Chapitre 24

Willa explosa de rire.

- Non... Franchement ? Vous avez rien trouvé de mieux ?

Son rire franc se transforma peu à peu en rire sarcastique.

- Est ce que vous voulez vraiment que j'avale ça ? Pfff... fit-elle en soufflant. Vous me faites pitié...

- Non Willa tu comprends pas ! Maïlana, c'est pas Maïlana !

Willa observa les deux acolytes d'un oeil suspicieux.

- Ah oui ? Alors c'est qui ? Une coccinelle magique ?!

- Mais non... riposta Alison.

- Alors expliquez moi ! Vous gênez pas surtout !

- Son odeur... Elle correspond pas à celle dont je me souvenais... essaya d'expliquer Jean.

- Son odeur ? Tu me prends pour une débile ? Franchement, apparemment t'es un vampire, pas un chien !

- J'en suis un... Même si c'est dur à croire, j'en suis un... Encore désolé de t'avoir menti... Mais là il y a plus urgent !

Willa haussa les épaules d'un air contrarié mais laissa quand même Jean finir.

- Bon... Je suis sûre que Maïlana n'est pas elle. Elles se ressemblent énormément mais l'aura de celle qui vit sa vie à la place de la vraie Maïlana est beaucoup plus... Sombre... Malfaisante...

Willa hocha la tête sans aucune conviction.

- Oui bien sûr ! C'est tellement évident ! Maïlana a une jumelle maléfique et dangereuse qui a piqué la vie et le métier de sa soeur... Très réaliste, vraiment !

- Est ce qu'il y a une seule chose depuis que tu es arrivée ici qui te paraît réaliste ? argumenta Alison.

Willa hésita quelques instants avant de répondre d'un ton sec et cassant.

- Oui. Il se trouve qu'il y a des choses réalistes qui se sont produites. Des choses sur lesquelles on ne peut pas rire. Sur lesquelles je ne veux pas rire.

Jean fronça les sourcils, bientôt imité par Alison. Aucun des deux compères ne semblait faire un quelconque rapprochement.

Cela permit donc à Willa de continuer sans interruption.

- Jeudi déjà. Le jour de mon arrivée. Qu'est ce que mon père trouve la bonne idée de faire ? M'abandonner seule et sans rien me dire ! Super comme cadeau de bienvenue !

- Willa, je t'ai déjà dit qu'il était désolé... essaya de la couper Alison.

- Oui, toi tu me l'as dit. Mais lui ? Non.

- Oui mais il... continua la jeune chasseuse.

- Laisse moi finir Alison. Lundi, accéssoirement jour de mon anniversaire, j'apprends que j'ai été abandonnée ! Abandonnée ! Je suis orpheline ! Mes parents m'ont menti toute ma vie ! s'écria-t-elle. Encore plus que vous deux... ajouta-t-elle d'un ton acerbe.

Alison et Jean échangèrent un regard compatissant avec leur amie. C'était vrai que Willa en avait bavé cette dernière semaine mais il fallait vraiment qu'elle se reprenne maintenant, et qu'elle accepte la vérité.

- Je sais que tu ne nous fais plus confiance... commença Alison.

- Non, sans blague ?

- ... Mais tu dois au moins nous accepter à tes côtés, finit la chasseuse.

Pour une fois,Willa se tut. Elle réfléchissait à toute allure.

Pourquoi faudrait-il que je les accepte à mes côtés ?! Je venais à peine de pardonner Alison, qu'elle me dit qu'elle pensait que Jean était un vampire... Je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais leur pardonner...

- On ne te demande pas de nous pardonner, Willa, riposta Jean.

Après un léger temps d'incompréhension, Willa regarda Jean avec un air estomaqué.

- Ah ? Parce que toi aussi tu lis dans les pensées ?!

- Oui mais... Willa, il va falloir que tu t'y fasses. C'est ta vie, et elle sera toujours comme ça maintenant !

