Chapitre 44


- On est pas obligés d'en arriver là. Stiles !

Mais l'hyperactif était mal. Préoccupé. Stressé. Il se laissa tomber sur le lit du loft, le seul endroit dans lequel il se sentait à peu près bien, mis à part les bras de Derek. Ce dernier soupira. Discuter avec Stiles quand celui-ci avait une idée en tête était loin d'être facile. Il était aussi têtu que lui, sinon plus.

- Si, il le faut, lâcha Stiles, sans âme.

Soupirant une nouvelle fois, Derek suivit son humain et se laissa tomber sur le lit à côté de lui.

Après l'annonce de Deaton, Stiles s'était senti mal, avait manqué de s'évanouir. Derek aussi, mais lui, il avait réussi à ne pas le montrer. Alors, il avait ramené son hyperactif au loft, après avoir bien évidemment remercié Deaton pour le temps qu'il leur avait accordé ainsi que pour son travail d'émissaire. Le trajet pour rentrer avait été plus silencieux que jamais et le nez de Derek, assailli par l'odeur nauséabonde de Stiles, parce qu'il allait mal. Elle n'avait pas changé, l'adolescent gardait toujours cette fragrance putride, mélange de peur, de tristesse et de souffrance.

- Stiles, ça ne doit pas être un problème, lui dit Derek pour le rassurer. Ce n'est pas le moment et on a le temps, on n'a pas à y penser maintenant.

Stiles tourna la tête vers lui et planta son regard douloureux dans ses prunelles bleu-vert.

- Derek, je sais pas si t'es au courant, mais ton loup est actuellement en train de se laisser mourir et, accessoirement, toi aussi.

- On a le temps, répéta le bêta d'une voix douce.

- On ne l'a pas. Der, tu guéris à peine. Tes plaies, ça stagne. J'ai l'impression de guérir plus vite que toi alors que je suis un simple humain ! Sans oublier que maintenant, t'as du mal à sortir tes griffes. J'imagine que ça doit être pareil avec tes yeux... Bordel, Derek, on n'a pas le temps.

- Stiles, mon cœur, commença Derek.

Sur le lit, il se rapprocha de son humain et le prit dans ses bras avec douceur, l'enfermant dans une étreinte protectrice, qui ne laissait pas planer le doute sur les intentions du loup. Il le cajolait parce qu'il l'aimait et qu'il avait besoin de son contact, rien de plus.

- Ce genre de choses, ça prend du temps, continua-t-il, le regard sûr. Oui, c'est très lent, mais je guéris. Je guéris et ça me suffit.

- Moi, ça ne me suffit pas, maugréa l'hyperactif. Savoir que ton loup souffre et te le fait payer, ça me... Je le supporte pas.

- Je le vis bien, sourit doucement Derek, puisque je suis près de toi. Souffrir dans tes bras, ça me va.

Stiles esquissa un léger sourire, triste, sans joie. Un sourire qui en disait long sur sa pensée, qu'il décida tout de même d'expliciter par la parole :

- Oui, mais ce que ton loup veut, c'est qu'on s'unisse. Il en a besoin et toi aussi. Der, je veux faire cesser cette souffrance. En plus on a de la chance : pour une fois que quelque chose concernant le surnaturel est facile... Autant en profiter.

Mais il disait ça avec une résignation qui ne passait pas inaperçue. Car c'était bien cela : Stiles était résigné. Résigné à faire quelque chose alors qu'il n'était pas prêt, quelque chose qui l'avait marqué à vie, brisé. Stiles était prêt à se laisser faire si Derek le lui demandait, et encore... Même s'il ne faisait pas attention à son avis, l'hyperactif ne lui aurait sans doute pas opposé de résistance. Et ça, Derek le comprit juste en le regardant. Et ça, ça lui fit peur. Choqué par les pensées de Stiles qu'il devinait aisément, Derek se redressa jusqu'à se retrouver assis sur le lit, à côté de son humain qui se mit dans la même position que lui.

