10. Franchir la ligne
« On ne se dévoile à soi-même qu'une fois confronté à la vérité. »
Pearl Bailey
Le retour à la réalité est difficile, brutal.
Mon énergie est au plus bas comme mon moral...
Quand je rouvre les yeux et que je fais face au père et au fils, ces deux-là me regardent étrangement.
Je perçois également leurs immenses fatigues, ils ont des petits yeux.
Une fois debout, je fais des étirements. Mon corps est endolori d'être resté trop longtemps assis.
Cylian évite mon regard, je comprends donc qu'il y a un malaise, mais lequel ?
- Tu as pris ton temps princesse, me lance Rána en baillant à s'en décrocher la mâchoire.
- À ce point ? Je suis parti combien de temps ?
- Une demi-journée... Cylian a dû prendre le relais.
- Je suis désolée. Je n'ai pas vu le temps passe, il fallait me ramener si vous étiez à bout de forces.
- Ce qu'on a fait, intervient Cylian. Tu n'étais pas obligé de prendre tout ton temps avec Sergey !
Son visage est transformé par un sentiment que je ne lui connaissais pas. De la jalousie ?
Pourquoi diable serait-il jaloux de Sergey ?
Suis aussi égoïste pour ne pas remarquer qu'il me regarde autrement qu'un ami ?
- Je me suis excusé, c'est facile pour vous. Vous avez toujours vécu ici, sans problème, mais pas moi.
- Sans problème ?, me reprend Cylian. Notre peuple est massacré depuis des siècles et tu oses dire que nous vivons ici sans problème...
Cylian est nouveau plein d'énergie au vu de sa marche rapide autour de moi.
Je me sens bête comme mes pieds, il faut toujours qu'on se méprenne sur mes paroles. Je sais que je suis maladroite dans ma façon de parler, mais est-ce une raison pour me crier dessus ainsi ?
- Merde, vous vous calmez tous les deux !, réagis Rána, ce qui force son fils à s'arrêter.
- Maintenant, on va parler de ce qu'il vient de se passer. Aëlys dorénavant, nous ne procéderons plus à ces petits voyages, il ne faut pas en abuser. Avant que tu ne rétorques une remarque cinglante, je te rappelle que nous ne sommes pas à ta disposition. Nous donnons notre temps pour toi et en retour, ça serait sympa d'avoir un remerciement et du respect. Quant à toi Cylian, tu vas aller prendre l'air et calmer tes hormones déjeune homme ! Nous avons beaucoup de boulot qui nous attend alors mettez vos rancœurs de côté et allier vous pour tirer un meilleur profit.
Rána termine sa longue tirade par une révérence vers moi, puis d'un pas, il claque la porte derrière nous. A présent, nous sommes, tous les deux, seuls ne sachant pas quoi se dire. Je veux en finir avec tout cela alors je prends la parole en premier.
- Cylian, je suis vraiment désolée si j'ai pu te blesser. Sache que c'était involontaire.
- Non ça va, je suis juste fatigué...
- Ok. Merci beaucoup pour ce que tuas fait. Je t'en dois une..., je déclare.
- Vraiment ? Donc tu me dois une faveur ?
- C'est bien ça, tu as tout compris.
- Je dois l'utiliser sous un délai ?, il demande taquin.
- Quand tu veux.
- D'accord, je veux l'utiliser maintenant. Mais ce que je vais te demander sera en plusieurs étapes, tu me l'autorises ?
- Oui, bien sûr dans la limite du raisonnable.
- Accompagne-moi dehors alors s'il te plaît.
Je rigole de bon cœur et accepte avec plaisir.
Lorsque nous arrivons dehors, la nuit commence à tomber. Je suis un peu anxieuse de croiser de nouveau un elfe noir, mais je lui fais confiance.
- Nous n'allons pas bien loin, ne te fait pas de soucis.
Nous marchons tranquillement vers cette destination inconnue.
