Chapitre 20
Isaac ouvre aussi soigneusement que possible la porte des dortoirs des Nightingale. Il la referme tout aussi délicatement et se retourne ; face à lui se trouve Elizabeth, le regard déterminé.
« Tu es prêt ? » demande-t-elle. Puis, sans attendre sa réponse, elle enchaîne : « Allons-y. »
Elle s'engage dans les couloirs et Isaac lui emboîte le pas. Il observe les murs, mais aucun engoulevent n'a été installé dans les alentours.
« Pourquoi n'ont-ils pas mis d'oiseaux devant les dortoirs ? demande-t-il en chuchotant.
– Probablement parce qu'ils ne voulaient pas que les cris des engoulevents soient entendus par les élèves, et les inquiètent. Ils essaient de contenir la panique – mais tout va bientôt exploser. »
Isaac contemple Elizabeth en fronçant les sourcils. La jeune fille semble si sûre d'elle ; aucune hésitation ne ralentit ses pas.
« Ils en ont mis dans le couloir de droite, juste là », dit-elle.
Elle lui fait signe de se taire et de ralentir. À quelques pas d'eux, le couloir bifurque vers la droite. Les deux élèves se plaquent contre le mur et avancent à pas de loup. Elizabeth penche la tête pour jeter un œil dans le couloir ; à cet instant précis, un engoulevent se met à crier, puis un autre, puis un autre encore. Elizabeth se redresse et se plaque de nouveau contre le mur.
« Il y a quelqu'un, chuchote-t-elle. Un adulte. »
Isaac prend son courage à deux mains pour s'approcher de la bifurcation et jeter un œil dans le couloir. Son cœur bat à toute allure ; le temps se met à ralentir.
Maintenant capable d'anticiper tous les mouvements de leur cible et de se cacher si celle-ci tourne la tête dans leur direction, il peut l'examiner à loisir. Il lui faut plusieurs secondes avant d'identifier la silhouette fine et le pas léger d'une femme. Debout à côté d'une des cages, celle-ci semble inspecter chaque recoin du couloir du regard, comme si elle était à la recherche d'une chose invisible. Soudain, la femme se tourne dans sa direction ; il a juste le temps de reconnaître son visage avant de se plaquer de nouveau contre le mur.
« Miss Grimmalkin, souffle-t-il à Elizabeth.
– Elle t'a vu ?
– Non, je ne crois pas. »
Elizabeth recule doucement et Isaac lui emboîte le pas. Sans faire de bruit, ils traversent le couloir principal en direction du dortoir des Nightingale. Occupés à jeter des regards en arrière, ils ne remarquent pas les deux élèves qui se dirigent dans leur direction... jusqu'à ce qu'ils les percutent de plein fouet.
« Qu'est-ce que... », peste l'un des deux garçons.
Il fait quelques pas en arrière, et son visage s'emplit de stupéfaction quand il reconnait les deux élèves qui se tiennent devant lui.
« Encore toi, lâche-t-il en fusillant Isaac du regard. Et... Elizabeth ?
– Enzo, si je ne me trompe pas ? répond-elle d'une voix froide. Et salut, Arthur. Qu'est-ce que vous faites là ?
– Qu'est-ce que vous faites là ? » demande Enzo, un peu trop fort.
Elizabeth lui fait signe de se taire, les yeux ronds. Elle jette un dernier regard en arrière ; là-bas, les engoulevents se sont tus.
« On ne doit pas rester ici. Venez. »
Les quatre élèves traversent le couloir principal jusqu'aux dortoirs des Hawk, et pénètrent dans la salle commune, déserte à cette heure-ci. Avec un soupir, Elizabeth s'écroule sur un canapé, et les trois garçons l'imitent.
« Tu es sûr d'avoir vu Miss Grimmalkin ? demande-t-elle à Isaac.
– Certain, certain. »
Le visage de la jeune fille reste impassible.
« Tu n'as pas l'air étonnée, remarque Isaac.
– Je ne le suis pas. Tu te souviens comment elle a réagi quand on lui a posé des questions sur la peste ?
– Mais de là à pactiser avec un... avec un détraqueur... Pourquoi ferait-elle ça ?
– Pour le pouvoir, la gloire, par pure cruauté... je ne sais pas. »
Elizabeth et Isaac semblent avoir oublié la présence des deux autres garçons. Ceux-ci les regardent l'un et l'autre, stupéfaits.
« Attendez, demande Enzo. On peut savoir de quoi vous parlez ? Pactiser avec un détraqueur ? C'est vous qui avez fait crier les engoulevents ?
– Non ! proteste Elizabeth. C'est Miss Grimmalkin.
