Une bonne blague
J'ai l'impression de passer des jours entiers sur ce lit, à voir défiler ma vie ou celle des autres en accéléré, et puis d'un coup, c'est le trou noir. Plus rien, comme si on avait débranché l'antenne de réception. Ma tête est vide, plus de douleurs, terminé. Je me redresse doucement. Paulina est assise sur un vieux fauteuil à bascule, un plaid étalé sur ses jambes.
— Que s'est-il passé ? je lui demande encore un peu groggy.
— Tu as rattrapé près de dix ans de visions en trois jours.
Ok, ça explique pourquoi mon ventre gargouille. Je rassemble péniblement les morceaux avant de comprendre ce qu'elle vient de dire.
— Des visions ?
Paulina acquiesce. Elle paraît ennuyée, comme si ce qu'elle avait à m'annoncer était difficile :
— J'aurai préféré que ce soit ta mère ou ta grand-mère qui t'en parle.
— De quoi ?
Nouveau soupir.
— Tu es une sorcière Lucie.
Je ne sais pas si c'est la faim, la fatigue ou les évènements des derniers jours, mais je pars dans un fou rire nerveux.
— Comme dans Harry Potter ? demandé-je entre deux gloussements.
Elle secoue la tête, contrariée de me voir réagir ainsi.
— Lucie. C'est très sérieux. Nous sommes des sorcières. Maggie, ta grand-mère et moi représentons la trinité de Fallen Coast, c'est nous qui dirigeons le coven, les autres sorcières du territoire si tu préfères, et tu en fais partie, comme ta mère avant toi.
Je secoue la tête et me lève. Je chancelle, vive l'hypoglycémie !
— Où vas-tu ? m'interpelle gentiment Paulina. J'ai encore tellement de choses à te raconter.
Je l'arrête d'un geste, je crois que j'ai compris et il est hors de question que je me laisse embarquer là-dedans.
— Merci pour tout Paulina, mais là je vais rentrer chez moi.
Elle n'insiste pas, ce dont je lui reconnaissante et je quitte la chambre. Je me tiens à la rampe d'escalier, je dois partir au plus vite.
— Tu nous quitte déjà ?
Mince. Maggie. Je l'avais oublié celle-là.
— J'ai préparé des minis sandwichs, tu en veux un ?
Je refuse poliment et me précipite vers la porte d'entrée. Une fois dehors, je prends une grande inspiration avant de regarder autour de moi. Je reconnais le quartier, ma maison n'est pas bien loin. Sauf que le ventre vide, je ne suis pas sûre d'y arriver.
— Elles vous ont relâché ? demande une voix que je reconnaîtrai entre mille.
Je lève les yeux vers Adrian, mais son visage se ferme tout d'un coup.
— Je suppose que vous n'avez encore rien mangé ?
— Vous supposez bien, avoué-je avec un faible sourire.
Il lève les yeux au ciel :
— Je vous invite, suivez-moi.
Même si je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi, je ne peux résister à sa proposition. Premièrement parce que je meurs de faim et que je n'ai aucune envie de cuisiner et deuxièmement parce qu'il a l'air de vraiment s'être inquiété pour moi. Il m'entraîne jusqu'à une décapotable noire et m'ouvre galamment la portière. Je prends place sur le fauteuil en cuir et profite de la promenade tandis qu'il longe la côte. Malgré le paysage qui défile et le reflet du soleil sur l'étendue azur, je ne parviens pas à oublier les paroles de Paulina. Maintenant tout s'explique, je comprends pourquoi ma grand-mère m'a abandonnée. La voiture ralentit et on s'arrête devant l'un des meilleurs restaurants de Fallen Coast du moins lorsque j'étais jeune c'était le meilleur.
— On n'aura jamais de place ici. Il faut des mois de réservation, dis-je simplement.
Adrian ne répond pas, laissant ses clés au voiturier et m'aidant à descendre. Nous n'avons pas fait trois pas, qu'un homme se présentant comme le directeur du restaurant nous accueille et nous invite à le suivre.
— Monsieur Ellis, quel bonheur de vous revoir chez nous. J'ai fait préparer votre table habituelle.
Puis son regard se pose sur moi et il fronce les sourcils. Il ne doit pas avoir l'habitude de voir Adrian avec une fille si... ordinaire. Il ne fait cependant aucune réflexion et nous escorte jusqu'à une table, près d'une baie vitrée avec vue sur l'océan. Il prend ensuite congé et nous laisse aux petits soins de l'un des serveurs. Je ne dis pas un mot, absorbée par ma lecture du menu. Nous passons commande et ce n'est qu'une fois mon entrée dévorée qu'il engage la conversation :
— Tu vas mieux à ce que je vois. Je ne pensais pas que l'insolation allait t'immobiliser pendant plusieurs jours.
J'esquisse une grimace. Comment lui dire la vérité ?
— Oui. A ce sujet, je ne vous ai pas remercié de m'avoir recueillie chez vous quand je me suis lamentablement effondrée dans vos bras.
— Avec plaisir Lucie. Tu sais, tu peux retomber dans mes bras quand tu veux.
Je pique un fard monumental, en repensant à mon rêve où lui et moi étions en pleine action.
— Et puis, je pense que maintenant tu peux me tutoyer.
-- Vous... Tu as raison. Je te remercie, Adrian.
Même si je reste persuadé qu'il est impliqué dans la disparition de Carla, je ne peux pas nier qu'il s'est très bien occupé de moi et n'a jamais cherché à me faire du mal. De plus, mon corps entier s'embrase en sa présence, je dois serrer les cuisses pour contenir le désir qu'il m'inspire.
— Tu vas me dire ce qui te contrarie ? demande-t-il en me servant un verre de vin blanc.
— Qu'est-ce qui vous... te... dis que je suis contrariée ?
— ça, dit-il en faisant glisser son doigt le long de mon front.
Des frissons me parcourent, j'aime son contact et malgré moi je l'imagine découvrir mon corps de la même manière. Je soupire avant d'avouer :
— Je viens d'apprendre que ma grand-mère et ses amies font parties d'une secte. Tu te rends compte, elles sont persuadées d'être des sorcières et que je fais partie de leur couvent ou je ne sais quoi.
Adrian manque de s'étouffer avec son vin.
— Je pense qu'elles ont essayé de me droguer pendant que j'étais là-bas, pour m'influencer sans doute. Maintenant tout est clair, ma grand-mère m'a abandonné car elle ne voulait pas que je sois impliquée dans ces conneries.
— Lucie, calme-toi, intervient Adrian en me voyant m'emporter.
Je baisse d'un ton avant de poursuivre :
— Je vais faire mes valises et partir d'ici.
Il paraît surpris et je précise :
— Une fois que j'aurai retrouvé Carla.
Il se renfrogne un peu, encore une preuve que d'une façon ou d'une autre il est au courant de quelque chose.
Petit mot de moi: Voilà, la grande révélation a été faite mais notre Lucie n'y croit pas une seule seconde. En attendant Ellis est toujours aussi attentionné envers notre héroïne mais on sait bien qu'il cache de sombres secrets...
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