- Il est hors de question que je te touche dans ces conditions, le prévint le loup, un air grave collé au visage.

- Même si ça peut te sauver ? Allons, Der, ne sois pas stupide.

- Stiles, je vais bien.

- Tu es en train de, lentement, mourir. Mais oui, à part ça, tu vas bien, ironisa douloureusement le jeune homme.

- J'ai du temps, lui rappela un nouvelle fois Derek. Et toi, du temps, tu en as besoin.

- Le temps, j'en aurai bien assez après tout ça.

Et par cela, Stiles entendait sa guérison mentale quant à ce qu'il devait faire avec Derek, mais aussi l'arrestation et la mise hors d'état de nuire d'Emile, cette menace sombre et discrète qui planait toujours sur lui. Le souffle coupé, Derek le regarda sans rien dire, mais il posa sa main sur l'épaule de son humain, qu'il frictionna doucement. Bordel, comment s'étaient-ils mis dans une situation pareille ? Une situation draconienne, qui plus est. Derek n'aimait pas cette manière qu'avait Stiles de se sacrifier, de s'envoyer lui-même à l'abattoir alors qu'il devait absolument et désespérément prendre le temps de guérir toutes ses blessures mentales qui le rongeaient. Stiles, c'était cette lumière qui, même vacillante, éclairait tout le monde sur son passage. C'était cette étincelle de vie qui ne devait pas s'éteindre. C'était ce jeune homme qui méritait tout le bonheur du monde. C'était cet enfant qui avait grandi dans le mensonge et la souffrance. Stiles, c'était son compagnon, son âme-sœur. Et même si la nouvelle aurait dû le réjouir plus que de raison, elle le plombait : parce que ce statut si particulier faisait planer une épée de Damoclès au-dessus de son corps mais également au-dessus de l'esprit déjà mal en point de Stiles.

D'un geste presque robotique, Stiles prit la main de Derek qui se trouvait sur son épaule et la posa sur sa cuisse, très haut, à un niveau à la limite de l'indécence. Son regard se mit à fixer le vide, droit devant lui.

- Fais ce que tu as à faire.

Derek en eut le souffle coupé.

- Stiles... Ne put-il qu'articuler.

- Plus vite c'est fait, plus vite tu es sauvé.

- Non, non, non. Je ne veux pas.

- Saisis ta chance.

- Stiles, pour moi, c'est pas une chance.

- Parce que tu t'en rends pas compte.

Derek soupira, agacé et toujours aussi profondément choqué par les propos et l'attitude de son amour. C'est alors qu'il vit précisément les conséquences des traumatismes de Stiles. Les conséquences du mensonge, de ses différentes agressions. Derek reprit sa main presque violemment, comme si la chaleur à travers le pantalon de Stiles l'avait brûlé. Cet humain qu'il avait près de lui était réellement brisé. Généreux, aimant, génial, mais brisé. Il voulait le sauver, en dépit de son mal-être et de ses désirs les plus profonds, quitte à se blesser lui-même. Avec une délicatesse extrême malgré toutes les émotions qui le prenaient, posa sa main sur la joue de son humain et l'obligea à le regarder.

- Stiles, mon cœur, écoute-moi bien. Il est hors de question que je te touche dans ces conditions. Si on doit finir par faire l'amour, ce sera parce qu'on en aura envie. Tous les deux, précisa-t-il.

Stiles soupira, un air désespéré collé au visage. Son regard, lui, fut pourtant indéchiffrable, si ce n'est qu'une profonde noirceur l'avait gagné.

xxx

- Cet enfoiré se tient à carreau et d'après ce que je sais, après le boulot, il rentre directement chez le shérif.

