Prologue

Mot de l'auteur : Attention... Ce prologue est dur et contient des scènes difficiles. Âmes sensibles s'abstenir.

****

Lorsque j'ouvre la fenêtre, une sensation de liberté m'envahit. J'en ai des picotements partout sur le corps. Je laisse un instant la fraîcheur de la nuit me caresser le visage. Putain, que ça fait du bien !

Avec un mélange d'excitation et de crainte, j'enjambe la fenêtre de ma chambre et me retrouve sur l'immense toit plat de la maison de mes parents. Merde, je n'ai jamais fait ça de ma vie !

Si ma mère savait... Elle qui ne m'a jamais autorisée à sortir et encore moins après 22 heures, elle ferait une attaque si elle me voyait là.

J'aperçois le cabriolet de Robin garé devant la clôture et mon cœur s'emballe aussi sec. Mon Dieu, Robin en bas de chez moi. Le Robin. Celui que toutes les filles du lycée s'arrachent.

Je bénis secrètement Stella de m'avoir invitée à sortir avec sa bande ce soir. Et même si j'enfreins toutes les règles de la maison, je sais que jamais je ne regretterai cette folie.

Ignorant les frissons qui parcourent ma peau, je me faufile discrètement sur le toit et saute avec agilité sur le muret en contrebas. Toutes ces années de danse servent au moins à quelque chose. Je me retrouve rapidement sur la pelouse et me plie en deux pour quitter la cour sans me faire remarquer.

Arrivée devant la voiture, je rajuste mes vêtements pour les défroisser. Robin est devant moi, appuyé contre la portière de la voiture, les bras croisés. Il me regarde avec un air malicieux. Il est beau. Magnifique même, avec ses cheveux sombres, sa peau mate et ses yeux noirs comme l'ébène. Cela ne m'étonne pas que toutes les filles craquent pour lui. Car en plus d'être canon, il est intelligent et gentil.

Plus tard, il sera chirurgien, comme son père et le mien. Il a un avenir prometteur et se destine à une belle carrière.

Robin est le fils d'un confrère de mon père, celui qui a dîné à la maison et que j'ai épié en cachette toute une soirée parce que ma mère m'avait interdit de sortir de ma chambre. Il est le genre de garçon qu'elle encense, passant tous les tests avec brio : une famille respectable et riche, un avenir tout tracé, une éducation exemplaire... Un garçon bien comme il faut, comme elle dit. La perfection.

Je crois que je suis un peu amoureuse de lui. Alors quand Stella m'a proposé de sortir avec sa bande de potes, je me suis interdit de refuser. A cause de Robin, ou grâce à lui.

Et là, à cet instant, pour la première fois de ma vie, je désobéis à ma mère. Pire, j'enfreins la règle numéro 1 : « tu ne mentiras point ». Je vais avoir dix-huit ans et j'ai décidé de braver l'interdit. Ce soir, Robin m'emmène à un festival.

Des papillons s'envolent dans mon ventre lorsque je m'approche de lui. Je vois ses yeux glisser sur moi et une lueur d'intérêt passer dans ses prunelles sombres. Cette soirée est exceptionnelle et j'ai essayé de faire des efforts pour m'arranger. J'ai laissé mes cheveux libres, je me suis légèrement maquillée et j'ai revêtu la seule jupe de mon dressing qui est un peu plus courte que les autres.

- Eh Kataline, tu es très ... jolie.

Je me sens rougir quand son regard descend sur mon corps. Instinctivement, je referme les pans de mon gilet en montant dans son cabriolet. Il y a quelque chose dans ses yeux qui m'intrigue. Une lueur succincte faite de désir mêlé à autre chose que je ne parviens pas à identifier. Ça ne dure que quelques secondes, alors je passe à autre chose.

***

Lorsqu'on arrive au concert privé d'un groupe universitaire en vogue, on retrouve le reste de la bande, les amis de Robin et de Stella.

Ce concert est un moment magique pour moi qui ne suis jamais sortie. C'est comme une parenthèse dans mon quotidien morne et sans fantaisie. Je ris comme jamais. Et j'ose même boire un peu de bière. Quelle agréable sensation de se sentir comme une jeune fille normale. J'ai l'impression d'avoir enfin une vie. Une vraie, avec ce petit brin de folie qui la rend merveilleuse.

Lorsque le concert se termine, j'ai la voix éraillée à force de rire et je n'ai vraiment pas envie de rentrer. Je voudrais que cette soirée ne finisse jamais. Pendant la représentation, Robin s'est rapproché de moi. Je l'ai même laissé faire lorsqu'il m'a pris la main. Et maintenant, j'en veux plus. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai le sentiment qu'il faut que je profite de ces moments comme si c'était la dernière fois qu'il m'était donné de m'amuser.