Au début, nous restons silencieux, pour ma part, j'ai activé ma super-ouïe et je suis à l'affût du moindre bruit. Étrangement, ce qui me marque le plus est la vitesse à laquelle le cœur de Cylian bat. Le froid est encore plus présent que les autres jours...
- Les saisons existent-elles en Faérie aussi ?
- Les quoi ?, me demande t'il les yeux grand ouvert.
Je l'observe le jaugeant sur la véracité de sa question, mais il ne résiste pas longtemps et se met à ricaner.
- Je te taquine ! Ça fonctionne à chaque fois. Oui, nous avons les mêmes saisons que chez vous, certains habitants les nomment différemment.
- Tu es chiant. Et nous sommes dans quelle saison ?
- L'hiver ma jolie, bientôt la neige viendra habiller tout ce que tu vois d'un grand manteau blanc.
- J'ai hâte !
Nous nous enfonçons dans la forêt et mon stress se fait plus intense.
Je ne sais pas quel pouvoir disposent les elfes de la lune, mais on dirait que Cylian perçoit mon anxiété, car il attrape ma main dans la sienne en poursuivant son chemin. Notre proximité a encore plus d'effet sur son palpitant, qui s'accélère nettement.
Après une série de zigzags, nous pénétrons dans les profondeurs de la forêt, j'entends le bruit d'une puissante cascade dont l'eau vient d'écraser au sol. Une épaisse couche de mousse recouvre le sol et l'écorce des arbres ; leurs branches portent des moustaches de lichen si longues que certaines touchent par terre, ne faisant qu'un avec le sol.
Face à nous, plus loin que la forêt se dresse les montagnes saupoudrées de neige.
Quelques pas plus tard, je la vois, cette somptueuse chute d'eau. L'endroit est féerique, jamais sur Terre, je n'avais vu pareil endroit. La cascade termine sa chute dans une étendue d'eau aux couleurs irréelles ; un bleu pur tirant avec les deniers rayons de soleil sur le vert.
Mes yeux observent l'endroit pour en mémoriser chaque centimètre. Cylian s'est détaché de moi pendant que je me balade et me rapproche de la cascade.
Je suis heureuse, subjuguée par tant de choses qui m'étaient jusque maintenant inconnues. Le bruit apaisant de l'eau me ramène au souvenir de Nithaël, à son élément.
- Cet endroit s'appelle la grotte du souvenir, déclare Cylian qui brusquement se retrouve derrière moi.
- Pourquoi ?
- Tu vois là, entre le rideau d'eau ? Il y a l'accès à une grotte.
- On peut y aller ? , je demande curieuse.
- Oui, mais si tu trouves cet endroit majestueux, tu resteras sans voix là-dedans.
- Je suis prête à être muette, je lui réponds.
Cylian reprend ma main et contourne la cascade. L'eau qui s'évapore sous la puissance de la chute se transforme en légère brume au-dessus de l'eau. Quand nous parvenons à accéder au bas de la cascade, il se tourne vers moi en souriant :
- Ça va risquer de mouiller !,crie t'il en disparaissant comme aspiré par la cascade.
Je pense à son conseil quand il franchit le rideau d'eau et réfléchit à une solution. Je n'ai pas envie de finir malade à me retrouver mouiller par ce froid.
Mais oui, l'Air !
Je m'avance doucement vers l'eau, en rigolant et demande de l'aide à mon élément de prédilection.D'un coup, je suis entouré de petites rafales de vent qui forment une sorte d'ouragan autour de moi. Et qui visiblement me protège de l'eau.
Je tente de passer et comme par magie, l'eau me contourne et forme un passage dans son épais rideau. C'est donc sèche de la tête au pied que je rejoins Cylian qui lui m'attend les cheveux mouillés et dégoulinant.
En me voyant complètement sèche, il se tape le front :
- Je n'y ai pas pensé ! Merde.
- Et oui, tu ne penses pas avec l'Air.