– Miss Grimmalkin ? répète Enzo, dubitatif.
– Oui. C'est elle qui a tué les engoulevents la nuit dernière – et qui est probablement en train de les tuer de nouveau. »
Arthur, qui était resté silencieux jusque-là, proteste :
« Ce n'est pas possible ! Miss Grimmalkin ne ferait pas ça.
– Apparemment, si. »
Arthur fulmine, un volcan semble bouillonner dans ses yeux.
« Tu es arrivée il y a – quoi, deux mois ? Et tu te permets de faire des accusations pareilles ? »
Les trois autres ouvrent de grands yeux devant la colère qui anime les paroles d'Arthur.
« On l'a vu de nos propres yeux, Arth'. Je n'invente rien.
– On voit ce que l'on veut voir », répond-il avec hargne.
Arthur et Elizabeth échangent un long regard, des éclairs dans les yeux. Leur défi silencieux s'étend sur une longue minute, pendant laquelle Isaac et Enzo observent l'un et l'autre sans oser parler. Finalement, Enzo se racle la gorge.
« Bon, Arthur, dit-il, Elizabeth te dit juste ce qu'elle a vu. Tu n'es pas obligé d'y croire. »
L'altercation visuelle se prolonge sur quelques secondes, comme si Arthur n'avait rien entendu des paroles d'Enzo ; puis il tourne la tête vers son ami, le fusillant du regard.
« OK, répond-il d'un ton sec. Eh bien, on ferait mieux d'aller se coucher. Estimons-nous heureux de ne pas avoir été chopés, cette fois-ci. »
Après une œillade appuyée en direction d'Enzo, il se lève et tourne les talons. Sans un regard en arrière, il ouvre la porte des dortoirs et la referme derrière lui d'un geste rageur. Enzo le regarde s'éloigner, de la douleur mêlée d'agacement sur le visage.
« Je ne sais pas ce qui lui prend, chuchote-t-il.
– C'est Miss Grimmalkin, Miss Grimmalkin qui l'a trouvé et amené ici. »
Deux paires d'yeux se tournent vers Isaac, qui avait été oublié dans le décor ; il baisse la tête et rajuste ses lunettes sur son nez.
« Je... je disais juste que... c'est peut-être la raison, la raison pour laquelle il ne veut pas croire à sa traîtrise. »
Elizabeth hoche doucement la tête, le regard las, les épaules voûtées par le manque de sommeil accumulé.
« Je crois que tu devrais rentrer, Isaac, lui dit-elle. La nuit a été longue. »
Le garçon hoche rapidement la tête, cligne deux fois des yeux et se lève. Il reste debout quelques secondes, l'air de ne pas savoir quoi faire de ses bras, avant d'adresser un étrange signe de la main aux deux élèves et de se retourner. Il quitte la salle commune des Hawk et ferme doucement la porte derrière lui.
Le silence retombe. Elizabeth et Enzo, seuls dans la salle, contemplent le sol, tous deux perdus dans de profondes pensées.
« Tu étais amie avec Arthur, non ? » demande Enzo après quelques minutes, levant les yeux vers Elizabeth.
Celle-ci hoche la tête, les yeux toujours au sol.
« Pourquoi vous ne l'êtes plus ? »
Elle lève enfin le regard vers lui et fronce les sourcils.
« C'est une question un peu personnelle à poser à une fille que tu connais à peine, tu ne trouves pas ?
– Je connais Arthur. Et nous ne sommes pas non plus de parfaits inconnus, si ? Dois-je te rappeler que tu m'as guéri de la peste ? »
Elle esquisse un sourire devant celui qu'Enzo lui adresse.
« Je ne t'ai pas guéri. Et je ne sais pas.
– Tu ne sais pas quoi ?
– Je ne sais pas pourquoi nous ne sommes plus amis. On s'est juste... éloignés.
– Est-ce que ça aurait un rapport avec un certain nouveau petit copain ? »
Pour la première fois, Enzo voit les joues d'Elizabeth rosir.
« Il t'a dit ça ? Eh bien, pour tout te dire, on a cassé il y a quelques jours. Mais quoi qu'il en soit, il n'y a jamais eu rien de... d'ambigu entre Arthur et moi.
– Vraiment ?
– Vraiment. Il n'est pas comme ça.
– Comme quoi ?
– Enfin, tu sais... les filles ne l'intéressent pas tant que ça. »
Enzo hoche la tête, un demi-sourire sur les lèvres. Il observe Elizabeth, qui baisse les yeux à son regard, mal à l'aise.
« Bon, Enzo, je vais me coucher. Tu devrais aussi. »
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