- Peut être que si on m'avait prévenu plus tôt, j'aurais pu me faire à l'idée !

Alison et Jean soufflèrent en même temps, à cours d'arguments.

Finalement, se fut Alison qui recommença à plaider pour leur cause :

- Willa, je comprend que tu ne veuilles plus nous croire. Ou même que tu ne veuilles plus nous voir ! Je peux le comprendre... Mais s'il te plaît, laisse nous au moins te suivre !

- Je suis sûr qu'il se trame quelque chose de pas très net avec Maïlana ! Alors laisse nous te protéger ! ajouta Jean.

Willa observa ses deux amis. Les deux étaient tout à fait sérieux. Ils voulaient vraiment être cru. Mais la raison de Willa gagnait depuis une semaine le bras de fer qu'elle menait avec son coeur. Elle aurait voulu les pardonner, les serrer dans ses bras, pleurer et rire avec eux, comme avant. Mais une distance s'était créée entre eux, tel un immense gouffre franchissable qu'en passant par un pont suspendu où il ne resterait qu'une corde. Il ne suffirait que de courage et d'un peu de folie.

Mais les différentes nouvelles que Willa l'avait rendu très terre à terre, éradiquant la folie qui faisait d'elle ce qu'elle était.

Cependant, sans dire un seul mot, elle hocha la tête, acceptant plus ou moins à contre coeur de rester proche de ses deux amis.

Alison sourit, heureuse du dénouement pourtant incertain de la discussion.

- Je propose qu'on rentre maintenant ! Il va commencer à faire nuit, déclara Jean.

Alison approuva, suivie, à quelques secondes près, de Willa.

Il tourna les talons et s'enfonca entre les arbres et les fougères avec une agilité que Willa ne lui avait jamais remarqué.

Il a bien caché son jeu...

*****

Willa se réveilla le samedi matin en pleine forme. La journée précédente c'était passée sans encombre. Seul point noir: ses deux "amis" qui suivaient tous ses faits et gestes. Elle manquait d'intimité et se sentait oppressée.

La même chose une ou deux années auparavant n'aurait pas été gênant. Mais maintenant, tout avait changé et cette proximité constante était dérangeante.

Alison s'était même installée dans la même chambre que Abby, Swan et Willa !

Jean ne le pouvait pas car le règlement de l'internat était très strict: les chambres mixtes étaient défendues.

Après s'être levée et préparée, Willa alla prendre son petit déjeuner en compagnie de Swan, Abby et Alison. Une fois dans la Salle Commune, elles se servirent et s'installèrent à la table réservée par Hope, Roxane, Mathys, Jean, Yohann et Théo. Après avoir saluée tout le monde, Willa se concentra intensément sur son bol de céréales, ne voulant pas répondre à des questions quant à sa mauvaise humeur.

Une fois le petit déjeuner terminé, chacun repartit dans sa chambre, afin de se rejoindre dans le lycée.

Willa suivit le mouvement, ne sachant pas où se trouvait l'endroit où était pratiquée la self-défense. En effet, trois heures de combat étaient prévues le samedi matin, dans l'emploi du temps des collégiens et des lycéens.

Le groupe d'amis se dirigea d'un pas décontracté vers le lycée, avant de bifurquer vers la forêt.

Willa, malgré son irritabilité constante de ces deux derniers jours, était heureuse de faire ce cours. En effet, étant elle même une grande pratiquante d'arts martiaux, elle voyait dans le self-défense un bon moyen d'en apprendre d'avantage.

Elle avait tester de nombreux arts martiaux plus "classiques" tels le karaté ou le judo avant de trouver celui qui lui correspondait. Finalement, après la capoeira et le ju-jutsu, Willa s'était mise au kali arnis eskrima. Mais ces cours-ci devaient se mériter plus encore pour elle que pour les autres car le club le plus proche de chez elle se trouvait à au moins une heure de route de son petit village, et ce uniquement lorsque son père grillait quelques feux.