- C'est vrai, je fonctionne différemment de toi, princesse.
Ce surnom lui donne droit à une tape sur le bras.
- Arrête d'être violente et suis-moi. Attention, il va faire très sombre.
Cylian reprend ma main et me guide. Au début, j'y vois clair, mais plus on avance et moins la lumière est présente. Quand le noir total nous envahit, je resserre ma pression sur sa main. Cylian ralentit la cadence et se colle à moi. Mes autres sens se mettent en alerte.
Je sens que le sol change un peu sous moi, et j'entends le bruit de l'eau quand je pose le pied parterre. J'en déduis qu'un petit ruisseau doit passer sous nos pieds.
Peu assurée, je force Cylian à une lente marche, mais il ne fait pas de remarque et se colle encore plus à moi.
Soudain, il s'arrête, je le bouscule et manque de tomber à cause du sol mouillé.
Il me rattrape de peu et me demande de me taire.
Les secondes défilent et font place aux minutes, et nous restons debout près l'un de l'autre immobile comme des statues. Seul le bruit de nos respirations se fait entendre.
J'ai l'impression de rêver quant au plafond un point lumineux bleu apparaît suivit de beaucoup d'autres. L'intérieur de la grotte est à présent illuminé de nombreuses taches de lumière bleutée aussi bien que j'aie l'impression de contempler la voûte céleste.
- Parle tout bas Aëlys.
- Ok, C'est quoi tout ça ? C'est tellement beau !, je chuchote admirative.
- La grotte dans laquelle nous nous trouvons est habitée par une espèce de vers luisants.
- Oh...
Nous sommes toujours immobiles, mais je sens qu'il renforce sa poigne sur ma main et lentement, du bout des doigts, il caresse ma paume.
Comme pour m'échapper de cette tendresse spontanée, je m'écarte et tourne sur moi-même. Ma tête me tourne à force de contempler le plafond.
Cette grotte porte bien son nom, le souvenir.
C'est comme si ces vers présentaient les personnes décédées. L'émotion est saisissante.
Prise d'un vertige, je baisse ma tête sur Cylian et je suis étonné de le voir m'observer en souriant.
- Quoi ?, je lui demande.
- Tues magnifique Aëlys... Sergey a bien de la chance, il me répond en soupirant.
- Peut-on arrêter de parler de lui ?
- Si tu veux... Aimes-tu l'endroit ?
- Beaucoup oui, merci Cylian. C'est le plus cadeau que l'on m'a fait.
- Je suis content alors.
Nous restons de longues minutes à contempler cette magie qui n'a rien d'irréelle. Cependant, l'humidité reprend vite ses droits et je frissonne de rester statique.
Cylian me prend sous son épaule et nous décidons de rentrer à la cité.
Je contemple une dernière fois cette voûte et à contrecœur, je quitte l'endroit magique.
Le retour est étrange, j'ai l'impression que Cylian est gêné par notre échange dans la grotte.
Il y a tellement d'interrogations en moi que je ne sais plus où donner de la tête.
Je ne suis pas certaine que Sergey soit véritablement mon âme jumelle, et s'il l'était cela voudrait-il dire que je suis obligé de tomber dans ses bras ?
Je ne ressens pas un vrai amour pour lui, je l'aime beaucoup, mais je ne suis pas amoureuse.
Au début de notre rencontre, j'aurai rêvé rester accrocher à son cou toute la journée, mais les choses ont changé.
Cylian me plaît-il tant que ça ou c'est juste une attirance sans sentiment ?
Si seulement je pouvais avoir des réponses à certaines de mes questions...
Cependant, je suis obligé de faire sans, et de prendre des décisions.
Nous arrivons devant la tour sans que je m'en rende compte et quand je remarque le regard appuyé de Rána sur nous, je baisse les yeux.
Nos mains sont toujours entrelacées. Saisie de panique, je le lâche rapidement puis quand il part le regard triste, je regrette mon geste irréfléchi.