Alors quand l'un des amis de Robin, Miguel, un jeune d'origine portoricaine nous propose de l'accompagner à une soirée, je n'hésite pas une seconde. Si je me fais prendre en rentrant, je sais que je ne regretterai pas d'avoir profité au maximum.

- Tu es certaine de vouloir venir Kataline ? Parce que je peux te déposer chez toi, si tu veux...

Le regard de Robin passe rapidement de Miguel à moi. Il a l'air partagé entre être avec son ami et respecter ses obligations envers moi. Je n'ai ni la volonté ni l'envie de mettre un terme à cette soirée. Alors, c'est avec détermination que je lui réponds.

- Va pour la prolongation. J'ai envie de m'amuser ce soir.

Un sourire entendu avec Miguel et nous voilà partis.

On se retrouve tout naturellement dans une méga fête de fraternité, où l'alcool coule à flot et les filles dansent sur les tables. Je n'ai jamais vu autant de jeunes s'amuser à part dans les films que j'ai regardés en douce sur mon ordinateur.

Je ne sais plus où donner de la tête entre les couples qui se dévorent la bouche, ceux qui font des jeux d'alcool et les autres qui s'éclatent sur le dance floor improvisé en plein milieu du salon.

Miguel et Robin parlent beaucoup ensemble de leur passé. Apparemment, Miguel vient seulement de rentrer de l'étranger alors, ils doivent avoir beaucoup à se dire. J'écoute vaguement leur conversation, préférant observer les scènes qui se déroulent sous mes yeux. J'ai envie d'emplir ma mémoire des images de cette soirée. Peut-être la seule que je ne ferai jamais. Il y a même une fille sympa qui m'attrape par la main pour me faire danser. Je me laisse aller. Je n'ai jamais fait ça auparavant. Lâcher prise... Ça me fait un bien fou.

Par moment, je sens les regards de Miguel et Robin sur moi et j'ai l'impression qu'ils parlent de moi. C'est nouveau comme sensation. Moi qui passe toujours inaperçue, j'attire leur attention et quelque part, ça me flatte qu'un mec comme Robin s'intéresse à moi. Il me lance des œillades en coin de plus en plus souvent et finit par ne plus se cacher lorsque je surprends son regard. Peut-être que je lui plais... un peu ?

Pourtant, je me trouve tout sauf sexy avec ma jupe plissée à mi-mollet et mon chemisier à manches courtes. Rien à voir avec les mannequins dévergondées qui défilent sous nos yeux depuis le début de la soirée. Mais peut-être que c'est mon côté bien élevée qui plait à Robin ? Ma mère en serait verte de dégoût...

La nuit avance et les verres vides se multiplient sur notre table. Les membres de la bande sont maintenant partis et je me retrouve seule avec Miguel et Robin qui ont apparemment entrepris d'arroser généreusement leurs retrouvailles. Je finis sur le canapé à attendre que le temps passe et à les regarder descendre les verres un par un. Je commence à me demander s'ils seront capables de me ramener

Au bout d'un moment, je commence franchement à m'ennuyer, refusant régulièrement les verres qu'on me propose. La fête se résume finalement à drogue, musique névrosée, alcool et sexe. Rien de bien marrant ! Si bien que je finis par demander à Robin de me raccompagner. Avec un coup d'œil rapide à Miguel, il accepte sans rechigner. Naturellement Miguel nous suit, et nous sortons de la fraternité dans la nuit éclairée par la pleine lune.

***

Dans la voiture, personne ne dit un mot. Je suis déçue. J'avais imaginé une autre fin pour cette soirée. Un moment romantique avec Robin, sous le clair de lune. Peut-être même un baiser. Mais là, je n'ai qu'une hâte, c'est que le coupé se gare devant ma maison.

Je devrais me sentir rassurée de rentrer. Mais bizarrement, plus on roule, plus je me sens mal à l'aise. Miguel est installé à l'arrière et Robin lui lance régulièrement des œillades dans le rétroviseur. Un silence de mort règne dans l'habitacle et je sens bien que quelque chose se trame. Je me tortille sur mon siège, pressée de retrouver l'environnement familier de mon quartier.

Je comprends que ça tourne mal au moment où Robin bifurque brusquement sur la droite et gare la voiture à l'orée d'un bois. La peur m'envahit comme une traînée de poudre. J'ouvre instinctivement la portière et je sors précipitamment. Sans prêter attention à la terreur qui me serre l'estomac, je m'éloigne à reculons. Mais je m'arrête net lorsque Robin sort à son tour et se met à me parler d'une voix que je ne reconnais pas.

