibilité unique. Tant de choses peuvent les modifier, influer sur le cours des événements. Ainsi, chaque mot peut avoir plusieurs significations et le problème est aussi de savoir ce qui est important et ce qui tient de la rhétorique.

- Nous n'avons pas le temps de nous attarder sur une prophétie douteuse aux enjeux abscons, intervint Maldrex. À ce stade, c'est de réponses dont nous avons besoin.

Où veut-il en venir ? s'interrogea Armand. Il ne veut quand même pas l'enfermer dans un laboratoire de magie pour mener des expériences ? Le sang du Prince ne fit qu'un tour... Hors de question de les laisser faire une chose pareille, j'ai affirmé à Séréna qu'elle serait en sécurité et protégée ici... Il allait prendre la parole, mais sa mère le devança :

- Dans ce cas, que conseillez-vous Argentius ? Il est parfaitement inenvisageable de mener des recherches sur cette jeune femme sans son accord.

Les épaules d'Armand se relâchèrent imperceptiblement.

- Bien sûr que non, votre Majesté, répondit l'Archimage. Néanmoins, il est assez étonnant que les pouvoirs de Dame Kellerwick aient connu un pic d'activité si intense à seulement quelques jours des célébrations des Lueurs Sélénites. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une coïncidence.

- Vous n'y pensez pas ! s'exclama Sylbaria d'un ton pincé. Vous souhaitez qu'elle accomplisse le Rite ? Sans jamais avoir reçu le moindre enseignement ? Mes meilleurs étudiants préparent cette épreuve de passage pendant des mois et tous n'y sont pas admis, c'est de la folie.

- Mais les exploits de Séréna, jusqu'à présent, sont remarquables, souligna Luminar. De plus, elle fait partie des Tisseurs de Rêves les plus puissants de Terra, peut-être même la plus puissante. Elle a maîtrisé cinq des sept Arcanes Magiques de notre monde simultanément pour développer une nouvelle forme de magie qui purge les Terranéens de la Corruption. Puis fait appel à l'Arcane de l'Âme pour recouvrer ses forces et trouver le courage d'affronter un ennemi redoutable. Tout cela, comme vous l'avez dit, sans avoir reçu la moindre formation.

- Bien entendu Eldric, répondit l'Archimage, les lèvres toujours pincées. Mais, même si les capacités de cette jeune femme sont dignes de louanges, elle a fait appel à son pouvoir de manière brute et instinctive et cela a manqué de lui coûter la vie. Le Rite de la grotte sacrée, lors des célébrations des Lueurs Sélénites, n'est en aucun cas à prendre à la légère.

- Vous avez raison Argentius, approuva la Reine, mais il y a également du vrai dans les propos du Guide Suprême. Je ne parviens moi-même qu'à maîtriser seulement quatre Arcanes simultanément, la seule magicienne qui jusqu'à présent maîtrisait cinq Arcanes en même temps, n'est autre que la Princesse Éloïse, vous n'êtes pas sans l'ignorer.

Sylbaria acquiesça et Luminar en profita pour reprendre la parole.

- Nous tous ici présents, avons présenté et réussi l'épreuve de la Grotte des Cristaux dans notre jeune temps. À l'exception de vous, Prince Armand, mais vous avez remarquablement su briller autrement.

Armand fut touché par la tentative du Guide Suprême pour minimiser son échec, mais il n'était pas dupe. Il était un des rares descendants de la famille régnante à ne pas avoir accompli le Rite.

- Personne ne remet en doute la difficulté de cette épreuve de haute magie, continua Luminar. Mais, il me paraît certain que si Dame Kellerwick accepte, elle s'y présentera avec des bases solides. Il reste deux semaines avant le début des célébrations Isolde. À présent qu'elle a repris connaissance, la Tisseuse de Rêves sera rapidement rétablie. Vous pourriez l'emmener à l'Académie et procéder à quelques tests. Et, je suis certain qu'elle se montrera une élève brillante, qui apprendra vite.

Un silence pesant suivit cette déclaration. La Rectrice paraissait réfléchir. Le Guide Suprême affichait une calme assurance, sa mère semblait attendre la décision de Sylbaria. Maldrex, quant à lui, avait les lèvres plus pincées que jamais. La contrariété s'affichait explicitement dans son expression.

- Eh bien, soit... répondit la Rectrice d'un air mécontent. Cependant, la décision de l'autoriser à passer l'épreuve ne devra être prise qu'après la série de tests que je lui ferai passer moi-même.