Son père qui n'a rien loupé de la scène ri à gorge déployée avant de me tendre le bras.
- Tu en fait chavirer des cœurs,princesse.
- Tais-toi veux-tu, je lui réponds en attrapant son bras.
- Tu es un drôle de phénomène, tu le sais ça ?
-Je ne comprends pas non. J'attire les problèmes et tous le savent alors je ne vois pas pourquoi ils s'intéressent à moi.
- Vous, les humains, vous pensez trop. Je suis ravi d'être né elfe, vous êtes bien trop compliqué.
- Parle pour toi, je ne suis pas compliqué. J'aimerais juste qu'on me laisse tranquille.
-Pauvre petite..., se moque Rána quand nous rentrons dans la salle à manger.
Les regards curieux se tournent vers nous et j'imagine bien ce que mes camarades se racontent.
La chouchoute du prof, la fille du roi, etc. C'est étrange que mes oreilles ne sifflent pas à longueur de temps.
Je remplie mon assiette au niveau du buffet sans vraiment regarder ce que je mets, je cherche Cylian du regard. Il n'est pas là...
Le repas est court pour moi, je mange à toute vitesse et je ne m'intéresse pas à la discussion de la table. Au moment de quitter la table Rána m'attrape le bras :
- 7e étage, porte 9.
Puis ce dernier poursuit la discussion qu'il avait arrêtée. Mais qu'est-ce qu'il me dit ? Se drogue-t-il ?
Alors que je monte vers ma chambre, je comprends finalement à quoi correspond ce qu'il m'a jeté sans explication.
Je me retrouve alors au 7e étage et devant la porte en bois numéro 9. Je respire profondément.
Mais pourquoi suis-je aussi tendue ?
Je frappe à la porte avant de perdre mon courage et de faire demi-tour.
- Aëlys ?, me demande Cylian surpris de me voir à sa porte.
- Oui, tu n'es pas venu manger alors je suis venu voir si tu allais bien..., j'explique hésitante.
- Oh, je vois, tu te fais du souci pour moi ? , me demande-t-il.
- Je peux rentrer ?
- Pourquoi es-tu là vraiment ? , il insiste ignorant royalement ma question.
-J'ai envie de discuter de certaines choses avec toi, peut-être pour essayer d'y voir plus clair.
- Donc tu as besoin de mon aide, c'est tout ?
- Cylian ! Vraiment... Tu veux que je fasse demi-tour ?
- Vous réfléchissez trop les humains...,lance t'il en m'ouvrant la porte plus grand.
À peine la porte refermée derrière moi que Cylian m'ignore déjà.
Super... Je fais l'effort devenir ici et je suis si bien accueilli.
Curieuse, je jette un coup d'œil aux appartements de Rána et de son fils.
L'endroit est plus grand que ma chambre, mais ils sont deux. Une large cheminée est au fond de la pièce, il n'y a pas de table juste un meuble qui se rapproche d'un canapé. De grandes fenêtres donnent sur la cascade, mais un peu plus bas que moi. Contre le seul mur libre est posée une imposante bibliothèque remplie à craquer d'ouvrage.
Spontanément, je me dirige vers ses étagères et du doigt, je caresse les tranches des couvertures. Beaucoup sont écrites en elfique et très peu dans notre langue, je me demande si Cylian sait lire et parler en elfique. Pendant que je regarde les livres, je l'entends qui fait du bruit dans une pièce derrière moi.
Est-il en colère après moi pour cette histoire d'âme jumelle ? Mais je n'y peux rien moi... Et de toute façon, nous ne sommes pas engagés dans une quelconque relation !
J'aimerais vraiment en connaitre plus sur les âmes jumelles, histoire d'y voir plus clair et devoir ce qu'il m'attend...
Ma pensée est à peine formulée dans mon esprit que je ressens une vibration.
Au bout de mon doigt, un épais livre scintille et tremble, sa tranche parait si vieille.