- Tu vas où chérie ? Viens par-là...N'aie pas peur.

Il y a une lueur dans ses yeux qui fait froid dans le dos. Quelque chose de dément qui le rend terrifiant. Miguel me lance un sourire carnassier en s'approchant. Là, je commence vraiment à paniquer. Au fond de moi, je sais ce qu'ils ont l'intention de faire. Je sais qu'ils veulent me faire du mal. Mais je n'arrive pas à réaliser ce qui se passe et je suis incapable de bouger ou même de crier. Je suis complètement hypnotisée par la folie meurtrière que je vois luire dans leurs prunelles sombres.

Ce n'est qu'une fois que Miguel ouvre la bouche que je reprends mes esprits.

- On te laisse vingt secondes d'avance, poupée...

Je reste indécise pendant un instant, comme si mon cerveau refusait d'admettre ce qui est en train de se passer.

- Vite. Le compteur est lancé. Un...

C'est comme un déclic. Sans un cri, la peur au ventre, je fais volte-face et je m'enfuis. Aussi loin que mes jambes peuvent me porter. Je cours. A perdre haleine. Sans savoir où je vais. Avec le désarroi de la proie fuyant son prédateur.

J'entends le décompte des secondes et les rires démoniaques qui me poursuivent à mesure que je m'enfonce dans les bois.

- Cours autant que tu peux Chérie. La chasse est ouverte et on adore traquer nos proies... Douze.

Je continue de m'enfoncer dans le bois, sans me soucier des branches qui me lacèrent les bras et les jambes. Je sais que c'est ma seule chance de survie. M'éloigner le plus possible de cette voix diabolique qui décompte mon sursis.

- ... Vingt !

Mon cœur manque un battement et je sens des larmes de dépit rouler sur mes joues. J'entends des bruits derrière moi. Des pas qui se rapprochent. J'essaie de m'en éloigner le plus possible et au bout de ce qui me semble être une éternité, je me retrouve devant une petite cabane en priant le ciel qu'elle soit habitée... Quelle erreur !

Je frappe, je cogne de toutes mes forces sur la porte en bois pour que quelqu'un m'ouvre et vienne à mon secours. Mais la cabane est vide. Je tremble de tout mon être et je commence à sangloter. Le désespoir m'assaille comme une main invisible qui m'enserre la gorge et m'étouffe.

Non, ça ne peut pas être vrai...

Je me fige lorsqu'une branche craque juste derrière moi. Mon sang se glace dans mes veines. Lentement, je me retourne et je me retrouve en face d'eux. Mes bourreaux.

Je n'oublierai jamais leur sourire sadique lorsqu'ils comprennent qu'ils me tiennent. Que je suis à leur merci et qu'ils ont gagné. Sur toute la ligne. Lorsque Miguel prend la parole, sa voix est emplie de haine.

- Saleté de muse vierge, si prude, si innocente... Tu penses qu'on va te laisser intacte avant de te livrer au chef ?

C'est Robin qui frappe le premier. Un grand coup de pied dans le ventre qui me plie en deux. Je sais que je suis plus faible qu'eux. Que face à leur force, je n'ai aucune chance. Et pourtant, je me défends. Comme une forcenée. Je réussis même à griffer Miguel si profondément au visage qu'il en gardera la cicatrice toute sa misérable vie.

- Salope, tu vas payer pour ça !

Et encore une fois, il a raison. Je paye. Ils s'acharnent sur moi pendant de longues minutes. Ils me frappent sur tout le corps. Sans discontinuer, et à tour de rôle. Les coups pleuvent tellement que je n'ai plus la force de riposter ou même d'esquiver. Je sens mes côtes se briser lorsque Miguel me donne un coup de genoux dans le thorax. Mon corps n'est plus que douleur. J'ai des hématomes et des plaies partout. A la fin, la souffrance est si intense que je manque de m'évanouir.

Robin intervient alors, arrêtant mon calvaire.

- Arrête, Miguel. Elle va tomber dans les pommes...

A cet instant, je pense naïvement que c'est terminé. Qu'ils ont passé leurs nerfs sur moi et qu'ils vont enfin me laisser tranquille.

Encore une erreur...

- Merde, c'est pas normal, dit Robin d'une voix essoufflée. Elle aurait dû réagir.

Miguel me fixe avec mépris.

- Ouais, je crois que t'as raison. C'en est pas une. La psy a dû se planter. C'est pas grave. On va en profiter quand même. On aura pas fait tout ça pour rien.