Une fois, sa mère avait même utilisé le gyrophare de sa voiture banalisée afin d'emmener Willa à son cours. Même si normalement elle n'en avait pas le droit, tout le monde au commissariat appréciait la directrice de la police et fermait les yeux pour lui permettre de passer plus de temps avec sa fille.

Ces souvenirs comiques rendirent nostalgique Willa et c'est avec la boule au ventre et la gorge serrée que la jeune fille entra dans un grand dojo. Le bâtiment, situé juste derrière une petite rangée d'arbres, était plutôt plat. Avec un plafond bas et des murs en bois, cet endroit ressemblait plus à une grande cabane qu'à un dojo. La pièce paraissait chaleureuse et accueillante.

Une odeur de transpiration intense agressa les narines de la jeune sorcière.

L'odeur est universelle apparemment...

Deux garçons d'une quatorzaine d'années se couraient après sur le tatami alors que six adolescentes parlaient et rigolaient, assises en cercle sur les tapis. Celles-ci semblaient plus jeunes. Elles devaient être en 6e ou en 5e.

Willa se rendit compte qu'elle n'avait pas fait spécialement attention aux tranches d'âges concernées par la partie internat et se promit donc de mieux regarder la prochaine fois.

Elle suivit ensuite ses amies pour faire le tour des tatamis, ce qui la mena vers les vestiaires. Willa reconnut quelques filles qui étaient dans sa classe. D'autres lui étaient totalement inconnues. Il y avait des blondes, des brunes, et même des rousses ! Sans compter les cheveux aux couleurs extravagantes, comme le vert, le rose ou bien le blanc. Il n'y avait aucune discrimination de couleurs dans le monde surnaturel.

Le vestiaire s'ouvrait sur la forêt grâce à de grandes baies vitrées, offrant une intimité restreinte. Hope, qui était dans le vestiaire en compagnie de Roxane et Raphaëlle, arriva vers les nouvelles venues. Elle intercepta le regard étonné de Willa quant à la disposition de la salle et s'empressa donc de lui expliquer :

- T'inquiète pas. Ce sont des vitres sans teint. Comme ça, on n'est pas enfermés mais pas non plus dehors !

- Astucieux... répondit Willa.

Comme tout le monde était changé et en tenue confortable, l'ensemble des adolescentes se dirigea de nouveau vers la salle par laquelle elles étaient arrivées.

Cette fois ci, un grand désordre y régnait. En effet, la plupart des adolescents étaient assis sur les tatamis, parlant à haute voix sans se soucier des autres.

Lorsque Willa s'avança sur les tapis pour aller au fond de la salle,quelques têtes la reconnurent et se retournèrent sur son passage.

- C'est elle la quatrième ?
- Ouais... Le feu apparemment...

Les bavardages désordonnés avaient laissé place à des chuchotements censés être discrets. Willa rougit un peu devant tant d'attention et accéléra le pas pour rejoindre une place libre dans un coin. Ses amis la suivirent et ils formèrent bientôt un nouveau cercle sur les tapis.

- Silence s'il-vous-plaît !

Un jeune homme d'une vingtaine d'années venait d'entrer dans la salle, accaparant l'attention sur lui. Tout le monde se retourna de façon à être face à lui. Une fois le silence régnant dans la salle, l'homme reprit la parole.

- Je sais que la plupart d'entre vous me connaissent déjà mais les présentations sont de mises: je suis Simon, votre professeur de sport, certainement pour toute votre scolarité et accessoirement votre prof d'art martial.

Les yeux pétillants et le regard frais, il affichait un sourire parfait. Willa vit le regard hypnotisé de certaines adolescentes et en déduisit que l'homme dégageait un charme certain. Sa voix grave continua à charmer l'assemblée féminine :

- Je suis un loup-garou et vais donc pouvoir vous enseigner des techniques canines.

Le silence resta silence et c'est dans cette ambiance étrange que les adolescents se levèrent pour se placer en lignes droites, sur quatre rangées. Le cours allait commencer.

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