Scott hocha la tête. Jordan leur avait donné rendez-vous, à Derek et lui, deux jours après la visite chez Deaton. Si l'alpha avait remarqué l'air renfrogné et fatigué de son bêta, il n'en avait rien dit. Il s'étonnait toutefois de toujours constater la présence de ses blessures au visage et on aurait même dit qu'elles avaient carrément arrêté de guérir, tant la progression était lente. Lorsqu'il lui avait demandé ce que cela signifiait, Derek lui avait simplement dit « après ». Scott, tout en écoutant le pseudo rapport de Jordan qui les informait sur l'attitude et les déplacements de son co-équipier qu'il aurait aimé assassiner de ses mains, Scott leva la tête. Stiles était à l'étage et passait du temps avec Amelia, d'après les dires du propriétaire du loft. Lui aussi sentait cette odeur âcre provenant de l'étage. Elle ne semblait pas diminuer en intensité et s'il y faisait attention, Scott commençait à sentir le même genre d'odeur chez Derek. Que s'était-il passé pour que ses deux amis aillent aussi mal ?

- Je me suis démerdé pour, au cas-où, mettre son téléphone sur écoute. S'il a des complices en plus, on pourra les tracer. J'espère juste qu'il ne s'en rendra pas compte tout de suite.

- Beau travail, le félicita Scott. Dès que tu as du nouveau, tu nous le dis. En attendant, on continue de le surveiller.

Jordan hocha la tête et les salua car il devait retourner au poste avant que l'on ne se rende compte de son absence. Avant de partir, il demanda toutefois à Derek de prendre soin de lui. Parrish aussi commençait sérieusement à s'inquiéter de voir ce visage toujours bleui d'un côté, avec des croûtes à peine solides. Ce jour-là, Derek donnait vraiment l'impression que ses blessures dataient de quelques heures.

Une fois que le policier fut parti, Scott demanda à Derek de lui dire ce qu'il se passait, tant au niveau de sa guérison que de cette odeur nauséabonde qui provenait de Stiles et lui. D'un geste las, Derek lui fit signe de le suivre dans sa petite bibliothèque personnelle. Il n'avait pas envie que Stiles les entende par peur qu'il puisse imaginer quelque chose. Stiles, depuis ces deux derniers jours, avait tendance à penser que son loup était contre lui. Il était hors de question que ce sentiment continue de grandir en lui.

- Tu es allé voir Deaton ? Lui demanda Scott, une fois que le loup eut fermé la porte de la pièce derrière lui.

- Ouais, il y a deux jours, répondit laconiquement l'intéressé.

- Et tu sais ce que tu as ?

- Oui.

L'air abattu et plus fatigué que jamais, Derek se laissa tomber sur l'un des deux fauteuils de lecture en se passant une main sur le visage. S'il choisissait de se confier à Scott, ce n'était pas pour rien : il avait confiance en lui et était conscient qu'il s'en voulait toujours pour avoir fait peur à Stiles l'autre fois. Par ses confessions, il espérait lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait plus, qu'il lui avait pardonné. Et puis... Il avait besoin de parler. Ces deux derniers jours étaient un enfer. Entre Stiles et lui, ça n'allait plus vraiment et l'hyperactif était en train de disparaître... Une fois encore.

- Mon loup se laisse mourir, mes pouvoirs disparaissent et je m'affaiblis un peu, laissa-t-il tomber.

- Tu vas mourir ? Lui demanda Scott d'un ton alarmé.

- Peut-être.

- Dis-moi que Deaton a trouvé quelque chose ! Le supplia l'alpha.

Parce que Derek n'était pas juste un ami à ses yeux : c'était son mentor, celui qui lui avait tant appris depuis sa métamorphose, celui qui, malgré son caractère de merde, ne l'avait jamais lâché, jamais laissé tomber. Et même lorsqu'ils étaient en apparence ennemis, Derek se débrouillait toujours pour l'aider dans l'ombre, lui enseigner des choses. Sans lui, Scott ne serait pas l'alpha qu'il était aujourd'hui. Derek était pour lui plus qu'un ami. Une connaissance précieuse, le grand-frère qu'il aurait aimé avoir.

Derek hocha faiblement la tête. Scott fut surpris de ne pas le voir se réjouir et lui enjoignit de lui dire ce qu'il se passait.

- Mon loup a trouvé son compagnon. C'est Stiles.

- Mais c'est génial ! S'exclama Scott avant même d'avoir tilté.

