CHAPITRE 14: LA VOLEUSE
On avait osé. Quelqu'un avait osé voler un capitaine de la garde royale d'Hyrule.
Ikäd fulminait sur place. Qui? Qui était le scélérat assez stupide pour faire ça?
Il se mit aussitôt à tourner sur lui-même, scrutant le sol, à la recherche d'un quelconque indice.
Mais il ne voyait que des brins d'herbes, sans l'ombre d'une trace de pas. Ce devait être une personne légère.
Il vit alors, à l'horizon, un cheval galopper vers lui et le capitaine reconnut l'un de ses soldats.
-Capitaine, vous voilà enfin! haleta l'homme, une fois stoppé devant son supérieur.
-Alibert. Si je m'attendais à ça.
-J'ai eu peur de ne pas pouvoir vous rattraper, monsieur. Vous me voyez en ce moment même le visage rongé par la culpabilité. Je suis tellement désolé de ne pas vous avoir suivi, vous et votre courage. J'ai eu un début de nuit difficile: je vous voyais seul, en peine face à une nuée de ces monstres. Je me suis aussitôt levé, j'ai dit adieu à ma tendre Mary et j'ai accouru! Je vous en supplie capitaine, pardonnez ma couardise!
Le soldat était désormais à terre, la tête basse, agenouillé face à son supérieur tout penaud.
-Voyons, Alibert. Tenta Ikäd. Que diable faites-vous? Ce n'est guère l'instant propice à de telles sornettes! Figurez-vous que l'on m'a volé, biens et armes! Je suis dans l'incapacité totale d'aller me battre, à moins de me servir de mes poings. Vous avez un cheval, et bien servons-nous en pour rattraper le voleur, il ne doit pas être bien loin!
-Un voleur dites-vous? Je dirai plutôt une voleuse, monsieur.
-Que dites-vous? Une voleuse?
-Je galopais à travers plaine à votre recherche lorsque j'ai croisé une femme. Pas très vieille et je dois bien l'avouer, plutôt jolie. Elle courrait comme une perdue avec une mine réjouit, serrant contre son coeur un sac en toile ma foi fort suspect. Elle a prit peur en me voyant et a fuit un peu plus loin. Je vous avoue que je ne me suis pas occupée d'elle très longtemps puisque mon but était de vous trouver.
Ikäd croisa les bras, l'air suspicieux:
-Une jeune femme... Cela expliquerait le manque de traces visibles.
Il releva alors la tête, les yeux étincelants, et sa voix tonna jusqu'à loin dans la plaine d'Hyrule:
-Alibert! Je suis persuadé que c'est notre homme! Enfin, notre femme... Ne perdons pas plus de temps et menez-moi jusqu'à l'endroit où vous l'avez apperçu!
Le soldat acquieça et remonta en selle, aidant son supérieur à grimper derrière lui.
-Elle allait vers ce campement de nomades, monsieur. Cet espèce de bourgade non réglementée.
-Sûrement pour vendre mes effets... Grogna le capitaine. Il faut y arriver avant que des aquisiteurs ne s'en emparent! Allons, au galop... Cheval d'Alibert!
-Toplasme, capitaine.
-Au galop Toplasme!
L'équidé ne se le fit par dire deux fois.
Ikäd ne parla pas de tout le voyage. Il était fort contrarié de ne pas avoir pu aller se battre, comme il l'avait prévu.
Alibert l'entendait grommeler de temps à autre, mais l'habitude le laissait silencieux.
Le cheval avançait rapidement et ils ne tardèrent pas à apperçevoir quelques toiles tendues au milieu de bâtiments en bois grossièrement construits. Une sorte de village bâti à la hâte. Un village de nomades.
Ikäd eut une moue dédaigneuse et plissa comiquement les yeux en voyant deux hommes prendre un air paniqué et tourner les talons à leur vu. Alibert finit par stopper son cheval et sauter à terre.
-Par où commençons-nous, monsieur? Demanda-t-il poliment en dégageant une mèche blonde de ses yeux noisettes.
Ikäd le rejoignit au sol et tendit son index ganté vers un habitacle miteux où trônait une vieille pancarte rongée par les mites.
"Taverne".
******
-Et alors, Proxie, t'as quoi de beau à me proposer aujourd'hui ?
La jeune femme se percha habilement sur un vieux siège, face au bar.
-Et bien regardez-moi ça...
Le gros tavernier écarquilla ses yeux vitreux et posa le verre qu'il tenait. La femme encapuchonée vida un grand sac en toile sous ses yeux. Une sublime épée s'écrasa sur le bois, suivi d'un bouclier gris-bleuté tout aussi luisant.
Il y eu aussi une gourde en cuir brun, qui tomba sur le bouclier, et un médaillon en or, représentant un faucon.
Le tavernier tendit la main vers lui mais la fille fut plus rapide. Elle s'en empara et se mit à jouer avec, passant son pouce sur le bec doré.
-Nah, lui c'est pour moi. Elle est belle l'épée, non? Tu m'en donnes combien?
-T'as eu ça où toi encore?
Elle haussa les épaules, détournant les yeux:
-Ça, c'est pas tes oignons. Alors? Sinon je vais voir ailleurs, hein.
-Non, non! J'ai collecté pas mal de rubis ces temps-ci et ça m'intéresse.
Il prit l'épée et la soupesa, la scrutant avidement.
-Je pourrais la vendre à un bon prix plus tard... T'en veux combien, ma petite?
-Pas moins de huit-cent rubis pour le bouclier et pour l'épée...
La porte s'ouvrit brusquement, lui coupant la parole, et un homme maigrichon s'écrasa sur le sol, poussé par un chevalier à la chevelure flamboyante visiblement mécontent. Un autre, blond, se tenait à ses côtés.
-C'est elle capitaine! S'écria-t-il subitement.
-Je crois qu'il parle de toi, Proxie... Souffla le tavernier en reculant machinalement.
Le roux releva brusquement la tête et ses yeux perçants se plantérent dans ceux de la voleuse, qui déglutit péniblement :
-Toi! Gronda Ikäd en se ruant vers elle.
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