- Votre Altesse, intervint l'Archimage en s'adressant à la Reine. Je tiens à souligner que cette décision ne me paraît pas judicieuse. Je n'ai pas la main sur l'Académie de magie, néanmoins cette jeune femme n'est pas d'origine Centralienne. L'épreuve de la Grotte Sacrée est réservée aux seuls Centraliens de souches.

- Sauf votre respect, rétorqua Armand au vieux mage, d'un ton qui n'avait rien de très respectueux. Vous avez dit vous-même que Dame Kellerwick avait du sang Centralien dans les veines. Cela fait d'elle une citoyenne Centralienne autant que Terranéenne. Pourquoi ne pourrait-elle donc pas se présenter au Rite ? Sans parler que la puissance de ses pouvoirs arcaniques n'est plus à démontrer.

- Armand a raison, déclara la Reine d'une voix douce, mais inflexible. Si Dame Kellerwick est la première métisse de l'histoire des deux mondes, elle ne sera pas la première demi-Centralienne à se présenter au Rite. Nos concitoyens qui ont épousé des personnes issues d'autres royaumes n'ont jamais vu leurs enfants se faire refuser l'accès à la grotte au nom de leurs origines.

L'Archimage acquiesça avec raideur. Quant à Armand, il resta quelques instants bouche bée. Il était rare que sa mère lui donne raison ainsi. Encore moins en public.

Dès lors, le Prince n'écouta plus que d'une oreille distraite la suite de la conversation. Ainsi, Séréna allait gagner les Monts Creux pour passer une épreuve de haute magie qui voyait peu d'appelés et encore moins d'élus... Il ne doutait pas un instant qu'elle passerait haut la main ce Rite de passage sacré.

Cependant, il n'était pas certain que la jeune femme apprécie qu'on ait décidé de son destin sans l'avoir consultée au préalable. Le sort de son ami Damien l'avait inquiété alors qu'elle était à peine revenue à elle. Il ne faisait aucune illusion : elle voudrait le rejoindre au plus vite pour le libérer de la Corruption, mais cette quête ne serait pas sans danger.

Armand se demanda qui ils allaient choisir de Luminar, Sylbaria ou Maldrex pour aller lui parler et lui faire entendre le bien-fondé de leur décision ? Ainsi que la dissuader de courir après son ami sans une plus grande maîtrise de son pouvoir.

- ... Armand ? La voix de sa mère le tira de ses réflexions. Il releva la tête et vit que tout le monde le regardait.

Et merde.

- Nous te demandions si tu étais d'accord pour faire part de nos propositions à Dame Kellerwick ? reprit la Reine en fronçant les sourcils. Ce que vous avez vécu ensemble paraît vous avoir rapproché. Elle doit se sentir perdue dans ce nouvel environnement, j'imagine qu'un visage ami sera rassurant pour elle.

– Je le ferai si c'est votre souhait mère, mais je ne suis pas certain qu'elle m'écoutera. Séréna n'est pas vraiment une personne docile et conciliante, vous savez.

– Faites appel à votre « charme naturel » mon Prince, vous verrez tout se passera bien, dit Luminar. Un léger sourire paraissait flotter sur son visage ridé.

Putain, mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec mon charme naturel ?

Armand hocha la tête sans grande conviction... Après lui avoir montré l'un des pires aspects de sa personnalité, le jeune homme n'était pas certain que son « charme naturel » opérerait sur la Tisseuse de Rêves.

- Peut-être, essaya-t-il, que le Guetteur Stronghold serait mieux placé que moi pour lui annoncer votre décision.

- Lénaïc Stronghold sera bientôt relevé de ses fonctions, expliqua gravement Eldric Luminar. Il doit rentrer avec moi au Quartier Général des Guetteurs pour répondre de son insubordination. Ses rapports montrent qu'il a développé un attachement interdit et dangereux envers cette jeune femme. C'est la Guetteuse Lamoril qui demeurera désormais auprès de Dame Kellerwick.

- Très bien, abdiqua Armand en retenant un soupir. Dans ce cas, je vais m'en charger.

- J'aimerais grandement rencontrer cette jeune femme, intervint la Reine. Avant qu'Isolde ne l'emmène à l'Académie. Pourrais-tu organiser cette entrevue ?

- Bien entendu mère, approuva le Prince.

Une fois le Conseil Royal terminé, Armand ne se rendit pas immédiatement auprès de Séréna. Au lieu de cela, il alla trouver Erik et ensemble, ils gagnèrent le terrain d'entraînement.

Les deux hommes torses nus s'entraînèrent au corps à corps. Autant pour régler leur différend du matin que pour s'éclaircir les idées devant la tâche délicate qui lui incombait. Le Prince se demanda si entre deux explosions de colère, Séréna le traiterait encore de « Faramir du pauvre » ?

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