Chapitre 11

-Attention !!

Le cri de Sharone parvint trop tard aux oreilles de Nathan qui hurla à son tour en voyant la voiture face à lui s'approcher plus que prévu. Dans la minute qui suivit, Nathan emplafonna la twingo dans la carcasse face à lui et sortit en grommelant.

-J'aime pas conduire.
-Mika, tu peux reculer la voiture ? demanda Sharone en soupirant.

La jeune fille s'executa alors, sans manquer de se moquer de son frère qui l'insultait.
Les deux mois d'attentes qu'avait promis Sharone s'étaient écoulés, deux mois durant lesquels elle s'était attelée à leur apprendre la conduite dans le cas où Sharone se retrouvait dans l'impossibilité de conduire. Si Mika avait vite appris, Nathan quant à lui avait plus de mal, mais Sharone ne s'inquiétait pas. Tant qu'un des deux le peut, alors les deux sont saufs.

-Bon, préparez vos sacs. On va chercher de l'essence, a-t-elle annoncé alors que Mika sortait de la voiture.

La nourriture était rare en ville, c'est quand son ventre se serrait vraiment que Jules regrettait ses paroles ainsi que la corne d'abondance qu'était la cabane.
Par trois fois durant le mois il se retint d'y retourner. Le jeûne n'était jamais réellement long, parfois, il trouvait une boîte de conserve, mais ses forces avaient considérablement faiblies. Courir lui était devenu insupportable, ainsi, quand il y a quelques semaines à peine, il affrontait les créatures qui peuplaient encore la ville sans même trembler, aujourd'hui, il faisait tout pour les éviter.
Il n'en avait pas peur, loin de là, cependant, si une seule de ces bêtes était faible, une horde, même trois étaient suffisant pour qu'il vacille.

Les bras balançant dans le vide, le menton posé sur la rambarde, le teint blafard et l'estomac vide, il observait la ville. C'était devenu son jeu préféré. Parfois, le chat se joignait à lui, s'étant habitué à sa présence.
Il en avait presque perdu le décompte des jours.

Parfois, il se rendait à l'hôpital, trouvait quelques réserves de médicaments, mais ça faisait presque une semaine qu'il n'avait rien avalé, à se demander s'il restait encore quelque chose dans cette fichue ville. Alors, depuis deux jours, ils se traînait de sa couchette au balcon, cette fois les jambes pendant dans le vide, la tête coincée entre deux barreaux, puisqu'il n'avait plus le courage de se lever. C'était tellement pathétique.

-Ça se cuisine comment, des monstres ? Marmonna-t-il pour lui-même.

Un miaulement se fit entendre à ses côtés. En tournant la tête, il vit Franchouchou qui le regardait, un gros rat mort à ses pattes.

-T'es meilleur chasseur que moi toi, lança-t-il à son chat. C'est pour moi ?

Il tendit alors une main vers la proie, mais le chat se mit alors à grogner avant de rattraper la bête et s'enfuir avec, laissant un Jules dépité.

-Tu parles d'un pote, il me laisserait sans aucun remord.

Et c'est pas le seul, pensa-t-il.

Il soupira.
Peut-être qu'il aurait mieux fait de la laisser le tuer, le mois dernier, ça lui aurait épargné toute cette galère.

Alors qu'il se concentrait sur les créatures qui se baladaient paisiblement, les imaginant vivre en communauté, persuadée d'être de bonnes créatures et de ne mordre les autres que pour les intégrer à cette communauté, des coups de feu le sortit de ce dialogue imaginaire entre deux infectés.

Il tourna la tête vers la provenance des tirs, mit même toutes ses forces pour se relever, mais ne pu rien voir. Les humains étaient trop loin.

- Pourquoi t'as tiré ?! lança Sharonne, furieuse.
- Excuse moi, s'exclama sa cadette, j'ai paniquée !
- Eux non en tout cas, soupira Nathan qui serra son pied de biche.

Pour une première sortie en ville depuis deux mois, elle ne pouvait pas être mieux réussie. Une horde s'abattait sur eux dès leur arrivée.

- Pourquoi ils sont si nombreux ?! J'ai l'impression qu'ils sont plus que la dernière fois !

Tentant de rester calme, Nathan observa autour de lui.

- Là-bas ! a-t-il lancé à ses camarades. Il y a une voiture qui va les bloquer, on va grimper dessus pour leur échapper !

Sans attendre, Mika se précipita vers la voiture, suivit de son frère puis de l'aînée.

Comme Nathan l'avait dit, les créatures avaient contourné le vieux véhicule et la voie était libre derrière celui-ci.
Courant alors le plus loin possible de cette horde qui les poursuivait, Mika se tourna vers son amie.

- On fait quoi ?!
- Je me planque pas à nouveau dans une benne à ordure je te préviens.