Je ne comprends rien à ce qu'il raconte. Tout ce que je vois, ce sont ses yeux injectés de sang et son visage qui prend une expression si féroce qu'il a l'air possédé. Il défait son pantalon devant mes yeux horrifiés.

- Vas-y Rob, tiens-la.

Robin obéit. Et là, j'ai envie de mourir...

Miguel se couche sur moi et pendant que Robin me tient, il commence à embrasser mes lèvres avec avidité. Je serre des dents, mais il me mord jusqu'au sang et je ne peux faire autrement que lui laisser l'accès. Sa langue envahit ma bouche avec rudesse et je n'ai plus la force de lutter.

Puis, il arrache mon chemisier et ma jupe et je me retrouve en sous-vêtements, à sa merci.

- Putain mais elle est vraiment bonne en plus... J'aurais jamais imaginé que sous ses fringues merdiques se trouvait un tel trésor...

Il arrache ma culotte, une lueur démente dans les yeux. Un goût de bile envahit ma bouche lorsqu'il commence à entrer en moi. La douleur que j'ai ressentie lorsqu'ils m'ont frappée n'est rien comparée à celle qui me vrille maintenant le ventre.

Les larmes coulent sur mes joues alors que Miguel me prend ce que j'ai de plus cher. Ma pureté et mon innocence. Il me viole pendant que Robin me maintient au sol, profitant du spectacle avec un rictus démoniaque.

Je me sens humiliée, blessée au plus profond de mon corps et de mon âme. Et pourtant, tout le temps que dure mon calvaire, je me force à regarder Miguel à travers mes larmes. Je veux ancrer son visage dans ma mémoire, ses yeux alors qu'il me brutalise de la plus vile des façons. Ces images me hanteront jusqu'à la fin de mes jours.

Quand Miguel en a assez de moi, il se redresse sans même me regarder. Et là, je croise le regard de Robin. Je sais ce qu'il veut faire et ça me fait mal. Ça me fait mal de me dire que j'avais confiance en lui. Que j'étais prête à lui confier mon cœur. Et de le voir me trahir de la plus vile des façons.

Avec un regard froid, Miguel s'avance au-dessus de moi et tend la main pour caresser ma poitrine sans me quitter des yeux.

Il prend une voix douce qui contraste avec la dureté de son regard. Sa main passe sur ma joue d'un geste presque tendre.

- A quoi tu t'attendais en sortant ce soir, Kataline ? Tu pensais vraiment que je m'intéressais à toi ? Qu'on sortirait ensemble comme tous les autres abrutis ? Non mais regarde-toi... Avec tes vêtements de vieille, tu ne ressembles à rien. Si on n'avait pas eu des doutes sur ta nature, je ne t'aurais même pas regardée... C'est dommage parce que tu es plutôt canon en fait. Peut-être même plus belle que les autres muses.

Je n'ai même pas la force de lui répondre, alors je me contente de le regarder avec toute la haine que je peux.

Robin lâche un petit rire méprisant.

- Je parie que tu ne comprends rien à ce qui se passe, pas vrai ? C'est pas grave. Ce sont des choses qui nous dépassent.

Miguel intervient et donne une tape sur la tête de son complice.

- Ta gueule Robin. Ce n'est pas l'heure des explications. Faut qu'on finisse le boulot. On peut pas risquer qu'elle l'ouvre...

Je sais ce que ça veut dire. Ils ne me laisseront pas partir d'ici sans avoir fini leur sale besogne. Peut-être même qu'ils vont finir par me tuer. Ils ne prendront pas le risque de me voir tout raconter à la police. Et finalement, ça m'est égal. Parce que je ne crois pas pouvoir vivre après ce qu'ils m'ont fait.

Impassible, je regarde Miguel sortir un couteau de sa poche de veste et s'avancer vers moi avec un regard meurtrier. Je respire un grand coup lorsque sa main se lève pour frapper.

Mais au moment où je ferme les yeux en attendant le coup fatal, un grondement retentit. Une ombre gigantesque apparaît dans l'embrasure de la porte. Je ne sais pas ce que c'est, mais immédiatement, je me sens comme apaisée. Une vague de chaleur vient m'effleurer doucement et me procure un soulagement libérateur.

Mes muscles se relâchent et la douleur s'estompe. Je me sens vidée de toutes mes forces, alors je me laisse aller et mon corps capitule enfin. Juste avant de sombrer dans le néant, j'entends la voix de Miguel, transformée par la peur.

- Putain, merde, un maudit...

***

Mot de l'auteur : Le plus dur est passé... Maintenant on peut commencer !

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