Puis d'un coup, il tombe sur le sol dans un bruit sourd.
Cylian arrive précipitamment, quand il remarque que le bruit provient d'un livre au sol, il me lance un regard accusateur :
- Tu peux faire attention ? Et ne fouilles pas !
- C'est ma faute si ton livre tremble comme une feuille et qu'il scintille de mille feux ?
- Il a fait ça ?
- Pourquoi tu penses que je mens encore ?
-Aëlys...
Cylian soupire en ramassant le livre puis le retourne pour lire sa couverture alors que son visage devient livide.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, je lui demande inquiète.
- Tu es certaine que tu ne l'as pas choisi volontairement ?
- Oui, je suis certaine, dis-je en lui prenant les livres des mains.
L'ouvrage est lourd et j'ai de bons réflexes sinon il aurait fini de nouveau par terre. La couverture est poussiéreuse, mais je parviens à déchiffrer le titre.
- C'est en elfique en plus ! Je te lis par cette langue... Pourquoi fais-tu cette tête ?
- À quoi pensais-tu en regardant la bibliothèque ?
- Rien en particulier..., je dis trop vite.
- Aëlys... Allez
- À cette foutue histoire d'âme jumelle, voilà content ?
- Content, je ne sais pas, mais au moins tu es honnête. Ton esprit commence à se développer alors.
- Comment ça ?
- Tu penses âme sœur...
- Jumelle, je le coupe.
- Ouais jumelle, c'est pareil... Et un livre qui traite de ce sujet tombe. La magie de l'Éther ma jolie.
L'Éther, j'avais oublié cet aspect de ma nouvelle vie aussi...
Cylian pose le livre poussiéreux sur la table et repart dans la pièce dans laquelle il était.
Curieuse, je le suis et le rejoins sur la pointe des pieds.
Il est dans la cuisine, le regard dans le vide en train de cuisiner.
- Que fais-tu de bon ?, je l'interroge.
- Oh rien d'exceptionnel...
- Tu as une cuisine ici, c'est cool. Je suis obligé de prendre tous mes repas en bas.
- C'est dommage, répond-il en souriant.
- Je viendrais plus souvent ici, c'est tout, je lance.
- Je ne pense pas, c'est trop électrique entre mon père et toi. Je ne sais pas ce qu'il vous est arrivé durant votre voyage ...
- Rien, il est con, c'est tout.
Il rigole en retirant la grosse poêle du feu et déverse le contenu dans une assiette creuse.
- Sur ? Tu n'en veux pas ?
-J'ai déjà mangé, une prochaine fois, je goûterais les petits plats de Cylian !
- C'est noté.
Il s'installe sur le grand canapé et m'invite d'un signe de la tête à le rejoindre. Sur la table, il y a aussi un pichet similaire à celui que possédait Rána lors de notre repas de fête.
- Tu as soif ?
- Oui merci.
Il me sert dans un verre un peu de cet alcool sucré.
Pendant qu'il mange, je reste silencieuse ne sachant pas de quoi parler.
Je voudrais lui dire que je l'aime bien, que j'ai vraiment besoin de son aide. J'aimerais lui avouer que je ne suis pas amoureuse de Sergey. Je voudrais lui donner une petite chance, lui dire qu'il me plaît...
Lui avouer que j'ai peur, que la mort de Nithaël me rend fragile et faible...
Au lieu de ça, je laisse le silence s'installait entre nous.
- Bon, on regarde ça ?, dit-il en repoussant son assiette vide.
- Je ne lis pas l'elfique..., je lui répète.
- Ça, j'ai compris merci. Mais je sais lire moi.
-Tu ferais ça pour moi ?, demandé-je.
- Qu'est-ce que je ne ferais pas pour toi et tes beaux yeux, il me répond avec un grand sourire.
Cylian rapproche le livre entre nous et nous ressert du vin.