Alors, ils continuèrent à courir, éliminant, tout du moins, éloignant les infectés qui se mettaient sur leur passage.

- Là, l'immeuble est ouvert ! lança Nathan, toujours très observateur.

S'il était si observateur qu'il ne le prétendait, il aurait vu que le bâtiment n'était pas si inhabité. C'est dans un soupire que le seul résidant se traina hors du balcon.

- Les ennuis arrivent...

Il ouvrit alors la porte et attendit.
Il était persuadé qu'ils monteraient jusqu'ici, les autres appartements sont en ruines et des infectés erraient dans les différents étages.
Ça ne manqua pas. À peine quelques minutes après être entrés, Nathan aperçu l'appartement grand ouvert.

- Venez, appela Jules, caché derrière la porte. Vous serez en sécurité ici !

Sharone arriva au même moment, et fronça les sourcils.

- Continuez à monter, ordonna-t-elle.
- J'en peux plus de courir, couina Mika.
- Je rentre pas dans l'appartement d'un mec dont je vois pas le visage. Il s'est peut-être fait mordre, montez.

Alors qu'ils reprirent leur route, Jules sortit faiblement de sa cachette et les observa disparaître dans la cage des escalier, croisant le regard de Mika qui fronça les sourcils, poussée par son frère à l'étage suivant. Entendant les grognements qui suivaient, Jules se jeta presque sur les portes de la cage d'escalier et les ferma, bloquant l'accès à l'étage suppérieur. Ils étaient saufs. Il parvint tout juste à refermer la porte de son propre appartement avant de voir toute une horde débarquer sur le palier, se cognant aux murs, tapant dans toutes les portes. La violence de leurs gestes menaçaient de faire sortir la porte de ses gonds, ainsi, Jules se traîna dans une autre pièce pour s'y réfugier.
Les créatures étaient déchaînées.
Il leur fallut longtemps pour leur permettre de se calmer. Lorsque finalement, les bruits cessèrent, Jules sorti de sa cachette et observa par l'œil de la porte. Quelques créatures demeuraient sur le palier, mais beaucoup s'étaient enfoncées dans les différents appartements ou redescendues à l'étage inférieur.

Tournant finalement le dos à la porte, il se retourna vers son balcon.

- Elle se débrouille très bien toute seule, souffla-t-il.

Effectivement, peu après qu'il se soit retiré, les portes de l'escalier s'ouvrirent et Sharone et ses amis en sortirent, tuant tous les infectés qui demeuraient sur le palier, enfermant les autres dans les différents appartements.

- On est bon, affirma Nathan.
- Fais pas trop le malin, le réprimanda Sharone. On peut sortir en tout cas.

Sharone descendit en première, suivit de près par Nathan. Seule au milieu de ce palier ensanglanté, Mika s'approcha de la porte de l'appartement où se réfugiait le seul survivant de cette zone et l'ouvrit.
Personne dans la pièce principale, elle s'avança silencieusement pour le trouver, si maigre et faible, assis contre son balcon, dos à elle.

- Tu n'es pas mordu n'est-ce pas ?

Elle n'obtint aucune réponse.

- Depuis quand n'as-tu pas mangé ?
- Aurais-tu pitié de moi ?

Ignorant à son tour sa question, elle déposa les trois boîtes de conserves qu'elle avait trouvé lors de sa fouille sur la table.

- Du côté est de la ville, il y a plus d'infectés, mais aussi plus de ressources. Il n'y a plus rien ici.
- Pourquoi tiens-tu tant que ça à me voir survivre ?
- Je n'y tiens pas. Mais tu as voulu nous aider. À mon tour.

Alors qu'elle allait quitter l'appartement, il l'interpella.

- Vous avez plus de réponses ?
- On espère en trouver au camps militaire détruit, demain.

Sur ces mots, elle tourna les talons et rejoignit ses camarades qui l'attendaient en bas, prêt à remonter pour la chercher.

- Tu faisais quoi ? s'énerva Sharone.
- J'ai cru voir quelque chose là-haut, se justifia-t-elle. C'était juste un chat.

Grommelant, la jeune femme reprit son chemin. Les infectés s'étaient dispersés et le groupe pu rejoindre leur cadis abandonnés puis leur fidèle twingo.
Ils manquaient d'essence, la voiture consommait plus que nécessaire et Sharone avait finit par mettre le feu au tas de cadavres qui grossissait à l'orée de la forêt, vidant les derniers bidons.

Une fois rentrés à la forêt, ils déchargèrent la voiture et au chalet, Sharone s'empressa de s'isoler dans la chambre afin d'appeler sa sœur. Elle avait reçu un message, plus tôt dans la journée, lui demandant de l'appeler au plus vite.