- Non. Parce que mon loup a besoin de s'unir pour aller mieux... Et il est hors de question que je couche avec Stiles. Il n'est pas prêt, bon sang !

Enfin, Scott comprit. Il comprit la teneur des paroles du loup ainsi que la complexité de la situation. Son cœur se serra, lui rappela le passé de Stiles en pleine face et le mit devant le choix cornélien de son bêta.

- Je peux pas lui faire ça, geignit Derek, réellement mal à cause de tout ça. Pas après tout ce qu'il a vécu.

- Et lui ? S'enquit doucement Scott en essayant de contrôler ses émotions.

- Il le veut, qu'importe les conséquences. Mais il ne pense pas à lui. Tout ce qu'il cherche à faire, c'est m'aider alors que je sais très bien qu'au fond, il est terrifié. Il n'est pas prêt à aller plus loin et moi, c'est hors de question que je lui fasse... Ca alors qu'il n'en a pas envie. Je peux attendre et j'attendrai le temps qu'il faudra.

- Mais est-ce que tu as vraiment le temps ?

Derek hocha la tête, l'air plus fatigué que jamais.

xxx

- Tonton Stiles, pourquoi t'es si froid avec tonton Derek ? Demanda Amelia trois jours plus tard, de bon matin.

Derek était parti faire une course mais n'avait pas laissé ses protégés seuls pour autant : Peter rôdait dans le loft, pour il ne savait trop quelle raison. L'hyperactif haussa un sourcil, perplexe, et regarda sa petite princesse.

- Je suis pas froid avec lui, s'étonna-t-il, un bras autour de son petit corps fin à moitié assis sur le canapé.

- Tu lui fais plus de bisous et tu lui parles à peine, dit tout simplement la petite. Il a fait quelque chose de pas bien ?

Stiles secoua la tête et esquissa un sourire qui se voulut rassurant mais qui était en réalité triste. Chaque jour qui passait depuis cette visite au cabinet de Deaton... C'était dur. Parce qu'à chaque fois qu'il se réveillait le matin, il avait envie de pleurer et chaque contact avec Derek le faisait frémir. Alors, il avait mis un peu de distance entre eux.

- Non ma chérie. En fait, c'est tout le contraire. Il fait tout comme il faut, c'est juste moi qui... Moi qui suis méchant.

- Pourquoi t'es méchant ?

Elle venait de déposer son petit livre et le regardait, le fixait de ses grands yeux ambrés plein d'étoiles. Faites qu'elles ne s'éteignent jamais, pensa douloureusement l'adolescent en prenant une longue inspiration. Il avait envie de lui parler. Après tout, elle vivait sous le même toit qu'eux et malgré son jeune âge, elle voyait des choses. En fait, elle en comprenait même certaines. Tout ça confirmait qu'elle était déjà un peu trop mature pour son âge.

- Parce que j'ai peur. Tonton Derek est malade et pour le guérir, je dois partager son traitement. Et moi, ce... « Traitement », je l'ai déjà pris quand j'étais petit. C'est quelque chose qui ne m'a pas fait du bien. Alors, j'ai peur et j'agis comme un idiot. Je veux qu'il guérisse le plus tôt possible et lui il ne veut pas, parce qu'il sait que ce traitement m'a fait mal, mais moi, je m'en fous. Je veux qu'il aille mieux parce que je suis triste de le voir malade.

- Et lui, je crois qu'il est triste que tu ne lui fasses plus de bisous, rétorqua la petite. Tu dois pas avoir peur de tonton Derek.

- J'ai pas peur de lui. J'ai peur du traitement.

- Alors ne mets pas les deux dans le même panier, intervint une voix grave.

Stiles tourna la tête vers Peter, qui venait de descendre les escaliers. L'air aussi espiègle que d'ordinaire, le loup couvait pourtant Stiles et Amelia du regard. A sa manière, il faisait attention à eux, tout comme le fait qu'il les écoutait depuis tout à l'heure. Grâce à Isaac, l'oncle savait certaines petites choses et pouvait mieux appréhender les réactions du jeune homme ainsi que son attitude changeante, qui gardait une certaine linéarité.