Il va falloir que je fasse attention, cette boisson est si délicieusement sucrée que je ne sens pas l'alcool. Après une gorgée, il se lève, fouille dans un tiroir puis revient avec un paquet de cigarettes !
Mon dieu, je n'ai pas fumé depuis mon arrivée et ce paquet tombe comme du pain béni.
- Comment as-tu eu ces cigarettes ?
-Haha, mon père voyage entre les mondes...
- Merde, si j'avais su...
- Tu en veux une, je suppose ?, il me demande.
Je savoure ce moment de civilisation alors qu'il ouvre le livre et commence à le feuilleter.
L'écriture elfique ressemble qu'à du charabia pour moi...
J'espère que je n'aurai pas apprendre la langue, car cela risque d'être un sacré chantier.
Au bout de longues minutes et un verre de vider, il lève enfin les yeux vers moi
- Alors que veux-tu savoir sur les âmes jumelles ?
- Tout, ça te va ?, je lui réponds.
- On a cours demain... Et le livre est assez long donc pour ce soir, tu vas devoir faire un choix.
- Lequel ?
- Dormir ou en apprendre plus.
- Je pense que je vais faire un peu des deux.
- C'est parti...
Il retourne à la première page et commence sa lecture.
Je décide de me reprendre un verre et de m'installer confortablement, car la nuit risque d'être longue...
Cylian s'installe plus confortablement tout à côté de moi, puis commence sa lecture :
- Un peu à l'image des jumeaux « humains », nés d'un même œuf originel qui un jour se scinde pour donner vie à deux êtres, les âmes-jumelles sont issues d'une même flamme-jumelle originelle, concentrée de pures énergies. Leur histoire n'est pas une histoire d'amour banale, c'est un sacrement qui touche l'univers tout entier. Les âmes jumelles sont un seul cœur qui bat à l'unisson pour leur amour, qui leur donne la possibilité de s'élever davantage ensemble vers des sommets qu'elles n'auraient pas pu gravir sans l'autre partie d'elles-mêmes.
- Ça fait très religion non, je lui demande.
- C'est un peu « cucu » si tu veux mon avis... Pour moi, l'amour ça se décide, ce n'est pas une légende qui guiderait mes choix.
- Je comprends.
- Allez, je continue, déclare t'il en soupirant et en passant plusieurs pages surement pas intéressante.
- Ah là ! Le livre dit que les âmes jumelles sont différentes, l'une est appelé Runner, correspond à celui qui court et rejette d'un bloc l'évidence même, l'autre est appelé Chazer et c'est celle qui ressent et comprend en premier.
- Hmm ok.
- Donc tu es une Runner, on dirait le nom d'un zombie, dit-il en rigolant.
- Tu connais les Zombies ?
- Je suis déjà allé sur Terre Aëlys, nous y avons même vécu avec mon père.
- Quand tu t'es présenté, tu as dit devant tout le monde que tu n'es jamais allé sur Terre.
- Je sais, les gardiens ne veulent pas que ça se sache...
- Tu as vécu dans quel coin de la planète ?
- Au Etats-Unis, un temps dans le camp de Salem.
- Oh, ok...
- Assez parler de moi, je continue... Le Chazer communique et cherche avec amour. Le Runner fuit certes, mais ne peut supporter que le Chazer souffre par lui, ne serait-ce que par son silence. Blessé l'autre, le Runner n'y pense même pas ! Cela ne fait pas partie de lui. Tu es gentille alors.
- Arrête...
- Ok ma petite Runner !, se moque-t-il avant que mon poing arrive sur son bras.
Merde, je ne pensais pas qu'il serait aussi rapide à réagir. En une fraction de seconde, je suis sur le dos et lui au dessus de moi me tenant les poignets entre ses mains.
Il rigole avant de se calmer subitement quand nos regards se croisent.
J'entends son cœur s'arrêter au même moment que le mien puis repartir un peu trop rapidement. Son souffle se fait haletant et il ne cligne pas des yeux.