La jeune femme répondit immédiatement, échangeant quelques banalités avant que Sharone ne se tut pour écouter attentivement son aînée.

- Le plan survie est annulé, finit-elle par dire. Enfin, modifié. Construire des vaisseaux, le plan était pas mal mais pas réalisable. Ça demandait beaucoup trop de de ressources, de temps et d'argent.
- D'argent ? répéta Sharone en fronçant les sourcils.
- Ouais, les matériaux coûtent chers.

Elle ignorait qu'il était encore question d'argent, pour elle, cela n'avait plus aucune valeur dans un monde en agonis. Les grands de ce monde ne cessaient de la surprendre.

- Ils ont décidé de tous se réfugier sur une île désaffectée. Tu devrais vite voir ça sur internet, les survivants de la France doivent se rejoindre en Corse.
- Ils vont réussir à désaffecter toute une île ?
- Bonne question. Ils essaient, en tout cas. Ils sont partis ce matin, les militaires de notre camp.

Ce changement de plan rassura Sharone sur certains points, mais une chose l'empêcha de se réjouir. Sa sœur avait parlé d'argent. Ainsi, elle repensa aux paroles de Jules avant qu'il ne quitte le chalet.
« Qui vous dit qu'ils prendront tout le monde ? »
Refusant d'aller plus loin dans sa réflexion, elle secoua la tête et repris sa discussion avec sa sœur.
Celle-ci lui parla de Tasneem, la jeune femme avec qui elle vivait un amour presque idyllique. Elles avaient passés deux semaines dans la même tentes et étaient restées très proches, cela faisait maintenant presque un mois qu'elles se fréquentaient.
Après avoir raccroché, elle reçu une photo du jeune couple, en haut du fort, joue contre joue et souriant de toutes leurs dents.
Cette photo, Sharone la mit en fond d'écran tant la pureté qui s'en émanait lui prit les tripes. Elles étaient si belles, si heureuses.

Elle entendit à peine les pas de sa camarade qui venait la chercher pour manger.
A table, elle leur raconta sa discussion avec sa sœur sous l'oreille attentive de la fraternité, puis le sujet dévia sur leur plan de survit en attendant le moment venu, puis sur leur journée.

- Au fait, Mika, le mec, il était mordu finalement ? demanda Sharone, l'air de rien.
- Le mec ? s'étonna l'adolescente en manquant de s'étouffer.
- Le mec de l'appart. Tu lui as donné tes conserves.
- Il avait plus de vivre, se justifia-t-elle. Et non, il était bien humain.

Ce n'était pas la peine de nier, Sharone savait tout. Elle connaissait même l'identité de cet homme, ce qui n'était pas pour la ravir.
Si elle ne s'attarda pas sur ce sujet, le soir, durant son tour de veille, elle n'hésita pas à en parler à sa sœur.
Celle-ci lui conseilla de ne plus y penser. Il était parti, de toute façon.

Le réveil des trois survivants sonna une heure avant le levé du jour. Pendant que Sharone préparait le petit déjeuné, Mika et Nathan rassemblaient les vivres nécessaire à la journée, et pour trois jours supplémentaires, sur les ordres de leur aînée.
Sharone ne voulait pas passer plus d'une journée dans le camp, mais les imprévus étaient vites arrivés. Ils déjeunèrent alors et mirent toutes leurs affaires ainsi que leurs armes dans la voiture.

- On va bientôt être à court de munition, soupira Nathan.
- S'il nous reste du temps, on passera dans une armurerie, proposa Mika.

Sharone acquiesça et les invita à monter en voiture. Le soleil apparaissait doucement lorsqu'ils contournèrent la ville. Le trajet, Sharone le connaissait.
Et plus ils se rapprochaient, plus son sang battait dans ses tempes. Lorsque finalement, Sharone arrêta la voiture dans le même champs qu'il y a quatre mois, les mains bien serrées sur le volant, son cœur battait la chamade et ses pupilles étaient dilatées. Son regard était figé sur la grande grille qui bloquait l'accès au camps, et sans s'en rendre compte, sa respiration devint saccadée.
Elle sursauta lorsqu'une main se posa sur la sienne, l'invitant à lâcher le volant. C'était Nathan qui cherchait son regard.

- On peut faire demi tour si tu n'es pas prête.

Elle semblait terrifiée. Cependant, elle posa une main sur son cœur et respira profondément pour calmer son rythme cardiaque.

- Je suis prête, a-t-elle annoncé, le regard sûre d'elle.

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Bon, ça fait deux chapitres que je poste en retard...
Comme j'ai plus aucun chapitres d'avance et que je galère à écrire en ce moment, ça risque d'arriver souvent, même si le chapitre qui suit m'inspire beaucoup !
J'essaierais d'être à l'heure, le mois prochain...

[2 novembre 2020]

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