- Ma petite, j'ai rangé ma... Ta chambre. Tu veux bien monter quelques minutes ? Il faut que je parle avec... « Tonton Stiles », dit le loup en grimaçant de devoir dire ce surnom ridicule.

Amelia hocha docilement la tête et déposa un bisou baveux sur la joue lisse de Stiles qui s'essuya en riant doucement avant de monter à l'étage. Lorsqu'ils furent seuls, Peter ne perdit pas de temps :

- La petite a raison, Derek est déprimé et toi... T'es franchement pas mieux. Avec cet air perdu et tristeà souhait, tu ressembles à un clown d'un mauvais film.

- Merci Peter, répondit Stiles d'un ton ironique.

- Plus sérieusement...

Peter reprit un air grave, on ne peut plus sérieux.

- ... Ne mets pas Derek et ce que tu as pu vivre dans le même panier. Rassure-toi, lui dit-il en voyant ses yeux écarquillés, je ne sais pas grand-chose. Presque rien, à vrai dire. Je sais simplement ce que Derek a bien voulu me dire concernant sa « maladie ». Néanmoins, j'ai un très bon esprit de déduction, donc je ne pense pas me tromper. Tu as peur de t'unir à lui. Non, ne me coupe pas la parole. Je disais, tu as peur de t'unir à lui-même si au fond, tu en as envie. Oui, Stiles, j'ai un nez, figure-toi. Et je crois que, pour le coup, il est plus développé que celui de mon neveu. Lui, il t'aime et se fait toujours un sang d'encre pour toi, alors il ne perçoit que ce qui te rend mal. Il ne voit pas le reste. Le problème, c'est que tu es trop pressé. Derek a du temps devant lui, plus que tu ne le penses alors arrête de faire ta dramaqueen et attends, simplement. Si tu essaies de faire quelque chose alors qu'intérieurement, tu n'es pas prêt, ça va mal se passer.

Toujours assis sur le canapé, Stiles choisit carrément de s'affaler et de laisser sa tête reposer contre le dossier. Il était épuisé, fatigué de trop penser, de mal dormir, de faire des cauchemars à propos de cette union et de tout le reste. Peter avait tout vu, tout compris, avait capté quelque chose que même Derek n'avait pas remarqué. Parce que le problème résidait bien dans la contradiction, le combat entre la peur et l'envie.

- Je veux le sauver, commença Stiles, j'en ai marre de le voir avec ces blessures, de le voir sans arrêt fatigué. Il ne guérit pas et ça m'angoisse. Je ne supporte pas l'idée qu'il puisse continuer de souffrir en attendant que je me bouge je cul. Alors ouais, je peux comprendre qu'il cherche à m'épargner, à me... Protéger, mais... Il n'y a pas que moi. Et en même temps... J'ai envie d'être égoïste. Je veux faire ça vite, tôt, comme ça c'est fait. Mais je sais que... C'est pas juste une tâche à réaliser, un truc à faire. C'est... Beaucoup plus que ça. C'est une union, le début de quelque de nouveau, c'est... Une étape. Et moi, cette étape, je veux la passer, je... J'en ai... Envie.

Il venait d'avouer ça avec honte, comme s'il n'avait pas le droit d'y penser de cette manière. Il rougit et cacha sa bouche avec sa main. Mais les moqueries de Peter ne vinrent pas. Bien au contraire. Adieu l'air malicieux, le regard espiègle, fourbe. Peter semblait calme, paisible et surtout, bienveillant.

- Tu sais Stiles, c'est normal d'en avoir envie, comme c'est normal d'avoir des doutes. C'est tout nouveau pour toi. Je suppose que tu ne te retrouve pas compagnon d'un loup-garou tous les jours, rit l'oncle Hale. Quoi qu'il en soit, réfléchis à ce que tu veux vraiment, à ce que tu désires.