Cylian me libère la main et vient remettre une mèche rebelle de mon visage. Pendant un moment, je ferme les paupières en respirant profondément. Lorsque je les recouvre, deux billes bleues me fixent intensément.
- Empêche-moi s'il te plaît, il déclare la voix cassée.
Comme un électrochoc, je comprends de quoi il parle quand ses yeux dérivent vers ma bouche. Je le regarde réellement pour la première fois. Son visage est si beau, parfait. Ses petites fossettes qui creusent ses joues et lui donnent un air angélique, j'avais oublié à quel point les elfes étaient d'une beauté à couper le souffle...
Avec la tête baissée vers moi, je distingue le bout pointu de ses oreilles.
Je viens avec ma main de libre glisser dans ses cheveux qu'il a libéré et touche son oreille. Un grand sourire apparaît sur ses lèvres que j'évite de regarder.
Cylian penche sa tête dans le creux de ma main puis ferme les yeux.
Je suis perdue à cause des sensations que je ressens...
Comme si je me brûlais, j'enlève rapidement ma main et il ouvre de nouveau les yeux. Puis d'un coup, il se relève et reprend le livre.
Il continue sa lecture, mais je n'écoute plus. Je suis maintenant couché,et ma tête est remplie d'un millier de questions... Il prend délicatement ma main et la caresse lentement.
- Pour le Runner, ce processus de recherches de compréhension de ses émotions et les déséquilibres qui en découlent sont nécessaires, pour parvenir à atteindre cette nouvelle fusion.
Je crois que c'est la dernière chose que je comprends avant d'être bercée par les douces caresses de Cylian, aussi bien que je m'endors d'un sommeil de plomb.
Cylian continue :
- Après cette période de doute, de fuite et de questionnements, les âmes-jumelles se rendent compte rapidement qu'elles ont sans cesse besoin d'être dans l'énergie de l'autre. Cela pousse ces êtres à être toujours collé l'un à l'autre, et une immense tendresse envahit leurs âmes et leur esprit dès qu'ils s'approchent l'un de l'autre.
A la fin de la lecture de ce long paragraphe, il jette un œil à Aëlys.
Cette dernière s'est endormie collée à lui, la boule qu'il avait à la gorge et au ventre s'évapore.
Cylian est heureux qu'elle se soit endormie sur le sofa, surtout à ce moment précis de sa lecture.
Avec un regard empli de tendresse, il observe ses traits.
Son visage endormi qui parait enfin paisible porte les stigmates de son anxiété.
Il caresse du regard ses pulpeuses lèvres qu'il rêve de prendre en otage, ses yeux descendent sur son joli petit nez qu'elle tient de sa mère.
Peu importe le temps qu'il lui sera donné d'être avec cette fille extraordinaire, il est prêt à tenter le coup. Pour lui le jeu en vaut vraiment la chandelle.
Avant de la recouvrir d'une couverture afin qu'elle n'attrape pas froid, il la regarde amoureusement une dernière fois. Cylian dépose un baiser sur sa joue chaude avant d'aller se coucher dans son lit.
Bonjour à tous :)
J'espère que ce chapitre vous plaît en tout cas, je fais tout pour... Et aussi que cette histoire d'âme jumelle vous plait :)
Bon, je sais que certaines ne vont pas être contentes de la tournure des événements, mais vous savez à quel point je suis sadique et que j'aime vous torturez ^^
Blague à part , dites-vous que mon tome 1 est écrit de sorte d'avoir un très bon tome 2, riche en émotion. Vous commencez à me connaître normalement et vous devez savoir que je ne fais pas les choses au hasard :p
Merci encore à vous pour les 65000 vues qui approchent et nous avons dépassés les 2000 abonnés !
Gros bisous.
PS : si vous vous demandez de quel pays proviennent ces magnifiques paysages, ne chercher pas, c'est la Nouvelle-Zélande :)
Lot's of love & magic
♥
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