Chapitre IV : La Skandrulia de Guendolen (Partie I)

           Lorsqu'Ereane vit Patrid Lok, elle se surprit à penser que son regard était inhabituellement plus pesant. C'était comme si les yeux du professeur mettaient à nu son esprit et tous ses péchés. Une fois de plus, la princesse eut la même sensation qu'en entrant dans la salle de cours trois heures plus tôt : une sorte de courant d'air froid et lent commença à la parcourir de ses collants blancs jusqu'à ses épaules dissimulées sous les épaulières de son habit rouge pale.

Se sentant frissonner, Ereane se redressa et réajusta la pile de livres qui se trouvaient dans ses bras. "J'étais venue pour emprunter quelques livres, si cela ne vous dérange pas." Se justifia-t-elle. "Et aussi, pour me faire pardonner mon comportement.". Patrid Lok sembla remarquer le malaise de la princesse et se calma. Ereane en était désormais certaine, c'était bien lui qui en était à l'origine. Était-ce un de ces maîtres des légendes, capables contrôler le magus : un magucite ou même un maître élémentaire ? 

          Patrid tenta de regarder les couvertures des livres que tenait la jeune fille, mais cette dernière fit tout pour l'en empêcher, craignant qu'il ne lui les enlève, mais il n'en fit rien. Un léger sourire se dessina sur le visage du professeur. Après avoir accepté ses excuses, il invita Ereane à sortir, mais alors qu'elle quittait le bureau, il l'appela.

"Ereane, vous devriez prendre celui-ci aussi. Il complétera ce que vous avez déjà en main". La princesse le remercia avant de le quitter définitivement pour la journée. À peine sortie, Ereane courut vers sa chambre, prête à découvrir le contenu de chacun de ses livres. Avant de prendre le premier qu'elle avait choisi dans la bibliothèque, ses yeux se posèrent sur le dernier, celui que le professeur lui avait donné. La couverture arborait des couleurs sombres et bleues et la jeune princesse dut forcer ses yeux pour entrevoir ce qui pouvait ressembler à un titre.

Finalement, elle trouva une inscription faite avec une encre sombre qui semblait être, tantôt d'une couleur verte, tantôt d'une couleur bleu nuit. Il était écrit Légendes de Eirdrayik. 


******


          Au même instant, très loin de la chambre d'Ereane, et même de la capitale, Walmond, une dispute éclatait dans une des pièces du château de la cité fortifiée de Sharleen, bastion de la famille Eine.

-Mon fils n'est pas un voleur, seigneur.

-Et qui d'autre aurait pu le prendre ? Il était seul à surveiller le trésor.

-Seigneur Aukman, nous avons retrouvé la chaine.


Un soldat venait de faire irruption dans le hall. Il tenait un collier d'argent dans son gant.

-Où était-il ? Rugit Aukman en l'arrachant des mains du soldat.

-Dans votre chambre, seigneur.

-Humf ! Alors pour ne pas se faire prendre, il a préféré le mettre dans ma chambre en attendant de le récupérer plus tard.

-Malgré tout le respect que je vous dois, seigneur Aukman, mon fils n'est pas idiot et jamais il n'aurait voulu voler votre collier. 

-Oh que si, et il est bel et bien idiot. Ou alors l'avez-vous aidé pour ce larcin.

-Vous n'êtes vraiment qu'un imbécile !

-Quelle insolence ! Soldat, exécutez-la !

-Moi ? Mais... Seigneur, ce n'est qu'une vieille dame...

-Faites-le, ou je vous tue par la même occasion !

         Voyant le soldat hésiter, Aukman sortit sa propre épée de son fourreau et décapita la domestique. Le geste fut rapide bien que peu précis, et le bruit de jaillissement du flot de sang remplaça un possible râle final de la vieille femme. Faisant volte-face, il considéra le fantassin devant lui avant de lui transpercer le visage du bout de sa lame. Lorsqu'elle en ressortit, elle laissa une marque oblique allant de l'œil droit de la victime à sa bouche.

Le noble regarda sa lame, lâcha un juron avant de l'essuyer : "Encore deux imbéciles et incapables." puis regardant le corps de la domestique : 

-C'est au tour du fils, à présent.

-De qui parlez-vous, mon fils ? Entendit le jeune homme derrière lui.

-Oh, mère. Je cherche celui qui a osé voler notre trésor familial.


            Le seigneur montra le collier argenté à la femme qui lui faisait face, avant de l'embrasser : "Vous êtes magnifique comme toujours." . Le jeune noble regarda sa génitrice de bas en haut, avant d'afficher un sourire encore plus franc.

-Et vous toujours aussi impitoyable, répondit-elle en pointant du nez les cadavres au sol.

-Elle ne m'a pas avoué où se trouvait le voleur et elle m'a manqué de respect.

-Et lui ?

-Il a refusé de l'exécuter. Il a reçu son châtiment.

-Ne pensez-vous pas être un peu trop dur ?

-Les règles sont les règles. Il a refusé un ordre, il a dû le payer de sa vie.  

             Alye, la mère d'Aukman, s'approcha de son fils et lui caressa la joue en lui souriant avant de l'embrasser sur le front. 

-Votre père était fier de vous. Même s'il ne le montrait pas, il vous aimait beaucoup, mais...

-Je le sais, mère. Un Eine doit cacher ses sentiments. Ne vous en faîtes pas. Père sera encore plus fier de moi lorsque je réussirais là où il a échoué. Enfin, les Eine renverseront cette royauté. Nous les détruirons, eux et leurs apparentés de l'est, et leurs honneurs nous reviendrons.

-Puisse-t-il voir et se réjouir de votre futur succès de là-haut. Mais pour l'instant, il faut vous préparer, je vous rappelle que nous sommes attendus dans trois jours à la capitale. Et il nous faudra une journée de plus pour les préparatifs. 

-Je n'ai point besoin de bagages. Toutefois, j'ai pris les mesures nécessaires pour que les vôtres soient déjà faits. À moins que vous n'ayez quelques habits à y ajouter, ils sont déjà terminés et prêts à être chargés. Mais, peut-être n'aurais-je pas dû prendre cette initiative ?

-Je vous suis reconnaissante d'avoir pensé à mon bien-être.

-Tout est réglé alors. Je vous donne votre congé, il faut... nettoyer cet endroit.


          Ces derniers mots, Aukman les avait prononcés en observant les deux corps situés derrière lui. Cette vue faisait pétiller ses yeux sombres et lentement, un sourire arbora son visage.

           Alye quitta son fils pour retourner dans ses appartements. Arrivée dans sa chambre, elle alla droit vers sa table de chevet, ouvrit un tiroir et en sortit un petit coffret. Il était orné et sa taille ne dépassait pas celle d'une main. La femme s'assit sur le lit et caressa la petite cassette : "Bientôt, tu seras à nouveau libre et tu me serviras. Pour toujours...".

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