A l'entente de ce mot, Stiles eut l'air gêné mais Peter se retint de lui lancer une pique. C'était la première fois que Stiles semblait se retrouver réellement à l'aise en sa présence et qu'il lui confiait des choses, sans réellement trop lui en dire non plus. Toutefois, sa confiance le touchait et le loup n'avait aucune envie de le couper dans son élan. Alors, il ne dit rien quant à sa gêne apparente.

- Ce qui compte, c'est que tu prennes ton temps pour réfléchir et voir ce que tu veux vraiment. Vas-y doucement, fais les choses à ton rythme. Tu te sens prêt ? Fonce. Tu penses avoir besoin d'un peu de temps ? Attends. Derek n'est pas à l'article de la mort non plus, tu sais.

- Mais il souffre, rétorqua Stiles.

- Mon neveu est un mec honnête. Si c'était insupportable, il te l'aurait dit. Toi, qu'est-ce que tu veux ?

Stiles fut pris de court. Pourtant, il l'avait senti arriver. Il avait même déjà partiellement fait part de ses pensées, mais...

- Je... J'aimerais arriver à sauter le pas. J'ai peur de le faire et je crois que j'ai l'impression que si je ne le fais pas rapidement, je vais... Je vais jamais y arriver. Et en même temps, j'en ai assez de tout ça. J'en ai marre d'avoir peur et de rester bloqué. Je sais que Derek est un mec bien et qu'il ne me forcera jamais, je n'arrête pas de le constater, mais... Et s'il perdait le contrôle ? Et si moi, je n'assumais pas ? Et si je... Et si je me mettais à avoir peur de lui ?

- Au lieu de te poser ce genre de questions, rit doucement Peter, discutes-en avec lui et ensuite, allez-y doucement, progressivement, par étapes. Apprends à te connaître, à voir ce que tu acceptes et ce que tu ne supportes pas. Tu n'as pas à faire ça d'un coup. Une union, c'est quelque chose de partagé, de voulu. Si tu le fais par obligation, je ne suis pas sûr que le lien puisse s'établir complètement.

- Tu me sembles un peu trop bien renseigné, vieil oncle pervers.

Peter sourit. Stiles était encore un peu Stiles. Sans doute cette discussion lui faisait-elle du bien. C'était en tout cas ce qu'il espérait. Puis, égal à lui-même, Hale reprit un air qui se voulut suffisant et sûr de lui.

- Disons que j'ai mené quelques petites recherches dans un but tout à fait personnel.

Stiles faillit rire, mais se retint. Toutefois, Peter le vit et décida de remettre une dernière fois le sujet sur la table :

- Quoi qu'il en soit, ne sois pas trop dur avec mon neveu. C'est la première fois qu'il aime sincèrement quelqu'un depuis longtemps et c'est d'autant plus difficile pour lui dans la mesure où tu es son compagnon. Alors... Ne sois pas trop distant avec lui. Vous avez besoin l'un de l'autre.

Et au fond, Stiles s'en voulait. Il savait qu'il n'était pas juste avec Derek et que ce dernier était tout autant bouffé que lui par cette situation. Pourtant... Il n'avait pu s'empêcher de vouloir l'éviter alors qu'il était tout, sauf un problème. C'était même l'inverse. Derek était son ancrage, son amour, son compagnon. Pour essayer toutefois de se protéger de la clairvoyance de Peter, Stiles fit appel à sa seule arme efficace : la parole.

- Depuis quand t'es aussi fleur-bleue, Peter-psychopathe-Hale ?

- Depuis que je fréquente une personne formidable, mon cher Stiles, répondit Peter avec une étonnante honnêteté avant de se lever, un petit quelque chose d'inédit dansant dans ses yeux.

Derek était en train de rentrer, il avait entendu le bruit significatif de sa Camaro. Sans laisser le temps à l'hyperactif de répondre, l'oncle récupéra sa veste et esquissa un sourire narquois à l'attention de cet adolescent usé par la vie.

- Ton amoureux arrive, je te laisse gérer, dit-il avant de s'en aller.

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